‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 4 sur 76 · LE PREMIER TREMBLEMENT DE TERRE DE L’AN 63. RECONSTRUCTION DE LA VILLE · texte numérisé non relu

LE PREMIER TREMBLEMENT DE TERRE DE L’AN 63. RECONSTRUCTION DE LA VILLE

CETTE ville que Tacite et Sénèque appellent célèbre, malgré le peu Je lustre dont elle brilla dans l’histoire, était heureuse alors ; on allait y chercher le calme et la tranquillité nécessaires à l’étude, loin de la politique et des compétitions sanglantes. Beaucoup y venaient pour ne rien faire et y jouir d’une vie voluptueuse. Une si douce existence ne pouvait toujours durer; le 5 février de l’an 63 de notre ère, un tremblement de terre terrifia la contrée, ainsi que le rapporte Sénèque : « Pompéi, dit-il, ville considérable de la Campanie, qu’avoisinent d’un côté le cap de Sorrente et Stabies, et de l’autre le rivage d’Herculanum, entre lesquels la mer s’est creusé un golfe riant, fut abirnée par un tremblement de terre dont souffrirent tous les alentours, et cela en hiver, saison peu coutumière de ces sortes de périls, au dire habituel de nos pères. Cette catastrophe eut lieu le jour des nones de février, sous le consulat de Régulus et de Virginius. La Campanie, qui n’avait pas été sans alarmes, bien qu’elle fût restée sans atteintes et n’eût piayé au fléau d’autre tribut que la peur, se vit cette fois cruellement dévastée. Outre Pompéi, Herculanum fut en partie détruite, et ce qui reste est bien détérioré. La colonie de Nuceria (près de Pompéi), plus respectée cependant, n’a pas été épargnée. A Naples, beaucoup de maisons particulières se sont écroulées, mais les édifices publics ont résisté... Des villas furent ébranlées... et l’on ajoute qu’un troupeau de 600 moutons fut anéanti, que des statues se fendirent, et qu’on aperçut dans la campagne des malheureux auxquels la frayeur avait fait perdre la raison... »

POMPÊI

Pompéi vit donc ses principaux monuments détruits, ses maisons renversées. Presque toutes les constructions furent relevées selon le goût du jour dans le style de l’empire. Aussi les monuments grecs qui faisaient l’honneur de la cité n’ont pas tous été réédifiés. Il en reste quelques ruines que nous verrons plus tard. Bien des vases anciens des meilleures époques ont disparu dans la commotion, grâce à leur fragilité ; bien des peintures, œuvres d’artistes grecs, n’ont pas laissé de traces. Mais il en reste encore bien des spécimens échappés au désastre, assez beaux pour intéresser l’archéologue et 1 artiste et leur faire goûter l’art alexandrin qui, malgré ses défauts, est encore le reflet le plus brillant que nous ayons des peintures de l’Hellade.

Beaucoup de maisons pompéiennes furent rebâties à la hâte, et dans la construction des murailles on voit souvent employés des tessons d’amphores; des morceaux de marbre se trouvent pêle-mêle avec le mortier; une amphore même vint remplacer une poutre dans le chambranle d’une porte. Les monuments avaient repris leur aspect, les temples abritaient les divinités, des sacrifices leur étaient offerts pour calmer leur courroux, et les Pompéiens insouciants menaient toujours leur existence douce sous le beau ciel bleu, non sans éprouver quelquefois de légères alertes, vite oubliées.

Quant au Vésuve, Plutarque et Strabon nous le représentent comme n ayant qu’un seul sommet, la campagne des environs très fertile et tout le mont couvert d herbes, d arbrisseaux et de vignes, excepté le haut, presque tout plat et stérile, qui laissait voir clairement les ravages du feu. On n’y voyait que des cavernes avec de larges crevasses, des roches calcinées, d’une coloration noirâtre et cendrée, signe certain que cette montagne était un volcan éteint faute d aliments. En 64, Tacite nota un autre tremblement de terre qui fit écrouler le théâtre de Naples où chantait Néron; mais l’empereur et les spectateurs échappèrent au désastre.

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