CHAPITRE HUITIÈME
Pour bien comprendre la vie musulmane, il faut d'abord se faire une idée nette de Mahomet. Cet homme extraordinaire, qui a joué un rôle immense , et dont la doctrine après douze siècles s'impose encore à Tadoration d'une grande partie de Tunivers, était-ce un envoyé de Dieu, un audacieux imposteur, un profond politique, un sage comme Socrate, ou un halluciné croyant luimême à une mission prophétique autant qu'il voulait forcer les autres à y croire?
Ces questions ont été sérieusement étudiées au flambeau de la critique moderne. Essayons, en interrogeant surtout l'œuvre de Mahomet et les auteurs qui croient en lui , de nous initier à la connaissance vraie de sa vie intime.
Je n'appellerai pas Mahomet Mohammed; je n'ai jamais compris l'utilité de la fantaisie, qui a été de mode à notre époque, de changer des noms acceptés par l'histoire pour leur donner, en parlant français, l'orthographe ou la désinence des noms d'un autre siècle ou d'un autre pays.
Mahomet est un personnage historique parfaitement connu. Sa religion à son berceau n'est enveloppée d'aucun mystère; on la voit naîtfe, croître et se développer au grand jour.
Cet homme extraordinaire est né à la Mecque, le 10 novembre 570; c'est du moins Topinion généralement admise, quoique des \ auteurs assignent à sa naissance la date de 578. Il était de la j tribu Koréish, qui se disait descendre en droite ligne dlsmaël, fils d'Abrî^am. Orphelin dès Tâge le plus tendre, pauvre, quoique de noble race, il fut confié à un oncle, qui Tinitia au commerce. A douze ans, il partit pour la Syrie; il fut reçu à Bostra, dans un monastère nestorien par un moine qui lui fit le meilleur accueil et lui prédit un bel avenir.
Peut-être est-ce en souvenir de cette bonne hospitalité que Mahomet a fait Téloge des moines chrétiens, malgré l'aphorisme connu : point de vie monacale dans V Islam. On sait la valeur de ce mot, que nous répétons souvent; le sens propre (ï Islam signifie résignation.
Mahomet, qui devait être si souvent traité d'imposteur, fut surnommé dans sa jeunesse el Amin, le Sincère. Sa bonne réputation lui attira la confiance d'une veuve nommée Kadija, qui cherchait un homme sûr pour lui confier l'administration de sa fortune considérable. Mahomet entra à son service, et, à l'àge de vingt-cinq ans, il épousa sa maîtresse, qui en avait au moins quarante : on comprend qu'il lui en eût coûté de n'admettre qu'une épouse unique.
Une grande fortune rend du lustre à une ancienne noblesse un peu ternie par la pauvreté; Mahomet sentit alors naître son ambition. S'il n'eût voulu que devenir le réformateur des abus et des vices de son siècle et de son pays, son rôle eût été sublime. Il voulut aller plus loin ; il conçut le projet de fonder un grand empire. Il voulut aller plus loin encore : après s'être fait proclamer le chef de tribus nombreuses, il se proclama l'envoyé do Dieu.
Pendant l'intervalle des plus belles années de l'homme, de
458 LALHAMBRA.
vingt-cinq à quarante ans, Fliistoire, qui devait tant parler de Mahomet, ne dit rien de sa vie. Que faisait-il? Il se préparait. Les discussions dogmatiques, les méditations religieuses dans la solitude plaisaient à son esprit, enclin au mysticisme. Chaque mois de rhamadan, il allait se livrer à la retraite, à la rêverie dans la caverne de Héra.
. Les Arabes dans ce temps-là étaient plongés dans le plus grand désordre d'idées et de pratiques en matière religieuse. Descendants d'Abraham, ils étaient circoncis, comme les Israélites, mais leur ignorance donnait accès aux superstitions de toutes espèces. Les Sabéens croyaient à un Dieu unique ; ils adoraient en même temps les astres. Le culte du feu, avec les deux principes du bien et du mal, s'était conservé depuis le temps des mages. Chaque tribu avait sa religion ^ chaque maison ses dieux domestiques. Les Beni-Hanifa s'étaient fait un dieu de pâte; il survint un temps de misère, et le dieu fut mangé. Les pratiques les plus féroces se mêlèrent aux croyances les plus absurdes; des sacrifices humains ensanglantèrent les autels. L'idolâtrie antique se maintenait; seulement Bacchus et les autres divinités avaient pris des noms différents.
Au milieu de ce chaos, les juifs, en grand nombre, restaient fidèles à la loi de Moïse, et le christianisme avait peine à se faire jour parmi de si épaisses ténèbres. Plusieurs Arabes ne savaient guère apprécier dans cette religion que la permission de manger de toutes les viandes et de boire du vin.
Le moment était bien choisi pour détruire des erreure grossières, qui entretenaient des éléments constants de discorde parmi des tribus nomades, qu'un puissant intérêt politique commandait de réunir.
Mahomet eut la gloire de bien comprendre l'unité de Dieu et de séparer ce grand principe des nuages qui l'obscurcissaient.
Un savant orientaliste de nos jours, Tabbé Bourgade, dans son Passage du Coran à V Évangile y a démontré que les maximes vraies et justes contenues dans le Coran se retrouvent dans l'Évangile, mais avec cette différence que le premier de ces livres ne les contient qu'en germe, tandis que ce dernier les montre dans un merveilleux développement ou plutôt à l'état de perfection.
Il est difficile de toucher à une œuvre divine sans la dénaturer, et l'homme ne peut refaire Dieu.
Aussi Mahomet, au lieu d'ajouter à l'Évangile une vérité, une vertu nouvelle , a mêlé aux préceptes les plus purs les préceptes les plus grossiers, et il est bien difficile de ne pas reconnaître que dans le Coran le sublime et l'absurde se heurtent à chaque page.
Mahomet ne s'attribue pas le don des miracles, mais il en raconte, et malheur à ceux qui ne le croient pas sur parole!
Il a quarante ans; le moment est venu, et il va se montrer enfin sur la scène. Pendant qu'il est en retraite, plongé dans la prière, l'ange Gabriel, dit-il, lui apparaît, et nous copions dans le Coran même (1) le récit de cette première vision:
« La nuit, sur la montagne, je dormais profondément, lorsqu'un ange m'apparut en songe. Il tenait à la main une pièce d'étoffe de soie couverte de caractères d'écriture; il me la présenta en disant : Lis. Que lirai-je? lui demandai-je. Il m'enveloppa de cette étoffe, et répéta : Lis. Je répétai ma réponse. Que lirai-je? Il répondit : Lis. Au nom du Dieu qui a créé toute chose, qui a créé l'homme de sang coagulé, lis par le nom de ton Seigneur, qui est généreux; c'est lui qui a enseigné l'écriture, il a appris à l'homme ce qu'il ne savait pas. Je prononçai ces mots
(1) Le Coran, trad. par Kasimirski, p. xi.
4G0 L ALUAMBRA.
après l'ange, et il s'éloigna; je m'éveillai, et je sortis pour aller sur le penchant de la montagne. Là j'entendis , au-dessus de ma tête, une voix qui disait : Mahomet, tu es l'envoyé de Dieu, et je suis Gabriel. Je levai les yeux et j'aperçus l'ange. Je demeurai immobile, les yeux fixés sur lui , jusqu'à ce qu'il disparût. »
Mahomet voulait faire croire à Gabriel qu'il ne savait pas lire; il est vraisemblable qu'il le trompait, et qu'il feignait d'être plus ignorant qu'il ne Tétait en réalité.
Mahomet n'eut pas de peine à convaincre de sa mission divine Kadija, flattée d'être la femme d'un prophète. Il réunit ses meilleurs amis dans un festin, et essaya de les convertir à ses idées, mais il ne trouva point parmi eux la même crédulité que chez Kadija. Ali, un enfant de douze ans, fut le seul qui consentit à être son visir ou lieutenant.
Les débuts de Mahomet dans la carrière prophétique furent pénibles et il lui fallut toute son énergie pour n'être pas rebuté par les obstacles qu'il rencontra, surtout dans son pays. « Les Mecquois, ses concitoyens, dit M. Dozy (1), le plaignaient ou le raillaient; on le considérait tantôt comme un poète inspiré par un démon , tantôt comme un devin , un magicien , un fou : € Voici le fils d'Abdallah qui vient nous apporter des nouvelles du ciel. » Quelques-uns lui proposaient avec une bonhomie apparente de faire venir à leurs frais des médecins qui tâcheraient de le guérir. On jetait sur lui des ordures. Quand il sortait de sa maison, il trouvait son chemin semé d'épines. On lui prodiguait les épithètes de fourbe et d'imposteur. »
Il ne fut pas plus heureux dans d'autres pays. A Tàif , il expose
sa doctrine devant les chefs assemblés. On se moque de lui. c Dieu
ivait-il trouver un apôtre meilleur que toi? > lui dit l'un.
U. des Musulmans d'Espagne, t. 1, p. 24.
c Je ne veux pas discuter avec toi , lui dit Tautre. Si tu es un prophète, tu es un trop grand personnage pour que j'ose te ré-
vision de Mahomet.
pondre; si tu es un imposteur, tu ne mérites pas que je t'adresse la parole. »
Mahomet, le désespoir dans Fàme, quitte l'assemblée au milieu des injures et des huées de la populace, qui lui lance des pierres.
L'indomptable fermeté de Mahomet dans ses idées lui fit des prosélytes, mais ses progrès rendirent ses ennemis plus achar-
162 LALHAMBRA.
nés. Une nuit, il est averti que sa maison est entourée d'hommes qui ont résolu sa mort. Aussitôt il fait coucher dans son lit Ali , qu'il couvre de son cafetan vert. Tout à coup il se précipite à travers les conjurés, leur jette de la poussière dans les yeux, leur échappe et s'enfuit. Pour dérouter les poursuites, il demeure trois jours entiers caché dans une caverne de la montagne de Thour; puis, avec un bonheur qu'il fit considérer comme un miracle, il se dérobe à tous les périls, et reçoit un bon accueil à Yathred, depuis lors connu sous le nom de Médine {Médinat al Naby, ville du Prophète).
Cette fuite nocturne est un si grand événement dans la vie du Prophète, que l'ère des musulmans date de celte époque. Hégire signifie la fuite; le 1*' jour de l'hégire court pour eux du vendredi 16 juillet 622 de J.-C.
Mahomet commença son apprentissage de la guerre par le brigandage. 11 se mit à détrousser les caravanes qui faisaient le commerce entre l'Arabie et la Syrie.
Le 14 mars 624, à la tête de 313 hommes, il défit 950 Coraïschites qui défendaient une riche caravane. Ces petits combats se renouvelaient souvent.
Ses compagnons morts sur le champ de bataille étaient proclamés des martyrs. Les ennemis vaincus avaient le choix d'embrasser rislamisme ou d'être impitoyablement massacrés. Les femmes étaient partagées, comme faisant partie du butin. Mahomet prélevait son lot; il ne lui en coûtait pas de tuer le mari pour épouser la veuve; c'est ainsi qu'il épousa Safyah, femme de Kenana, qu'il fit mourir.
Le sort des combats ne le favorisait pas toujours. Dans une rencontre, il fut jeté dans un fossé, d'où on le retira couvert de sang et de boue. L'ange Gabriel était à sa disposition pour expliquer les défaites, afin de ne pas décourager les fidèles.
Dans une petite bataille, Ali avait fendu en deux Marhab. La sœur de ce guerrier, nommée Zéinab, servit à Mahomet une épaule de mouton empoisonnée. Le Prophète commençait à y goûter, lorsqu'il vit tomber mort un de ses officiers qui en avait mangé; il en éprouva lui-même une atteinte à sa santé, et resta valétudinaire toute sa vie. Zéinab ne cacha pas sa pensée. « J'ai voulu, lui dit-elle, m'assurer si tu étais prophète. Si tu Tétais, le poison ne devait pas avoir d'action sur toi; et si tu n^ Tétais pas, je délivrais la terre d'un imposteur. »
Mahomet défendait à ses adeptes de disputer avec les étrangers. C'est par le sabre qu'il répondait aux objections. « Chaque prophète, disait-il, a son caractère : celui de Jésus-Christ a été la douceur, et le mien c'est la force. »
Il répandit sa doctrine en menaçant d'extermination tous ceux qui ne l'acceptaient pas, et sa religion s'étendit dans la même proportion que son empire.
Nous ne suivrons point pas à pas les progrès de sa puissance, qui devait devenir si considérable.
11 triompha d' Abulsocian , commandant de la Mecque, qui, après avoir été vaincu, s'écria: « Dieu est Dieu, et Mahomet est son prophète! » Cette déclaration, peut-être plus habile que sincère, servait si bien les intérêts de Mahomet, qu'il la fit passer pour une conversion importante et combla de faveurs son ancien ennemi.
Maître de la Mecque, le prétendu envoyé de Dieu devint le souverain spirituel et temporel d'un grand peuple. Il renverse 360 idoles dans le temple où il prononça ces mots : Allah akbar! Dieu est grand! et ces paroles, répétées de siècle en siècle, résonnent encore sous la voûle du môme sanctuaire.
Il proclama une amnistie, mais elle ne fut pas sans réserve; en se donnant le mérite de la clémence, il faisait toujours la part de ses vengeances particulières.
i6i L ALHAMBRA.
Le Prophète , conquérant de T Arabie , écrivit aux souverains des États voisins pour se faire reconnaître. Il scella ses dépêches du titre de Mahomet, apôtre de Dieu. Il était assez puissant pour que ses lettres fussent en général bien accueillies. Le roi de Perse les déchira avec dédain. « Son royaume sera déchiré de même, » s'écria Mahomet , furieux à la nouvelle de cet affront.
Lorsqu'il accomplit son dernier pèlerinage à la Mecque, il était à la tête de 90,000 musulmans. Il avait 67 ans. Il immola un nombre de chameaux égal à celui de ses années. Il s'apprêtait à attaquer la Syrie, lorsqu'il fut saisi par la fièvre qui devait le conduire au tombeau.
Dévoré par un feu intérieur, qu'il attribuait à l'effet du poison pris trois années auparavant, il se fait jeter sur le corps une grande quantité d'eau froide. Il lui semble que ce remède a calmé son ardeur, et il se rend pour la dernière fois à la mosquée.
Là il célèbre les louanges de Dieu; puis, faible, soutenu par Ali et Fadhl, il monte en chaire, et demande pardon de ses péchés. « 0 musulmans! dit-il , si j'ai frappé quelqu'un d'entre vous, voici mon dos, qu'il me frappe. Si quelqu'un a été offensé par moi, qu'il me rende offense pour offense; si j'ai ravi à quelqu'un son bien, qu'il le reprenne; qu'on ne craigne pas de s'attirer par là ma haine, la haine n'est pas dans mon cœur!
— Eh bien, s'écria une voix sortie de la foule, restituez-moi trois dirhems que vous me devez.
— Les voici, répondit Mahomet, mieux vaut la honte dans ce monde que dans l'autre. »
Le 8 juin 632, il s'éteignit en prononçant quelques paroles entrecoupées : « Oui , mon Dieu ! oui... avec le compagnon d'en haut (l'ange Gabriel). »
Il avait prophétisé pendant vingt-trois ans, et n'avait exercé de domination sérieuse que pendant dix années.
Mahomet fut un homme de génie. Alexandre et César n'ont rien laissé après eux;- il a fondé des institutions qui ont défié le temps. Du fond de sa tombe, douze fois séculaire, il impose encore sa loi à des peuples nombreux. Il renversa Tidolàtrie; il des bases solides un culte qui reconnaît l'unité de Dieu e1 talité de Tàme. Il réunit sous Ain même sceptre des tril rées par les mœurs, les antipathies de races, des hab vie. nomade.
Son empire, loin de se dissoudre après lui, s'étendil successeurs, et dans l'espace de 90 ans il alla plus loin pire romain dans l'espace de huit siècles. Sa religion formée dans un temps d'ignorance, règne encore de nos la moitié de l'ancien hémisphère.
Cette religion conquérante envahit un jour l'Espagne, bras puissant de Charles Martel elle menaçait d'envahir et l'Europe.
Mahomet avait lié son système religieux à son systèi que; son code était à la fois un code divin, un code c code guerrier.
Mahomet joignait au génie d'éminentes qualités pers son éloquence, dépouillée d'art et de méthode, était vi traînante. Il avait une physionomie heureuse, des yeux un air d'autorité et d'insinuation. La simplicité de sa remarquable; il allumait son feu, balayait sa chambre, modait ses habits, soignait ses chevaux, s'occupait de brebis, et préférait se servir lui-jnéme que d'être sen chait aux idolâtres la confiance dans la Providence di^ riches la vertu de l'aumône, aux enfants l'amour filial, disait-il, gagne le paradis aux pieds de sa mère. »
Sa sobriété était renommée; un morceau de pain et dattes suffisaient ordinairement à ses repas. Il savait
toutes les privations; on raconte que pour tromper la faim il lui est arrivé de serrer avec sa ceinture une pierre sur son ventre.
Sa charité pour les malheureux allait jusqu'à les inviter à manger à sa table : il ne méprisait pas le pauvre à cause de sa pauvreté, et n'honorait pas le riche à cause de sa richesse.
Quand on ne l'irritait pas, il était bon , doux, affable , agréable. Sobre de paroles, il ne détestait pas la plaisanterie; mais il évitait de faire de la peine. Un jour, une femme âgée vint lui demander de prier Dieu de lui accorder le paradis. « Le paradis n'est pas fait pour les vieilles femmes, » répondit Mahomet; et comme la pauvre femme se mit à pleurer en entendant cette réponse, il se hâta de la consoler en ajoutant : « Non, le paradis n'est pas fait pour les vieilles femmes, parce que Dieu , avant de les y admettre, leur rendra la jeunesse et la beauté pour qu'elles soient dignes de l'époux céleste qui les attend. »
11 ne dédaignait pas les petits moyens pour plaire; il soignait sa toilette, il avait souvent le peigne à la main pour arranger sa barbe et ses cheveux. Plus d'une fois on le surprit se regardant avec complaisance au miroir; un de ses amis ne cacha pas son étonnement de voir un si saint personnage se livrer à de telles frivolités. 11 répondit : « C'est faire une chose agréable à Dieu que de soigner son extérieur quand on doit paraître en public. »
Mahomet, en moralisant les Arabes et en les rendant puissants, s'est montré un grand homme; mais ce n'était qu'un homm^.
Dès le septième siècle le nom de Mahomet a rempli le monde. Il a excité d'abord la terreur; puis les chrétiens ont voulu le couvrir d'injures et de mépris; le Prophète a été traité d'imposteur et d'hypocrite; Voltaire et Bayle partagent sous ce rapport l'opinion des moines du moyen âge.
Après ce concert unanime d'outrages contre ce Tartufe avec les armes à la main, une réaction s'est opérée en France. On n'a
pas trouvé assez d'éloges pour vanter Mahomet, que Von tant insulté. On Ta comparé à Socrate, on Ta représenté c un des hommes les plus grands et les meilleurs qui aient , existé.
D'éminents écrivains, comme M. Barthélémy Saint-Hil; M. de Rémusat, ont sérieusement étudié le fondateur de \ gion musulmane.
J'avoue que, si je ne refuse pas dans certaines circonf mon admiration à Mahomet , cette admiration n'est pas sai nés.
M. Barthélémy Saint-Hilaire dit que ce grand homme a plus intelligent, le plus religieux, le plus clément des hom: son temps, et qu'il n'a dû son empire qu'à sa supériorité.
L'homme de génie devance son siècle; s'il ne peut s au-dessus de tous les préjugés au milieu desquels il vit, des principes d'éternelle morale qu'il sait respecter toi quand les calculs de l'ambition et les entraînements des pî déshonnêtes ne font pas taire la voix de la conscience.
Les écrivains musulmans eux-mêmes montrent Mahomel sible à de mauvais sentiments, incompatibles avec le cai d'un envoyé de Dieu.
Jésus ne partage aucun des préjugés de son temps et n gne aucune des passions chères au peuple au milieu du< vit. Pour la propagation de sa doctrine , il réprouve la fc ne veut que la persuasion; il ordonne à Pierre de reme sabre dans le fourreau, et lui commande de n'employer parole. Au lieu de prescrire l'extermination des infidé exige qu'on prie pour eux. Il veut mourir; il désire q disciples sachent mourir aussi pour la vérité. Il n'est pai pour sauver Jérusalem , mais pour sauver le monde. Sa d n'est pas adaptée aux besoins d'un peuple ou d'un siècl
-r^.e; f "C>>J^ÇT"V
)ins éternels de tous les siècles et de toutes les 3ât le modèle accompli des vertus les plus pures, rfection surhumaine.
e préoccupe que du pays où il vit. « Il ne semble qu'il ait rien vu au delà de Thorizon de l'Arabie, é que sa religion put convenir à d'autres qu'aux îipe conquérant de l'islamisme, cette pensée que avenir musulman, est une pensée d'Omar. » Les t le brigandage, Mahomet le permet et l'exerce Arabes étaient * fourbes et menteurs, Mahomet ît de mentir par stratagème à la guerre; les indicatifs, il autorise la vengeance; les Arabes îs pour les femmes, il leur en permet quatre, et it quinze, d'autres disent vingt-cinq; les Arabes îr le sang et à exterminer leurs ennemis à la t permet les assassinats, et dans le Coran il parle e l'extermination des infidèles, élaient à leurs idées religieuses d'étranges traniscience. Mahomet, pour récompenser Othman uriiaire, lui promet d'avance le pardon de tous pourra commettre jusqu'à sa mort, luteurs musulmans les plus estimés , on ne peut >met n'ait fait plusieurs fois le mal avec la conslisait. Il n'a jamais eu l'idée d'affronter le mariaignait pas la satisfaction de ses goûts. On voit >as lui-même à sa mission divine autant que ses cru plus tard. Ce fut une nécessité pour lui de our répandre par la force sa doctrine et sa puisendu qu'il n'était pas très courageux et Weil va r de poltron :
ons à la guerre, dit Renan, étaient peu dignes
« d'un prophète : il se couvrait de deux hauberts, et portait sur € la tête un casque à visière qui lui couvrait la figure . Ah « d'Ohod, on le releva d'un fossé d'où il sortit couvert d( « Deux choses au monde ont eu de l'attrait pour me Mahomet, les femmes et les parfums; mais je ne trouve d pure que dans la prière. »
Baius moresques.
La prière et la volupté des sens, si opposées l'une à l'ai l'esprit du chrétien, se conciliaient parfaitement dans '. du Prophète, et il prétend même que l'amour excite h pour prier. « Ce qu'il y a de choquant dans le Coran, c Rémusat, et qui en dépare la noble rédaction, ce son yeux les deux ou trois versets où la parole même de '.
ite des libertés nuptiales interdites aux simples ison d'État ou une aveugle passion ait dicté )n8, j y vois Tinsolence d'un maître qui sanc- La toute-puissance conduit là. »
>uva pas dans la composition de son ménage (îélange. Il était d'une jalousie peu commune, s d'employer le ciel même au secours de ses ms le Coran : « 0 vous qui croyez, n'entrez m du Prophète sans sa permission, et hors a lui-même réglées, et n'entrez pas en con- 5 femmes; bien que le Prophète ait honte de i en aller, Dieu n'a pas honte de vous dire la
[ge Gabriel n'ont pas honte non plus, par un an, de défendre d'épouser les femmes du Proindamnées au veuvage à perpétuité, iu ciel , Mahomet fit infliger 90 coups de fouet était vanté d'avoir plu à une des femmes de
vait épousé une femme âgée; déjà avancé en îscha, qui n'avait que neuf ans. Il l'aima beaurès d'elle qu'il se retira lorsqu'il fut atteint de lie. Écoutons ce que raconte un auteur arabe ['1-Feda : « Voici ce que la tradition rapporte lage d'Ayescha. Lorsque, dit-elle, le Prophète me plaignais d'un violent mal de tête, et il me st moi bien plutôt qui pourrais me plaindre du il ajouta : Il ne devrait pas t'être pénible de i, car je serais là tout prêt pour t'envelopper r sur toi et te déposer dans la tombe. — Sans , mais je crois te voir, après l'avoir fait, revenir
MAHOMET. Ml
chez toi et te consoler avec quelque autre de tes femmes. — Le Prophète se mit à rire. »
Il ne se livra à sa passion effrénée pour les femmes que lorsque sa puissance fut affermie. Il' comprenait bien que, si dans ce monde on est sans pitié pour les vices des faibles, on est très indulgent pour ceux des hommes investis de la toute-puissance. M. de Rémusat a très bien dit de Mahomet : « Si la guerre et la politique ont complété la grandeur historique de Mahomet, elles ont un peu dérangé sa sainteté. »
Le style, c'est Thomme, a-t-on dit; Thomme dans un livre dépose ses idées , et souvent s'y peint lui-même. C'est donc d'après le Coran qu'on peut surtout juger Mahomet.
Coran signifie récilatiori. Mahomet n'a pas reçu le livre tout fait, et ce n'est pas d'un jet qu'il Ta composé. A mesure qu'une idée, absurde ou sublime, lui était dictée par un sentiment personnel ou un grand intérêt social, il l'écrivait ou la faisait écrire sur des peaux de mouton, sur des os de chameau, sur des pierres polies ou sur des feuilles de palmier.
Après la mort de Mahomet, après la bataille de Yemàna, où périrent plusieurs vieux musulmans, le calife Abou-Bekr fit réunir les fragments épars du Coran. Ce recueil primitif fut dirigé par Ben-Thabet, un des principaux secrétaires du Prophète. On plaça les chapitres sans ordre ni méthode, les plus longs au commencement, les plus courts à la fin. Plus tard, sous le califat d'Omar, on chercha à corriger quelques fautes d'orthographe et de dialecte, et après cette revision, peut-être plus politique que grammaticale, pour couper court à toute discussion sur les variantes du texte, les divers exemplaires du Coran furent tous ramassés et jetés au feu, à l'exception d'un texte unique.
Les musulmans admirent le style du Coran, écrit en prose har-
iploi fréquent de la rime. Ils prétendent que s . pu atteindre à la perfection de ce langage ion a trouvé des contradicteurs dans la secte îette question ne peut évidemment trouver ici que les croyants appellent le Livre glorieux y ahomet un livre incomparable, que Dieu seul
'tent davantage Tempreinte d'une œuvre huou chapitres laissent voir la pensée qui les e des besoins de la politique. On y compte 3t des répétitions sans nombre. — L'intellibornée, et Dieu seul lit dans Tavenir. Mahoit ce qui n'est pas dans son livre est inujs sultans s'en tenaient, dans une immobilité \ en vogue en Arabie sous le règne du Prorésister à tous les progrès de la civilisation lute serait prochaine.
ases de la doctrine de Tislamisme. Dieu est •iel est le Saint-Esprit. Les anges, messagers un jour. Toutes les créatures ressusciteront ernier. Il y a un enfer, un purgatoire et un réduit à cinq points : la foi en Dieu et en son , le jeûne, le pèlerinage à la Mecque, et la leurs principes moraux ont été empruntés à 5 ont subi des modifications peu heureuses, nmes est un puissant dissolvant pour la vie ge est un dissolvant pour Tordre social , et la peut être favorable au fanatisme guerrier, est té publique.
paradis seule suffirait pour prouver que Mae que les Arabes de son temps. Voici ce que
plusieurs versets du Coran leur promettent comme félicité suprême : Ils seront dans un jardin où il y aura de Teau partout; ils auront toujours près d'eux des cruches d'argent pleines d'une liqueur fraîche, qui ne les enivrera pas; ils seront vêtus de soie ,
Vases moresques.
et porteront des bracelets avec des perles. Ils n'auront ni chaud ni froid. Ils se reposeront à l'ombre, commodément assis sur des tapis doublés de brocart et moelleux comme des trônes; ils seront bien servis et bien nourris; ils auront des repas somptueux matin et soir. Enfin, ils seront entourés de houris, c'est-à-dire de femmes aux grands yeux, toujours vierges, toujours belles, et beaucoup mieux que celles qu'ils auront aimées sur la terre.
L'ALIÏAMBRA.
lit les instincts sensualistes et guerriers de ses it avant tout besoin de se faire de bons soldats, le Coran , contre ceux qui , blessés dans un com- « Si j'étais resté chez moi, cela ne me serait pas he à leur prouver que tout ce qui doit arriver est
'étienne, la clémence ne sont pas des mots effalais Dieu est vindicatif, il veut que les hommes il ne veut pas qu'on lui demande grâce pour les Divent être exterminés sans pitié : ce qu'ils ont , c'est de se pendre eux-mêmes, ahomet aimait la vengeance, parce que le Proie passion sauvage. Un de ses secrétaires l'avait l lui dictait ses prétendues révélations, le secrénaturées et arrangées à sa manière. Celui-ci fut >our se dérober à une colère terrible, il prit la ses faux dieux. Il se distingua par sa bravoure, s d'une victoire contre son ancien maître. Son ; la Mecque, où il avait combattu, fut conquise, la de rechercher cet apostat, ce sacrilège, cet î et de l'égorger, eût-il cherché un refuge sous pie.
jui avait accumulé sur sa tête tant de haine, lait d'Othman , qui le prit sous sa protection et mt Mahomet. Il réclama sa grâce. Le Prophète ). Othman insista, insista encore, et enfin il ae une parole de pardon des lèvres du Prophète, ait passer pour clément, mais il ne renonçait pas •uel plaisir de se venger. Resté seul avec ses î concentrée éclate, et il leur dit, en jetant des ; : « Comment ne s'est-il pas trouvé parmi vous
un ami assez intelligent pour me comprendre? Mon silence ne vous disait-il pas assez qu'il fallait tuer cet homme? »
Le Coran nous montre souvent Mahomet se laissant entraîner par Tambition et préoccupé de servir ses intérêts personnels, ses passions, ses projets de domination.
Sa bonne foi peut être sérieusement soutenue dans diverses circonstances où il fait le mal sciemment, où il commet des actes de brigandage par cupidité et des assassinats par vengeance.
Cependant peut-on contester sa piété? Dans un temps d'ignorance, il a su dégager du milieu des superstitions idolàtriques les plus grossières les idées les plus pures sur la Divinité. Il aimait la méditation, la solitude, la prière. Il est impossible qu'il ait dit de Dieu de si belles choses sans y croire.
Ayescha lui dit un jour : « Est-ce que personne n'entre dans le paradis que par la clémence de Dieu?
— Personne, personne-, personne, répondit-il en appuyant sur ce mot.
— Mais vous, ô Prophète, n'entrerez- vous que par sa miséricorde? »
Alors Mahomet se mit la main sur la tête , et répéta trois fois avec une grande solennité :
« Ni moi non plus, je n'entrerai pas dans le paradis si Dieu ne me couvre de sa pitié. »
Il est aussi difficile de nier la piété profonde de Mahomet que de la concilier avec certains actes contraires aux sentiments de la piété la plus vulgaire.
Nous en avons assez dit pour faire connaître l'homme et son œuvre. Que faut-il en conclure?
Mahomet était-il réellement un envoyé de Dieu? Sa religion, après douze siècles, fleurit encore chez des peuples nombreux, mais arriérés dans la civilisation; elle est en décadence en Eu-
fait une étude philosophique du Coran, il serait e d'oser soutenir que ce livre nous arrive du [jue c'est le dernier mot du progrès de Tesprit
il un imposteur de génie et de mauvaise foi? Voltaire le représente :
^r en dieu l'univers prévenu ,
'e est détruit si l'homme est reconnu.
iiblier que Voltaire n'écrivait pas de l'histoire , ; il ne cherchait pas la vérité du caractère, il occasion de crier contre le fanatisme. C'était la )s, comme du temps de la Terreur le mot fra- >gue.
itester le profond génie d'un homme qui a su 1 grand empire sur l'unité de croyance, et corn- Liple puissant de petites tribus éparses et peu
échelles où Ion mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand? »
■être trop loin.
le, dit Lamartine, ne se proposa un but plus les superstitions interposées entre la créature îndre Dieu à l'homme et l'homme à Dieu. » is inventé une vérité nouvelle , et tout ce qu'il r Dieu, il l'a puisé dans l'Évangile. L'unité reses projets d'unité politique, et, en conservant hrist pouvait avoir d'utile à ses ambitieux desrimé ce qui pouvait être un frein aux passions lui plaisaient, aartine, le fondateur de vingt empires terrestres
et d'un empire spirituel. » Il ne faut pas. considérer la rapidité de ses conquêtes comme tenant du miracle. L'histoire nous explique l'extension donnée à sa doctrine par l'énergie des moyens employés pour la faire triompher. L'état de la société au moment où il apparut et les conquêtes de ses successeurs facilitèrent le triomphe d'idées d'abord timidement avancées, puis imposées par la force. Si le mouvement musulman a pris à une certaine époque une extension énorme, ce n'est pas au génie seul de Mahomet qu'il faut l'attribuer : rien n'a été plus controversé ni plus indécis que sa doctrine religieuse dans son origine; ce n'est qu'au douzième siècle que ses dogmes ont pris un caractère de fixité, grâce aux conquêtes et à la puissance des califes.
Un de ses derniers biographes, Washington Irving, après avoir dit qu'il était difficile de concilier la piété ardente de Mahomet avec un système prémédité d'imposture, et les nobles préceptes du Coran avec un esprit adonné à la poui-suite des passions et des intérêts humains, ajoute : « Nous ne trouvons qu'une manière de résoudre l'énigme de sa conduite et de son caractère, c'est de supposer que le rayon d'hallucination qui traversa son esprit pendant ses extases religieuses dans la grotte de Héra continua plus ou moins à l'égarer dans une sorte de monomanie jusqu'au bout de sa carrière, et qu'il mourut follement persuadé de sa mission prophétique. »
Il est difficile d'expliquer par la monomanie la création d'un empire si vaste et d'une religion d'une si longue durée.
L'histoire raconte, il est vrai, que Mahomet était sujet à des attaques d'ëpilepsie, et l'on pourrait tout au plus se servir des aberrations d'un esprit malade pour expliquer les inepties inutiles mêlées aux grandes pensées du Coran.
Génie immense et hallucinations maladives, piété sincère et faiblesses criminelles, vérités sublimes et vils moyens employés
e eatreprise, tout cela le prétendu prophète?
toujours le plus conséir des esprits \Taiment urs les plus évidentes, )erfection est refusée à e, et qu'elle est Tapa-