‹ Pompéi, les catacombes, l'AlhambraChapitre 19 sur 40 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Rien de plus propre à faire naître la méditation dans l'âme que les peintures qui ornent encore les catacombes, véritable sanctuaire de Tart chrétien primitif.

Sans doute ces peintures n'ont pas Téclat ni la perfection de celles qu'on admire à Pompéi; elles plaisent moins aux yeux, elles parlent davantage au cœur. L'artiste païen cherche l'effet, il s'attache surtout à la beauté des formes, et son pinceau hardi ne recule devant rien de ce qui peut remuer les sens. L'artiste chrétien, plus sévère, s'attache moins à la correction des lignés qu'à la grandeur des conceptions. 11 accepte les règles, les procédés traditionnels ; il est gréco-romain, il ne dédaigne pas la beauté des formes humaines, mais son principal objet est l'idéal. 11 met l'âme dans la peinture. 11 s'inspire des sujets anciens, mais il en puise de nouveaux dans ses croyances. « L'art naïf des catacombes, dit M. Sauveur Jacquemont, bien imparfait sans doute, mais d'un caractère toujours déterminé, reste vrai et humain avec une expresion idéale et un sentiment tout nouveau. 11 touche à la fois à la terre et au ciel. » J'emprunte encore une citation à M. Ch. Lévêque : « Les peintres des catacombes et Raphaël ont accompli l'accord de la beauté païenne et de l'idéal chrétien; de cette conciliation est sorti un art nouveau.

Comment cet art nouveau a-t-il été préparé et à quel degré de perfection est-il parvenu? Nous regrettons de ne pouvoir ici faire ressortir les merveilles modernes de la peinture chrétienne; nous devons laisser les grands génies comme Raphaël pour donner une idée des essais moins connus des premiers artistes convertis à notre foi. Ils s'étudièrent d'abord à trouver de touchants symboles pour révéler aux fidèles par le pinceau ce qui ne pouvait encore se dire tout haut des vérités invisibles d'une religion spiritualiste. Aussi les tableaux des catacombes, curieux comme monuments d'art, sont intéressants surtout pour l'étude des idées, des mystères du christianisme à son berceau.

Les plus grands artistes ne durent se montrer guère favorables^ à la foi nouvelle. Les scènes un peu libres de l'idolâtrie convenaient mieux au goût du jour que l'austère décence des sujets religieux. Il était plus facile de peindre des sujets empruntés à une religion connue, sensuelle, ouvrant accès à toutes les fantaisies, que de s'élancer dans l'inconnu, pour exprimer ce qui n'était pas bien compris encore, les mystères de gloire et de joie que Dieu cachait dans l'humilité et la souffrance.

Le beau soleil de Pompéi était plus propre au développement du génie du peintre que l'obscurité éternelle des voûtes humides et sépulcrales des catacombes.

Les Grecs, sous Phidias et Polyclète, Zeuxis et Parrhasius, Apelles et Lysippe, avaient atteint un tel degré de perfection qu'aucun peuple au monde n'avait pu aspirer à rivaliser avec eux. Rome reconnaissait son infériorité sous le rapport de l'art, et offrait une nouvelle patrie aux grands artistes qui consentaient à quitter la Grèce déchue.

Les chrétiens, selon un Père de l'Église, ne se firent aucun scrupule de prendre aux auteurs profanes l'éloquence et les charmes du langage, comme on prend les dépouilles d'un en-

nemi vaincu. Sans doute, dans les premiers temps, ils furent obligés de prosprire les images des faux dieux, pour ne pas entretenir l'idolâtrie; mais ils cherchèrent à concilier Tart païen avec ridée chrétienne. Les peintres, en devenant chrétiens, ne se séparèrent point brusquement de leurs vieilles admirations, et n'inventèrent pas un art nouveau; leur cadre, leurs ornements, la partie décorative étaient empruntés toujours à l'école profane; le fond du tableau était chrétien.

Les types acceptés par lé peuple n'étaient pas tous rejetés. Ceux qui rappelaient la religion des idoles étaient proscrits, ceux qui pouvaient s'associer au christianisme étaient conservés. Dans les catacombes on ne trouve représenté aucun des grands dieux qu'adoraient les païens ; mais le génie de l'artiste n'a pas craint de se servir des personnages allégoriques déjà connus pour exprimer ce qu'il n'osait expliquer trop ouvertement. Cette représentation d'images vulgaires avait l'avantage de ne pas irriter les persécuteurs et de mettre à l'abri de leurs profanations les mystères dont le vrai sens n'était révélé qu'aux fidèles. Ainsi Orphée , aux yeux des païens , était un poète attirant aux sons de sa lyre les arbres, les rochers, les animaux épars ; aux yeux des chrétiens, c'est l'image du Christ, qui, aux accents de la parole divine, adoucit les cœurs endurcis, ramène les pécheurs, et forme des peuples les plus divers un troupeau unique. On a remarqué une ressemblance frappante entre une peinture des catacombes, et une fresque de Pompéi représentant Orphée.

Dans la fresque, Orphée touche avec le plectrum la lyre à sept cordes, tandis que des animaux divers, un lion , une panthère, un tigre, un sanglier et un cerf, sont aux pieds du chantre inspiré, qui les charme par les sons harmonieux de la lyre.

Dans la peinture des catacombes, ces animaux divers sont remplacés par deux brebis, mais l'attitude, la douce et divine

LA PEINTURE AUX CATACOMBES. â8î)

figure d'Orphée est la même dans Tœuvre du peintre chrétien et dans celle du peintre païen.

Dans les ébauches de la peinture chrétienne, si Texpression des sentiments qui remplissent Tàme est souvent imparfaitement rendue, c'est que déjà à cette époque avait commencé la décadence de Tart antique. Dans les cimetières les plus anciens s3 trouvent les meilleures peintures; il y a plus d'imitation des malr très de l'antiquité.

Plus tard, les sujets profanes appropriés au culte nouveau deviennent plus rares , dans les tableaux représentant les scènes bibliques ou évangéliques, on commence à voir apparaître l'idée de ces types divins auxquels les Raphaël s devaient donner une perfection surhumaine. La décadence de l'art malheureusement suivait une pente rapide, et nul effort individuel ne pouvait plus l'enrayer.

On a reproché au peintre des catacombes de n'avoir pas su exprimer encore sur la physionomie des martyrs, la joie et la souffrance tout ensemble.

Cependant, que l'on compare les belles figures de Pompéi avec celles des catacombes! Celles-là ont une expression de passion terrestre, souvent peu honnête ; celles-ci ont quelque chose de céleste, et qui brille d'une auréole de sainteté.

Voyez ces vierges, ces fidèles : ils sont à genoux, c'est un signe d'humiliation causée par le péché ; ils sont debout, c'est un signe de la résurrection causée par la grâce, le baptême et la pénitence. Ils ont les bras étendus, c'est l'attitude de la prière. Quelle sérénité sur leurs traits et dans leurs yeux, où respirent la foi, l'espérance et la charité!

L'Écriture sainte ne trace aucun portrait de Jéhovah, que l'œil humain n'a jamais vu. Les Juifs, en représentant leur Dieu invisible, auraient craint d'en faire une idole et de ressembler aux idolâtres.

Lorsque les artistes chrétiens voulurent représenter des scènes de r Ancien et du Nouveau Testament, ils durent créer Timage du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Dans les premiers siècles de rÉglise, Dieu le Père ne se révèle aux hommes que par une main sortant d'un nuage. A partir du douzième siècle, il prend une figure liumaine; il est peint en buste, ensuite en pied. Comme les trois personnes de la Trinité ne font qu'un, on représenta d'abord le Père et le Fils à figure identique, de même âge, de même forme et de môme couleur. Puis l'idée théologique fut abandonnée pour le matérialisme de la réalité humaine; le sentiment de la paternité et de la filiation s'accentue de plus en plus au quatorzième siècle. Chaque personne divine a sa figure propre. Le Père, siégeant sur un trône, porte la tiare des papes ou la couronne des rois : c'est un vieillard de 60 à 80 ans; le Fils, assis à sa droite, est un homme d'âge mûr, de 30 à 33; le Saint- Esprit, assis à gauche, est un adolescent de 12 à 18 ans^

Jésus-Christ est descendu du ciel et a revêtu une forme humaine. Il est remarquable que les évangélistes, les apôtres, les témoins de sa vie terrestre n'aient jamais dit un mot de sa figure.

Comment le représenter? Théodoret, dans son Histoire ecclésiastique, rapporte qu'un peintre chrétien s'inspira, pour une tête de Christ, d'une image de Jupiter. Cette impiété fut punie, et sa main, subitement desséchée, ne dut sa guérison qu'aux prières d'un saint archevêque.

Cependant Eusèbe parle des portraits du Sauveur fort répandus du temps de Constantin, et rapporte que Constance, sœur de l'empereur, pria l'évêque de Césarée de lui en procurer un.

II est intéressant de rechercher comment l'artiste des catacombes a représenté Jésus-Christ. Avant qu'un type de convention n'eût prévalu dans l'Église, une grande controverse s'était élevée sur la laideur ou la beauté du divin Sauveur.

Les premiers Pères de TÉglise semblent avoir admis la laideur . du fils de Marie : « Comme homme Jésus était laid, dit saint Irénée, mais comme Dieu il était admirable de beauté. » Saint Clément et saint Cyrille d'Alexandrie disent que le fils de Dieu a voulu naître le plus laid des enfants des hommes, afin de nous enseigner à élever nos cœurs vers les objets invisibles et dégagés de la matière.

On appliquait à la lettre au Christ ce passage d'Isaïe : « Il est sans beauté et sans éclat; nous Tavons vu, et il n'avait rien de beau, et nous l'avons méconnu. Son visage était comme caché et méprisé, aussi ne l'avons-nous pas estimé. » « Si Jésus est laid aux yeux des hommes, dit TertuUien en termes énergiques, si ses traits sont grossiers et vils, je reconnais en lui mon Dieu. » Saint Augustin trouve encore que le Christ avait la laideur du corps et la beauté de la vertu.

D'illustres Pères de l'Église vantent au contraire la beauté du Sauveur. <r D'après saint Jérôme, l'éclat qui brillait sur son visage et la majesté de la divinité qui rejaillissait sur son humanité étaient capables d'attirer à lui dès la première vue les cœurs des personnes qui avaient le bonheur de le contempler. » Grégoire de Nysse disait que le Christ ne voila sa divinité qu'autant qu'il était nécessaire pour ne pas blesser le regard de l'homme.

Saint Jean Chrysostome, saint Ambroise, saint Grégoire de Nysse parlent de la beauté du Christ, visible image de l'invisible beauté de Dieu.

On ne peut dire que Jésus, en venant expier le péché des hommes, se serait inoculé la laideur, comme on s'inocule le virus d'un mal qu'on veut guérir. Le P. Vavasseur, qui a publié un ouvrage entier sur l'apparence physique du Christ, dit que de son temps les hommes voulaient que le Christ eût été laid, les femmes qu'il eût été beau.

Une célèbre peinture de la catacombe de Saint-Calixte nous a conservé le plus ancien portrait de Jésus, qui parait dater du second siècle. Le visage a la forme ovale légèrement allongée, sa physionomie est pleine de douce et tendre majesté, sa barbe est courte, ses cheveux blonds sont séparés sur le milieu en deux longues tresses qui .retombent sur les épaules.

Tel devait être évidemment le type consacré par la tradition la plus ancienne. J'ai peine à adopter l'extrême beauté ou l'extrême laideur du Christ. Ce n'est point par la perfection des formes que cherchait à briller dans le monde celui qui venait prêcher à la terre la prééminence de l'âme sur le corps. Mais sa figure, qui devait être le reflet de toutes les vertus célestes, pou- 'vait-elle être laide? Avait-elle besoin de prendre l'empreinte de la laideur du péché, parce qu'elle apparaissait au milieu des hommes pécheurs? Un rayon de soleil, en traversant un lieu immonde, ne perd rien de son éclat. Les peintres des catacombes, qui ont souvent reproduit l'image du Sauveur, ne cherchent point à la distinguer de toutes les autres par le charme d'une beauté surhumaine, mais ils répandent sur ses traits une douceur mélancolique qui attire les cœurs et une majesté sainte qui commande le respect.

Ils aiment surtout à représenter le Christ au milieu des docteurs, au milieu des apôtres; en bon pasteur, multipliant les pains, guérissant le paralytique, rendant la vue aux aveugles, ressuscitant Lazare. On cherche en vain aux catacombes le Seigneur crucifié. II n'y à pas de crucifix. Les croix y sont rares, et la peinture, pour leur ôter le sinistre aspect d'un gibet infâme, a soin de les orner de pierreries, de les ériger au milieu des fleurs.

Les apôtres et les évangélistes gardent aussi le plus complet silence sur les traits de la Vierge comme sur ceux du Christ.

Nicéphore et des auteurs fort anciens ont écrit que saint Luc avait peint Marie d'après nature. Encore de nos jours, il existe sept portraits que la tradition attribue à Tévangéliste, et un Anglais prétend avoir découvert et posséder le seul portrait véritable fait

Deux têtes de Christ trouvées dans le cimetière de Saint-Pontien (Peinture).

par saint Luc. Nous sommes condamnés à rappeler la phrase de saint Augustin : « Nous ne possédons pas d'image authentique de la mère de Dieu, neque novimus faciem Virginis Mariée.

La Vierge était-elle belle? On a retrouvé dans le cimetière de Saint-Pontien un portrait de Marie noire. Quelques-uns ont cru que Salomon faisait allusion à la mère de Dieu dans ces mots du

(I) The portrait of Jésus Maria Hodegedria, painled by saint Luke tlie evangetisi. an historical description by N. C. Szerelmey, thc owner ofthe picture; London, Charles Dolman, 1866, !a-4o

Cantique : Je suis noire mais je suis belle; nigra sum, sed formosa. Cette couleur noire donnée à Marie a été l'objet de longues dissertations. Ce n'est pas celle qui est généralement adoptée par les peintres dans les catacombes. C'est là que Perret a copié un portrait de la Vierge datant du deuxième siècle; elle est dans Tattitude d'une femme en prière (oranfé). Elle semble intercéder pour nous auprès de son divin fils. Elle est vêtue d'une robe jaune et d'un manteau bleu ; son voile blanc laisse son doux visage à découvert, et retombe en longs plis sur ses épaules. Le cou est orné de perles et de pierreries.

La Vierge est souvent parée en dame romaine, et son image est accompagnée, de l'inscription : Sainte Mère de Dieu, Sancta Dei genitrix. Dans la catacombe de Sainte-Sotère, la Vierge est peinte assise sur un siège élevé et tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. En face d'elle on voit les trois mages lui offrant des présents.

Si l'on consulte les Pères de l'Église sur la beauté de Marie, on n'y trouve pas de renseignements bien sûrs. Saint Ambroise se borne à dire que le visage de la sainte Vierge respirait le sentiment de l'honnêteté. Saint Épiphane, au sixième siècle, est celui qui donne le plus de détails. « La gravité et la décence régnaient dans toutes ses actions; sa taille était moyenne; elle avait le teint couleur de froment, les cheveux blonds, la prunelle tirant sur le jaune, les sourcils d'un beau noir et peu arqués, le nez assez long, les lèvres vermeilles, dont il ne sortait que des paroles pleines de suavité; sa figure n'était ni ronde, ni allongée, ni ovale. »

Que d'inspirations l'image de la Vierge a fournies aux plus grandes peintres du monde, à Murillo et surtout à Raphaël, le plus sublime interprète de la beauté virginale et presque divine de la mère du Sauveur!

Le type primitif des portraits de saint Pierre et de saint Paul remonte à une liante antiquité. Leurs images se retrouvent aux catacombes : ils sont peints à pied, un volume à la main. Polydore ne doute pas que nous n'ayons leurs véritables traits. Saint Ambroise parle du portrait de saint Paul conservé par la tradition. Saint Jérôme raconte qu'il était d'usage d'orner les verres peints de l'image des apôtres. Les découvertes récentes faites aux catacombes ont confirmé les paroles du saint docteur.

On a recueilli à Rome une grande quantité de verres chrétiens. Citons celui dont Bottari a publié la description. Il représente les deux apôtres assis l'un en face de l'autre. Sont-ils là comme les deux chefs de l'Église, ou bien l'un a-t-il la prééminence sur l'autre? Saint Pierre est le prince des apôtres; il esta droite; sa main fait un geste de bénédiction. Saint Paul est à gauche, et dans l'attitude de la prédication. Ils n'ont qu'un livre pour attribut. L'emploi des clefs et du glaive n'apparaît pas encore. Une couronne, où brille le monogramme du Christ, est placée entre eux. C'est le symbole de la récompense promise aux saints qui ont su conquérir le royaume des cieux. Les noms Petrus et Paidus accompagnent les deux figures. Saint Pierre a déjà sa touffe de cheveux au haut de la tête; saint Paul a le front chauve, le nez droit et allongé.

Les peintures des catacombes déroulent sous les yeux des fidèles les scènes historiques de l'Ancien et du Nouveau Testament, les symboles de nos sacrements et de nos mystères. Les premiers chrétiens n'étaient pas iconoclastes; il comprenaient l'utilité des saintes images pour l'instruction et l'édification des peuples. « Les images parlent, s'écriait Damascène, elles ne sont ni muettes ni privées de vie comme les idoles des païens. En effet, les peintures que nous lisons dans les églises racontent, comme si elles parlaient, l'abaissement du Christ pour nous, Icâ

i20G LES CATACOMBES.

miracles de la mère de Dieu, les actions et les combats des saints. Toute image ouvre le cœur et Tintelligence; elle nous ^e à imiter d'une façon merveilleuse et ineffable les pares qu'elle représente, d

> n'étaient pas tous lettrés, les premiers-nés du christiale; l'esclave et l'étranger s'agenouillaient à côté du patricien j citoyen romain. Il y avait un livre ouvert pour tous et que savaient lire; c'était le commentaire que le pinceau de l'arajoutait à la prédication du prêtre, et la parole divine se ait mieux dans l'esprit, traduite siir les fresques qui frapnt les yeux.

jlle plume honnête n'oserait décrire toutes les peintures de péi, et surtout pénétrer dans le sens des honteux mystères lies voilaient à peine. Tous les tableaux des catacombes, ontraire, peuvent sans inconvénient, secouant la poussière ix-huit siècles, sortir de leur obscurité, et paraître au grand . Rien n'a changé dans l'idée chrétienne depuis les temps ïques des martyrs. La foi et l'archéologie n'ont qu'à gagner j cette révélation des croyances primitives, dans cette reentation antique des scènes les plus sublimes de notre ^ion.

âsayons de donner une idée du symbolisme de l'art chrétien a été inauguré aux catacombes et qui a été si profondément ié par les Pères de l'Église.

oici Adam. Jésus est appelé par saint Paul le second Adam. uUien regarde aussi Adam comme la figure du Christ. L'un dort pour donner naissance à la femme; l'autre meurt pour aer naissance à l'Église.

ieu a créé l'homme à son image. L'homme doit essayer de embler à Dieu, dont la perfection est infinie, origine du péché, le mystère de la rédemption sont figurés par

le serpent, emblème du danger d'offenser. le Seigneur, et par Farbre de vie, emblème de la croix qui a sauvé le monde.

Abel figure le Christ, et Caïn personnifie Tenvie qui veut la mort de l'innocent.

Noé est peint dans une arche pareille à une caisse qui ne con-

Sainte Cécile et saint Valérien. Cimetière de Saiot-Sixte (voie Appienne).

tiendrait qu'un homme. Évidemment, ce n'est pas l'arche con- •tenant tous les animaux, et le déluge universel que le peintre a voulu représenter, c'est l'Église qui sera ballottée sur les flots de la persécution, jusqu'à ce qu'elle touche au port de la tranquillité sans fin.

Le déluge, d'après saint Pierre dans une de ses épîtres, était l'emblème du baptême. La branche d'olivier portée par l'oiseau est un signe de paix et de réconciliation. La colombe est l'antique

symbole du Saint-Esprit par lequel nous renaissons dans le baptême, dès que nous sommes entrés dans TÉglise.

Le sacrifice d'Abraham rappelle que le fils de Dieu s'est offert lui-même en holocauste pour le salut de Thumanité.

Joseph, vendu par ses frères, c'est Jésus vendu par un de ses disciples.

Moïse est surtout représenté dans les catacombes. Une fresque a longtemps fixé mon attention; elle représente, d'un côté, Moïse ôtant sa chaussure avant de gravir la montagne d'Horeb, et de l'autre. Moïse, la verge en main, frappant le rocher pour en faire jaillir l'eau qui doit sauver le peuple.

M. de Rossi me fit remarquer que les deux images de Moïse avaient dans le même tableau deux figures différentes. L'une a les traits du patriarche de l'Ancien Testament, qui en Otant sa chaussure nous enseigne à nous dépouiller des choses terrestres pour nous approcher dignement de Dieu. L'autre figure est celle de saint Pierre, le chef de l'Église, investi du pouvoir de faire jaillir les eaux du rocher, c'est-à-dire de toucher les coeurs endurcis et de sauver les pécheurs par les eaux salutaires de la pénitence.

Dans les peintures des catacombes, le Seigneur est représenté avec la verge du commandement. Le prince seul des apôtres porte aussi le sceptre, qu'on ne voit dans la main de Moïse que lorsque le patriarche est pris pour le chef de l'Église.

Pharaon est le souvenir des misères de l'Egypte et de l'espérance de la Terre promise.

L'arche sainte est l'image de l'Église, dépôt sacré de la manne et de la doctrine sainte.

Le chandelier à sept branches est l'emblème de la lumière qui se répand parmi les fidèles avec les splendeurs de la parole divine.

Samson brisant les portes de Gaza, c'est Jésus brisant les portes de Tenfer. Élie enlevé dans un char de feu, c'est la gloire qui attend au ciel ceux qui ont souffert avec résignation les maux de la rie.

David frappant avec sa fronde Goliath et délivrant les Juifs de la servitude, c'est le Christ triomphant de l'enfer et rendant la liberté au monde.

Les trois enfants dans la fournaise sont très souvent représentés dans les catacombes dans l'attitude de la prière, les bras tendus vers le ciel, sortant sains et saufs du milieu des flammes; c'est ainsi que les chrétiens peuvent échapper sans dan* ger aux plus cruelles épreuves en élevant sans cesse leurs cœurs vers Dieu.

Jonas fournit aux artistes de nombreuses et consolantes allégories. Lorsqu'il est avalé par un monstre, qui a plutôt l'apparence d'un dragon que d'une baleine, il nous montre, selon saint Augustin, que ce qui semblait souvent notre ruine devient véritablement notre salut. Lorsque Jonas est rejetés sur la terre plein de vie, cette image de la résurrection souriait, comme une espérance céleste, à ceux qui gémissaient dans les angoisses de la persécution. Elle leur rappelait Dieu, sortant après trois jours du tombeau, vainqueur de la mort, et l'homme destiné à ressusciter à la voix du Tout-Puissant.

C'est surtout avec soin, dit Mamachi, que la peinture et la sculpture chrétiennes ont cherché à rendre les scènes du Nouveau Testament.

C'est avec amour et respect qu'on représente le Sauveur. Ici, voyez-le sur les genoux de sa mère; là, il reçoit les mages. Voici une fresque qui a fait l'admiration des peintres modernes : Jésus a douze ans à peine; il est assis au milieu des docteurs. Il parle, il répond, il interroge. Son altitude est sublime, son

[m LES CATACOMBES.

front rayonnant de céleste intelligence; son beau visage reflète la beauté de son âme. Quel charme respire dans la douce majesté de cette adolescence divine! Les vieux docteurs qui Técoutent sont saisis d'admiration. Joseph et Marie partagent aussi cet étonnement, mais à ce sentiment s'associe sur leurs traits Texpression de la joie d'avoir retrouvé un enfant chéri si longtemps cherché. M. Artaud, en décrivant un tableau de Jésus au milieu des docteurs, fait remarquer aux pieds du fils de la Vierge une espèce, dit-il, de petit baril dans lequel on mettait les pétitions adressées aux magistrats. Ce qu'il appelle un petit baril est le scriniuiriy dont nous avons fait écrin; c'était la boîte à mettre les manuscrits.

Les deux sujets de prédilection des artistes des catacombes, sujets appropriés à des temps de persécution et consolants pour de nouveaux convertis, c'étaient la résurrection de Lazare et le bon pasteur ramenant sur ses épaules la brebis égarée.

Lazare, entouré de bandelettes, est dans une tombe païenne à fronton. Jésus va faire un acte de bonté autant que de puissance. Une sœur du mort supplie le Sauveur de lui rendre son frère, et lui baise la main gauche, ce qui était considéré comme une prière. Les chrétiens, toujours prêts à subir le martyre, nourrissaient l'espoir que Jésus, qui avait ressuscité Lazare, leur rendrait aussi la vie qu'ils avaient sacrifiée pour lui.

Le bon pasteur, sous l'apparence d'un type d'origine païenne, rappelait aux chrétiens les plus doux symboles. L'invention de la figure d'un berger avec un animal sur les épaules appartient à un habile artiste de l'antiquité grecque. Pausanias nous apprend que le jour de la fête de Mercure Kriophore, le plus beau garçon de Tanagra parcourait la ville une brebis sur les épaules. Les chrétiens dans le bon pasteur ne voyaient qu'une traduction de la parabole de saint Luc, et ils se plurent à répandre cette consolante image.

Voici un des tableaux qui m'a le plus intéressé à la catacombe de Saint-Calixte.

Jésus-Christ, le bon pasteur, porte une brebis sur ses épaules. Le bouc, symbole du pécheur, est comme toujours placé à sa droite; une brebis est à sa gauche. Deux disciples, Tun d'un côté, l'autre de l'autre, s'efforcent de rappeler le troupeau au bercail. D'un côté on voit une brebis s'approcher, tandis qu'une autre s'éloigne. Du côté opposé, une brebis lève la tête dans la contemplation des oiseaux, emblèmes du ciel, tandis que sa voisine broute Fherbe, emblème des biens terrestres. La rosée de la grâce tombe en abondance sur les brebis qui s'approchent à la voix du disciple et qui l'écoutent; en moindre quantité sur celle qui est occupée de manger, et laisse à sec la brebis qui s'en va. M. de Rossi me donna l'explication qu'il a trouvée dans un vieil auteur. Le pauvre est la brebis qui n'ayant rien à brouter sur la terre n'a rien qui le détourne d'élever ses yeux vers le ciel. Le riche, au contraire, est la brebis qui tentée par l'abondance de l'herbe est toujours plus disposée à regarder en bas qu'à porter ses regards plus haut.

La peinture des catacombes, après le Sauveur et la sainte Vierge, affectionne surtout la représentation de saint Pierre et de saint Paul. Nous l'avons déjà dit, saint Pierre est considéré comme le prince des apôtres; il est toujours à la droite et porte seul la verge du commandement.

Les animaux, les arbres, les objets divers qu'on remarque dans les fresques avaient aussi un sens allégorique.

Le lièvi-é enseignait aux chrétiens la nécessité de fuir pour ne pas tomber imprudemment dans les mains des persécuteurs. Le cerf exprimait la soif de l'âme altérée du désir d'arriver à sa patrie. C'était un souvenir du Psalmiste (Ps. 41) : « Comme le cerf désire les fontaines , mon âme vous désire, ô mon Dieu ! »

aOi LKS CATACOMBES.

Le cheval, c'est la rapidité de la course pour atteindre la vérité de rÉvangile. La colombe, c'est la simplicité prêchée par Jésus, qui avait dit : Soyez simples comme la colombe. Le paon, c'est l'emblème de l'immortalité; le phénix, celui de la résurrection.

Le coq a plusieurs significations. Placé à côté de saint Pierre, c'est l'emblème de sa faute et de son repentir. Placé seul, c'est le symbole de la vigilance : « Veillez et priez, » dit l'Évangile. Deux coqs opposés l'un à l'autre sont l'allégorie de la lutte et du martyre.

Le poisson était la représentation symbolique du Seigneur. Ce fut le signe de ralliement des premiers chrétiens. L'origine de cet usage est bien connue. Poisson en grec se dit : 'Ix^yç; or ces cinq lettres sont précisément les lettres initiales de cinq mots : Ir.douç XpicTToç Oeou uîo< awiT^p, Jésus-Christ fils de Dieu sauveur.

Les arbres aussi fournissaient des emblèmes. L'homme, comme l'arbre, doit être jugé par les fruits qu'il porte, et s'il ne porte pas de bons fruits, il doit être condamné au feu.

L'olivier, c'est le fruit des bonnes œuvres, la douceur de la vertu, la candeur des mœurs, la miséricorde, la paix, pax. La palme, c'est la récompense de la victoire de ceux qui auront triomphé de toutes les épreuves pour rester fidèles à leur Dieu.

La vigne, c'est le symbole de l'Eucharistie, de l'union de l'àme avec le Christ.

Que d'objets divers servaient de symbole! Un soulier avec les mots : in DeOj sur la semelle, annonce qu'un pèlerin, après avoir supporté les fatigues du voyage de la vie, s'est reposé en Dieu. Le corps de l'homme est figuré par une maison. Saint Paul dit que le corps est la maison ds notre habitation. Dans un

tableau, à côté d'une maison qui s'écroule, image de Thomme qui s'affaisse, s'élève un cyprès, image de l'àme qui monte vei cieux.

Voici ce que l'on trouve sur une tombe : au milieu, une son, c'est le corps; un poisson avalant Jonas, c'est la mort menace l'homme; un chandelier, c'est la nécessité de port lumière et de veiller; une balance, c'est la justice du souvi juge; le sépulcre enfin de Lazare, c'est la promesse de la r rection.

Le navire représente l'Église; on ne peut en sortir sans ber dans l'abîme. Saint Pierre tient de la main droite le vernail et de la gauche le timon. Saint Paul, le docteur dej tions, convie le peuple à se sauver.

L'ancre, dont nous faisons encore l'emblème de l'espérj figurait primitivement l'intrépidité, la force, la constance.

L'homme, avide de rechercher la vérité chrétienne, aime tout à retrouver les origines de ses croyances dans ces souterrains, pleins d'antiques mystères.

Voici le baptême de Notre-Seigneur. Pendant que le C est dans l'eau, le Saint-Esprit descend sur lui, et saint Jea baptise par l'imposition des mains sur la tête. Voici le bap d'un catéchumène; sa nudité annonce que le baptême se fa par immersion. Le prêtre, la main sur son front penché, lui i l'huile sainte. Le poisson, qui représentait le fils de Dieu, fi aussi les chrétiens qui doivent naître dans l'eau et ne peu être sauvés que par l'eau. Tertullien disait : nospisciciifi in c nascimur. La piscine ou baptistère a pris son nom de piscis

La guérison du paralytique est un des sujets du Nouveau tamentleplus souvent traité par la peinture. Le sens mysl de cette scène touchante est facile à comprendre. Le Sauveu bien à un malade dont le corps était paralysé par la mala

30i LES CATACOMBES.

Levez-vous et marchez; mais il ajoute : Ayez confiance y vos péchés vous sont remis, ce qui prouve assez que Tàme était aussi paralysée par le péché.

Le Christ pardonne au repentir; au moment de remonter aux cieux, il transmet le droit divin d'absoudre au prince des apôtres, qui continue à l'exercer en son nom. Les fresques nous représentent Jésus confiant à saint Pierre le sceptre du commandement, et lorsqu'il lui promet de délier au ciel ce qu'il aura délié sur la terre, on remarque près du saint'un coq, qui rappelle sa chute. Image touchante de la bonté divine, qui accorde à celui qui a commis la plus grande faute le droit de pardonner les péchés des hommes, et qui charge celui qui a eu besoin d'être confirmé de la mission de confirmer les autres.

Dans les recoins mystérieux des chapelles souterraines, on remarque encore des sièges taillés dans le tuf. Le P. Marchi a démontré que ces sièges ne pouvaient être que des confessionnaux. La place qu'ils occupent et les explications que M. de Rossi m'a données sur les lieux me font adopter l'opinion du P. Marchi sans hésitation. Tous les symboles du sacrement de la pénitence* se retrouvent dans les catacombes. Une peinture représente un homme agenouillé devant un prêtre, qui lui donne l'absolution.

Les plus anciennes chapelles ofi^rent des images de l'Eucharistie. Origène dit formellement que le Christ symboliquement fut appelé poisson. La multiplication des pains et des poissons, le changement de l'eau en vin aux noces de Cana, sont des sujets qui faisaient allusion au sacrement eucharistique; mais voici des peintures dont la signification est plus directe. Saint Jérôme, en parlant des trésors de l'évêque, parle d'un panier d'osier contenant le corps de Notre-Seigneur, et du verre contenant son sang, corpus Domini in canistro vimineo et sanguis in vitro. Dans un cubiculum de Saint-Calixte on voit des deux côtés d'un ta-

bleau une double image qui forme ornement; elle représente un poisson portant sur le dos un panier d osier contenant un pain et un verre. Ce pain diffère du pain romain vulgaire, et ressemble au pain sacré usité en Orient pour les offrandes faites au prêtre, Le verre ressemble à un calice plein de vin rouge.

Baptistère du cimetière de Saiut-Pontien.

Dans une autre fresque très ancienne de Saint-Calixte, un prêtre bénit un pain et un poisson placés sur une table auprès de laquelle une femme se tient dans l'altitude de la prière.

Xe pourrait-on pas confondre les figures du banquet eucharistique avec celles du banquet des agapes? Les peintures des catacombes représentent des agapes, qui furent plus tard interdites dans les lieux sacrés. Les païens célébraient dans un repas funèbre les funérailles d'un ami; les chrétiens, adoptant cet usage, célébrèrent aussi les fêtes des saints dans un banquet, où le

pauvre et riche s'asseyaient à la même table; c'étaient la fraternité et Tégalité mises en action. Voyez dans cette fresque des convives autour d'une tombe. Ils sont simplement assis au lieu d être mollement couchés ; aux deux extrémités de la table, deux femmes sont debout avec ces inscriptions : « Irène, donne-moi de Teau chaude. — Agape, donne-moi de Teau avec du vin. » C'étaient évidemment des allégories : en grec, « Iréné veut dire paix; * « Afjapé, charité ».

Sans entrer dans de savantes dissertations, ce qui pour moi rend toute confusion impossible, c'est l'examen attentif de la coupe des agapes et du calice de la messe. La gravure des verres varie essentiellement selon leur destination. Sur la coupe du repas, on lit un nom, un souvenir d'amitié, une prière; sur le calice consacré au saint sacrifice sont tracés des emblèmes dont le sens mystique n'est pas douteux.

Primitivement le pain eucharistique était remis de la main à la main au fidèle, qui dans un vase précieux, dans un linge blanc, le conservait chez lui. Une peinture, reproduite par Bottari, est ornée aux quatre angles de quatre agneaux portant le vase destiné à recevoir l'hostie sacrée.

La sanctification du mariage, élevé à la hauteur d'un sacrement, se retrouve sur les monuments des cimetières souterrains. Entre deux plaques de verre soudées dans la fusion , sont peints un jeune homme et une jeune fille qui se donnent la main en contractant une union sainte. Ces mots sont inscrits sur leurs têtes : Vivez en Dieu! vivetis in Deo.

La langue des catacombes, commentée par la peinture , nous explique l'origine antique de nos croyances actuelles. Mais pourquoi ce langage, au lieu d'être accessible à tous, a-t-il quelque chose de si mystérieux?

Les proscrits, obligés de se cacher dans l'ombre, craignaient

de se trahir aux yeux profanes, et il leur suffisait de s'entendre entre eux. D'ailleurs les signes, espèces de rébus et quelquefois d'armoiries parlantes, étaient du goût de l'époque; l'art païen en faisait usage comme l'art chrétien.

Parmi ces signes symboliques, le plus cher aux fidèles, le plus souvent reproduit par le pinceau du peintre ou le ciseau du sculpteur, c'est le monogramme du Christ. On a si longuement écrit à ce sujet, que nous pourrons le traiter d'une manière très brève.

Skf ce sont les deux premières lettres du mot Christ, en grec XPISTOL, combinées ensemble. Tantôt un I remplace le P, et cela signifie Jésus-Christ; tantôt le P est coupé par une barre formant la croix. Quelquefois le chrisme est accompagné de l'alpha et de l'oméga pour rappeler que Jésus est le commencement et la fin.

M. de Rossi m'a assuré que la lettre finale du mot Christos (S) ne se voyait jamais dans le monogramme des catacombes, elle se trouve au contraire toujours dans les vieilles églises des Pyrénées, ainsi qu'une barre formant avec le P une petite croix latine ^^^. Les artistes pyrénéens du moyen âge, à la différence de la simplicité austère des artistes des catacombes, surchargent le monogramme d'ornements à leur fantaisie.

D'après le savant Buonarotti, le monogramme remonterait au premier temps où les chrétiens prirent ce nom, avant même que l'Église fût sortie de l'Orient, ce qui expliquerait comment le monogramme est composé toujours de lettres grecques.

Dans les inscriptions tombales, même en langue latine, le monogramme remplace le mot Christus.

Nous pourrions citer encore plusieurs signes symboliques. Celui qui élève un tombeau à un parent, à un ami , prend souvent le titre d'affligé , dolens. On lit sur une épitaphe : A Jules son

fils, son père affligé : Julio filio, paler dolie)is. Ce mot doliens ressemblait au mot doliutn, tonneau; un tonneau gravé sur tombes remplace le mot affligé.

péi , Ton remarque sur le tombeau de Vaccula l'image ;he, et sur celui de Nabira Timage d'un navire. Dans •mbes, une chèvre est sculptée sur la pierre sépulcrale ola; une truie sur la pierre de Porcella, un àne sur nager. Les anciens ne tournaient pas en ridicule, )us, les animaux utiles. Dans de beaux vers épiques ait réloge d'Ajax en le comparant à un àne. Cet anide monture à Balaam , à la Vierge fuyant en Egypte, eigneur entrant à Jérusalem; on le retrouve autour ihe de Bethléem.

ïmiers chrétiens avaient adopté des figures représen- ■ phrases entières. Un canard près d'un bœuf signioir de la fin prochaine des tribulations. L'explication ;aire : anas, canard, fait au pluriel aiiateSy mot latin ïlle avec un léger changement le verbe àvaeéç, cesse; ir, c'est le cri du bœuf : «vaeè; poSv, cesse de crier, cesse

ge païen, admis quelquefois aux catacombes, c était er ou de graver sur la pierre des tombeaux les insila dignité ou les instruments de la profession du désouvenirs les plus modestes n'étaient pas les moins s parmi ces humbles serviteurs de Dieu. Nous voyons rre de Severa Seleuciana un métier à tisser; sur celle pteur, un ciseau ; sur celle des fossoreSy les outils néà l'ensevelissement des morts, îinture aux catacombes descend à d'humbles détails, h*e la part des idées et des mœurs d'un autre temps; lussi elle s'élève aux plus sublimes inspirations. Dans

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ces mystérieuses solitudes de la mort, dont les secrets m'étaient révélés par un interprète illustre, j'aimais à retrouver avec leur costume, leurs habitudes et leur langage, les premiers héros du christianisme, qui, triomphant de tous les obstacles par leur vertu surhumaine, préparaient dans l'ombre et la prière la grande révolution religieuse qui devait régénérer le monde. L'image des premiers saints est souvent reproduite par le peintre, et j'éprouvais une vive émotion à l'aspect de ces portraits antiques de nos ancêtres dans la foi.

Ce qui m'a frappé, c'est l'absence de toute image réveillant le souvenir du supplice des martyrs ou de la passion de Notre- Seigneur.

Partout des colombes portant au bec la branche d'olivier avec ce mot consolateur : Pax, la paix ; partout des fleurs et des ornements gracieux; partout des oiseaux, emblème du ciel.

Pendant que la persécution grondait autour des sanctuaires saints, l'Église, bonne mère, n'avait que de douces paroles pour ses enfants, qu'elle consolait par des pensées de résurrection et d'espérance. Lorsque l'heure du triomphe est venue, l'Église, au contraire, s'est crue obligée de rappeler aux faibles et aux indifl'érents l'héroïsme des martyrs et les horribles tourments qu'ils avaient endurés sans se plaindre pour rester fidèles à Dieu.

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