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LES ESCLAVES, LES FOULONS, INDUSTRIES DIVERSES

üèSI

UITTONS la maison du chirurgien pour entrer chez un voisin; Y heureux boulanger dont la façade de boutique était ornée de l’emblème phallique (i) accompagné des mots : IIIC HABITAT FELICITAS. Son pain devait être estimé puisque ses affaires étaient prospères. On entre chez lui par le pistrinuin où sont encore les moulins et le pétrin ; le four occupe le fond du magasin et possède deux ouvertures pour activer le tirage. Il y avait ausssi un réceptacle pour l’eau afin d’humecter le pain pendant la cuisson.

Les moulins placés sur une seule ligne se composent d’un massif circulaire fait de moellons, sur lequel s’élève une meule fixe en tuf, de forme conique, que venait coiffer la meule mobile dont la partie supérieure évasée recevait le grain qui, converti en farine, retombait sur la base ronde. Pour cela, dans les trous carrés, ménagés à la partie étranglée de la meule, on plaçait une traverse de bois, et des hommes, des femmes et quelquefois des cànes, étaient attelés à ces moulins pour tourner sans cesse en marchant sur le pourtour dallé du massif circulaire. Les femmes qui se livraient à ces travaux pénibles fréquentaient les esclaves qui versaient une redevance au patron ; leur existence était la plus rude : travailler comme une bête de somme

(i) Nous devons voir egalement dans cette enseigne une allusion aux pains d’athlètes cite's par Martial et dont on retrouve encore la forme dans une ville du nord de l’Italie.

POMPEI

et pour toute récompense recevoir des coups de bâton, comme le dit Trimalchion, à propos d'un esclave. La fuite n’était pas toujours le salut, car ils portaient au bras un anneau de bronze comme celui, trouvé à Pompéi, sur lequel nous lisons ces mots : " Se nuis suin iene quia fugio (i). // La mort venait les délivrer de leur existence, et faut-il voir dans le graffito suivant

Boulangerie

une allusion à la triste fin de l’un d’eux : Pyrrhus C. Hein conlegae salulem. Moleste fera quod audivi le niortuum. I laque Va/e. » « Pyrrhus à son collègue C. Heius salut : J’ai été peiné d’apprendre que tu étais mort; c’est pourquoi porte-toi bien. »

(i) Tous les esclaves, dit Apulée ( Métam liv. I), étaient marqués d’une lettre au front, avaient les cheveux rasés d’un côté et portaient un anneau au pied.

Nous nous rappelons que Plaute etTérence captifs, tournèrent la meule; c’était même la punition ordinaire infligée aux esclaves, ainsi qu’il est dit dans le Pseudolus :

Soi si non Jaxis, numiquid causa est,

Quin te in pistrinum condam ? [in lieu

" Mais si tu échoues, ne serais-je pas en droit de t’enfermer sur-le-champ au moulin ? «

Four de boulangerie.

lins et aux fours ; dans ces derniers on retrouva des pains entiers et carbonisés ; plusieurs portent la marque du fabricant et devaient être d’une pâte plus line, c’étaient probablement les siliginei, ainsi nommés du troment employé (siligo), tandis que le pain commun était le colyris. La boulangerie line existait à Pompéi, nous en avons vu la preuve dans l’affiche

Four et moulin d'une boulangerie.

Une peinture nous représente la vente d’une esclave; une petite fille est offerte à deux personnages assis au Forum ; la fillette porte à la main une pancarte où devaient probablement être inscrits son nom et son âge ainsi que le prix.

Mais revenons à nos mou-

Vente d'esclave. (Peinture dfi Musée de Naples.)

POMPÉ I

électorale émanant des dibanarii et des libarii qui, à certains moments, faisaient à Pompéi des distributions de pain, comme le promettait ce Julius Polybius. Quant à Paquius Proculus (dont nous donnons le portrait chap. VI), qui était édile et boulanger de son état, le jour de son élection ses fours ne durent pas être assez grands pour remercier les électeurs. Cette munificence est exprimée par une peinture où un boulanger vêtu de blanc, assis à son

Pains. (Musée de Naples.)

comptoir de bois, offre des pains à ses concitoyens ; du reste les boulangers de Pompéi devaient être riches, car nous voyons fort peu de maisons particulières posséder un pis/ ri n uni et le pain, comme de nos jours, était l’aliment utile pour tous. Chacun apportait son grain, comme le font encore les

Pâtisseries. (Musée de Naples.)

glaneuses dans -nos campagnes, on le conservait ensuite dans les amphores dont plusieurs furent retrouvées pleines de farine et de blé, et sur lesquelles se lisent ces mots : Siligo granit (farine de froment), ainsi que e cicera (farine de pois chiches).

Après les boulangers les foulons semblent avoir été les plus nombreux. S’il faut manger, il faut aussi se vêtir. Nous assistons, avec les divers documents que nous donnons, à certaines scènes des foulons. Les étoffes sont dans

les cuves ( cortinae ), imprégnées de substances alcalines, mélangées d'eau. Les draps ainsi détrempés sont piétinés pour le nettoyage. Des enfants semblent occupés à ce travail ; ils exécutent ce que l’on appelait la danse des foulons, mouvement à trois temps, le tripendium. Dans la maison des Vettii nous voyons des peintures représentant des génies occupés à ce même travail, puis étendre le drap et le peigner ; ainsi le fait aussi cet adolescent qui a derrière lui un individu porteur d’une cage d’osier couronnée d’un hibou, l’oiseau de Minerve, patronne des foulons. Cet appareil servait

à étendre la laine des toges et

Boulanger distribuant des pains. (Peinture du Musée de Naples.)

à la faire sécher en la blanchissant à l’aide de soufre brûlé que l’on introduisait sous la cloche (i).

En général, une fullo nica se compose principalement de grandes cuves enduites de ciment, placées à des niveaux différents et situées côte à côte. Des robinets de bronze venaient remplir les bassins où l’eau passait d’une cuve à l’autre par un

Foulons. (Peinture du Musée de Naples.)

orifice percé dans le bas des parois mitoyennes. Ces grandes cuves durent

(i) Pline nous dit (XXXV, by) : « L’étoffe est d’abord lavée à l’aide de la sarde (terre de Sardaigne), puis on l’expose à une fumigation de soufre, ensuite on nettoie à la terre cimoliéé » (craie de Cimole, une des Cyclades). C’est probablement cette craie que nous retrouvons dans les du lia des fullonicae .

POMPÉI

servir au rinçage des laines, tandis que les vasques circulaires en tuf, que nous voyons isolées, durent servir au décrassage des tissus.

Un vaste emplacement était réservé au séchage des draps que l’on

étendait au soleil, après avoir été ratissés. Des boutiques contiguës aux officines possédaient des presses et des rayons, sur lesquels on rangeait les étoffes, attendant l’acquéreur.

Certains établissements de foulons furent assez importants, on y trouva quelques statuettes ; entre autres, une Vénus parée d’un collier, et un Harpocrate en argent.

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