‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 6 sur 76 · LES COUCHES ÉRUPTIVES. — LES EMPREINTES HUMAINES · texte numérisé non relu

LES COUCHES ÉRUPTIVES. — LES EMPREINTES HUMAINES

EN examinant les couches éruptives, on reconnaît que Pornpéi a été recouverte d’abord par une couche de pierres ponces de plus de 3 mètres d épaisseur, puis une pluie de cendres fines nivela tout de son linceul. Les couches d’ensevelissement varient entre 3 mètres et 5"', 50, et les parties supérieures du terrain de la campagne actuelle de Pompéi sont dues à des éruptions postérieures (1).

Contrairement à ce que l’on croit ordinairement, Pompéi n’a pas été détruite par le feu qui n’y a fait son apparition que partiellement. Beulé pense que l’état des poutres et des linteaux de bois qu’on retrouve en poussière dans les fouilles, n’est dû qu’à l’humidité persistante des siècles; 1 illustre savant lait remarquer que les parties des poutres traversées par des chevrons et des clous ont été protégées par l’oxyde de fer. Cependant de nom-

(1) En 1818, le géologue Lyell a relevé la coupe des terrains traversés par les fouilles; près de 1 amphithéâtre il trouva les couches suivantes, selon l’ordre naturel d’ensevelissement :

i° Ponces et lapilli blancs . 0,07 cent.

2° Tuf gris solide . 0j0^.

3° Couche de lapilli blanchâtres . 0,02 —

40 Tut terreux noirâtre avec lapilli disposés en couches . . 1,44 — -

5° Scories en petits fragments et lapilli blancs . 0,07 —

G° 1 uf noirâtre incohérent rempli de globules pisolithiques. . 0,46 — - 70 Terre végétale . . 0,

8° Sable noir brillant provenant de l’éruption de 1822 et contenant des petits cristaux . 0,07

Total. . . . 3,ii

Dans l’ouvrage : Pompéi e la regione sotterrata dal Vesuvio (Napoli, 1879) nous trouvons à peu près les mêmes résultats de l’examen des couches éruptives.

breuses parties ont flambé et des murailles ont dû être portées à une haute température par les cendres chaudes, les cuisant à l’étouffée; aussi l’enduit de cire des murs a souvent disparu et des couleurs jaunes ont tourné au rouge sous l’action de la chaleur.

Musée de Pompéij.

Malgré les terribles secousses du sol, les maisons ont conservé une physionomie assez complète ; les étages supérieurs — sauf quelques-uns que l'on a pu restaurer — et les toits s’effondrèrent, mais ils résistèrent quelque temps : on peut en juger au cours des fouilles actuelles, où l’on voit que les tuiles des

Squelette enfoui dans la cendre.

couvertures ne gisent pas souvent sur le sol des maisons, mais sont retrouvées mélangées aux cendres, à une certaine hauteur au-dessus des lapilli. Les chambres furent donc envahies par les cendres et les pierres avant la chute des toits, détails qui se trouvent corroborés par le récit de Pline. Dans la première lettre à Tacite, nous avons pu nous rendre compte qu’à Stabies il était facile de se sauver du désastre. Pompéi, ville d’environ 20,000 âmes, située à mi-

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chemin entre Stabies et le Vésuve, a dû être ensevelie plus rapidement, mais bien des habitants ont pu fuir, et on évalue qu’un dixième seulement a péri. On rencontre relativement peu de squelettes dans la ville, mais la campagne doit en recéler un grand nombre dans ses flancs.

Beaucoup voulurent emporter leur fortune, d’autres s’étaient cachés dans les caves ; on a même retrouvé une famille composée de onze personnes dont les squelettes étaient entassés au premier étage d’une maison delà ruede Stables, où ces pauvres gens étaient montés, croyant échapper à la pluie de cendres chaudes qui envahissait le rez-de-chaussée ; mais les émanations et la chute du toit ne les épargnèrent pas.

En 1787, sous un mur éboulé, huit squelettes furent trouvés, dont l’un tenait une lanterne.

Une femme renversée au seuil d’un tablinum emportait des bijoux enfermés dans une cassette de bois incrusté ; elle était parée d’un collier d’amulettes, d’épingleS d’oS, et Lanterne. (Musée de Naples).

portait sur elle des flacons de parfums.

Puis, dans la maison du Faune, un squelette féminin est retrouvé à côté d’une lampe, mais 011 ne sait ce qu’est devenue la tête. Presque tous les morts avaient le crâne enveloppé de leur manteau, d’autres semblaient coiffés de coussins pour se préserver de la pluie de pierres.

Plusieurs habitants ont été découverts munis

Lampe. (Musée de Naples). , .. • , , • , . \

de victuailles ; ainsi cet nomme qui était mort a côté d’un plat contenant les os d’un petit animal.

Dans les caves de la villa de- Diomède , on retrouva dix-huit cadavres de femmes et d’enfants, entourés de provisions de bouche de toute sorte. Tout ce monde fut étouffé par les cendres, chacun avait la tête voilée et semblait

POMPKI

dormir. Le propriétaire présumé de la villa, une clef à la main, était étendu à terre près de la porte de sortie du jardin, un esclave le suivait portant de l’argent et des objets de prix.

De toutes ces images terriliantes, plusieurs surtout attirent l’attention :

non loin d’un individu vêtu d’un caleçon et chaussé de souliers garnis de gros clous, on trouve deux femmes couchées sur la cendre; peut-être la mère et la fille.

Une autre jeune femme porte les cheveux relevés en nattes, elle est posée

Homme avec sandales. (Musée de Pompéi).

sui le ventre, la tête appuyée sur le bras ; la nuque bien prise, les jambes fines et le corps élégant en font une délicieuse créature ; nous avons son moulage, comme celui de bien d’autres, grâce à l’ingéniosité de M. Fiorelli, le savant italien auquel on doit d’avoir déblayé méthodiquement Pompéi et dont les conseils furent suivis par ses successeurs. Son buste, du reste, s’élève depuis quelques années sur le Forum civil de Pompéi. Cet érudit eut l’idée de faire couler du plâtre dans les moules naturels formés par la cendre mouillée

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qui, en séchant, s’était solidifiée autour des corps des victimes tombés ensuite en poussière. L’exécution de ce procédé a donné les empreintes humaines

que nous voyons au petit musée de Pompéi et que nous reproduisons ici. Nous voyons encore, charmante, une femme au pied cambré, chaussée de

brodequins ; elle avait une

bague au doigt et portait des

pendants d’oreilles; elle fut

trouvée sur le dos, les vête-

monts roulés autour des han-

ches, laissant voir des cuisses

potelées et des attaches déli-

cates. Près d’elle, furent seu-

lement trouvés un petit

Amour en ambre et un mi-

roir. Il faut croire que son

plus sûr bagage était encore

sa beauté.

Un chien, dont nous

Bggg

donnons ici le moulage, était

attaché par son collier à une poste; il gardait la maison Des squelettes de prisonprison voisine du Forum, les

Clef trouvée à la villa dite de Diomède.

(Musée de Naples).

chaîne, il n’a pu fuir de son d’Orphée.

niers furent délivrés de la os des jambes ôtaient pris

dans des entraves de 1er. Un crâne et un casque de soldat sont encore con-

Homme. (Musée de Pompéi).

servés, c’est un des rares vestiges guerriers découverts en dehors des armes des gladiateurs qui étaient nombreux à Pompéi.

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Malgré l’impression douloureuse que nous inspire la mémoire des agonies et des jeunes existences englouties, l’éloignement du désastre et l’attrait irrésistible qu’offrent l’ensemble de la ville exhumée, font que l’esprit captivé pousse l’inhumanité jusqu’à ne pas regretter que le volcan

aux flancs trop généreux ait conservé le champ le plus vaste où l’antiquité gréco-romaine puisse se déchiffrer comme dans un livre.

Sans la montagne de feu, que seraient devenus ces rues, ces maisons, ces temples, ces vivantes peintures, ces délicates sculptures ? Nul doute que la civilisation et les guerres n’eussent eu raison de ce trésor qui fait notre joie et dont la mémoire ne serait pour nous qu’un vague souvenir.

Le Vésuve épuisé, ayant calmé sa fureur, les survivants revinrent sur les lieux qui gardaient leurs foyers, asile de leur enfance ; ils n’avaient plus de patrie, tout était anéanti et la mer s’était retirée à un kilomètre pdus loin p>ar suite de l’exhaussement du sol (i). Quelques

(i) M. Ruggiero, l’un des directeurs des fouilles, ht creuser des puits dans la campagne en 1879, au moment où l’on rectifiait le cours du Sarnus, il reconnut que l’ancien rivage n’était éloigné de Pompéi que d’un kilomètre (2 kilomètres maintenant) et que la mer s’échancrait dans les côtes vers Pompéi où le Sarnus débouchait anciennement. (Voy. Pompéi e la regione sotterrata dal Vesuvio... Napoli, 1879).

Fiorclli. (Buste érigé au Forum de Pompéi).

LA DESTRUCTION DE POMPEI ET LES FOUILLES

étages supérieurs qui avaient résisté à la tourmente et émergeaient de la couche de cendres, durent guider les Pompéiens dans leurs recherches, car il est indubitable qu’ils vinrent fouiller leurs anciennes demeures pour en retirer les objets de valeur qui y avaient été laissés. Des peintures même furent détachées des murs et, dans les fouilles modernes, il n’est pas rare de voir un panneau décoratif dont le sujet principal a été emporté ; le mur est détérioré à la place laissée vide; seuls, quelques crampons de fer oxydé existent encore. Les habitants pénétrèrent donc chez eux, ou

chez leurs voisins absents, parles étages supérieurs qui étaient, à cause de l’exhaussement du sol, devenus accessibles de plain-pied.

D’une pièce à l’autre, de

larges brèches furent faites dans les murs pour faciliter le passage, les portes, les corridors, les portiques étaient obstrués par les pierres ponces. Les chambres, dont l'ensevelissement n’avaitétê que partiel, furent ainsi dépouillées, des statues furent enlevées, des revêtements de marbre descellés; des meubles, des dallages disparurent. On pense que plus tard Alexandre Sévère y fit déterrer une grande quantité de marbres, de colonnes et de statues d’un travail remarquable. Au cours des travaux actuels de déblaiement on a retrouvé des squelettes presque debout ; l’un avait une hache à la main et était occupé à percer la muraille. On suppose que les vapeurs méphitiques étouffèrent les chercheurs, que les éboulements recouvrirent, (i) Peu de temps après la catastrophe, il fut

(i) Même de nos jours, des émanations délétères se dégagent de certaines caves et égouts que l’on a bouchés.

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