DÉLICES DE POMPÉI
secutor y dont le nom est effacé, et qui avait remporté six victoires. Le secutory blessé à lajambe, au bras, au flanc, a vainement demandé grâce au public; il va périr. Le trident Taurait fait souffrir trop; son camarade Hippolyte, secutor comme lui, frappe de Tépée le vaincu , qui fléchit le genou en présentant la gorge. Après avoir rendu ce service d'ami, Hippolyte aura à combattre le second rétiaire, qui l'attend.
Dans un autre groupe, un gladiateur a laissé tomber son bouclier; c'était une honte. Parmula non bene relictay disait Horace. Il fuit; son adversaire le poursuit, et la victoire sera facile.
Enfin, au-dessus du tombeau, une nouvelle scène est représentée. Un gladiateur est blessé : le vainqueur s'apprête à Tinmoler immédiatement; mais le lanista^ un chef des gladiateurs, lui arrête le bras jusqu'à ce que le peuple ait prononcé sa sentence.
Pour amuser le peuple , les gladiateurs variaient leurs exercices.
Avez-vous vu, dans le midi de la France, des jeunes filles, les yeux bandés, cherchant à casser une cruche suspendue en l'air? Des gladiateurs, andabatce^ portant un casque dont la visière était fermée, au lieu de casser des pots, cherchaient à casser des têtes. C'étaient pour les Pompéiens un plaisir de les voir combattre en aveugles, se mêler, se heurter, se tuer au hasard avec leur trident nommé fascina.
Rien ne leur paraissait plus beau à voir que les gladiateurs se présentant sur l'arène qu'ils allaient rougir de leur sang, calmes. Intrépides, leur jetant ce salut fameux : ^ Ceux qui vont mourir vous saluent! morituri te salutant. »
Les luttes les plus meurtrières étaient les plus belles. Lorsque le combat devenait acharné, et que les victimes expirantes tombaient sur l'arène, les spectateurs, loin de s'attendrir, étaient
saisis d'une espèce d'enivrement barbare , comme les bêtes féroces qui deviennent plus terribles après avoir léché le sang. Des esclaves, des prisonniers massacrés, ce n'était plus assez; il fallait pour gladiateurs des femmes mêmes! Et des personnages, saisis d'un vertige sanguinaire , éblouis par l'appât du prix décerné au vainqueur au milieu d'applaudissements frénétiques, voulaient combattre, voulaient frapper, voulaient tout égorger, dans les transports d'un homicide délire.
Un jour, Claude, dont les ancêtres avaient tant de fois remporté les honneurs du triomphe, sans crainte de déshonorer la pourpre romaine et la majesté de l'empire, parut tout nu dans l'amphithéâtre et descendit dans la lice. Les pauvres gladiateurs se laissaient blesser sans oser se défendre contre le maître du monde, et l'empereur frappait toujours, enorgueilli de sa facile victoire! Les lauriers de Claude empêchaient Commode de dormir, sans doute, car il quitta le nom d'Hercule pour prendre celui d'un gladiateur fameux qui venait de mourir. Il fit enlever la tête à une statue vénérée à Rome, il la remplaça par la sienne, et fit graver sur le piédestal : « Commode, victorieux de mille gladiateurs. »
Ces spectacles devaient par leur inhumanité révolter au moins les philosophes dont la réputation de sagesse a traversé les siècles? Non. Écoutez Sénèque parlant d'un gladiateur: « Faites-le mourir, brûler, fouetter. Pourquoi s'avance-t-il avec tant de lâcheté contre le fer qu'on lui présente? pourquoi a-t-il si peu d'audace pour tuer son adversaire? pourquoi a-t-il si mauvaise grâce à mourir?
Si Tertullien réprouve les théâtres comme contraires à la charité et à l'humanité, Ovide leur fait un reproche qui devait être bien mérité, puisque c'est Ovide qui le fait : il leur reproche d'être contraires à la pudeur des femmes.