‹ Pompéi, les catacombes, l'AlhambraChapitre 21 sur 40 · SAINTE CÉCILE · texte numérisé non relu

SAINTE CÉCILE

Tyran, maudit tyran, qui tranches du bravache, Du Roland furieux : oui, je veux que tu saches Que je fais moins de cas de toy et de tes dicuv (Dieux non pas, mais démons, aux chrétiens odieux). Que d'un chien, qui n'est pas si vile créature. Que tu es monstre hideux en l'humaine nature !

L'intention du pojte était bonne; mais pourquoi s'inspirer de Roland furieux plutôt que des Actes de la sainte?

(2) Sainte Cécile, poème tragique, par le marquis de Ségur, est une œuvre poétique et couronnée par l'Académie.

En profitant des travaux du P. Guéranger et du chevalier de Rossi, sans les suivre dans les questions savantes qu'ils ont si heureusement résolues à la gloire de Tantiquité chrétienne, je vais me borner à un simple récit, puisé surtout dans les Actes de la sainte, remplis de parfums divins et de douce poésie.

Redisons cette vie idéale, ces amours angéliques, ces noces virginales, ces merveilleux détails de la double découverte de sa tombe à mille ans d'intervalle.

Cécile était d'illustre naissance; elle appartenait à une branche sénatoriale des Caecilii. Sa fortune était immense, sa beauté ravissante. Fière de son nom, de ses trésors et de ses attraits, vat-elle écraser ses rivales et jouir de toutes les délices de la vie? Cécile était chrétienne. La célébrité de ses ancêtres ne Fempêche pas de regarder le misérable et Tesclave comme des frères. Sa fortune, elle la partage avec les pauvres, les amis de son Dieu! Sa beauté, elle ne l'emploie qu'à charmer ceux dont elle veut consoler les souffrances ou élever les cœurs vers la pensée du ciel.

Dans ce temps-là, le mariage était permis entre chrétiens et païens. Que d'infidèles furent amenés à la vérité par leur femme, dont la douce parole s'imposait à leur conscience! Le père de Cécile lui choisit un époux parmi les plus nobles et les plus riches patriciens. Il était digne d'elle; il avait nom Valérien. La piété filiale fut une des premières vertus inspirées et glorifiées par le christianisme. Cécile était désolée de se marier. Elle avait donné tout son cœur au Christ; son père ordonnait, elle obéit.

Les noces furent célébrées avec tout l'éclat dû à l'illustration des fiancés, avec toutes les réjouissances païennes. Pendant qu'on admirait les vêtements resplendissant d'or et de pierreries de la belle fiancée, on ne se doutait pas que sur son corps elle

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portait un cilice. Pendant que plus d'une de ses compagnes lui enviait le bonheur d'avoir un aussi brillant époux, on ne se doutait pas qu'elle n'avait qu'un désir dans l'àme, c'était de faire agréer à Dieu son vœu de virginité.

Les sons de la musique qu'elle aimait, les tendresses d'une famille dont elle était l'idole, rien ne pouvait la distraire de sa conversation intime avec son Christ.

La fête est terminée. Les époux sont seuls ; le silence se fait autour d'eux. Valérien est transporté d'amour et de joie. Cécile, avec une douceur infinie, lui dit : « 0 mon tendre ami, j'ai un secret à t'avouer, si tu jures d'observer ce que je vais réclamer de toi. »

Valérien n'avait rien à refuser à sa bien-aimée. Il jure d'o- Ijéir à ses moindres volontés.

« J'ai, dit Cécile, un ange de Dieu qui me protège; mais il est jaloux de posséder seul mon amour. Si tu n'écoutes pas son désir, redoute sa colère; si, au contraire, tu respectes ma virginité, si tu consens à m'aimer d'un amour pur et fraternel, alors cet ange t'aimera aussi, et te comblera de l'abondance de ses grâces. »

A ces mots inattendus le bouillant jeune homme frémit.

« Si tu aimes un ange, je veux le voir; si c'est un homme, je veux le tuer.

— C'est un ange, et tu pourras le voir lorsque tu en seras digne. Avant tout, tu dois suivre mes conseils et aller te purifier h la fontaine étemelle.

— Pour voir celui qui m'a enlevé ton cœur, il n'y a rien que je ne fasse ; où donc faut-il aller chercher cette purification que tu exiges?

— Un vieillard peut te rendre assez pur, cher Valérien, pour que tu sois digne de voir mon ange. Suis la voie Appienne jus-

ai4 LES CATACOMBES.

qu'à la troisième colonne milliaire. Tu ne manqueras pas de rencontrer des pauvres : ils me connaissent tous; tu leur diras : Cécile m'envoie vers le saint homme Urbain, et ils te conduiront vers lui, et le vénérable vieillard te revêtira d'une robe blanche, et, de retour ici, l'ange t'apparaîtra, et toutes les grâces que tu pourras demander te seront accordées. »

Valérien sortit aussitôt et Cécile se mit en prières.

Lorsque Valérien rentra dans sa demeure, il portait la blanche tunique des néophytes.

Le pape Urbain, pendant de longues heiires, lui avait dévoilé les mystères de la religion chrétienne. Que la parole de Dieu dans les sombres catacombes, à peine éclairées des lueurs mystérieuses (le la lampe du sanctuaire, dans le silence de tant de tombes sacrées, devrait produire une impression profonde sur une àme généreuse ouverte à toutes les nobles aspirations! Le saint vieillard, qui avait pour Cécile une affection paternelle, redouble d'efforts pour faire passer ses convictions dans le cœur du jeune homme; et, avec la grâce de Dieu, une nuit suffit pour la conversion de Valérien, qui tombe à genoux devant le ministre du Christ.

Cécile, heureuse d'avoir vu exaucer son vœu le plus cher, accueille avec joie le nouveau chrétien, et tous deux unissent leurs prières pour rendre au ciel les mêmes actions de grâces, pour lui promettre une vie de dévouement absolu.

On rapporte que lorsque ces beaux fiancés priaient ensemble un ange descendit du ciel pour leur tresser une double couronne de lis et de roses, des lis de l'innocence, des roses du martyre.

« Valérien, dit Cécile, en élevant vers le vrai Dieu ta pre-^ •mière prière, demande-lui ce que tu désires, et ta demande sem exaucée. » Valérien ne demanda que la grâce de faire pénétrer dans l'esprit de Tiburce, son frère chéri, la foi qui venait d'il-

luminer son àme. Tiburce refusa longtemps de suivre son frère dans le sanctuaire des catacombes. Pourquoi aller écouter un vieux prêtre, condamné à se cacher dans les entrailles de la terre pour prêcher un Dieu caché dans les nuages? Pourquoi courir après les félicités inconnues d'une autre vie, lorsque ce monde leur offrait tant de doux sourires et de jouissances actuelles?

Sainte Cécile (d'après le Dominiquin ).

Vaincu par les tendres sollicitations de Valérien et de Cécile, Tiburce consentit à voir enfin le vénérable pontife aux cheveux blancs, à la douce figure, aux paroles inspirées du ciel.

Lorsque Ton consent à chercher sincèrement la vérité, Dieu ne manque pas de la rendre accessible à Thomme.

Répandre en aumônes une opulente fortune, soigner les malades, consoler les affligés, protéger les faibles, instruire les ignorants, acheter des parfums pour rensevelissoment des morts, ne

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rien craindre de Tliomme, tout espérer du Seigneur, telle fut la vie de Cécile et de ses nobles associés dans ses œuvres de piété et de charité.

C'était un temps de rudes épreuves et de persécutions sanglantes. Les scélérats coupables des plus grands crimes n'étaient pas aussi cruellement torturés que les chrétiens coupables des plus sublimes vertus. AlmachiuSy que nous nommerons avec M. de Rossi Amachius, était préfet de Rome. Ce n'était pas sous Alexandre Sévère, mais sous Marc Aurèle, ainsi que la science moderne vient de le démontrer. Amachius apprend que les patriciens, au lieu d'adorer l'empereur, adoraient un Dieu crucifié. Valérien et Tiburce avaient été dénoncés par leurs bonnes œuvres. Ils sont mandés devant la justice, qui dans les mauvais jours sert trop souvent de complice aux passions de l'homme puissant.

Amacliius les interroge.

« Comment », dit-il, « vous, des patriciens, vous voulez pervertir le peuple? Donnez l'exemple du respect pour la religion de Rome, et offrez aux dieux un sacrifice.

— Nous voulons respecter la divinité. Nous offrons journellement le saint sacrifice au Dieu vrai, mais nous refusons de fléchir le genou devant les idoles des faux dieux.

— Quel est donc votre Dieu?

— Il n'y en a qu'un, créateur de tous les hommes et maître de l'univers.

— Vous osez prétendre que Jupiter n'est pas Dieu?

— Vos propres écrivains le représentent comme un meurtrier souillé de toutes les débauches, et vous l'adorez comme un dieu?

— Alors donc Rome et le monde entier sont dans Terreur; la vérité ne luit que pour vous! »

Ces mots, prononcés avec le ton d'une ironie cruelle, font

pressentir la fureur du juge près d'éclater. Amachius espère, après avoir abattu l'orgueil de ces fiers patriciens, de les rendre plus dociles; il ordonne de les frapper de verges. Au milieu des douleurs d'un châtiment plein d'ignominie, infligé en présence du peuple, les deux nobles jeunes gens, loin de rougir de honte, levaient la tête en chantant les louanges de Dieu. « Heureux, disaient-ils, ceux qui souffrent pour lui! » Et d'une voix forte, que le fouet du bourreau ne pouvait altérer, ils adressaient à la foule étonnée les sollicitations les plus pressantes pour les inviter à sacrifier des dieux de bois ou de pierre au Dieu unique, au Dieu bon, au Dieu éternel.

Pendant que les deux frères triomphaient de la douleur par un courage surhumain, et ne semblaient occupés que des plus sublimes espérances, Amachius était pensif et rêveur. Une seule pensée l'agitait, pensée vile et cupide. « Je devrais, se disait-il, par égard pour les plus grands noms de Rome, accorder aux coupables le temps de la réflexion avant de les envoyer au supplice. Mais s ils employaient ce moment de répit à distribuer toute leur fortune aux pauvres, quel profit aurais-je de leur mort? Plus je me hâterai et plus la confiscation me rapportera. »

Cette considération était décisive. Le juge, pour la forme, ordonna une dernière fois aux deux chrétiens de brûler de l'encens à Jupiter, et, sur leur refus, il les condamna à avoir la tête tranchée.

11 était tard. L'exécution devait avoir lieu au grand jour; elle fut renvoyée au lendemain. Maxime, greffier du préfet, et quelques soldats furent charges de la garde des prisonniers.

Quelle nuit que celle qui devait précéder le martyre! Ce n'était pas le regret de quitter des biens périssables, c'était la joie d'aborder le port des félicités éternelles !

Cécile, loin d'engager Valérien et Tiburce à échapper au sup-

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plice, les exhortait à conquérir la palme des martyrs. Tous trois priaient ensemble; tous trois se donnaient rendez- vous au ciel; tous trois n'interrompaient leurs prières que pour songer à sauver ceux qui voulaient les perdre. Ils s'oubliaient pour s'occuper de leurs gardiens; il ne leur offraient pas des trésors pour acheter leur connivence et s'enfuir, ils les plaignaient avec ime douceur infinie de ne point partager leur foi, au risque même de partager leurs dangers.

Maxime et ses soldats étaient émus de ce spectacle si nouveau pour eux. Au lieu de ces condamnés vulgaires, maudissant leurs juges, frémissant à Thorrible idée d'une mort igominieuse, ils n'avaient devant eux que des hommes occupés, au moment de quitter la vie, du bonheur éternel de ceux qui les faisaient périr.

Le jour n'avait pas encore paru, que, touchés de ce qu'ils voyaient, saisis d'admiration pour tant d'héroïsme, éclairés par la parole de Cécile et par la lumière d'en haut, Maxime et les soldats tombèrent à genoux, demandant la bénédiction de ceux qu'ils allaient conduire au supplice.

Le 18 dos calendes de mai, Valérien et Tiburce remportèrent la couronne du martyre.

Maxime ne put cacher sa foi nouvelle. Il fut dénoncé, et périt vaillamment pour le Christ sous les coups meurtriers d'un fouet armé de balles de plomb.

Cécile attendait que Dieu l'appelât à son tour. Amachius lui fit donner l'ordre de sacrifier aux dieux. Il savait bien qu'elle refuserait d'obéir, et le refus c'était la mort. Les officiers chargés d'aller interroger la noble Romaine, ravis de tant de beauté, étonnés de tant de fermeté et de douceur réunis, la supplièrent de ne pas résister ouvertement à la volonté toute-puissante de l'empereur, et obtinrent pour elle quelques jours de réflexion.

Les saints ne se croyaient jamais assez purs, assez préparés

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pour paraître devant un Dieu de perfection infinie. Cécile, aux approches de Tlieure du sacrifice, redoubla de zèle pour la prière et les bonnes œuvres. Le vénérable Urbain vint la bénir, et quatre cents nouveaux convertis prièrent pour elle en recevant les eaux régénératrices du baptême.

Le jour du jugement arrive. Cécile est traduite devant le préfet de Rome. Ici je voudrais, si ce travail n'avait pas été déjà mieux fait que je ne saurais le faire, pouvoir ne rien omettre de ce que les Actes de la sainte nous ont raconté de détails sur cette procédure criminelle d'un autre âge.

Ainachius interroge lui-même Cécile. Il lui demande son nom et sa condition : « Cujus conditionis es?

— Je suis de race libre (ingenua) de famille sénatoriale {clarissima); mes parents sont au sénat dès les temps anciens {nobilis). » La jeune vierge au-dessus de tous les vains titres du monde place celui de chrétienne.

« D'où te vient cette audace?

— D'une conscience pure et d'une foi sincère.

— Allons, n'est-ce pas de la démence que de sacrifier sa vie plutôt que de rendre un simple hommage aux dieux de son pays?

— La vraie démence serait de sacrifier une vie et des félicités éternelles en reniant le Dieu créateur de l'univers.

— Malheureuse! Est-ce que tu ne sais pas que j'ai droit de vie et de mort?

— Non, tu ne l'as pas.

— Comment, tu oses me le contester?

— Tu n'es qu'un simple ministre de mort; tu peux faire périr un innocent, mais tu ne peux rendre la vie à celui qui Ta perdue.

— Tu vas mourir, si tu ne sacrifies aux dieux.

— Peux-tu appeler des dieux des morceaux de bois qui ne

sauraient eux-mêmes se retirer du feu si on les y jetait? C'est au Clirist seul qu'il appartient de dompter la mort et de délivrer rhomme des flammes éternelles. »

Tant de noblesse et d'éloquence, tant de jeunesse et de beauté commençaient à émouvoir la foule. Amachius pensa qu'un supplice public pourrait ofl'rir du danger.

Il fit reconduire Cécile chez elle. Il ordonna qu'elle serait enfermée dans le caldarium, qu'un feu ardent chaufferait le bain, et qu'on l'y ferait périr étoufl'ée. Enfermée dans une brûlante étuve, la sainte ne pouvait mourir. Sa voix faisait entendre les plus harmonieux cantiques, et l'on eût dit qu'une rosée céleste tombait sur elle pour dissiper les vapeurs embrasées qui l'environnaient.

Informé de ce prodige, Amachius envoie un bourreau pour trancher la tête de la vierge chrétienne. Le bourreau lui-même ne put voir sans éprouver une émotion inconnue le regard divin de la sainte, si belle, si résignée, si rayonnante déjà de gloire et d'immortalité. Il lève la hache terrible, mais son bras tremble. Trois fois il frappe, il fait des blessures profondes, mais la tête n'est pas encore séparée du corps. Il s'arrête, obéissant à un vieil usage qui défendait de continuer l'exécution lorsque la hache s'était trois fois abattue inutilement sur le condamné.

Cécile perdait tout son sang. Elle ne pouvait survivre a l'horrible supplice; mais son dernier vœu avait été exaucé. Elle avait demandé à Dieu de prolonger sa vie de trois jours pour achever (le se purifier par la soufl*rance et pour accroître son trésor de bonnes œuvres.

Pendant ces trois jours, Urbain, caché chez elle, recueillait ses dernières volontés et lui donnait les consolations de la religion.

L'heure suprême était venue. Cécile se mourait, et sa main défaillante tendait encore l'aumône aux pauvres, et ses lèvres expirantes murmuraient une prière à Dieu. Les chrétiens, à genoux,

autour de son lit d'agonie, après avoir prié pour elle, Tinvoquèrent pour eux comme une sainte dès qu'elle eut remis son âme au Seigneur.

Le soir, le pape Urbain avec un de ses diacres ensevelit le corps de Cécile dans les catacombes de Saint-Calixte. Ce fut la seule femme enterrée au milieu des saints pontifes. Saint Urbtiin ne tarda pas à aller rejoindre les nobles âmes qu'il avait conquises pour le ciel. Un mois s'était à peine écoulé, qu'il était découvert et subissait le martyre.

Le jour de la mort de Cécile est fixé par M. de Rossi au 16 septembre. La fête que l'on célèbre le 22 novembre est la commémoration de la dédicace de son église au Transtevère.

La maison sanctifiée par le martyre de la sainte fut achetée du fisc ou acquise autrement par un noble chrétien nommé Gordien. Cet oratoire antique fut érigé en église par saint Grégoire et rebâti par saint Pascal. C'est aujourd'hui un des sanctuaires les plus vénérés de Rome. On a conservé encore le calclarium, ce vieux monument de l'héroïsme d'une chrétienne d'autrefois. Sur la maison natale de Cécile on lit cette inscription du moyen âge :

« Voici la maison où priait sainte Cécile. Combien de fidèles ont prié, prient de nos jours, et prieront longtemps encore aux lieux où elle a laissé le doux parfum de ses prières? »

La tombe de sainte Cécile fut l'objet d'une vénération [)articulière. Un peintre des catacombes peignit son portrait en pied dans une fresque que je n'ai pu voir sans émotion. Les fidèles aimaient à consacrer le souvenir de leur visite en inscrivant leurs noms sur les murs de la chambre sépulcrale. Les pèlerins aimaient à emporter dans les diverses parties du monde un peu de Thuile sanctifiée par ses reliques. Les barbares arrivèrent, et respectèrent la tombe de Cécile. En l'année 817, le pape Pascal

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rechercha dans les cimetières souterrains les restes des saints, et ne pouvait retrouver le lieu où reposait sainte Cécile.

Une nuit, c'était en 821, le vénérable pontife, assis sur son trône pontifical, dans la basilique vaticane de Saint-Pierre, fatigué des bonnes œuvres de la veille, s'endormit à la psalmodie des laudes matutinales. Alors il eut une vision. Une jeune vierge, rayonnant d'un éclat céleste comme les anges de Dieu, lui apparut, et lui dit : « Je te rends grâce de tes efforts pour me retrouver. Je viens satisfaire à tes désirs en te disant que lorsque tu as ouvert les tombes des martyrs pontifes, la mienne était si près que nous aurions pu nous parler de bouche à bouche. — Qui donc es-tu, apparition angélique, et ne pouri'ais-je savoir ton nom? »

La vierge mystérieuse répondit : « On m'appelle Cécile, la servante du Christ. Cœcilia, famula Chrisd, vocor. »

Les recherches furent recommencées dans la crypte pontificale, et à côté de la tombe d'Urbain on découvrit celle de sainte Cécile. Son corps reposait dans un cercueil, et la sainte des anciens jours apparut comme si elle eût été endormie, couverte de ses vêtements d'or, et à ses pieds étaient roulés les linges qui avaient étanché le sang de sa triple blessure.

Les précieuses reliques furent transférées dans une des plus belles églises de Rome. Au seizième siècle, le cercueil fut visité par le cardinal Sfrondati en présence de Bosio. La sainte, dans la même attitude et avec les mêmes vêtements décrits par le pape Pascal, put encore poser devant un statuaire, et elle inspira ainsi à Maderno un des chefs-d'œuvre les plus admirables de l'art moderne.

Dans notre temps, si crédule pour certaines pratiques superstitieuses et si hostile aux apparitions surnaturelles, l'invention du corps de la vierge romaine, d'après la vision du pape Pascal,

paraissait une légende du moyen âge, inacceptable par la critique moderne.

M. de Rossi, avec un bonheur qui n'arrive qu'à des savants comme lui, est parvenu, conduit par une simple lueur, faible et indécise au commencement, à jeter une vive lumière au sein des mystères ensevelis dans les entrailles de la terre. Un fragment d'inscription, trouvé dans des vignes appartenant à MM. Vizia et Molinari, lui donne l'éveil. Pie L\ l'encourage et achète ces vignes. C'est là qu'existait, en effet, une entrée ignorée d'une partie, dès longtemps perdue, du cimetière de Saint-Calixte. Des excavations, guidées par l'érudition la plus sûre, font arriver la clarté du jour dans un luminariiiMy où depuis des siècles aucun rayon de lumière n'avait pénétré. On y découvre les images de trois saints avec leurs noms : Policanus, Sebastianus et Cyrinus. Or, un itinéraire du septième siècle désignait ces vénérables personnages comme ensevelis dans la même chambre que sainte Cécile. Enfin, en 1855, M. de Rossi (1) retrouve la niche sépulcrale où avait reposé le cercueil de la sainte. Son portrait en pied la représente avec les colliers, les bracelets, le riche costume d'une noble Romaine. A côté d'elle est peint le pape Urbain en habits pontificaux, avec son nom écrit en toutes lettres.

Des fragments d'inscription constatent la translation des reliques, et des graphites gravés sur les murs semblent nous donner les noms des prêtres qui assistèrent à la cérémonie présidée par saint Pascal.

Cette découverte récente confirme l'authenticité des reliques et des anciens documents.

N'y a-t-il pas quelque chose de mystérieux et de touchant dans

(I) Voir les détails de ces découvertes, ^inna/ê dellcscicnze rcligiose (7 octobre 1853). la Civillà caltolica (l" juillet 1855)

riiistoire de cette virginale épouse, qui n'a passé sur cette terre qu'en faisant le bien, et sans autre désir que de tout sacrifier à Dieu, tout, plus que sa vie, la vie de ceux qu'elle aimait?

Elle n'avait cherché qu'à se faire oublier du monde, et le monde, après environ quinze siècles, célèbre encore sa gloire. Sa tombe s'était cachée dans les souterrains les plus obscui-s, et elle brille aujourd'hui dans des églises les plus renommées de Rome.

Elle aimait les arts, et sa mémoire a inspiré des chefs-d'œuvre aux artistes dont la reconnaissance se manifeste chaque année le jour de sa fête.

Si sainte Cécile nous rappelle ce qu'il y a de plus divin dans le charme de l'harmonie sacrée, elle nous rappelle surtout les merveilles de charité et de dévouement de la vie des catacombes dans les temps héroïques du christianisme.

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