‹ Pompéi, les catacombes, l'AlhambraChapitre 16 sur 40 · HOME · texte numérisé non relu

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exemple, sous la vieille basilique de Saint-Clément, on a retrouvé les restes d'une église bâtie par Constantin; au-dessous de cette église existaient encore les ruines d'un temple de Afithra, du temps des empereurs, et, au-dessous du temple, des constructions en tuf du temps des rois étaient encore parfaitement visibles.

Napoléon III acheta, en 1861 , au roi de Naples et revendit, en 1870, au gouvernement italien les jardins du palais Farnèse, qui occupaient le nord du mont Palatin. C'est de ce mont Palatin que vient le mot palatium, palais. Auguste, devenu maître du monde, choisit sa demeure sur cette colline qui dominait le forum, et c'est là qu'on éleva, je ne dis pas le palais, mais les palais des empereurs romains. Trop longue serait la description des magnificences inouïes de ces résidences impériales, plus somptueuses les unes que les autres. Les historiens et les poètes de l'antiquité en racontent des merveilles qu'on aurait eu peine à croire si les fouilles nouvelles n'avaient pas exhumé assez de débris précieux pour donner une idée de ce qui a disparu.

Martial vante avec tant d'enthousiasme ces lieux enchantés, qu'il va jusqu'à dire, en parlant du luxe inimaginable de la salle à manger du palais de Domitien : « Si j'étais invité le même jour à dîner chez Jupiter et chez Domitien, j'opterais pour le dîner de /empereur. »

Laissons les ruines qui sont restées si longtemps enfouies sous la terre, pour admirer des ruines colossales qui sont restées toujours debout; entrons au Colisée.

Cet amphithéâtre, le plus colossal qui ait jamais existé, contenait 87.000 spectateurs assis et plus de 20.000 debout. La masse immense de ce monument romain dépasse celle des pyramides de Memphis et des travaux de Babylone ; son style rivalise avec celui des beaux temples de la Grèce; sa construction me rappelle

le grand événement de la dispersion des Juifs, qui fournirent des milliers de captifs comme ouvriers.

Dans larène antique, vaste vallée creusée dans une montagne de pierre, le silence n'est interrompu maintenant que par de saints cantiques, et h Taspect de ces lieux, qui ont résonné des ciis de joie des fêtes barbares, qui ont été arrosés du sang des plus illustres martyrs, Tàme devient rêveuse et se sent profondément émue.

Les papes ont été les protecteurs éclairés des arts, et on leur doit la conservation de chefs-d'œuvre nombreux de Tart païen, qu'ils ont su mettre sous la sauvegarde de la religion chrétienne. Leur palais est devenu un véritable Panthéon. Dans le Vatican, où Bonnami compte 13,000 chambres, il en reste peu pour le souverain Pontife. Plusieurs sont occupées par les grands tableaux de Raphaël et de Michel-Ange; d'autres sont encombrées des trésors de la science; mais les plus nombreuses sont consacrées aux monuments de Tart antique. Qui ne -connaît le Laocoon, le torse, r Antinous, T Apollon du Belvédère? On dirait que les dieux et les héros sont venus demander asile au chef de la religion qui a détruit leurs autels. Lorsque, le soir, dans les galeries du palais des papes, dix-huit cents statues antiques apparaissent debout, mystérieusement éclairées par des flambeaux habilement disposés, on se croirait transporté dans les régions d'un monde disparu.

Que de temples païens ont été sauvés de la destruction par les chrétiens qui les approprièrent à leur culte !

Le plus beau temple de l'antiquité, le Panthéon, figure encore parmi les plus belles églises modernes. Il joint au souvenir d'Agrippa, qui la fondé en l'an 27, le souvenir de Raphaël, dont il garde la tombe. Le temple de Cérès et de Minerve, orné de belles colonnes sous Tibère, est devenu l'église de Santa-Maria in Cos-

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medin, et le temple de Vesta, si renoniuié par son portique séculaire, la chapelle de Santa-Maria del Sole.

Le temple de la Fortune virile, fondé, dit-on, par Servius Tullius, est remarquable par la beauté de ses colonnes ioniques. C'est aujourd'hui Téglise de Sainte-Marie l'Égyptienne. Quel contraste entre les pratiques païennes et les pratiques chrétiennes qui furent observées dans les mômes lieux! Sous le paganisme, le P' avril de chaque année, les jeunes filles à marier venaient se montrer sans vêtements à la Fortune virile, en suppliant la déesse de dissimuler aux hommes leurs imperfections corporelles. Depuis Tavènement du christianisme, combien de vierges pieuses sont venues faire vœu de chasteté devant Tautel de Marie, et lui demander la grâce d'échapper aux séductions du monde pour rester fidèles aux espérances du ciel !

Tout dans Tancienne Rome porte Tempreinte de la grandeur du peuple-roi. C'est là notamment que les thermes, dont nous avons déjà parlé, étaient d'une incomparable magnificence.

Ce qui saisit aussi d'étonnement, c'est l'immensité des aqueducs, dont les ruines gigantesques se dressent au loin dans la campagne romaine. Ils suivent le voyageur, percent les montagnes, comblent les vallées, se transforment en ponts sur les fieuves, en arcs de triomphe dans les villes, et, en arrivant à Rome, se parent de frontons et de belles sculptures. L'eau arrive de 1G7 lieues, et son volume égale celui de la Seine à Paris. C'est avec raison que Pline s'écriait qu'il n'y avait rien de plus admirable dans l'univers entier.

Nous avons parlé des tombeaux de Pompéi ; qu'ils étaient magnifiques les monuments funéraires de la campagne de Rome,

Où dans tout son néant gît la grandeur de riioinme!

II ne reste malheureusement que d(^s ruines de plusieurs toni-

beaux célèbres, comme celui d'Auguste, où fut inhumé le jeune Marcellus; mais il en est un dont la masse a fatigué le temps, Moles Adriana, le mausolée d'Adrien, achevé en 146, aujourd'hui le château Saint- Ange. Les papes, en utilisant ces constructions gigantesques, les ont sauvées de la destruction. La statue colossale d'Adrien couronnait l'édifice. Elle fut brisée, mais la tète de l'empereur, retrouvée heureusement, est une des curiosités du musée du Vatican.

A la place de la statue de l'empereur romain, Benoit XIV a mis celle d'un ange. De là vient le nom de fort Saint-Ange.

La tombe immense , changeant de destination , est en ce moment occupée par une garnison nombreuse; elle est en communication avec le palais des papes par une longue galerie construite en 1459 : c'est la forteresse la plus importante de Rome.

D'admirables statues décoraient l'entablement du mausolée. Au sixième siècle, les Grecs les lancèrent sur l'armée de Vitigès, qui les assiégeait; celles qui furent sauvées font vivement regretter celles qui ont été perdues. Le soubassement de l'édifice est massif. Tout est dans de si vastes proportions qu'on peut arriver à cheval jusqu'à la première plate-forme.

Que de souvenirs rappelle ce monument comme tombeau, comme forteresse, comme prison !

Dans ce colossal mausolée les cendres des empereurs ne trouvèrent pas le repos que leur eût assuré une tombe plus modeste.

La forteresse servit plus d'une fois d'asile aux papes , notamment à Clément VII, assiégé par les bandes du connétable de Bourbon. Dans cette tour si bien défendue était déposé le coffre contenant le trésor pontifical.

Les prisons du château Saint-Ange ont des souvenirs qui effacent encore tous les autres. Jamais asile des morts ne fut rempli de plus d'horreur pour les vivants. On ne peut visiter sans fré-

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mir ces cachots, sombres témoins de tant de drames tragiques. C'est là que le cardinal Caraffa fut étranglé ; c'est là que le pape Jean X périt, en 928, étouffé sous un oreiller.

Mais, sans songer aux grandes infortunes dont ces lieux rappellent la mémoire, je n'écoutais que la voix plaintive de la belle

Aqueduc romain.

Béatrix de Cenci, dont lombre semble habiter encore ces lieux. Dans la salle où elle fut jugée, son avocat Farinacci est représenté entr'ouvrant une porte et désolé d'arriver trop tard. On • montre le lieu où la jeune infortunée fit faire son portrait par Guido Reni, pendant que le bourreau dressait l'échafaud où elle devait subir le supplice de parricide!

J'avais vu au palais Barberini ce tableau admirable, où la douleur et l'innocence sont exprimés d'une manière si touchante. Le

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théâtre, le roman, la tradition populaire, tout s'accordait pour me montrer Ja Cenci comme un miracle de beauté et de vertu, comme Vange du parricide, puisqu'elle ne tua son père infâme que pour sauver son honneur.

Je m'étais laissé si vivement impressionner par la légende et par le chef-d'œuvre du Guide, que je ne suis pas fâché, lorsque je cédais à ces émotions, d'avoir ignoré les doutes élevés plus tard sur ce que les Romains me racontaient comme des faits historiques incontestés.

M. Bertolotti (1) a publié à Florence un livre où il dépouille la Cenci de son auréole de vertu, il démolit la légende, prouve que le parricide fut commis avec des circonstances graves et que Béatrix de Cenci avait mérité la mort qu'elle subit sur l'échafaud le 11 septembre 1599.

Il ajoute encore que le Guide ne vint à Rome que neuf ans après que Béatrix eut péri, et que dès lors il n'a pu faire son portrait d'après nature.

Si la Cenci fut coupable, on ne peut contester son repentir; elle laissa une grande fortune à des églises, à des confréries, à de pauvres orphelines qu'elle dotait pour qu'elles pussent trouver à se marier. Quelque cœur reconnaissant n'a-t-il pu inspirer au Guide ridée du portrait?

Les tombeaux antiques bordent surtout la voie Appienne, ainsi nommée du censeur Appius Claudius qui l'ouvrit. Cette voie, antérieure de trois siècles à notre ère, s'étendait jusqu'à Brindisi (352 kilomètres), et plus d'un tiers était pavé de lave basaltique. Un nombre infini de tombes a été découvert, et il en reste encore à découvrir. Cicéron parle, dans ses Tusculanes, des mausolées de Calatinus, de CcPcilia Metella et des Scipions. Celui de

(1) Franceseo Cêncie là siin famiglio : V'irome, 1875.

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Calatinus n'est pas retrouvé; quant au tombeau de la fille de Metellus, dont les murailles circulaires mesurent 11 mètres 36 centimètres d'épaisseur, il fut transformé en forteresse au moyen âge, et des créneaux remplacèrent les colonnes qui décoraient la coupole.

L'hypogée de la famille des Scipions est taillé dans les flancs d'une colline. On y descend à la lueur des torches.* On n'y voit plus que les inscriptions copiées et les places vides des sarcophages déposés au Vatican. Dans les profondeurs de ce caveau , oublié par le temps au dernier siècle encore ;^ Scipion Barbatus, consul en 297 avant Jésus-Christ, reposait dans sa tombe de marbre, rehaussée d'ornements doriques. Le squelette, presque entier, avait à un de ses doigts une bague , qui fut donnée par Pie VI à lord Algermon Peray. Cette bague est revenue au comte de Beverley.

Trois colombaires, très bien conservés, se font remarquer sur la voie nécropolitaine d'Appius. On y descend par un escalier étroit, et dans deux vastes salles, bien éclairées, on voit une quantité considérable d'urnes rangées deux par deux, dans des niches symétriquement placées. Plusieurs de ces petites cellules conservent encore leurs inscriptions. Elles furent bâties pour recevoir, dit-on, les cendres des afl'ranchis de César et de Pompée.

L'urne de l'esclave a résisté aux siècles, et il n'est pas resté une pierre des tombeaux fastueux des héros qui se disputèrent le monde. C'est ainsi que le temps, dans sa marche capricieuse, ou, pour mieux dire, tracée par la Providence, se joue des vains projets des hommes, renverse les puissants, exalte les humbles, respecte ce qui est fragile et brise ce qui semblait vouloir le défier par sa masse orgueilleuse.

Un des plus grands charmes de Home moderne, c'est ce qui lui est resté de Rome antique, ce sont ses ruines admirables, ses

arcs de triomphe, ses temples, ses colonnes colossales de Trajan et de Marc-Aurèle, ses statues grecques, ses obélisques égyptiens et les trésors artistiques de tous les peuples anciens, trésors recueillis dans des musées sans nombre.

Je passerai la description de ses 148 places, de ses fontaines monumentales, de ses 22 villas princières, de ses 84 palais splendides; mais puis-je ne rien dire de ses 398 églises!

C'est là surtout que Ton peut admirer les chefs-d'œuvre de lart chrétien, qui ne craignent pas le voisinage de Tart païen, souvent associé à Tornementation de Tédifice religieux. La basilique de Saint-Jean de Latran, don de l'empereur Constantin au pape Sylvestre I", plusieurs fois ruinée et rebâtie, est célèbre comme premier siège de Tévêque de Rome. On y admire la statue colossale de Constantin, des tombeaux d'illustres personnages, des colonnes de bronze doré du temple de Jupiter Capitolin, des mosaïques et des tableaux des plus grands maîtres modernes.

Son beau cloître du douzième siècle est riche en monuments pieux transportés de Jérusalem ; on y remarque notamment des colonnes du temple de Salomon.

Comme à Florence et à Pise, le baptistère est un édifice indépendant et séparé de la cathédrale. Que de souvenirs ! Dans ce vaste bassin de porphyre, entouré de 16 colonnes magnifiques, fut baptisé le premier empereur chrétien.

Une autre chapelle s'élève non loin de la Basilique. C'est la chapelle de la Scala santa^ qui renferme l'escalier de la maison de Pilate. Ce n'est qu'à genoux que l'on monte ces 28 marches de marbre blanc, arrosées par le sang du Sauveur, et sans cesse l'objet d'une vénération tant de fois séculaire.

Santa Maria Maggiore, la plus ancienne et la plus belle église consacrée à la mère de Dieu, a pour relique la crèche de l'enfant Jésus, et pour ornements 44 colones ioniques du temple de Junon,

des mosaïques du sixième siècle, des statues de Léonard de Sarzane, des bas-reliefs de Bernin, des peintures du Guide.

Santa Croce in Gerusalemme fut érigée sur les jardins d'Héliogabale par sainte Hélène , qui la dota d'une partie de la sainte croix qu'elle avait retrouvée à Jérusalem.

La basilique de Saint-Paul, une des plus belles du monde, fut incendiée en 1824. A Tappel du pape, le monde catholique envoya des dons qui permirent de la reconstruire dans le même lieu et plus somptueuse que jamais. La gloire d'avoir terminé celte œuvre magnifique revient à Pie IX, qui, au milieu des plus rudes épreuves, a su faire de si grandes choses pour la religion et pour Tart. Les ateliers pontificaux ne cessent de travailler à l'achèvement des portraits des papes en mosaïque. Cette série contient déjà 258 tableaux.

Saint-Louis, l'église française si remplie de souvenirs chers à notre patrie, se fait remarquer par la richesse de sa décoration et surtout par les fresques du Dominiquin.

L'église des Capucins ne peut avoir ni marbre ni dorure, parce qu'elle appartient à un ordre mendiant ; mais elle possède quelques toiles admirables. Saint Michel écrasant le serpent est un chef-d'œuvre du Guide. La beauté de l'archange surpasse celle de l'Apollon du Belvédère.

Que de petits sanctuaires rappellent de grands événements!

Voici la chapelle quo vadis. Un jour, saint Pierre, effrayé des obstacles que sa mission rencontrait à Rome, se retirait découragé. 11 était déjà hors des murs, lorsque le Christ lui apparut. « Seigneur, lui dit l'apôtre, où allez-vous? Doniiney quo vadis? — Je reviens à Rome pour m'y faire crucifier de nouveau. » A ces mots, saint Pierre, ramené au sentiment du devoir, retourne dans la ville où le martyre l'attendait.

Voici la chapelle de San Paolo aile Tre Fontane. Là saint Paul

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fut décapité, sur une borne qui n'a pas été déplacée. Sa tête rebondit trois fois, dit-on, et dans chaque endroit où elle tomba jallit aussitôt une source d'eau vive. Cette tradition est consacrée par trois autels élevés sur trois fontaines.

Il faudrait des volumes pour la seule énumération des merveilles des églises de Rome. Saluons de nos respects et de notre admiration la basilique de Saint-Pierre, le plus beau monument élevé par Thomme en Thonneur de Dieu.

Au lieu même où le prince des apôtres subit le martyre, saint Anaclet, son successeur, éleva un oratoire. Plus tard Constantin transforma cette humble chapelle en magnifique basilique. Les restes de cette église, alors vieille de onze siècles, furent précieusement conservés, lorsque, au-dessus de la crypte qui les contenait. Bramante, Michel- Ange et Raphaël élevèrent la basilique moderne, qui coûta plus de trois cents millions.

Traversons cette place elliptique, chef-d'œuvre de Bernin. La galerie est composée de quatre rangs de colonnes formant trois allées où plusieurs voitures peuvent passer de front; 192 statues de saints couronnent l'entablement; un obélisque superbe décore le milieu de la place, et de chaque côté une fontaine monumentale lance à 20 pieds de hauteur des jets d'eau qui ressemblent à des torrents.

Rien de plus connu au monde que la façade de Saint- Pierre. La célèbre coupole, jetée dans les airs avec tant de hardiesse, n'est dépassée en élévation que par les flèches de Rouen et de Strasbourg et les pyramides d'Egypte.

Dans l'intérieur, la parfaite harmonie des détails dissimule la véritable grandeur de l'ensemble. A mesure que le regard, parcourant l'enceinte sacrée, s'élève des marbres précieux du pavé éblouissant aux peintures du dôme, à mesure qu'il interroge ces vastes chapelles, ces tombeaux qui rappellent des noms illus-

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1res, ces tableaux qui sont des mosaïques, ces statues qui sont des chefs-d'œuvre, l'admiration grandit; et si Ton a été moins impressionné au premier moment, on est saisi d'un étonnement plus vif après la découverte de tant de merveilles; 748 colonnes décorent ledifice; on y remarque 389 statues; la plus célèbre est une statue en bronze du quatrième siècle représentant saint Pierre assis. La chaire de saint Pierre, si précieuse comme sym-

Plan de Sainl-Picrre avec les figures de Bramante el de Michel-Ange.

bole, comme souvenir du prince des apôtres, a été épargnée par le temps et vénérée à toutes les époques.

Il est fait mention de sa conservation dans Tertullien et dans les écrits du troisième siècle et de chaque siècle suivant; le pape Alexandre VII fit enfermer cette sainte relique dans un monument colossal exécuté par Bernin, et qui sert de trône aux souverains pontifes. Le pape Pie IX, en 1867, le jour du centenaire du martyre de saint Pierre, fit exposer aux regards la chaire où avait siégé le chef de TÉglise.

L'autel papal est placé vis-à-vis de la porte. Le pape ne se retourne jamais en disant la messe, et se trouve toujours en face

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de l'assemblée. Le baldaquin qui surmonte Tautel est orné de dorures et formé avec du bronze provenant de la coupole de Tancien Panthéon, dont le pignon décore le jardin de Vatican.

Au-dessous de Tautel papal s'ouvre la confession de Saint- Pierre, où brillent 142 lampes constamment allumées; on nomme confession la crypte où sont déposés les confesseurs de la foi. En est-il de plus vénérable au monde que celle où reposent des souverains illustres et 24 papes canonisés? En est-il qui parle davantage à un cœur chrétien que celle où Ton peut s'agenouiller devant les tombes de saint Pierre et de saint Paul, aux lieux mêmes où coula le sang du prince des apôtres?

Au-dessus de Tautel, dans les hauteurs de la coupole, comme pour attirer la pensée vers les régions sublimes et mystérieuses, est gardée, au milieu d'insignes reliques, la vraie croix rapportée de Judée par l'impératrice Hélène.

Faut-il parler des palais de Rome, où le génie de l'art moderne a tenté de nobles efforts pour s'élever au-dessus du génie de l'art antique?

Le palais du Vatican semble s'effacer devant le temple du Seigneur, et c'est cependant un monde de merveilles. Le souverain qui a le palais le plus splendide est celui qui est le plus modestement logé. Une petite table avec un crucifix, un modeste fauteuil surmonté d'un dais en velours rouge, des sièges en bois, voilà tout l'ameublement du père des fidèles. Mais qui pourrait énumérer les trésors de l'art et de la science accumulés dans les galeries et la bibliothèque du Vatican?

La Capitole est un musée ; les palais des seigneurs romains sont des musées.

Les cardinaux ne dissipaient point leurs grandes fortunes en des plaisirs frivoles; leur seul luxe était l'ornement de leurs palais. Ils s'ouvraient jadis, comme aujourd'hui, aux pauvres

comme aux riches, et ils exposaient aux yeux de tous les chefsd'œuvre de Tart païen et de Tart chrétien recueillis dans leurs splendides galeries.

Voici la louve d'airain, dont parlent les anciens auteurs et qui provenait du temple de Romulus; voici les statues des empereurs romains; voici celle de Pompée, au pied de laquelle succomba César poignardé par Brutus. Voici un Gaulois, le Gladiateur mourant!

Voilà le Jugement dernier de Michel-Ange, la Transliguration de Raphaël!... Je m'arrête; pourquoi parler des chefs-d'œuvre réunis à Rome? ils sont connus du monde entier.

Le dernier musée auquel on ait songé, c'est un musée uniquement chrétien. Il est établi au palais de Latran. Rien de plus intéressant au point de vue archéologique et religieux. C'est là que sont pieusement conservées les saintes dépouilles des cimetières antiques. Ces précieux objets, nous les étudierons en les reportant par la pensée dans les catacombes où ils furent placés dès les premiers jours du christianisme.

Nous avions admis comme une vérité historique le séjour < saint Pierre à Rome. Puisque ce fait a été nié, disons quelqu mots pour le démontrer.

Tous les Pères de FÉglise, tous les monuments, toutes les ti ditions racontent le séjour et la mort du prince des apôtres da la ville où ses successeurs le continuent encore. Pendant sei siècles, au milieu de tant d'hérésies remontant presque au be ceau du christianisme, nul n'en avait osé contester l'évidence. ^ début de la Réforme, la croyance universelle et constante de Y glise fut mise en question pour la première fois. A l'affirmatii des auteurs les plus vénérés on n'opposait pas la découverte quelque document nouveau, on opposait seulement des faits n gatifs. La question, après avoir été vivement discutée, sembh

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avoir été définitivement résolue depuis longtemps, lorsque le ministre évangélique Sciarelli, aidé et assisté par Pigotti et Gavazzi, a annoncé à Rome même son intention de prouver que saint Pierre n'avait jamais paru dans cette ville. L'abbé Fabiani et quelques prêtres catholiques demandèrent h le combattre et à soutenir la thèse contraire. La joute scientifique a eu lieu avec une grande solennité au mois de février 1872. Ceux qui l'avaient provoquée ont-ils à se féliciter d'avoir attiré tant de lumière sur un fait qu'ils voulaient obscurcir? Nous ne le pensons pas. Si nous avions eu des doutes, l'éloquente discussion qui eut lieu les aurait dissipés entièrement.

Un disciple de saint Jean l'Évangéliste, Papias, cité par Eusèbe, les Pères de l'Église du second et du troisième siècle, saint Clément d'Alexandrie, saint Denis, évoque de Corinthe, saint Ignace, Tertullien et Origène, ont raconté le voyage de saint Pierre à Rome, ses luttes contre les ennemis du Christ, son pontificat de trente-cinq ans, dont vingt-cinq passés à Rome, sa crucifixion la tête en bas, le lieu où son corps fut déposé. Dans quel but auraient-ils inventé ces faits et comment auraiént-ils pu les inventer dans un temps où la tradition était vivante , où la vérité était connue de toute la famille chrétienne? S'ils avaient avancé comme certaines des choses douteuses, n'auraient-ils pas été démentis par tant d'hérésiarques qui surgirent de bonne heure et qui avaient tant d'intérêt à les contredire?

Saint Irénée, au deuxième siècle, dit que l'Église romaine a été fondée par deux glorieux apôtres, saint Pierre et saint Paul; saint Cyprien déclare que dans l'Église romaine est la chaire de saint Pierre, la principale autorité, le centre de l'unité sacerdotale , unde imitas sacerdotalis exorta est. Tous les auteurs ecclésiastiques ont dit la même chose, et nul n'a osé prétendre le contraire avant le seizième siècle.

Pour attaquer fa croyance antique, universelle, acceptée par tous les chrétiens, on s'est livré à des raisonnements qui ne reposent que sur des dénégations. Saint Pierre, dit-on, ne s'est pas trouvé et n'a pu se trouver à Rome, à Tépoque où Ton a prétendu qu'il y serait arrivé. L'Écriture n'a pas cherché à raconter les faits dans leur succession chronologique, mais dans leur succession logique. Lactance dit que saint Pierre arriva sous le règne de Néron. Saint Jérôme le fait arriver sous le règne de Claude. S'il y a divergence sur la date du voyage, il n'y en a pas sur les détails : sur ce point tous les auteurs sacrés sont d'accord.

Les autorités les plus vénérables ont rapporté que le prince des apôtres fut évoque de Rome pendant vingt-cinq ans. Cela ne veut pas dire que dans cet intervalle de temps il n'ait pu aller à Jérusalem et à Antioche.

Voici une autre objection, dont on a fait grand bruit : saint Pierre n'a daté aucune de ses épîtres de Rome. Ce fait, s'il était vrai, ne pourrait contredire le témoignage formel de toute l'antiquité chrétienne; mais est-il vrai? Saint Pierre dans sa première épître (ch. V, verset 13) dit formellement : U Église qui est réunie dans Babylone vous salue.

Tous les anciens interprètes sacrés ont admis que saint Pierre avait caché le nom de Rome sous celui de Babylone. 11 avait intérêt peut-être à ce que sa présence dans là ville des Césars ne fût pas connue des païens; il s'adressait aux Hébreux, et, en employant un langage figuré, il se conformait au goût de ce peuple. Les Israélites anciens exprimaient sous le nom de Sodome une ville corrompue, sous le nom de Chanaan un peuple maudit, sous le nom de Babylone une ville, comme Rome, livrée à l'idolâtrie et à tous les désordres.

Des écrivains protestants ont voulu prouver que saint Pierre avait bien pu aller à' Babylone et dater de là son épître.

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Rien de moins authentique que Je voyage âe saint Pierre sur les bords de TEuphrate. De son temps il y avait deux villes de Babylone, Tune en Chaldée, l'autre en Egypte; c'étaient des villes fort déchues et fort dépeuplées. Comment le prince des apôtres y aurait-il fondé une Église qui n'a eu aucune célébrité , plutôt qu'à Rome, où sa mémoire est toujours vivante, et dont les évoques ont toujours été considérés comme ses successeurs?

Ce serait faire injure aux savants protestants de supposer qu'ils ont été assez aveuglés par leur haine contre le pape pour s'obstiner à méconnaître une vérité historique démontrée jusqu'à l'évidence. Il nous serait facile de prouver l'authenticité du voyage de saint Pierre à Rome uniquement avec des autorités protestantes. Sans parler de l'opinion de Grotius, de Pierre Dumoulin et de plusieurs auteurs illustres, nous pourrions invoquer encore les plus récentes recherches de l'érudition moderne. Un protestant allemand qui a publié un remarquable commentaire de l'épître de saint Pierre, a ingénieusement fait observer que les pays mentionnés dans le texte et auxquels la lettre doit être successivement envoyée comme une circulaire, sont placés dans l'ordre voulu pour un document qui serait expédié de Rome, tandis que, pour une lettre partie de Babylone, l'ordre serait exactement contraire.

Le voyage de saint Pierre à Rome n'est pas un dogme, mais c'est une vérité historique. Si, à l'aide de quelques faits négatifs de quelques arguments habilement imaginés , on pouvait détruire l'affirmation des auteurs les plus vénérables et des traditions ^culaires, il n'y aurait plus rien de certain en histoire (1).

Nous avons trouvé partout à Rome les souvenirs du prince des apôtres : nous allons les retrouver surtout dans les catacombes.

(1) Voir la disserlalion sur le voyage de saint Pierre à Rome dans la Bible de Vetice, 1750, in-40, t. XHI, p. 450 et s. — ^ Venue de saint Pierre à Rome, prouvée par les bévues d'Alexandre Gavazzi, par le ?•■ Cataldo; Caprara, in-8«, 1872.

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