‹ Pompéi, les catacombes, l'AlhambraChapitre 33 sur 40 · IRATURE ET LA POÉSIE DES MUSULMANS D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

IRATURE ET LA POÉSIE DES MUSULMANS D'ESPAGNE

la ville la plus renommée pour la musique et Corlettres.

rouvait la musique; mais il aimait l'écriture, quoie croire qu'il ne savait pas écrire. « Toute science,

pas écrite est comme perdue; la science est un ture est le lien qui sert à le retenir. » I aux croyants par le Prophète, Fart de la callidmirables progrès en' Espagne. Les manuscrits neur à l'habileté des artistes qui les ornaient d'en- 5 avec des couleurs si vives, si lustrées que, selon mi s'y mirer comme dans une glace.

papyrus et la rareté du parchemin retardèrent 3es lettres au moyen âge. C'est en Espagne que îs plus belles bibliothèques. L'Escurial a conservé sur papier de coton remontant à l'anné 1009, et t plus anciens que tous ceux qu'on a retrouvés \ nations de l'Europe, paraissent avoir été les inventeurs du papier mo-

deme. Comme la soie et le coton étaient rares en Espagne, ils employèrent des matières communes, le lin et le chanvre, à la fabrication de leur papier.

C'est chez les écrivains et les poètes de TEspagne musulmane qu'il est intéressant de rechercher la pensée, le génie d'un peuple si différent de ceux au milieu desquels il a longtemps vécu.

Les Arabes se plaisaient aux aventures fantastiques. L'honneur d'avoir inventé le conte et le roman ne peut leur être disputé par l'antiquité grecque ou romaine.

Ils connurent de tout temps la rime, cette différence caractéristique entre les vers des anciens et ceux des modernes. On trouve à l'Escurial des dictionnaires arabes par ordre de rime au lieu d'être par ordre alphabétique.

Le premier souffle de poésie qui se fit sentir au moyen âge partit de l'Espagne musulmane, traversa la Provence et s'arrêta en Italie.

Les Arabes trouvèrent sous le ciel de l'Andalousie des inspirations qu'ils n'auraient jamais eues dans les sables brûlants de la patrie. La poésie moresque et la poésie castillane ou andalouse rivalisèrent d'éclat avec des caractères différents.

Les musulmans cultivèrent les genres de poésie les plus divers. Ils excellèrent, dans la cour voluptueuse du calife, à peindre les joies de l'amour partagé et les tourments de' l^mour malheureux.

Aux chants les plus doux, ils faisaient succéder les chants de guerre, des cris de vengeance inspirés par un fanatisme ardent comme le vent du désert.

Si Mahomet eût vécu à Malaga et à Xérès, il n'eût pas maudit le vin : les Arabes d'Espagne ne se faisaient aucun scrupule de retrancher des préceptes du Coran ceux qui gênaient

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leur goût. Que de chansons bachiques où ils célèbrent les plaisirs de somptueux repas arrosés de vins délicieux et prolongés bien avant dans la nuit sous un ciel serein illuminé d'étoiles, au milieu des eaux murmurantes et des fleurs embaumées!

Rien de flatteur comme les panégyriques des grands qui les payaient, rien d'amer comme leurs satires contre les ennemis qui les avaient blessés.

Tantôt leur piété pleine d'aspirations vers le monde invisible, vers un Dieu unique, leur inspire de mystiques élans, et tantôt leur fanatisme les porte à des cris féroces d'extermination et de têtes coupées.

Les rois musulmans d'Espagne aimaient les poètes et voulaient être poètes eux-mêmes. La poésie était si honorée à la cour que les plus grands personnages, et parfois les plus jolies femmes du harem, la cultivèrent avec succès.

L'homme obscur qui était mis en lumière par l'éclat de son génie poétique était appelé au palais des rois, fêté et souvent élevé aux plus grandes dignités.

La poésie, si appréciée par la cour, ne l'était pas moins par le peuple. Kasvini raconte qu'aux environs de la ville de Selvès il n'y avait personne qui ne composât des vers.

Le laboureur faisait des vers en conduisant la charrue, et l'homme du peuple savait improviser des chants sur les sujets qu'on lui donnait.

Les poètes vraiment dignes de ce nom et doués d'un génie remarquable arrivaient à une telle renommée qu'elle s'étendait dans les vastes contrées où régnaient les musulmans. Les poètes devenus célèbres étaient recherchés au loin, et le calife de Cordoueen fit venir souvent de Bagdad. Il les logeait dans son palais et les comblait d'honneurs.

Les poètes domestiqués à la cour faisaient vite fortune, mais ne furent pas toujours heureux. On leur payait largement Téloge, mais on leur faisait payer cher Tépigramme ou la satire.

Les sujets de poésie qui plaisaient le plus à Cordoue, à Séville, à Grenade, c'étaient les chants sur l'incomparable beauté du ciel, des fleuves, des riantes campagnes, des fleurs de r Andalousie; sur les magnificences des mosquées et des alcazars , sur la beauté

Inscription moresque.

des femmes et la splendeur des rois, sur la puissance des croyants et l'extermination de leurs ennemis.

Seraksi, qui avait fait le voyage de Jérusalem en 1196, vint de rOrient dans TAndalousie pour contempler les splendeurs de la cour du sultan d'Espagne. Il le charma par ses flatteries et ses bons mots : « Gomment trouves-tu ce pays? lui demanda le sultan. — Oh! seigneur, ce pays est admirable, parfait, mais... — Eh bien, quel défaut a-t-il? — Celui de faire oublier à l'étranger sa propre patrie. »

Ramadi brillait par son esprit à la cour d'Al-Mançour. Le prince voulut un jour savoir si son poète était satisfait de son accueil. « Comment trouves-tu que je te traite? — Au-dessus de ma valeur et au-dessous de la tienne. »

Al-Mançour parut peu flatté de la réponse. Ramadi sortit, re' grettant fort son imprudence d'avoir tenu ce langage, c J'ai commis une faute. Dire la vérité aux rois, c'est le moyen de ne jamais réiissir. Quel mal cela m'aurait-il fait de lui déclarer qu'à sa cour je me trouvais aussi bien qu'au ciel, et que je me faisais une ceinture de la constellation d'Orion? »

Ai-Mançour était irrité. Le moment parut favorable à un courtisan pour attaquer le poète. « Cet homme, qui a de si grandes prétentions, n'a qu'un petit mérite... — Que dis-tu? répond le roi en l'interrompant. Je n'aime pas qu'on parle sans être interrogé et que l'on manque aux convenances. Je connais ta jalousie contre les lettrés; mais, comme le dit un poète, les hommes n'envient que ceux qui ont quelque supériorité sur eux. »

Il fait rappeler Ramadi, qui se serait dispensé de cette entrevue. « Répète-moi , lui dit-il, la réponse que tu m'as faite. » Le poète tremble et redoute un châtiment sévère. — « Pourquoi trembler? N'est-ce pas flatteur pour toi que je veuille te faire répéter tes paroles? »

Ramadi, un peu remis de son émotion, obéit.

Al-Mançour dit alors : « Noman , fils d'Al-Mondhir, remplit un jour de perles la bouche du poète Nabighah pour prix de ses beaux vers. Je n'ai pas fait moins pour toi en t'invitant à répéter devant moi ces paroles. » Il lui fit de riches présents, lui donna des vêtements et une demeure convenable. Puis il tourna le dos avec mépris au courtisan, qui aurait voulu pouvoir se cacher sous terre.

Somaisir d'Elvire avait l'esprit mordant. Accusé d'avoir lancé quelques traits contre le sultan de Grenade, il est arrêté et conduit devant Abd- Allah irrité.

Le poète comprit que sa position était mauvaise, s'il ne parve-

nait à faire rire le roi. Il savait que ce prince avait les Berbers en horreur. 11 lui dit : « Je Pavoue, j'ai écrit un poème, et le voici : « Adam m'ayant apparu en songe, je lui fis cette question : 0 mon père, est-il vrai que les Berbers soient vos enfants? — Ah ! s'écria- t-il avec indignation, si c'était vrai, je divorcerais avec Eve. »

Un émir de Séville avait entendu vanter l'esprit d'une esclave, la belle Camar. Il la fit acheter à un prix énorme. Cette femme était flère et distinguée ; musicienne et poète, elle faisait les délices de 'la cour. Quelques nobles, ignorants et jaloux, raillèrent un jour son humble origine; elle leur adressa ces vers : « Ils disent.: « Lorsque Camar arriva ici, elle était en guenilles; jusquelà son métier avait été de conquérir des cœurs à force de regards languissants; elle marchait dans la boue des chemins, elle errait de ville en ville ; elle est de basse extraction. Sa place n'est point parmi les nobles, car son seul mérite est de savoir écrire des lettres et des vers. » Ah ! s'ils n'étaient pas des rustres , ils parleraient autrement de l'étrangère. Quels hommes, mon Dieu, que ceux qui méprisent la véritable, la seule noblesse, celle que donne le talent! Qui me délivrera des ignorants et des stupides? Ah! l'ignorance est la chose la plus honteuse qui soit au monde, et s'il fallait qu'une femme fût ignare pour entrer au paradis, j'aimerais mieux que le Créateur m'envoyât aux enfers! »

Ziryâb est un des poètes qui ont acquis le plus de renommée. Il avait le talent de faire des vers, de les bien chanter et de s'accompagner de la musique. Il était Persan d'origine. Son teint un peu basané le fit surnommer l'Oiseau noir au chant mélodieux. Il vint à Bagdad pour se perfectionner sous les meilleurs maîtres. Il suivait les leçons d'ishak Maucilî, chanteur de Haroun Raschid. Le calife dit un jour à Ishak : « N'as-tu pas quelque nouveau chanteur à me présenter? — J'ai un disciple que

j'ai assez bien formé, et qui, grâce à mes leçons, pourra un

faire honneur. — Fais-le venir. »

b arrive, et son esprit, ses manières disposent Haroun iveur. « Que sais-tu chanter? — Je sais chanter ce que t les autres; mais les autres ne sauraient chanter ce que terai ici pour la première fois. »

i apporte le luth d'Ishak. 11 le refuse, et prend le sien, [uoi ne pas accepter celui de ton maître? les deux se )lent, dit le calife. — Si tu désires que je suive la méu maître, je prendrai son instrument; je me servirai du ;i tu me permets de te montrer la méthode que j'ai in- » Il chante une ode en l'honneur d'Haroun. Le prince est avi, enthousiasmé. Il appelle Ishak, et lui reproche dure- ) lui avoir trop longtemps caché un talent si merveilleux, [ue le maître fut seul avec l'élève, il lui dit : « Je vais te Lvec franchise. Tu m'as trompé en me cachant ce que tu comme tous les artistes, je suis jaloux; tu as plu au catu pourrais me ravir sa faveur : c'est une chose que je ne lerais à personne , pas même à mon fils. Si un reste d'afpour toi ne me retenait, je n'hésiterais pas à te tuer. Tu plus demeurer ici. La terre est large; éloigne-toi de , et que jamais ton nom n'arrive jusqu'à moi. Choisis : si ^ais serment de partir pour toujours, je te comblerai de îs; si tu restes ici malgré moi, redoute ma vengeance : îrai tout pour te perdre. »

b mit des plumes à ses ailes ^ et se hâta de quitter

: répondit au calife, qui réclamait son élève : « Ce. jeune est possédé; c'est un visionnaire; il prétend que pendant des génies lui apparaissent et lui inspirent les airs qu'il e. Comme vous ne l'avez pas récompensé, il est parti fu-

rieux contre vous. Ce n'est pas une perte, car lorsque le délire le prenait, il était horrible. »

On raconte en effet que Ziryàb croyait entendre pendant la nuit les génies chanter; il se réveillait en sursaut; il appelait deux de ses esclaves, Gazlan et Honaïda, leur faisait prendre des luths et leur enseignait l'air et les paroles qu'il créait dans un moment d'inspiration.

Quel est l'homme favorisé du souffle du génie qui en s'abandonnant à la flamme sublime qui l'échauffé n'a point paru étrange aux hommes vulgaires, qui ne comprennent rien aux extases de l'âme?

La réputation du grand poète musicien s'étendit au loin. Abdérame II lui fit des offres magnifiques pour l'attirer à sa cour de Cordoue. Le calife envoya au-devant de lui des officiers pour lui apporter des présents et mettre des mulets à sa disposition. Il l'installa dans une maison superbe, et lui fit don de terres considérables. Il fixa sa pension mensuelle à deux cents pièces d'or, et de plus, aux quatre grandes fêtes, il ajoutait une gratification de mille pièces.

Ziryàb répondit à tout ce qu'on attendait de son génie. Ce n'était pas seulement un grand poète et un grand musicien, c'était un savant astronome, un historien distingué, et surtout un homme d'esprit. Il charmait son maître par ses chants , par sa causerie étincelante, par son savoir, par son habileté à bien conter la vie des rois, les nouvelles littéraires et les aventures de voyage.

Il devint le favori du calife. Il avait de grandes manières; il ne sortait dans la rue qu'avec un cortège de cent esclaves. C'est lui qui donnait le ton, et qui, par son exquise élégance en tout, était à la tête de la mode. Dans son palais il étalait un luxe de bon goût. Il substitua les verres fins aux coupes d'or et d'argent,

et les beaux cuirs de Cordoue aux nappes de fil. Sa table était fort recherchée; il inventa lui-même plusieurs mets, et fit la réputation des asperges, inconnues en Espagne.

Ces poètes de cour étaient un ornement du palais et contribuaient à lui donner au loin de Téclat.

Le calife Abdérame III , célèbre par ses victoires , reçut un jour en Espagne une ambassade venue de Constantinople. Il voulut que la réception fût splendide; les plus illustres seigneurs du pays entouraient le trône. Ibn-Abd-al-Barr, savant jurisconsulte, fut choisi pour avoir l'honneur d'adresser une harangue aux ambassadeurs étrangers.

L'orateur s'avance gravement au milieu de la noble assemblée. En présence d'un auditoire si imposant, sa mémoire se trouble, l'émotion le gagne à tel point qu'il s'évanouit. Abou- Ali-al-Kali de Bagdad se présente pour le remplacer; mais il avait trop présumé de ses forces, il balbutie quelques mots et reste court.

Le sultan était dans le plus grand embarras. Le poète Mondhir Ibn-Saïd s'approche, sans être appelé, et improvise un discours d'un éclat et d'une éloquence admirables.

Abdérame le récompensa par la place de cadi de Cordoue; mais Mondhir se plaignait qu'on n'eût pas songé à lui pour faire le discours. « Si j'avais été étranger, disait-il, on n'aurait pas manqué de venir me chercher bien loin. »

Les poètes arabes, on le sait, aimaient les contes. Ils aimaient aussi les sentences. Nous citerons quelques-unes de leurs maximes, parce que les proverbes, dit-on, sont la sagesse des nations.

Le calife Ali écrivait : « Lorsqu'on place un bienfait dans un homme vil, on n'en tire qu'ingratitude. Un noble cœur répond par la reconnaissance. De même qu'une pluie en arrosant une

vipère en fait sortir du venin, en arrosant une conque elle en fait sortir une perle. »

Voici des vers dlbn-Djobaïr : « Les hommes sont des vases

Zyriâb inspiré.

dont le fond est imbibé d'aloès ; la bj)uche seulement est imbibée d'un peu de miel. Celui qui ne fait qu'y goûter se laisse prendre; mais quand il en a sondé Tintérieur, il en connaît l'amertume. » Ibn-Charaf a écrit des sentences : « L'homme vertueux qui vit dans un siècle corrompu est comme un flambeau placé dans

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un désert. Il répandrait de la lumière si les vents le laissaient en paix. — S'ils n'avaient pas dit : Plus tardj beaucoup de gens seraient devenus savants. — Souvent un homme généreux qui ne fait que donner est plus riche qu'un avare qui ne fait que recevoir. — 0 fils d'Adam! tu blâmes les hommes de ton siècle, comme si tu étais le seul homme vertueux et que tous les autres fussent des brigands; tu te trompes. Tu as été injuste envers les autres, et on a été injuste envers toi; mais tu te rappelles ce que les autres t'ont fait et tu oublies ce que tu as fait aux autres. — Un esprit supérieur qui n'occupe pas un rang élevé, ou dont le mérite est méconnu, ressemble à un flambeau dont on ne voit pas' la lumière ou qui n'est pas placé assez haut; et un imbécile dont on ne peut tirer profit qu'en l'humiliant ressemble à l'ancre du navire, qui ne rend service qu'après qu'on l'a jetée de haut en bas. »

Le poète Ibn-Charaf, expert dans l'art de la flatterie, obtint du sultan une dispense d'impôts pour deux vers qui l'avaient charmé, et que je traduis ainsi :

Il n'est plus d'assassins dans nos régions heureuses Sauf les yeux assassins des belles amoureuses.

Les bons mots plaisaient beaucoup aux Araltes. Le roi Al-Motassin s'amusait à interroger un enfant nommé Al-Fath, célèbre par ses réparties, dont plusieurs sont conservées. Voici une question qu'il lui posa un jour : « Dis-moi, Fath, y a-t-il rien de plus beau que mon anneau royal? — Oui, la main qui le porte. »

La poésie chez les musulmans d'Espagne s'élevait parfois dans les pures régions de la mo^le; mais trop souvent elle ne craignait pas de se prostituer au service des plus mauvaises passions.

Motahid chantait : c Ah! pourvu que ma vie soit assez longue, je saurai abréger celle de mes ennemis. Pour me tenir en haleine, je ne cesserai de les combattre. J'ai passé au fil de l'épée batait-

Ion sur bataillon, et les têtes de mes ennemis, enfilées comme des perles, servent de collier à la porte de mon palais! »

Cruelles sont les paroles, tirées d'un poème composé p faqui , Abou-Ishac , *Elvire :

« Arrivé à Grenade, j'ai vu que les juifs y régnaient. Ils ] vaient les impôts; ils faisaient bonne chère, ils étaient sp dément vêtus; tandis que vous, ô musulmans, vous n'avie des bardes vieilles et usées!... Les croyants faisaient un mi repas à un dirbem par tête, et eux ils faisaient de somp festins dans leurs palais. Leurs prières résonnent tout comr nôtres , ne les entendez- vous pas? Le chef de ces singes a e son palais d'incrustations de marbre; il y a fait construii fontaines où coule l'eau la plus pure, et pendant qu'il noi attendre à sa porte, il se moque de nous et de notre rel Ah! hâtez-vous de l'égorger et de l'offrir en holocauste crifiez-le, c'est un bélier assez gras. N'épargnez pas dava ses parents, ses alliés; eux aussi ont amassé des trésors. F leur argent, vous y avez plus de droits qu'eux. Ne croye que ce serait de la perfidie de les tuer; la vraie perfidie de les laisser régner... Rappelez- vous aussi qu'un jour vous rendre compte à l'Éternel de la manière dont vous aurez tn peuple qu'il a élu et qui jouira de la béatitude éternelle !

Ces paroles d'un faqui répondaient trop bien aux^ins cruels d'une population fanatique. Quatre mille juifs furent gés, malgré tous les efforts du roi de Grenade pour les sa

Si la poésie se déshonora quelquefois en allumant la t de l'incendie et en aiguisant les poignards, il faut conveni souvent aussi elle sut trouver de nobles accents pour excit combat, célébrer les victoires et pleurer les défaites.

Les habitants d'Elvire avaient réuni des forces considéi contre les musulmans, qui, assiégés à l'Alhambra, voyaiei

chaque jour leurs moyens de résistance. Une nuit, penle les Arabes rebâtissaient à la lueur des flambeaux les croules de leurs remparts, une pierre tomba au milieu lin morceau de papier y était attaché, et on y trouva ces

irs bourgades sont désertes; leurs champs sont en friche; s orageux y font tourbillonner le sable. Enfermés dans bra, ils méditent à présent de nouveaux crimes; mais là ; auraient à subir des défaites continuelles, de même que ires y furent toujours en butte à nos lances et à nos

été Asadi répondit à ce défi dans des vers qui avaient la mesure , et la même rime :

3 bourgades sont habitées. Nos champs ne sont pas en Notre château nous protège contre toute insulte; nous y 3 la gloire. Il s'y prépare pour nous des triomphes et us des défaites. Certes, bientôt quand nous sortirons, vous essuyer une déroute si terrible qu'elle fera blanchir en instant les cheveux de vos enfants et de vos femmes. » langlante bataille fut livrée quelques jours après, et les s'il faut en croire les historiens, laissèrent morts dix-sept inemis sur le champ de bataille.

[bn-Djoudi chanta la victoire :

avaient dit, les fils des blanches : « Quand notre armée ers vous, elle tombera sur vous comme l'ouragan! vous rez lui résister; vous tremblerez de peur, et le plus fort ne pourra vous ofl'rir un asile. » — Eh bien! nous tiassé cette armée quand elle vola vers nous, avec autant té que l'on chasse les moucherons qui voltigent autour oupe, ou que l'on fait sortir une troupe de chameaux able. Certes, l'ouragan a été terrible; la pluie tombait à

grosses gouttes , le tonnerre grondait et les éclairs sillonnaient les nues. Mais ce n'est pas sur nous, c'est sur vous que fondait la tempête. Vos bataillons tombaient sous nos bonnes épées , ainsi que les épis tombent sous la faucille des moissonneurs... Sauwâr brandissait ce jour-là un glaive excellent... C'était de son

Portique du Généralife.

bras qu'Allah se servait pour tuer les sectateurs d'une fausse religion... Vous avez voulu la guerre; elle a été funeste pour vous, et Dieu vous a fait périr soudainement. »

Si les musulmans ont parfois chanté Jeur haine contre les juifs et les chrétiens, ils ont chanté aussi leurs perfidies entre eux.

Motacim, dans les jours de bonheur et de gloire, avait eu

pour ami Yousef. Malheureux, il eut recours à lui, et lui envoya comme ambassadeur son fils Obéid-AUah. Yousef, ayant intérêt à se tourner contre le père , fit mettre le fils en prison.

Le jeune captif écrivit en vers à Motacim : c Après avoir vécu au milieu du luxe et des hommages , je me trouve donc réduit à Fétat le plus misérable. Des chaînes entravent mes mouvements, tandis que naguère encore je domptais les coursiers les plus fougueux! Naguère j'étais libre et honoré, me voici maintenant captif et méprisé comme un vil esclave! Arrivé à Grenade comme ambassadeur, j'y ai été frappé d'un malheur affreux. En dépit du caractère dont j'étais revêtu, on m'a jeté dans les fers. Ah! je me consume en regrets, en songeant à la noble Almérie, qu'il ne me sera plus permis de revoir. »

Son père lui répondit aussi en vers : c 0 toi que je chéris , mes larmes et mes sanglots témoignent de la douleur que je ressens! Quand la fatale nouvelle est arrivée ici, nos glaives ont brisé leurs fourreaux, nos drapeaux se sont déchirés, nos tambours ont poussé de douloureux gémissements. Ma tristesse était grande, comme celle de Jacob lorsqu'il eut perdu Joseph... Mais tâchons de supporter notre malheur avec patience ! »

Motacim n'était plus assez puissant pour employer la force; c'est par la ruse qu'il parvint à délivrer son fils.

Laissons les pages sombres et tragiques de la poésie arabe pour en feuilleter quelques-unes de plus gracieuses.

Dans ces petites cours de l'Andalousie, où la vie s'écoulait riante et paisible dans l'insouciance de la veille et du lendemain, le poète, pour exciter les désirs de son maître, l'entraînait avec lui dans le pays des chimères, -ou chantait les plaisirs du vin et de l'amour.

Écoutons Rafi-al-Daula : « Les coupes, ô Aboul-Ali, sont remplies de vin généreux , et les joyeux convives les font passer

de main en main. Les zéphyrs agitent doucement les feuilles des arbres, les oiseaux font entendre leur ramage,. et les colombes roucoulent sur les rameaux élevés. Allons, viens savourer avec nous, sur le bord des eaux limpides, ce vin rouge et clair que Ton croirait exprimé des joues de la gracieuse jeune fille qui nous sert d'échanson. »

Voici des vers d'une princesse, Omin-el-Kiram : « Oui, Ton s'étonne avec raison de la violence de mon amour; mais c'est que mon amant est pour moi le soleil lui-même , qui a quitté les hautes régions du ciel pour venir demeurer au milieu de nous. Il est mon seul bien, et s'il me quittait, mon cœur le suivrait partout! »

Sans doute nous pourrions cueillir dans les chants d'amour des poètes arabes des fleurs charmantes, trop charmantes souvent, mais il est facile de voir que Thomme, fier de sa supériorité, traitait souvent la femme avec hauteur.

Les plaisirs des sens étaient sanctifiés par l'exemple du Prophète. La prospérité des Arabes sous la seconde dynastie omaiyade avait atteint un degré auquel aucune nation contemporaine n'avait su parvenir. Les rudesses de la vie nomade avaient fait place à la mollesse de la vie sédentaire. Toutes les richesses du monde, tout le luxe de l'Orient, toutes les magnificences de la nature, toutes les délices que l'homme peut rêver abondaient chez les musulmans d'Espagne.

Le bonheur n'existe jamais ici-bas sans être entouré de bornes et de précipices. Rien dans les jouissances terrestres ne peut rassasier l'àme créée pour des destinées immortelles.

Ibn-Abbas, visir de Zohaïr, avait une fortune équivalant à trente-cinq millions de notre monnaie actuelle. Il avait cinq cents chanteuses, toutes d'une rare beauté, un harem splendide, une bibliothèque de quatre cent mille volumes. Tous les plaisirs

des sens et de l'esprit semblaient devoir ne laisser aucun vide dans son cœur. Voici ce qu'il chantait : « Tous les hommes fussent-ils mes esclaves, mon âme ne serait pas contente! Elle voudrait, dans son essor, monter aussi haut que l'étoile la plus élevée", et arrivée là, elle voudraR monter encore ! »

Sous le gouvernement des despotes, rien de stable; et leurs favoris tombaient souvent du faite des plus grandes prospérités dans la plus triste infortune.

Au lieu de continuer à glaner quelques traits de poésie arabe dans des volumes sans nombre, racontons la vie d'un poète; ce sera une page intéressante des mœurs musulmanes d'Espagne :

Nulle vie ne fut plus accidentée que celle de Ibn-Ammar.

Né dans un village près de Sylvès, il commença dans cette ville son éducation qu'il perfectionna à Cordoue»

Richement doté, sous le rapport de l'intelligence, mais dépourvu de toute fortune, Ibn-Ammar choisit, pour gagner son pain, le métier de poète errant. Monté sur sa mule (la seule chose qu'il possédât au monde), il allait de ville en ville, chantant et vendant des vers. L'exploitation de la vanité humaine, le panégyrique en vers , c'était ce qui lui rapportait le plus. Un marchand de Sylvès, en récompense de poétiques et hyperboliques louanges, lui donna un sac d'avoine pour sa mule.

Ibn-Ammar n'avait pas un talent vulgaire. La renommée de ses beaux vers parvint aux oreilles d'Al-Motadid, roi de Séville, qui le fit appeler à sa cour et fut charmé de son talent. Al-Mod, fils du roi, fut tellement enthousiasmé du poète, qu'il voulut ir toujours près de lui, et les deux jeunes gens, de position fférente, finirent par devenir des amis tellement intimes, s ne pouvaient se quitter. Le prince était gouverneur de es; Ibn-Ammar, qui habitait son palais, était presque ef-

frayé de son bonheur, qui dépassait tout ce qu'il avait pu rêver des délices de ce monde.

Il lui sembla, une nuit, dans. son sommeil, entendre une voix qui l'avertissait de prendre garde, et lui prédisait qu'il périrait de la main de Motamid. Cette voix mystérieuse retentit trois fois à son oreille. Saisi d'épouvante, il se lève, il fuit, et se blottit dans un coin obscur, en attendant le moment où Ton ouvrirait le matin les portes du palais.

Al-Motamid s'aperçoit de la disparition de son ami; il le cherche et le fait chercher partout, et quand on l'a découvert, il lui demande l'explication de sa conduite. « As-tu éprouvé un cauchemar ou perdu la tète? » Ibn-Ammar avoue la vérité. « Moi, te tuer! s'écria Motamid. Ce serait un suicide; n'es-tu pas ma vie, mon âme? »

Bientôt le jeune prince perdit son père et lui succéda. Il combla de faveurs le^poète et le nomma gouverneur de Sylvès.

Ibn-Ammar, très vaniteux, voulut faire une entrée pompeuse, avec un faste princier, dans sa ville natale, d'où il était parti en si pauvre équipage; à son arrivée, il répandit des largesses. Il envoya au marchand qui lui avait fait cadeau d'un sac d'avoine, un sac rempli d'argent, en lui faisant dire que sll eût reçu un sac de blé , il lui aurait rendu un sac d'or.

Al-Motamid ne pouvant se passer de son favori, il l'appela auprès de lui comme grand visir, dépositaire du sceau royal et général en chef de l'armée.

Loin de se faire pardonner sa haute position par ses égards pour les grands seigneurs du pays, il excita leur jalousie par l'orgueil et par le luxe extraordinaire qu'il étalait.

Il ne sortait du palais que bannières déployées, précédé de trompettes et entouré d'un superbe cortège.

Le poète, transformé en homme politique, ne manquait pas de

sagesse dans radministration des affaires de l'État, ni de finesse les négociations diplomatiques.

honse VI, à la tête d'une armée considérable, s'avançait ) les musulmans, dont la puissance était ébranlée. Ibnar va au-devant de lui pour l'arrêter par un traité de paix, nt qu'Alphonse était joueur, il avait apporté un échiquier, ble chef-d'œuvre d'art , dont les figures étaient en bois de 1, d'ébène et d'aloès. Le roi chrétien voulut l'acheter. On par convenir qu'Alphonse et Ibn-Ainmar joueraient une

ensemble. Si le roi gagnait, il serait maître de l'échiquier;

perdait, il donnerait au vizir ce que celui-ci lui deman- . Ibn-Ammai' gagna la partie et demanda la paix, qu'il . moyennant quelques sommes d'argent qu'il paya lui-même -champ.

Motamid, charmé du succès de son ministre, le chargea d'une )n à la cour de Déranger II, comte de Barcelone. Ibn-Amaprès avoir heureusement terminé cette affaire, s'en regiit auprès du roi, lorsque, en traversant la Murcie, il conçut

d'annexer ce petit État au royaume de son maître. Son , fut approuvé et, à la tête d'une armée, il partit pour aller ême Je mettre à exécution. Au lieu d'avoir recours aux j, il s'adressa à la trahison. Un traître lui fit ouvrir les î de la ville et lui livra Ibn-Tahir, souverain de Murcie. vainqueur voulait se montrer généreux envers le prince lé. Il lui envoya de riches vêtements; Ibn-Tahir les rea avec dédain et répondit à ceux qui les lui apportaient : 3s à votre maître que je n'ai besoin pour me vêtir que

peau de mouton et d'un bonnet grossier. » Quand ces palui furent rapportées, Ibn-Ammar s'écria : « Je comprends îion. Il veut me rappeler le costume que je portais quand 5 pauvre et que je lui chantais des vers. Louange à Allah ,

qui donne des biens et qui les retire , qui élève et qui abaisse ! »

Il avait sur les lèvres de belles paroles, mais la vengeance dans Tàme. Le prince vaincu fut enfermé dans un château fort et durement traité.

Le vizir devint vice-roi de Murcie; mais, quoiqu'il reconnût encore Motamid pour maître, il usurpait en réalité tout le pouvoir et toutes les prérogatives de la royauté absolue. Parvenu à une haute position, l'orgueil lui fit perdre tout sentiment de prudence.

Quand il donnait audience, il avait sur la tète le bonnet pointu que les rois seuls avaient droit de porter. Son ton hautain déplut à ceux qu'il aurait dû ménager et qui ne négligèrent aucun moyen d'exciter contre lui la jalousie de Motamid. Pour fasciner son maître et regagner sa faveur, Ibn-Ammar, trop fier de son génie poétique, croyait toujours à la puissance de ses vers sur l'esprit de celui qu'il avait su charmer tant de fois. Des événements imprévus survinrent; le prince détrôné de Murcie s'était évadé de prison et avait trouvé asile à la cour du prince de Valence. Ce prince, en recevant un ennemi d'Ibn-Ammar, lui avait fait un affront, et le poète, pour le' punir, lança contre celui qui l'avait blessé toutes les colères de sa muse vengeresse.

Le roi , à qui Ton montra cette diatribe hautaine et furibonde , ne l'approuva pas, et s'amusa à en faire lui-même une parodie piquante.

La prudence aurait dû conseiller à Ibn-Ammar de calmer plutôt que d'irriter son bienfaiteur et son maître. La colère l'emporta sur la raison; il répondit à la parodie de sa satire par des vers indignés qui allaient jusqu'à l'outrage le plus amer.

Il se permettait de dire à Motamid : « Je découvrirai ta honte pour la mettre au jour ! Je lèverai le voile qui cache tes turpitudes et je le déchirerai en mille morceaux. Émule des héros antiques,

tu es fier d'avoir su défendre quelques petits villages... Tu sais que ta femme te trompe, et tu le tolères... »

Après avoir exhalé sa fureur dans cette pièce virulente, la réflexion aurait dû l'engager à la cacher. Il ne put résister au désir de faire applaudir son œuvre par ses amis. Parmi les confidents s'était glissé un traître qui parvint à se procurer une copie autographe des vers, qu'il envoya à Motamid sous l'aile d'un pigeon voyageur. L'indignation du roi dut être grande en voyant que celui qu'il avait traité comme un ami l'attaquait dans son honneur et ne respectait même pas l'honneur de sa femme.

Ibn-Ammar songeait à se rendre indépendant. C'est une trahison qui l'avait fait entrer à Murcie, c'est une trahison qui len fit sortir. Ses ennemis ameutèrent les soldats, qui n'étaient pas payés régulièrement, et Ibn-Ammar fut heureux de pouvoir se dérober par la fuite à la fureur des conjurés.

La cour du roi son maître lui était fermée; le poète musulman alla demander asile au roi chrétien Alphonse VI, qui ne lui fit pas l'accueil qu'il en avait espéré. Il se mit alors au service du roi de. Saragosse, Al-Moctadir.

Son humeur inquiète et son goût pour les aventures furent cause de sa perte. Après avoir été longtemps heureux dans ses entreprises, le malheur sembla s'acharner sur lui. Vaincu dans l'attaque du château de Ségura, dont il avait tenté de s'emparer, il fut chargé de chaînes, enfermé dans un cachot et mis aux enchères par le vainqueur, qui fit publier partout que le prisonnier serait livré au plus ouvrant et dernier enchérisseur. Al- Motamid ouvrit la somme la plus forte et resta adjudicataire. II envoya son fils pour payer le prix et saisir Ammar.

Le vice-roi, qui avait tant aimé le faste des entrées triomphales où le peuple l'acclamait, où les grands sollicitaient la faveur d'un regard, fit une humiliante entrée à Cordoue, placé sur une mule

entre deux sacs de paille, promené dans les rues comme un vil malfaiteur, et exposé à toutes les injures de la populace. Le roi, après avoir fait subir à son ancien favori cette honte publique, le fit conduire en sa présence. Il lui rappela les honneurs dont il l'avait comblé et lui reprocha sa noire ingratitude.

Le prisonnier, courbé sous le poids de ces terribles paroles, les yeux baissés, resta longtemps sans dire un mot, puis, d'une voix suppliante, il répondit : « Que Dieu vous protège, ô mon maître! Je suis coupable, je ne puis nier mes crimes. Daignez les pardonner, miséricorde!

— Ce que tu as fait ne peut se pardonner, » répliqua Al-Motamid, qui donna Tordre d'enfermer le prisonnier dans le cachot de son palais. Ce ne fut pas sans difficulté qu'il permit qu'on lui donnât deux feuilles de papier pour écrire.

Le poète écrivit sur une de ces feuilles une supplique si éloquente; il peignit sous des couleui's si vives son repentir, son désespoir d'avoir perdu l'amitié de son bienfaiteur, que le roi se sentit ému de pitié et fit ramener Ibn-Ammar devant lui. Il lui adressa de nouveau de vifs reproches de soij ingratitude.

Le captif, après avoir essayé de remuer le cœur de son maître par des^ larmes et des regards suppliants , plus éloquents que les paroles, ouvrit enfin la bouche et rappela avec tant d'émotion les souvenirs du passé, que le roi sentit renaître un sentiment de compassion pour l'homme qu'il avait tant aimé; sa colère parut s'apaiser, et en le quittant il lui dit quelques mots pleins d'espérances de pardon.

Seul dans son cachot, ne pouvant contenir la joie qui remplissait son âme, Ibn-Ammar, prit la seconde feuille de papier qui lui était restée et se mit à écrire à Rachid, fils de Motamid, sa réconciliation avec le roi.

Lorsque cette lettre fut remise à Rachid, il était à table; il la

lut à ses convives. Parmi eux se tzxmvait un ennemi de rancieo vizir, qui n'eut rien de plus pressé que de chercher à irriter le roi en lui donnant avis de Texistence d*une correspondaûce secrète entre son prisonnier et Rachid.

Al-Motamid, furieux, se hâte d'interner lui-même Ibû-Ammar : c Avez-vous raconté notre dernière conversation?

— Non, à personne.

— Avez-vous écrit à mon fils?

— Non.

— Montrez-moi le feuillet que vous avez gardé après m'avoir adressé votre supplique.

— Je l'ai employé à faire le brouillon de ma lettre , et ne Tai pas conser\'é. »

Le roi pressa tellement de questions le malheureux prisonnier, que celui-ci fut obligé de lui tout avouer. Alors le roi , saisi d'une horrible fureur, monte dans ses appartements, prend une superbe hache qu'Alphonse \1 lui avait envoyée en présent, se précipite dans le cachot et frappe à coups de hache Tinfortuné prisonnier, jusqu'à ce que le silence de la mort eût succédé aux cris déchirants de la victime qu'il égorgeait.

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