LES MUSULMANS EN ESPAGNE
La religion du Christ a vaincu par la douceur dei rruauté des Césars; elle est sortie triomphante des t catacombes pour arborer au grand jour le labarum La croix, si longtemps proscrite, brille sur la couroni des maîtres du monde.
Le temps des persécutions sanglantes est enfin pa reste à subir d'autres épreuves, plus périlleuses p( chrétien, placé entre Tapostasie de sa foi et le sacrifie sait mourir avec dévouement; mais son courage, hé la lutte, souvent dégénère en faiblesse lorsqu'il n' résister aux séductions des plaisirs, aux mollesses de aux vanités de Tesprit, aux ardeurs des passions, ai ments du pouvoir.
Bientôt le monde antique, attaqué par des hordei pleines de sève et de vigueur, va s'efl'ondrer de tout civilisation si brillante de la Grèce et de Rome s'obscu et menace de disparaître de Tunivers entier.
Le christianisme n'a pas eu pour but providentiel d'arrêter la décadence de Tempire; il n'a pas été créé pour un peuple, mais pour tous les peuples de la terre. Seul il reste debout lorsque toutes les institutions anciennes s'engloutissent dans un affreux cataclysme; il traverse le chaos d'où la société moderne doit sortir; il opère la transformation des nations barbares en nations civilisées; il préside à la fondation des nouveaux États et à la fusion des hommes du Nord avec les hommes du Midi.
Un jour, devant ce long travail de la reconstruction de l'Europe, on put craindre que l'Évangile ne fût remplacé par le Coran.
Dans une bourgade inconnue de l'Arabie, pays habité de tout temps par des tribus nomades et sémitiques, apparut un homme qui eut le génie de réunir sous sa loi, prétendue divine, les hordes les plus différentes d'origine, de religion et de mœurs. Ces hordes guerrières, le Coran d'une main, le cimeterre de l'autre, conquirent la Perse, la Syrie et une partie de l'Afrique. Croyant à la prophétie qui leur avait promis l'Orient et l'Occident, elles prirent la Sicile, envahirent l'Espagne, et si Charles Martel, par une victoire mémorable, n'avait sauvé la France, que serait devenue l'Europe?
Au moment où les splendeurs du règne de Charlemagne s'éteignaient sous ses faibles successeurs, au moment où les ténèbres de l'ignorance couvraient les empireâ placés aujourd'hui à la tête de la civilisation, les Arabes, maîtres de l'Espagne, substituaient le croissant de Mahomet à la croix du Christ, transformaient le glaive en charrue, créaient des industries, fécondaient le sol par un système admirable d'irrigation, élevaient des monuments magnifiques, cultivaient la poésie, ressuscitaient les beauxarts, et dans les ténèbres du moyen âge faisaient briller l'Espagne d'un éclat que l'on aurait peine à comprendre si l'histoire n'en avait immortalisé le souvenir.
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Comme les chrétiens , les musulmans avaient la foi; et leur* Coran avait emprunté à TÉvangile ses plus sublimes idées surj Funité et la grandeur de Dieu. \
Comme les Pompéiens, ils ne comprenaient pas l'immolation du corps à Tâme; ils se livraient à toutes les élégances, à toutes [ les jouissances matérielles de la vie. Ils eurent des vertus, mais ils ne recherchaient point ce que nous appelons la vertu.
Tandis que des races proscrites, comme les Juifs, ont survécu à toutes les persécutions, et sont toujours debout comme dés monuments du passé, qu'est-il resté en Espagne de ce peuple qui avait dominé ce pays avec tant de grandeur et d'éclat? En s'éloignant pour toujours de la Péninsule, il y a laissé peu de traces vivantes de son passage, mais beaucoup de beaux monuments.
Comme affirmation de cette civilisation étrangère, étudions* encore les ruines de Tolède, la mosquée de Cordoue, la Giralda de Séville, TAlhambra de Grenade.
L'Alhambra! c'est dans ce palais enchanté que nous allons évoquer les générations qui s'y sont succédé, et chercher le souvenir des mystères d'un temps si éloigné et si différent du nôtre.
Sans doute à l'Alhambra nous ne trouverons pas les merveilles de l'art qui abondent à Pompéi, ni ce charme religieux et mélancolique qui s'attache aux catacombes ; mais la vie païenne et la vie chrétienne nous ont été plus souvent racontées que la vie musulmane.
Quittons l'Italie, ce pays si riche en souvenirs antiques, pour l'Espagne, ce pays si riche surtout en souvenirs modernes. Quelle noble contrée que celle qui donna le jour à Trajan, au Cid, à Charles- Quint! L'Espagnol conserve encore quelque chose de la majesté romaine, de la galanterie orientale, de l'honneur chevaleresque, de l'intrépidité des conquérants des Indes.
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La beauté de ce pays a souvent fait son malheur. Les Romains le convoitèrent, et y ont laissé des traces de leur conquête. Après les Romains, les Goths s'en emparèrent. Les conquérants du Nord se trouvèrent bien dans ces douces régions du Midi ; ils surent se faire accepter des vaincus en adoptant leurs mœurs et leurs croyances.
Plusieurs rois goths furent de bons rois; mais une prospérité si paisible introduisit la mollesse dans le cœur des barbares civilisés.
Comment les Arabes, venus d'Asie, et les Mores, venus d'Afrique, vinrent-ils un jour renverser la domination gothique et s'établir en maîtres dans toute l'Espagne?
Sans entrer dans les discussions usées sur l'étymologie et les nuances des noms d'Arabes, de Mores et de Sarrasins, nous emploierons indifféremment ces noms pour la commodité du récit, puisque l'usage et l'exemple de Voltaire autorisent cette confusion d'expressions que les érudits repoussent.
Au commencement du huitième siècle Rodéric régnait, et dans sa cour brillante il attirait tous les plaisirs. Il obligeait les jeunes gens et les jeunes filles de la noblesse à venir le servir dans son palais de Tolède. Florinde, fille du comte Julien, était attachée à la personne de la reine. Elle était d'une beauté merveilleuse; un jour, Rodéric la vit danser dans une fête de la cour; elle lui parut la plus belle, et il en devint éperdument épris.
Florinde repoussa les hommages du roi ayec une fierté qui ne fit qu'irriter davantage sa criminelle passion. Ce prince, habitué à voir tout céder à ses désirs, eut recoure, pour vaincre la résistance de la jeune fille, aux moyens les plus coupables. Florinde finit par croire à la violence de l'amour que son souverain lui témoignait, et son cœur se laissa prendre. Bientôt elle s^perçut qu'elle était dédaignée, trahie, abandonnée. Un