‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 46 sur 76 · ASPECT EXTÉRIEUR DES MAISONS. — L'OSTIUM. — LES PORTES. LE PROTHYRUM · texte numérisé non relu

ASPECT EXTÉRIEUR DES MAISONS. — L'OSTIUM. — LES PORTES. LE PROTHYRUM

NOUS avons suivi le Pompéien hors de chez lui ; à peine, pour visiter quelques laraires, avons-nous franchi le seuil de sa demeure; de l’extérieur nous avons bien aperçu furtivement, par l’embrasure des portes, quelques colonnes à la base rouge, mais les fenêtres grillées et haut placées nous ont interdit tout regard indiscret. Les ouvertures sur la rue, assez rares, du reste, ne servaient qu’à donner un peu d’air et de lumière, et leur élévation fut une garantie contre les voleurs; elles n’étaient guère usitées au rez-de-chaussée que pour les cuisines et pour quelques chambres; aux étages supérieurs les fenêtres s’ouvraient plus grandes et l’on pouvait s’y accouder; on peut en juger par les maeniana ou balcons extérieurs plongeant sur la

POMPEI

spécimen le plus correct d’une opulente demeure gréco-romaine. (Les parties teintées du plan ne communiquent pas avec la maison et devaient être louées à des petits commerçants.

Pour entrer, il y a toujours une marche <à monter devant la porte à deux battants (jamui) près de laquelle on avait généralement l’habitude de placer une branche de laurier et une lampe, en l’honneur des divinités custodes. A l’inverse des habi-

Maison de Pansa.

tudes grecques, qui occasionnèrent des

impôts, les portes romaines s’ouvraient en dedans et les battants se repliaient contre les murs du prothyrum ; mais quelquefois elles s’ouvraient en dehors.

Portes ou Ostia sur le vico dcl Lupanare.

rue. Mais il ressort du plan général des maisons que chez lui, le Pompéien

était isolé et restait étranger au monde extérieur ; la vie se passait privée et cachée, abritée de la curiosité du voisin.

Avant de pénétrer dans l’intérieur des habitations , examinons sommairement la disposition générale des principales parties d’une maison en prenant connaissance du plan ci-joint de la maison de Pansa qui oifre le

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OstiL

Entrée de la Casa dcl Torello.

C’était le comble de l’honneur. Cette faveur ne fut guère réservée qu’aux généraux victorieux auxquels les décrets concédaient un terrain pour la construction d’une maison (i).

Quelquefois, à Pompéi, l’entrée d’une habitation était close par deux portes placées à un mètre de distance l’une de l’autre, la première massive, la seconde légère ; cette dernière même a pu être quelquefois une grille (maison de Popidius Priscus).

Une maison, celle dcl Torello, offre aussi quelques particularités dont nous donnons le plan. On pouvait pénétrer dans la maison sans passer par la porte principale, mais par une entrée détournée placée sur le côté du prothyrum ; c’est là que se tenait V ostiarius ou janitor, le portier (2).

Malgré l’existence de la porte d’entrée, janua, il y avait une seconde porte (appelée quelquefois ostium ), placée au bout du prothyrum ou fum es qui était le vestibule conduisant à V atrium.

La janua était rarement de bronze, mais était en bois massif constellé de clous à grosse tête, ou divisée en panneaux avec moulures; la porte était souvent surmontée d’une imposte, ou bien la

Porte reconstituée. Janua.

(Musée de Pompéi.)

Gond de cloisons mobiles, en bronze.

(Musée de Naples.)

(1) Le seuil d’une maison s’appelle limen, les montants antae et pedes , le linteau jugumentum et supercilium, la corniche corona , les battants de la porte fores, janua; l’ensemble était dénommé ostium, c’est-à-dire ouverture. (Dict. Saglio. Janua.)

(2) Pétrone cite un ostiarius qui, habillé' de vert avec une ceinture rouge cerise, écossait des pois dans un bassin d’argent ; sur le seuil de la porte était suspendue une cage d’or, où une pie au plumage bigarré saluait ceux qui entraient; près du portier, il y avait, peint sur la muraille, un énorme chien enchaîné, au-dessous on lisait les mots : Cave , Cave CanemI

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porte elle-même était grillée dans le haut. Quant à la fermeture, elle semble très complète ; nous voyons au musée de Potnpéi les serrures reconstituées, d’un système très ingénieux, ainsi que le moulage d’une porte, avec ses crochets, son loquet et sa grosse serrure qui a cédé sous la poussée des éboulements.

Clefs et serrures, (Musée de Naples )

Le prothyni m est presque toujours pavé en mosaïque, noire, blanche et brune : c’était le signe extérieur de l’opulence. Tantôt elle représente un ancre (Casa dell’ Ancora) ; un ours blessé et l’inscription : HAYE

Clefs. (Musée de Naples.)

(salut) (Casa drlP O rsa ) ; puis un chien et les mots : CAVE CANEM (Casa dcl Parla tragico)\h la maison de Siricus, nous voyons inscrits, à l’aide de petits cubes blancs, sur le sol, les mots : SALVE LVCRV (M), Salut gain !

Une maison de la rue de Stabies, située en lace du banquier J ucundus,

L’ATRIUM. — LE COMPLUVIUM. — L'IMPLUVIUM LE CARTIBULUM. — LE FOYER. — L’ATRIUM TESTUDINATUM . L’ATRIUM TOSCAN. — L’ATRIUM TÉTRASTYLE.

L’ATRIUM CORINTHIEN. — LE CAVAEDIUM. — LE LARARIUM

APRÈS avoir franchi le prothyrum, presque toujours décoré de peintures ou de stucs striés, nous arrivons à Y atrium ; nous voici dans la première cour où V impluvium creuse son bassin rectangulaire qui recevait les eaux du toit, crachées par les gargouilles de terre cuite dont le pourtour du compluvium était orné, et duquel elles s’écoulaient dans les citernes ménagées sous le sol de l’ atrium. Un puteal de marbre ou d’argile en ornait l’orifice; il en est dont le bord a été bien usé par la corde ou la chaîne à laquelle on suspendait le vase à remplir. Des puits anciens existent aussi à Pornpéi, ils sont même creusés jusqu’à 30 mètres de profondeur et fournissent toujours de l’eau (1).

Dans beaucoup de maisons, V atrium offre encore un charmant aspect, orné de vasques de marbre et de tables placées au bord de Y impluviu m . Des statuettes utilisées comme fontaines s’élèvent sur les socles qui, primitivement, servirent de foyer et d’autel où l’on sacrifiait aux Lares domestiques. Devant la statuette, qui souvent est un Amour, un léger et gracieux bassin de marbre pur sert de déversoir au jet d’eau dont le trop-plein pleure en clapotant dans Y impluvium.

(1) La liste et la profondeur des puits se trouve dans : Facts about Pompei : de Fitz-Gerald Marriott.

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La table de marbre, le cartibulum, où anciennement se posaient les aliments quand les repas se prenaient dans l'atrium et que l’autel était le foyer utilisé pour faire la cuisine, ne devint plus qu’un ornement où l’on déposa des objets de luxe et devant lequel les femmes tirent leur toilette.

Quatre modes d'atria furent usités à Pompéi : V atrium testudinatum,

Atrium toscan et impluvium. (Maison de Cornélius Rufus.)

Y atrium toscan, V atrium tétrastyle et Y atrium corinthien.

Le premier type était complètement couvert et ne possédait naturellement pas d'impluvium. D’après Fiorelli les plus anciennes maisons de Pompéi, avant le tremblement de terre de l’an 63, avaient encore de ces atria dont la pente des toits divergeait en quatre sens, comme la couverture des maisons modernes. Aux époques où la vie était simple, l’habitation tout entière se résumait dans cet atrium : on y prenait les repas, on y couchait aussi et le lit conjugal occupait la place où est

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conçoit-on que l'atrium primitif fut complètement couvert [cavum aedium testudinatum, c’est-à-dire au toit en forme de tortue). Nous pouvons nous rendre compte de l’effet que présentait un atrium testudinatum dans une maison située rue de Nola (Rcg. V, II 1, 4), qui possède un petit atrium meublé d’un laraire et couvert d’un plafond peint en rouge décoré de petits caissons entourant un grand caisson central à fond légèrement voûté. Si cet atrium ne peut passer absolument pour un atrium testudinatum, du moins y ressemble-t-il beaucoup.

maintenant le tablinum ; ainsi

Galeries intérieures en encorbellement (Peintures d'un vécus. Région IX. Insula Vil.)

Plus tard V atrium s’ouvre et la lumière pénètre, le triclinium prend alors la place du lit conjugal ; il suffit pour opérer ce changement de placer simplement une table près du lit. Dès lors l’habitude de manger couché se conserva, et les principales pièces de l’habitation se groupèrent autour de l 'atrium devenu cour intérieure.

Mais avec le luxe im¬

Atrium létraslylc. ( Casa dcllc A'o;;e d’Argento.)

porté par les Grecs colonisateurs de Pompéi, Y atrium réformé ne satisfit plus aux nouveaux besoins; il subsista, mais ne devint que l’avant-corps du logis. Le lieu privé de l’habitation fut alors transféré au peristylium grec

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Dans le haut de Y atrium toscan , autour du compluvium , et quand les maisons possédaient un étage supérieur, il existait un balcon muni d’une balustrade formant encorbellement sur Y area de Y atrium ; l’existence de cette galerie nous est révélée par quelques peintures qui la représentent. C’était une façon Atrium tétrastyk, reconstitué dans ses partie» boisée,. d’utiliser une partie du toit, cela avait

(Région VI. Insula XV),

en outre l’avantage d’établir une communication extérieure entre les diverses pièces du premier étage. Le plus

qui eut tous les avantages de Y atrium L'atrium qui se voit le plus souvent à Pompéi est Y atrium toscan , il est sans colonnes; le toit qui protégeait de la pluie et du soleil était supporté par quatre poutres qui, se croisant à angles droits, avaient leurs extrémités fixées dans les murailles; il faut y reconnaître probablement 1 atrium que Pline désigne comme ayant été construit ex more veterum, à la mode des anciens. Son origine est due certainement aux Étrusques son nom l’indique — et Pompéi dut en posséder de tout temps, le toscan et Yosque sont synonymes.

sans en avoir les inconvénients.

(Région I. Insula II.)

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souvent, le toit avançait considérablement et Y area découverte se bornait à la seule superficie de Y impluvium. Cette toiture ayant, dans certains cas, une trop grande portée, un pilier de bois dut être placé à chaque coin de Y impluvium ; on ne retrouve pas de traces de ce mode de support des toits, car

la catastrophe et le temps ont détruit les matières ligneuses.

L 'atrium tétrastyle est assez rare à Pompéi , quoique certaines grandes maisons aient deux atria, l’un toscan, l’autre à quatre colonnes. (Maisons del Fauno , dcl Làberinto et dcl Centenario ) (i).

La maison de lie No^çe d’ Argent o, assez somptueuse, possède un atrium tétrastyle dont les colonnes très hautes ont des chapiteaux d’ordre corinthien ; puis dans la région i, insulaa, quatre colonnes de même genre, ornées de chapiteaux ioniques, supportent encore le grillage restauré du compluvium. Un atrium analogue existe dans une petite habitation de la rue de Mercure, à gauche ; elle a, chose particulière, deux autres colonnes qui, sur le devant, ornaient un petit portique; puis quelques maisons offrant de belles échappées sur la vallée du Sarnus, ont aussi de ces atria.

Y' atrium tétrastyle fut également en usage dans les petites habitations auxquelles des points d’appui étaient nécessaires pour supporter les chambres qui avaient pris la place du toit de Y atrium, et dont l’étroite superficie du

Étuve trouvée dans un atrium, et provenant d’un caldarium. (Musée de Naples )

(') t-a maison des Vettii a deux atria, l’un toscan et l'autre, très petit, a son impluvium placé contre un mur, son toit n’était qu’à trois versants.

Mais où V atrium subit particulièrement l’influence hellénique, c’est quand il possède de nombreuses colonnes, imitant en cela le péristyle grec;

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terrain ne permettait pas de s’étendre. Une maison de ce genre, à l’aspect modeste, a été retrouvée (fouilles de 1898, région VI, insulaXV) et restaurée, les poutres ont été remplacées ainsi que les solives du premier étage, et l’escalier de bois dont la base est en pierre a été reconstitué avec sa rampe.

On peut y monter, mais les chambres du haut n’offrent rien de particulier; elles prennent jour parle compluvium très étroit qui apportait aussi la lumière à l 'atrium où devait régner un demi-jour, surtout quand les pièces

Atrium testudinatum. iRégion V, IIT, 4.)

du rez-de chaussée possédaient leur

tciture et étaient surmontées de chambres ; il est vrai qu’en été il devait y régner une agréable fraîcheur.

Cavaedium de la Casa dei Capitelli colorati dite Arriana.

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il devient alors Y atrium corinthien dont le nom n’a rien à voir avec l’ordre architectural des colonnes et des chapiteaux, qui sont aussi bien toscans qu’ioniques, car nous n’avons pas encore rencontré à Pompéi d 'atrium corinthien avec chapiteaux dits corinthiens.

Cette façon de construire les a tria peut donner lieu à quelque confusion, même on arrive à se demander si tel peristyliu ni ne serait pas un atrium corinthien, cela dans les maisons qui possèdent plusieurs cavaedia (i).

Atrium corinthien. Maison d'iîpidius Rufus.

Ainsi, la maison dei Capitelli colorati (casa di A rriana) possède trois cavaedia placés en enfilade; l’habitation est située sur deux rues, mais un posticum ou porte dérobée, donne sur une troisième voie. L’entrée principale est située strada degli Augustali, où après le prothyrum se présente Y atrium toscan très simple, puis le tablimim ; un cavaedium vient ensuite, c’est celui qui se rapprocherait le plus de Y atrium corinthien dont on aurait creusé Y impluvium pour en faire un bassin; il est entouré de colonnes ioniques à la base jaune et aux chapiteaux de tuf recouverts de stuc colorié en rouge et

(i! On entend par cavaedium toute partie de l’habitation qui est à l’air libre, formant ainsi le cavuni aediuin, ces vides de la maison : Y atrium ei le peristylium.

Coffre-fort. Bronze, fer et bois. (Musée de Naples.)

Parmi les atria corinthiens de Pompéi, nous pouvons citer celui de la maison d’Épidius Rufus, d’ordre toscan, aux colonnes de tuf cannelées sans base ; il possède sur le côté droit une petite exedra où se trouve placée une chapelle dédiée aux Lares et au Génie du maitre. Puis la casa di Castore e Pollue» et la villa de Diomède ont aussi un atrium corinthien, mais, des colonnes de stuc à base rouge, il ne reste que les premières assises.

Les littérateurs romains ne paraissent pas, dans leurs œuvres, faire de différence absolue entre Y atrium corinthien, le peristylium et V atrium toscan : pour eux, Y atrium est cavaedium ; c’est le lieu où se réunit la famille, où se conservent les archives, où est situé le coffre-fort, où s’élèvent, sur des herniés

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en bleu; Y area découverte est limitée à Y impluvium comme dans les atria corinthiens.

Le nom de peristylium. donné à ce cavaedium est discutable, et c’est la place qu’il occupe, plus que sa disposition propre, qui lui fait donner ce titre; du reste, Y atrium corinthien ne semble être que le diminutif du peristylium grec que nous trouvons aussi, dans la même maison, placé à la suite de ce cavaedium, et qui a une issue sur la strada di Nota, par le pseudoth v ru m.

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de marbre, les bustes des maîtres et des ancêtres, comme nous le voyons dans la maison de Caecilius Jucundus et de Cornélius Rufus. Des disques décoratifs et des boucliers ( clypci ) en marbre, semblables de forme à ceux des Perses,

étaient suspendus entre les colonnes ou appliqués sur leurs fûts, que souvent venaient enlacer des guirlandes de feuillages. Les sujets qui étaient sculptés avaient rapport au cycle Bachique ; des dau- ^

phins et des masques y figuraient aussi. Le ,

larariiim (i), d’après les auteurs anciens, était f

situé dans Y atrium, et à Pompéi nous en voyons beaucoup dans 1 & pcristylium (2), preuve qu’à un certain moment l 'atrium fut déserté au profit du peristylium , et tous deux furent confondus comme servant aux mêmes usages.

A X atrium, la femme y était considérée comme l’égale de l’homme, et dès le moment où la nouvelle épouse avait mis le pied dans V atrium de son mari, elle était associée à tous

ce qu’exprimait formule. Au franchir le seuil demeure, la maépoux ces paroles sacramentelles : Ubi tu Gains, ibi ego Gain : « Là où tu es le maître, je vais être la maîtresse. »

(1) Pour les laraires, voy. ch. II, x.

(2) Les petites niches destinées à placer quelques divinités se rencontrent un peu partout, depuis le prothyrum jusqu’à la cuisine.

Fuseau en ivoire.

(Musée de Naples.)

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