‹ Pompei, la ville--les moeurs--les arts;Chapitre 9 sur 76 · LES MURAILLES ET LES TOURS. — EXCURSION AUTOUR DE I'OMPÉI · texte numérisé non relu

LES MURAILLES ET LES TOURS. — EXCURSION AUTOUR DE I'OMPÉI

Avant d’entrer plus intimement dans le sujet, il n’est pas inutile de se rendre compte comment a été conçu le plan de Pompéi (i). Nous voyons avec M. Boissier, qui nous guidera souvent de son aimable et sûre érudition, qu’avant de fonder une ville, les premiers habitants de ces contrées avaient d’abord tracé le mur d’enceinte, puis ils tirèrent deux lignes perpendiculaires, l’une allant du nord au sud appelée Cardo , et l’autre du levant au couchant, appelée Dccumanus, qui devenaient le tracé de deux grandes voies principales, sur lesquelles venaient se greffer d’autres artères. Chaque ilôt entouré de rues ( insulac ) se divisait, selon les besoins, en plusieurs habitations.

Deux dessins que nous donnons, reproduisent une partie du plan en relief de Pompéi qui se trouve au musée de Naples; on peut se rendre compte de la disposition des deux théâtres et de la configuration de plusieurs in su lac situées rue de Mercure. Les principales divisions que les fondateurs de Pompéi avaient données à la ville existent encore, car la distribution générale n’a pas dû changer ; les habitants devenant plus nombreux, supprimèrent une partie des jardins cultivés en famille, entourant la maison, et constituant ce que l’on appelait Y haeredium .

Des neuf régions de Pompéi, trois sont entièrement déblayées, trois autres le sont en partie, les dernières sont encore inconnues. Pour nous

(i) Boissier. Promenades archéologiques.

LA DESTRUCTION DE POMPÉI ET LES FOUILLES 3j

rendre compte de l’étendue (i) de la ville et avoir une idée générale de sa physionomie, nous en ferons le tour extérieurement : nous verrons

Vue des théâtres et des constructions voisines. (D'après le plan en relief du Musée de Naples.)

mieux les murailles, les tours et les portes, et nous jouirons de la vue de beaux sites. Huit portes au moins donnaient accès dans la ville et correspondaient à autant de voies importantes qui se dirigeaient vers quelques bourgades des environs auxquelles elles ont emprunté leurs noms.

Ce sont les portes de la Marine, de Stabies, de Nucérie, du Sarnus, de Nola, de Capoue, du Vésuve et d’Herculanum.

Seules les portes de la Marine, (IVapris lc pl!m s“ relief du Musd0 dc Napl“')

(i) La ville proprement dite a la forme d’un ovale irrégulier s’étendant de l’est à l’ouest et son enceinte fortifiée a 2,600 mètres de circuit.

POMPEI

de Stabies, de Nola et d’Herculanum son entièrement déblayées; cette dernière est de construction romaine, les autres datent de l’époque des murailles, c’est-à-dire des Osques.

La porte de la Marine, où l’on arrive actuellement par un chemin en tranchée ouvert dans les cendres et ombragé d’accacias, est ainsi nommée à

La

porte de la Marine.

cause de son voisinage de la mer, et était probablement placée sous l’égide de Minerve dont on voyait une statue de terre cuite dans une niche, près de l’entrée, où brûlait une lampe votive en or. Cette porte n’a qu’un seul portique formant une longue voûte; le terrain, pavé en partie, monte considérablement et ne devait pas être accessible aux chars. La porte se fermait par deux battants de bois et par une grille de fer; de grandes salles voûtées qui devaient servir d’entrepôt y donnaient accès sous le porche, et une ancienne voûte dallée de

POMPEI

pierres polygones, qui conduisait jadis à ces magasins, a été recouverte sous les monceaux de scories déposées lors des fouilles de 1817. Les murailles, en cet endroit, bordaient cette voie importante que l’on distingue par places; les

Pompéi. Côté sud.

maisons antiques avaient envahi les fortifications, devenues inutiles sous la domination romaine, et tout le coteau sud qu’occupait une partie de Pompéi était couvert de pittoresques constructions, étagées comme en un véritable

Panorama de Pompéi (de Sorrente au Vésuve).

amphithéâtre, où les terrasses étaient nombreuses; il en reste plusieurs d’où la vue est merveilleusement belle sur la campagne et la mer. De la route actuelle qui se dirige vers Salerne, la vieille cité offre une physionomie originale, et sa silhouette sur le ciel rappelle celle d’une ville forte du moyen âge.

Un peu plus loin, la vue s’élargit : le Forum triangulaire, Y agora de l’époque grecque forme la plus belle terrasse naturelle de Pompéi et en était l’acropole. Un banc en hémicycle est situé au bord de la muraille; derrière, se trouve le

L’Acropole de Pompéi.

temple dorique grec dont il ne reste que les cinq degrés et quelques chapiteaux; puis on aperçoit une partie du grand théâtre, et quelques colonnes de l’ancien portique pointent, légères. Les aloès, les cactus soutiennent les cendres recouvertes d’une fraîche verdure que les chaudes colorations du soir

viennent dorer de leurs feux. Dans le fond, le Vésuve se dessine et, de sa croupe bleue, toujours la fumée s’élève, se courbe, s’étire et s’étend pour se perdre dans la nue. Non loin, nous sommes à la porte de Sfabies, où sous le porche se voit un cippe samnitique orné d’une inscription donnant le nom des édiles chargés des travaux de pavage de la voie stabienne qui était très

Pompéi. Vue prise de la porte de Stables.

POMPÉ

fréquentée, à en juger par l’usure des dalles placées sous la voûte. Les charretiers (les cisarii ) s’y arrêtaient et faisaient boire leurs mulets à la fontaine, bien endommagée, qui est adossée au mur. A gauche, sur le côté, un escalier conduit aux remparts et permet de jouir d’une vue assez étendue de la ville et du Vésuve. Les nombreuses maisons construites sur un même modèle, que

Porte Stabienne. Côté intérieur (i).

nous voyons de chaque côté de la rue, n’étaient pas habitées par des gens fortunés: dans l'une d’elles, qu’avait louée un nommé Marcus Suras, originaire de Characène, rameur de la flotte de Misène que commandait Pline, fut trouvée la copie d’un décret impérial qui lui accordait, ainsi qu’à ses compagnons, la nationalité romaine après vingt-six ans de service militaire.

Deux beaux bancs en exèdre, abritant les tombes de Tullius et de Minius, sont situés près de la porte hors la ville : ils devaient offrir un agréable repos

(i) Voir la planche en couleurs, n° 2. Côté extérieur de la porte Stabienne.

de cliaq: 1 n’étaient pas habitées par des ge ' ■

'rtunt- 'uni elles, qu ée un nommé Marcus Suras, orip

LA DESTRUCTION DE POMPÉ! ET LES- FOUILLES

et une vue dégagée vers la vallée du Sarnus ; là on venait attendre en jasant ceux qui, attardés, se faisaient désirer; on y voyait passer aussi les chariots pesamment chargés, apportant le bien-être et le plaisir ; on y entendait de loin, dans le calme champêtre, le pas cadencé des mules pressées et le tintement de leurs sonnailles. Des sépultures sont situées plus loin au bord rie la route et on retrouve dans la campagne, au niveau du sol antique, dans la direction

de S labiés, des urnes de terre cuite remplies d’os calcinés, des ampoules de verre et des monnaies.

En poursuivant notre excursion, nous apercevons 1 amphithéâtre, situé maintenant dans un bas-fond, et qui fut le premier monument découvert. Tout proche, se trouve la porte de Nucérie non encore déblayée, mais au delà, la voie a été fouillée par M. Pacifico, le propriétaire actuel de cette partie de la route antique où des tombes de stuc étaient décorées de statues de pierre grossièrement taillées, d’un caractère archaïque prononcé. Les sépultures

Tombeaux; elles accusent des détails de style égyptisant et l’une d’elles était érigée à un membre de la famille Mancius, dont voici l’inscription :

P ■ MANCI • P • L • DIOGENI EX TESTAMENTO ARBITRATV MANCIAE ■ P - L- DORINIS

Tournons maintenant nos regards vers Pornpéi ; une grande partie des

38 POMPEI

situées en ce lieu ne ressemblent pas à celles si connues de la voie des

L’amphithéâtre.

Tombes de la voie de Nucérie.

terrains n’est pas encore déblayée et même d’anciennes scories rapportées ont encore exhaussé le sol. On jouit de cet endroit de la plus gracieuse vue panoramique du pays : à gauche, au loin, la mer et Capri dont la silhouette

enchevêtrée de Pompéi, et, vers la droite, le Vésuve fièrement campé, toujours menaçant. La plus jolie campagne égaie l’œil charmé dans cette lumineuse

Porte de Nola. (Côté intérieur.'

LA DESTRUCTION DE POMPEI ET LES FOUILLES 3ÿ

s’aperçoit de différents points dans de délicieuses échappées, puis la masse

Pompéi. (Côté sud-est.)

nature ; les pins parasols élèvent leurs troncs élégants couronnés de verdure sombre, et les arbres fruitiers du printemps émaillent d’étoiles blanches et roses le roux de leurs branches. Les blés verts et les lentilles en fleurs étalent

4o POMPÉI

leur frais tapis où se reposent les yeux, et quelques maisons blanches modernes jettent leur note gaie et vibrante qui chante sur les flancs de la montagne bleue ou rose, violette ou or, selon l’heure du jour. Quel site délicieux où les senteurs marines s’unissent au parfum des champs dans un si beau décor, où

l’âme ravie aime d'un égal amour et l’art et la nature! Quel pays inspirerait mieux un nouveau Théocrite !

Le soir, le même tableau offre des aspects nouveaux. Le ciel empourpré noie de ses couleurs les souples contours des montagnes de Sorrente dans des buées chaudes d’un violet au velouté broché d'or; l’ile de Capri, couronnée

ttl * + N< J1 ffL v 1 ^ A.

Marques lapidaires osques.

d une auréole de feu, paraît s’anéantir dans une apothéose ; la mer rose tendre ou bleu d’airain accuse de sa ligne rigide l’horizon où quelques voiles blanches, semblables de loin à des oiseaux aux ailes déployées, se penchent comme pour caresser l’onde. Tout est calme alors, tout se tait, les ombres longues s’effacent, et la pénombre envahit la ville froide qui meurt dans le violet lané du soir. La vision a fui, la nuit arrive. Le charme est intense, à

LA DESTRUCTION DE POMPÉI ET LES FOUILLES 41

vos yeux perle une larme de regret et d’amour, et l’esprit bercé de langueur, comme emporté dans un rêve immense, semble attiré vers l’invisible attrait; le regard embrasse la voûte infinie où au loin le brillant Hesperus ouvre aux voluptueuses caresses les portes delà Nuit... Pour mourir, Vénus se lève...

Revenons vers l’est à la porte de Nola ou d’Isis, voisine de l’amphithéâtre; elle est voûtée également et la clef de 1 ’arc est ornée d’une sculpture très fruste représentant, croit-on, la tête de la déesse égyptienne Isis ; ses cheveux en longues tresses retombent sur ses épaules, et un diadème parait couronner son

Porte de Nola. (Côté extérieur.)

front. A côté est fixée une plaque de marbre où se voit l’inscription osque que nous reproduisons d’après de Clarac.

La fonction de medixtucticus était la première charge municipale chez les Osques, et la iamille Popidius, dont les inscriptions rappellent plusieurs fois le nom à l’époque pré-romaine de Pompéi et qui semble avoir eu un culte particulier pour Isis. Les murailles voisines sont au contraire fort vieilles et sont l’œuvre des Osques ; beaucoup de marques (1) curieuses sont creusées dans la pierre, plusieurs signes rappellent certaines lettres de l’ancien alphabet grec. Parmi les spécimens des marques que nous donnons, toutes ont été gravées sur le tuf ou la lave dure, matériaux employés pour les construc-

(1) Voy. Marriott, Facts about Pompéi. London, Watson and Viney. Parmi ces marques, plusieurs se voient tracées sur les pierres des cathédrales du moyen âge.

POMPEI

lions anciennes, pour les bordures des trottoirs et les dalles des rues. Les pierres dans les premières assises sont taillées en forme de trapèze et le haut des murailles est construit en grand appareil, pleins sur joints. En poursuivant notre route vers la porte d’Herculanum, les fortifications qui restent encore sont très bien conservées et hérissées de tours carrées, élevées avec des petits

moellons et de construction plus récente cjue les remparts, probablement en l’année 90 av. J.-C. au moment de la guerre sociale. L’une d’elles porte gravé sur la meurtrière le nom de Z ( ucius ) Sul (7) a , Sylla, le général romain qui réduisit Pompéi. En cet endroit, on se rend parfaitement compte de la disposition des remparts de la ville, qui étaient formés d’un terre-plein terrassé, soutenu, de chaque côté par un mur de pierres de taille donnant une surface de jfm,6o de profondeur. Le mur extérieur devait avoir 8 mètres de hauteur et le mur intérieur 1 1 mètres environ. Les tours qui servaient de poternes sont

Les murailles et les tours.

LA DESTRUCTION DE POMPEI ET LES FOUILLES

placées à égale distance les unes des autres et se composaient, de plusieurs

Les murailles et les tours.

plans : i° la poterne proprement dite qui servait de porte à la ville et où commençait l’escalier conduisant au terre-plein et à la partie supérieure ; 20 un

La porte d'Herculanum.

étage voûté et garni de meurtrières se trouvait au niveau du rempart; 3” la plate-forme supérieure couronnée de créneaux. Des brèches furent laites dans

Vue prise sous la porte d Herculanum.

lointains vaporeux se noient les Abruzzes aux cimes chargées de nuages. Nous vo} ons aussi les montagnes de Sorrente s’incliner vers Capri ; la mer brille comme un lac d argent, olfrant un contraste puissant avec la niasse robuste et sombre des murailles osques et des tours.

POMPEI

les murailles, lors des sièges qu’eut à subir Pompéi, et, sous l’occupation romaine, les tours furent démantelées et les fortifications durent être déclassées. Dans ces parages le site est grandiose; nous planons sur Pompéi et dans les

Suivant encore les remparts, nous arrivons à la porte d’Herculanutu, d’où l’on domine la voie des Tombeaux. Cette porte avait trois arcades, mais celle du milieu n’existe plus; elle était réservée aux chars et se fermait par une herse dont les coulisses sont restées. Les passages latéraux étaient clos par des portes et leurs pivots sont encore en place. Cette entrée était naturellement la plus fréquentée de la ville ; c’est elle qui mettait en communication Pompéi avec Herculanum et Rome et unissait, nous le savons, le faubourg Au ffustus Félix à Pompéi. Son aspect n’otfrait pas la rude allure des autres portes ; construite de moellons et de briques par les Romains, son revêtement était de stuc blanc et la face extérieure servait d 'album où étaient inscrites les annonces et les ordonnances des magistrats. Ce monument, assez élégant, simulait un arc de triomphe s’ouvrant sur la voie des Tombeaux.

Page 1