‹ Pompéi, les catacombes, l'AlhambraChapitre 11 sur 40 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

DÉLICES DE POMPEI.

Pompéi , par son aspect enchanteur et par Téloquence de ses ruines, nous en apprend assez sur la vie voluptueuse et douce qu'y menaient ses antiques habitants. Les jouissances du riche d'autrefois dépassaient évidemment celles du riche d'aujourd'hui, car les souffrances du pauvre étaient plus grandes. A l'esclave le travail, la misère, les larmes ; à l'homme libre tous les plaisirs. Pendant que des malheureux travaillaient pour lui dans sa maison, ' le Pompéien pouvait sans nul souci passer sa journée au cabaret, au jeu, aux thermes, au théâtre.

Un auteur cite les cafés de Pompéi ; cette expression choque sans doute lorsqu'on l'applique à un pays où le café n'était pas encore connu , mais elle répond mieux que toute autre à l'idée que nous voulons donner des établissements publics où l'on allait boire et se distraire.

Dans la ville exhumée on retrouve des auberges, des popinœ, des œnopoles et des thermopoles.

Entrons dans l'auberge d'Albinus et dans celle de la rue des Tombeaux. Leur distribution intérieure fait voir qu'elles étaient destinées à recevoir des voyageurs. Le volcan envahit la maison sans donner le temps de retirer la marmite du feu et les chevaux

* de l'écurie.

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Lorsque le prêtre avait offert un sacrifice, les valets , popœ, vendaient chez eux la portion des dieux, ce qui fit donner le nom de popinœ à des gargotes fréquentées par le public qui aimait le bon marché.

L'œnopole se rapprochait de nos cabarets; on allait y boire du vin. Les thermopoles ressemblaient à nos cafés; on y vendait des boissons plus délicates , du vin à la myrrhe , de Thydromel, du vin chaud, des liqueurs, liqueurs tellement fortes qu'elles ont attaqué le poli du marbre des tables sur lesquelles les amphores avaient été posées.

€ Voyez ces philosophes, disait Plante; où vont-ils sans cesse? Ils se cachent le visage, et vont boire chaud. » Des peintures contemporaines nous représentent des hommes graves, sans doute, et des matrones, assis dans une espèce de cabaret, la tête enveloppée d'un capuchon, pour n'être pas reconnus.

Les invitations à boire sont fréquentes sur les enseignes. Après avoir bu, on jouait. Les fresques et les inscriptions nous enseignent les jeux d'autrefois. La sphéristique et les jeux qui exerçaient l'agilité et l'adresse étaient souvent moins recherchés que ceux qui excitaient la cupidité. Que de sommes dépensées aux osselets, aux échecs et aux dés!

Une des plus gracieuses peintures de Pompéi nous représente des jeunes filles jouant aux osselets. Les artistes anciens ont emprunté à ce jeu des scènes nombreuses et charmantes. Les savants ont beaucoup disserté à ce sujet, et, en profitant de l'érudition empruntée à leurs traités spéciaux sur la matière, nous pourrions écrire des volumes entiers sur les osselets : nous ne leur consacrerons que quelques lignes.

Dans les âges antiques, le jeu des osselets était fort à la mode. Il faisait fureur du temps de la guerre de Troie. Homère raconte que Patrocle tua le fils d'Amphidamas, dans un mouvement de

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colère qui le saisit en s'amusant avec des osselets. Ce jeu, qui ne nous paraît convenir aujourcHiui qu'aux jeunes filles, plaisait fort illards, comme nous rapprend Cicéron.

lomains appelaient les échecs latrunculi. Ils se servaient liiquier où différentes pièces étaient censées représenter )upes de brigands se disputant un point fortifié. le les grands joueurs préféraient, c'était le jeu des dés; ils lient aussi le cornet. Les dés antiques ont la même forme nôtres et la même division par points. Six partout, c'était de Vénus; as partout, c'était le coup du chien. Je possède rouvé dans les fouilles de Pompéi ; je crois qu'il avait été

ission du jeu était un des plus grands vices des anciens ; lous révèle à ce sujet de curieux détails. Il recommande eurs d'éviter les querelles. Il les représente tantôt le visage t le cœur plein de la haine amassée, tantôt lançant des reùrieux et ne pouvant contenir des mouvements pleins de Quiconque a perdu, dit-il, ne cesse de perdre; l'espoir du ramène toujours les dés sous sa main fiévreuse. Il maudit talité dont il est poursuivi, et pour changer la veine il a irs à toutes sortes d'extravagances. »

femmes étaient aussi passionnées que les hommes. Elles lient à dissimuler leur désolation quand elles perdaient; de dit avec raison que rien ne nuit à la beauté comme de savoir cacher son dépit.

it de bon goût de se laisser battre au jeu par les femmes, s doute quand elles étaient jolies et qu'on ne jouait pas

is encore Ovide en l'abrégeant.

[ un jeune homme aux manières distinguées qui vient se

à la partie. Sa chevelure est parfumée. Une ceinture élé-

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gante serre sa taille. Il fait la cour aux femmes. Prenez garde, Mesdames, ce qu'il vous a dit, il Ta dit à bien d'autres.

Il soupire... ah! le brigand! ses soupirs ne s'adressent pas à votre cœur, mais à votre bourse !

Il perd en commençant, ilfperd avec bonne grâce, il perd beaucoup, mais bientôt il gag-ne davantage. Son dé pipé lui assure un

Piscine de la maison du Questeur.

bénéfice énorme. Il ne sait pas s'arrêter; il a trop gagné, c'est ce qui l'a perdu. La fraude se découvre. Alors on s'invective; l'air retentit de provocations furieuses; ce sont des luttes, des rixes, des cris de rage et de douleur. La colère monte à tous les visages; aux injures succèdent les actes de violence, et la table est culbutée sens dessus dessous, les pieds en Pair.

Les Pompéiens aimaient le jeu et les jeux. Ils célébraient des jeux pour désarmer la vengeance des dieux ou pour obtenir leurs faveurs. Ils en célébraient à l'occasion des funérailles, en l'hon-

neur des morts. Ils en célébraient dans mille occasions, pour gagner les bonnes grâces du peuple.

Un plaisir que Rome sensuelle, et, à son imitation, Pompéi, porta jusqu'à un raffinement dont nous avons peine à nous faire une idée, c'est le plaisir du bain public et journalier. Cette douce et voluptueuse coutume se transmit aux musulmans , et n'eut jamais grand succès parmi les chrétiens.

Les thermes, chez les anciens, avaient sans doute une utilité hygiénique, sous un ciel brûlant, dans un temps où la rareté du beau linge et des bonnes chaussures rendait encore la propreté plus nécessaire. C'étaient de somptueux palais , décorés avec magnificence, où l'on passait presque toute la journée à traiter les affaires sérieuses et à écouter les nouvelles futiles , à nouer les intrigues politiques et les intrigues galantes, à goûter les charmes de l'étude et les douceurs de l'oisiveté, à soigner sa santé et à l'épuiser par tous les raffinements des voluptés des sens excités par la danse, la musique et les plaisirs divers.

Un des étonnements les plus grands pour moi k Rome, c'était l'immensité des ruines des thermes antiques, notamment des thermes de Caracalla. Mon imagination se reportait vers le passé pour rendre à ce monument sa vie et sa splendeur, dont nous avons peine à nous faire une idée. Je me représentais par la pensée les seize cents sièges de marbre et de porphyre dont parle Apollodore; les baignoires en granit et en basalte fixées dans le sol ou se balançant en l'air, et les trois mille personnes qui s'y baignaient à la fois; les savants assis sur les exèdres pour consulter les livres delà riche bibliothèque; les élégants occupés à des futilités sous les riches portiques ; les marchands de toutes espèces offrant des objets divers et surtout des friandises, en faisant entendre chacun un cri modulé; les acteurs jouant des scènes comiques; les gladiateurs jouant des tragédies vivantes; les artistes romains étu-

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diant les tableaux des maîtres grecs, et ces immortels chefsd'œuvre de sculpture qu'il nous est donné d'admirer encore, le Laocoon, la Vénus Callipyge, la Flore, l'Hercule et le taureau Farnèse!

Ammien Marcellin, parlant avec admiration de la grandeur des thermes de Rome, dit qu'ils étaient vastes comme des provinces entières !

Sans doute Pompéi ne pouvait rivaliser de magnificence avec la maîtresse des nations; mais les monuments romains ont été renversés par le temps et par les barbares, tandis que les thermes pompéiens sont encore debout. On peut les voir et les étudier de ses propres yeux, sans avoir besoin de discuter sur le sens des auteurs latins qui les ont décrits.

Les thermes de Pompéi occupent presque tout un îlot, c'est-àdire un espace large de 50 mètres sur une profondeur de 53. Un corridor à plafond d'azur parsemé d'étoiles d'or nous conduit de l'atrium au vestiaire, où l'on voit encore une triple rangée de bancs {scholœ) et la place où se déposaient les vêtements. On y avait oublié une épée. Cette petite pièce ronde, éclairée par le haut, était destinée au bain froid, c'est le frigidarium. Passons à la chambre chaude, ou tepidarium , à la salle du bain à vapeur, ou caldarium, et admirons de gracieuses colonnes, des décorations en stuc, en peintures, dans un étonnant état de conservation.

Le grand brasier {foculare) est de bronze , porté sur cinq pieds, dont les deux de devant sont ornés de sphinx. Le bassin est décoré avec goût; on remarque notamment une vache en relief, vaccida, et une inscription qui nous a transmis le nom du donateur, M. Xigidius Vaccula. Chez les Romains plusieurs nobles familles avaient pris des noms d'animaux : Porcins, Taurus, Aper. En France, en Gascogne, les noms les plus anciens sont souvent des noms de bêtes sauvages et d'oiseaux de proie. Nous citerons les Loups de

Béarn, les Luppé, les Esparbès (éperviers), les du Lion, les Mauléon (mauvais lion), etc.

Rien n'acquérait des titres à la reconnaissance du peuple comme les libéralités consacrées à rembellissementd'un lieu destiné à ses plaisirs. Aussi des inscriptions osques et latines apprennent encore à la postérité quel est le questeur qui, avec des fonds pris sur les amendes judiciaires, a fait faire le cadran solaire, quels sont ceux qui ont surveillé les travaux de construction ou de réparation de Pétuve, du destrictorhnn (salle du massage), des portiques, de la palestre.

Dans les thermes, rien ne laisse à désirer pour le service; riieure de Pouverture est annoncée par la cloche, l'entrée n'est pas gmtuite ; pour les pauvres, c'est à bon marché.

Horace aussi disait : « Pendant que, fier comme un roi, tu iras te baigner pour un quadrant. » Dans une salle de Pompéi on a retrouvé, en effet, plusieurs quadrants, menue pièce de monnaie.

Les riches arrivaient à leurs heures, c'est-à-dire assez tard; le bain leur revenait cher. Dans le spoliariiwi, où ils se déshabillaient, ils confiaient leurs vêtements aux capsarii, qui les enfermaient dans une capsa (coffre). Pendant Pété ils faisaient rafraîchir Peau avec de la neige. Ils prenaient ce que nous appelons des bains russes, en passant rapidement de l'eau très chaude à l'eau très froide. Après avoir excité la transpiration par les étuves à vapeur, ils se livraient aux masseurs, iractatores, qui leur ratissaient la peau avec le strigile (sorte d'étrillé), instrument recourbé en métal ou en ivoire. L'homme riche fait apporter par un esclave son élégant strigile , pour ne pas se servir de celui de l'établissement. Après ces opérations et un massage habilement traité, les reunctarii aliptœ venaient Pépiler et le frotter de parfums.

Lés bains devaient plaire singulièrement aux anciens , puis-

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qu'ils en prenaient jusqu'à sept dans la même journée, ainsi que Pline le raconte. On passait une partie du jour et môme une partie de la nuit dans les thermes. Les salles étaient éclairées le soir. Je crois qu'une lumière adoucie et mystérieuse y était préférée à une clarté trop vive : aussi je suis porté à penser que les 1.348 lampes trouvées dans une petite pièce, au lieu d'être em-

Baiii pompéien.

ployées à un service quotidien, étaient là en réserve pour quelque illumination des jours de fête.

Quels plaisirs pouvaient retenir si longtemps les Pompéiens dans leurs thermes? Sans essayer de décrire les jouissances matérielles qu'ils savaient s'y procurer, disons qu'ils y trouvaient encore toutes les distractions, même celles de l'esprit. Après s'être livrés à des exercices gymnastiques, au jeu (on a retrouvé aux bains de Pompéi deux grandes boules pour la sphœra), ils

aimaient à écouter les vers des poètes. Dans ce temps où toutes les élégances de la vie étaient arrivées à un si haut degré de perfection, malheur à qui aurait mal parlé la langue de Cicéron et de Virgile! Pétrone rapporte qu'un nommé Eumolpium, ayant essayé de lire de la mauvaise poésie, eut grand'peine à esquiver les coups que le peuple voulait lui donner pour récompense.

Dans la ville de Vénus, il n'y avait pas de thermes séparés pour les* hommes et pour les femmes. Ce n'est qu'un demi-siècle après la destruction de Pompél que l'empereur Adrien, indigné des abus qui se commettaient, prescrivit la séparation des sexes et le retour à des règles anciennes inspirées par le respect des mœurs.

Les Pompéiens adoraient les spectacles; ils avaient un odéon, un grand théâtre, un amphithéâtre.

Si les jeux scéniques passionnaient les païens, est-ce avec raison que les chrétiens les prirent en horreur?

« Nous renonçons sans peine à vos spectacles, s'écriait Tertullien. Pleins de mépris pour tout ce qui s'y passe, nous ne les réprouvons pas moins que les superstitions d'où ils tirent leur origine. Nous n'avons rien de commun avec les impuretés du théâtre, les cruautés de l'arène, les vains exercices des athlètes. »

Il nous suffit de raconter ce qu'étaient les spectacles de Pompéi pour démontrer combien ils devaient être odieux à l'Église naissante.

Sur le coteau qui domine la ville s'élevait le grand théâtre tragique. En face se trouve un forum triangulaire, entouré de portiques formés par 90 colonnes doriques : on pouvait s'y promener à l'abri du soleil et de la pluie.

11 est malheureux pour nous que le volcan n'ait point couvert entièrement cet édifice, dont le sommet fut facile à retrouver. Les Pompéiens ne manquèrent pas de venir en rettrer les statues et les colonnes qu'ils purent ressaisir.

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Reconstruit, après la catastrophe de Tan 63, par l'architecte Artorius, aux frais de deux opulents citoyens, Rufus et Halcorius, le théâtre ne fut terminé qu'en 79. Il pouvait contenir 5,000 spectateurs. Il était admirablement situé, et recevait les douces brises de la mer.

Les anciens ne considéraient pas le théâtre comme un lieu profane, mais comme un noble édifice. Souvent, lorsque de grandes causes excitaient la curiosité publique, la foule demandait à grands cris aux juges de descendre de leur tribunal et d'aller siéger au théâtre. Ce fut au théâtre que les habitants de Tarente reçurent les ambassadeurs du sénat romain.

Voici comment la salle de Pompéi était distribuée : le postscenium ou coulisses; le scenium^ la scène; le proscenium y l'orchestre; V orchestra y le parterre, et, pour mieux dire, l'espace , réservé pour les danses; les caveœ, les gradins, où les places étaient marquées. A la différence des anciens théâtres connus, la caveuy que nous appellerions l'amphithéâtre, au lieu d'offrir la forme d'un hémicyle, présente celle d'un fer à cheval. Les vomitoria, c'étaient les portes; il y en avait 4 à l'extérieur et 6 à l'intérieur.

Les gradins, en marbre de Paros, étaient au nombre de 28; plusieurs gardent encore leurs numéros. Les quatorze premiers étaient des places privilégiées. La loi Roscia ne permettait de les occuper qu'à ceux qui possédaient un bien de la valeur d'au moins 400.000 sesterces (78.000 fr.). On y a retrouvé une chaise curule; le bisellium pénétrait dans l'orchestre. Une galerie grillée était réservée aux dames; les places du haut, summa cavea, étaient occupées par des esclaves, par la plèbe, par les hommes vêtus de gris et par les femmes du peuple, ces spectateurs étaient nommés pullati. On nomme encore en Italie les dernières loges piccionaja, poulailler. De summa cavea spectare^ regarder du

dernier gradin, était devenu une expression proverbiale pour

^A^:^,^QY les gens de peu, la canaille.

dessus du théâtre à ciel ouvert, on remarque les modillons îcevaient les poutres destinées au velarium. C'est dans la anie que prit naissance Tusage de couvrir de voiles le specpour le mettre à Tabri des rayons du soleil. Cette invention, le toutes celles qui sont bonnes, commença d'abord par ritiquée, et finit par triompher des critiques. Des auteui^s obèrent aux Romains d'avoir imité la mollesse asiatique en îttantaux plébéiens de âe cacher à Tombre.

un ingénieux mécanisme , le velarium se fermait ou se i^ait. Suétone raconte que c'était un des plus grands plaisirs ligula, lorsque le peuple était commodément assis à l'ombre, re retirer les voiles , afin de jouir de l'air vexé des spectaexposés tout à coup nu-tête et immobiles aux traits d'un ardent.

on fit broder d'or un velarium de pourpre orné de peinoù il était représenté sous les traits d'Apollon conduisant le du soleil. Comme l'ombre était fort appréciée sous le ciel it d'Italie , dans les grandes occasions on déployait sur les les tentures d'une maison à l'autre. Jules César fit disposer )iles sur le forum et sur la voie sacrée, de son palais au )le.

affiches de Pompéi, en annonçant le spectacle, ne manquent e promettre de l'ombre : vêla erunty il y aura des voiles. s du grand théâtre tragique, se trouve l'Odéon ou théâtre rt. Il ne contenait que 1.500 personnes, et l'on y jouait la lie; c'est là qu'on distribuait les prix de poésie, les trépieds couronnes ; c'est là que se donnaient les spectacles dans la aise saison, afin, selon l'expression de Tertullien, de ne pas r chômer pendant l'hiver les plaisirs impudiques.

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Tout dans TOdéon présente des proportions réduites. A Viina cavea, 4 gradins plus larges sont seulement réservés aux personnes privilégiées. La seconde cavea se compose de 14 gradins. Nous engageons les architectes modernes à remarquer Tattention qu'on avait jadis de ménager un espace convenable pour que les spectateurs pussent mettre leurs pieds à Taise. Cette cavea est divisée par 6 escaliers qui aboutissent à autant d'issues ou vomitoires.

C'est Tamphithéâtre surtout qui faisait les délices du peuple. Celui de Pompéi contenait 20.000 personnes assises. Le Colisée en contenait, à Rome, plus de 100.000.

L'amphithéâtre était situé à l'extrémité sud-est de la Ville, et il faut passer, pour y arriver, sur des quartiers encore ensevelis sous des champs cultivés. C'était la réunion de deux théâtres. Le double parterre, orchestra^ formait l'arène. Trois passages principaux y aboutissaient; l'un destiné aux gladiateurs, le second aux bêtes, le troisième à ceux qui venaient retirer les cadavres. Des escaliers conduisaient à des loges couvertes, réservées aux femmes.

En 1869, en déblayant une assez chétive maison, M. Fiorelli a découvei't une peinture, qui est la représentation contemporaine de l'amphithéâtre avec ses gradins, ses escaliers extérieurs, son velarium tendu pour protéger les spectateurs contre le soleil. Derrière l'amphithéâtre se dressent les murs de la ville avec leurs tours; devant, une place plantée d'arbres est couverte de baraques en bois dressées par les marchands ambulants à l'occasion des jeux ; à droite s'élève un grand édifice rectangulaire ; l'intérieur peut se voir, et le peintre n'a pas négligé le petit bassin du milieu de la cour. De tous côtés des personnages esquissés par deux ou trois coups de pinceau, vêtus d'une simple tunique attachée à la ceinture, combattent, se poursuivent et se tuent; le sol est jonché de morts et de blessés.

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Assistons à une représentation. Le peuple fait queue, et, pour se distraire, il écrit sur le mur ses observations. Il raconte les exploits des gladiateurs et nous apprend, par exemple, que tel gladiateur a triomphé dans cinquante combats.

Il y a des places réservées pour les esclaves, mais elles sont en nombre insuffisant pour la foule qui les convoite et il faut les assiéger de bonne heure. Le tumulte des amateurs pauvres qui se pressent autour de Tamphithéàtre avant minuit est si bruyant qu'il fatigue les empereurs comme Caligula, plus désireux de prendre leurs aises que de permettre au peuple de se distraire.

Les personnes privilégiées ou munies de billets sont reçues par des huissiers {locarii designatores), qui leur assignent les places.

Nous sommes au théâtre. Le rideau, où sont peintes des scènes historiques, se déroule, et la pièce commence. Une flûte douce et habile soutient Tintonation de la voix de l'acteur. Un acteur, l'air efl^rayé, déclame un morceau terrible. Cicéron dit en souriant : « Puisqu'il récite de si beaux vers aux sons d'une flûte si agréable, je ne vois pas de quoi il a peur. »

Il faut cependant de l'horrible aux Romains. L'inhumanité était si bien d'accord avec la volupté que la tragédie ne se contentait pas du charme des fictions poétiques, et, pour devenir plus saisissante, avait recours à un réalisme cruel : plus d'un acteur, sacrifié aux réjouissances populaires, fut frappé sur la scène, où il donna le spectacle d'une véritable agonie. Qu'on ne s'étonne pas de ce raffinement de l'art scénique chez les anciens : pour eux la vie d'un esclave ou d'un gladiateur, c'était si peu de chose !

Ils n'épargnaient pas même leurs dieux sur la scène. Diane était fouettée en public, et le testament de feu Jupiter était livré à la risée du peuple. Passons à la comédie. L'entr'acte est consacré à une délicieuse

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musique, qui empêche de le trouver trop long. Un acteur, à la fin du premier acte du Pseudolus, de Plante, a soin de vous dire : «r Pendant que je vais combiner mes fourberies , ce joueur de flûte vous divertira. »

Lorsqu'il n'y a pas de musique ou que Ton trouve qu'il y en a tix)p, on passe au foyer. C'étaient sans doute la salle et la cour qu'on remarque à Porapéi, derrière le postscenium, lieu où se retiraient les acteurs.

Une tour, carrée au dehors, ronde au dedans, domine la partie supérieure du théâtre, et sert de réservoir pour les eaux. Sénèque nous apprend que par des tuyaux étroits, ménagés avec art, on élevait à une grande hauteur, pour la faire retomber ensuite sur les spectateurs, une douce rosée aromatisée de safran. On mettait sur l'affiche : Il y aura des parfums.

C'est à l'amphithéâtre que se donnent les plus brillantes fêtes. Le meilleur moyen de plaire au peuple, l'acte de munificence qui faisait acquérir le plus de gloire, c'était un combat de gladiateurs. Les riches ordinairement fondaient par testament un combat annuel de gladiateurs pour célébrer l'anniversaire de leur mort, comme les chrétiens fondent des messes afin qu'on prie Dieu pour eux dans de pieux anniversaires.

La fureur de donner des spectacles devint si contagieuse que les pauvres voulurent en donner comme les riches ; ils croyaient honorer ainsi les funérailles d'un père et se créer un titre à la popularité. Un sénatus-consulte, pour les empêcher de se ruiner, défendit à tous ceux qui avaient moins de 400.000 sesterces de rente (environ 78.000 fr.) la faculté d'offrir au public des combats de gladiateurs. Des hommes sages, qui étaient obligés de payer par des fêtes les honneurs municipaux, préférèrent quelfois consacrer à un établissement durable les sommes qu'on dépensait follement dans des spectacles d'un jour. Cela résulte

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de plusieurs inscriptions porapéiennes sainement interprétées.

L'affiche annonçait le genre du combat : la chasse, venatio, et les munera, ou luttes des gladiateurs entre eux.

La chasse avait lieu de plusieurs manières. Tantôt c'étaient des bêtes qui combattaient entre elles, tantôt elles combattaient contre des hommes. Une affiche de Pompéi prévient que le spectacle commencera au lever du soleil. Suétone nous apprend que Claude prenait tant de plaisir à ces luttes qu'il s'y fendait dès le point du jour, et qu'il y restait encore à l'heure où le peuple allait dîner.

SousTrajan, dans des jeux célébrés à l'occasion de la défaite des Parthes, 11.000 bétes furent égorgées dans l'arène.

L'amphithéâtre de Pompéi nous raconte encore par ses peintures ce qui jadis se passait dans son enceinte. Un cheval fuit devant un lion; un tigre combat contre un sanglier; un ours est attaché à un taureau par une corde.

Les sculptures des tombeaux nous fournissent aussi des renseignements sur ces chasses. Un bas-relief du mausolée de Codrus nous représente toutes sortes d'animaux, des lions, des panthères, des sangliers, des loups, des chiens, des gazelles, des lièvres. Ce qui offrait l'intérêt le plus palpitant c'étaient les bestiarii^ les hommes qui jouaient leur vie contre celle des animaux féroces. On voit, sculpté sur un tombeau, un jeune bestiaire. Il s'exerce à la lutte : il attaque une panthère attachée par une longue corde à un taureau qui, sans contenir entièrement ses élans, semble vouloir les modérer. Les Espagnols retrouvent à Pompéi leurs toreos; un tableau représente un athlète aux prises avec un taureau dans les flancs duquel il a engagé sa lance.

Les courses de taureaux, originaires de Thessalie, furent introduites à Rome par César, et figurent dans les jeux célébrés en l'honneur de Rome et d'Auguste dans les provinces grecques.

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Les plaisirs de la chasse de l'amphithéâtre étaient variés. Tantôt on lâchait des daims et des cerfs : le peuple était admis dans Tarène, et emportait les bêtes qu'il pouvait tuer; tantôt c'étaient des gladiateurs bien armés, habitués à. toutes les ruses des animaux et capables de les abattre sans trop de danger; tantôt , enfin, c'étaient des prisonniers à qui l'on donnait la permission de se défendre et d'avoir des armes ; mais, inhabiles à ces luttes, paralysés par la terreur, assurés d'avance d'être déchirés par la dent des lions et des tigres, ils regardaient comme un bonheur de pouvoir se tuer, au lieu de servir de pâture vivante aux bêtes féroces.

Hélas! parmi les prisonniers condamnés à périr, et qui ne croyaient pas permis à l'homme de se donner la mort, l'Église a compté d'illustres héros chrétiens. Les martyrs, dont les membres palpitants ensanglantèrent l'arène pour les réjouissances d'un peuple qui saluait leur agonie des plus odieuses injures, ces martyrs sont encore de nos jours entourés de la vénération et de l'admiration du monde!

Quelle émotion éveille au cœur du chrétien l'aspect du Colisée! Le plus grandiose monument élevé par les Romains fut consacré aux plus mauvais instincts de l'humanité. Cette immense arène, qui dans la seule fête de son inauguration fut teinte du sang de 5.000 animaux et de 10.000 prisonniers, égorgés pour le plaisir des yeux , cette arène a été le théâtre des scènes les plus abominables et les plus sublimes.

Tandis qu'un peuple sanguinaire aimait à se repaître des hurlements des bêtes cruellement blessées et des gémissements des victimes humaines dévorées par les tigres, les défenseurs du Christ, sans rechercher la mort et sans la craindre, bravant tous les supplices plutôt que de renier leur foi, s'avançaient, les yeux levés au ciel , et périssaient en ïnurmurant une ardente prière

pour leurs bourreaux! Loin de les maudire, leur dernier souhait était de faire participer aux joies éternelles ceux qui les avaient lus souffrir; car, tandis que le mépris de la vie était poussé la férocité chez les descendants de Romulus le fratricide, iples de THomme-Dieu portaient jusqu'à Théroïsme une ouvelle, inconnue des anciens, lamour du prochain, culptures, les peintures, les inscriptions de Pompéi nous it assez que ce qui occupait le plus la ville ce n'était pas e acquise dans les guerres lointaines , jnais la victoire tée dans les combats de gladiateurs, e était Torigine de cet égorgement de malheureux qui, vie de mourir, se tuaient pour amuser les spectateurs? combats furent mis en honneur par Junius Brutus, et ce ement un millier d'années plus tard, en 401, que Tem- Honorius eut le courage de les abolir. Les anciens Ro- :royaient faire œuvre pie en massacrant les prisonniers ombe de ceux qui avaient péri à la guerre : c'était leur 3 d'apaiser les Mânes. Cette boucherie humaine finit par ' les cœurs sensibles. Au lieu d'égorger les captifs sans , on leur donna des armes pour se tuer entre eux, et la accordée à celui qui avait fait le plus de carnage, uttes meurtrières devinrent tellement à la mode, et furent nt du goût du peuple qu'on ne se contenta pas d'en avoir •s des funérailles; on voulut les retrouver partout, jusque 3 repas. Ce fut un spectacle organisé avec soin, un plaisir à l'opulence, une manière de flatter le peuple, eva des gladiateurs à ce métier dès leur enfance. On les pour le meurtre, on les nourrit d'une façon particulière, appareilla; la lutte avait plus d'intérêt lorsque les com- 5 étaient d'égale force. Aussi raffiche, à Pompéi, indique bre des gladiateurs par paire : 20 paires, 30 paires.

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Les bas-reliefs en stuc, jadis coloriés, qui décorent le tombeau de Scaurus, vont nous raconter les détails de ces sanglantes scènes.

Deux combattants sont à cheval; ils ont baissé la visière de leur casque; ils sont armés de la lance, hasta, et du bouclier rond, parma. Le premier se nomme Bebrix, et son adversaire Nobilior. Ce sont de célèbres lutteurs, qui ont fait leurs preuves d'adresse et de courage. L*un a remporté quinze victoires et Tautre onze. Deux gladiateurs honoraires, qui ont été trente fois vainqueurs, contemplent le combat, appuyés sur un vaste bouclier, scutum. Ordinairement les combattants étaient à pied ; ce n'est que le premier jeu qui avait lieu à cheval (primus ludus eqitestrium.)

La scène d'une lutte qui commence est suivie de la représentation d'une scène qui finit.

Voyez ce gladiateur presque nu, armé à la légère; la victoire, qui lui avait été fidèle dans seize combats, vient de le trahir. Sa poitrine oflre une large blessure, sa main défaillante a laissé échapper le bouclier; sa lance gît à terre, et l'adversaire y pose son pied. Le blessé s'avoue vaincu, il se tourne vers le peuple, il implore la vie; il lève la main gauche pour demander grâce. Le vainqueur, qui vient de remporter sa cinquième victoire, est un soldat pesamment armé; il attend que le peuple ait prononcé son arrêt. Il ne lui est pas permis de laisser la vie à celui qu'il vient de terrasser. Ce droit est un privilège du peuple ou de l'empereur. Jules César voulait que sa présence sauvât les vaincus. Ses cruels successeurs n'imitèrent pas toujours sa clémence. Dans les jeux célébrés pour le jour de la naissance de Caracalla, un gladiateur désarmé implorait sa pitié ; il demandait son renvoi : rogare missionemy c'était l'expression consacrée. « Sors, répondit l'empereur, je te renvoie... à ton adversaire. » C'était

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l'envoyer à la mort, en ajoutant une affreuse raillerie à un refus cruel.

Le peuple répondait aux supplications du gladiateur abattu par un geste, véritable arrêt de vie ou de mort. Le pouce levé, c'était la mort; le pouce caché dans la main fermée, c'était la vie.

Les modestes vestales, ces vierges païennes si renommées, se montraient souvent les plus impitoyables. Elles étaient les premières à donner le funeste signal pour savourer l'horrible plaisir de voir expirer un homme avec grâce!

Il paraît que les Pompéiens n'étaient pas faciles à attendrir. Le vaincu, malgré ses victoires passées, ne put obtenir la vie qu'il implorait. Sur sa tête on aperçoit la terrible lettre 0, initiale du mot ©avaroç, « mort », indice d'une condamnation capitale.

Lorsque l'arrêt populaire était rendu, le gladiateur devait présenter, sans détourner les yeux, la place choisie par le vainqueur pour y plonger le glaive homicide.

Le coup fatal est porté; le vaincu expire. Un fonctionnaire, habillé en Mercure, s'assure de la réalité de la mort par l'application d'un fer brûlant. Puis des esclaves entraînent le cadavre par un croc en fer, unco^ le font sortir par la porte du trépas {porta libitinensis) et le jettent dans un charnier {spoliarium).

Une autre scène est reproduite sur le même tombeau de Scaurus; on y voit 4 gladiateurs, 2 rétiaires, retiariij et 2 secutores. Les rétiaires cherchent à envelopper leur adversaire dans un filet qu'ils lui lancent à la tête, puis ils le percent avec leur trident de fer. Les secutores, armés d'un bouclier, clypeus, et d'une épée, poursuivent dans l'arène les rétiaires, lorsqu'ils ont eu le bonheur d'échapper au terrible filet.

Nitimus, rétiaire cinq fois victorieux, a combattu contre un

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