CHAPITRE QUATRIÈME
DESCRIPTION DE POMPEI.
Pompéi! Que de fois j'avais rêvé de cette cité momie ensevelie vivante il y a dix-huit siècles! Chaque jour s'opère le travail de sa résurrection merveilleuse, et peu à peu elle se dégage, comme d'un linceul, de la verte colline qui Tenveloppait. Hélas! les plus terribles catastrophes causées par la nature ne sont pas aussi dévastatrices que les ravages commis par la main de l'homme! Si l'on eût laissé faire les invasions des Barbares, que serait-il resté de Pompéi! Le Vésuve du moins semble ne l'avoir détruite dans l'antiquité que pour la conserver à la curiosité moderne.
Il ne faut pas descendre, comme à Herculanum, dans les profondeurs de la terre pour aller, à la lueur des torches, visiter le tombeau de la ville morte; il faut, au contraire, gravir une colline gracieuse. Pompéi a repris sa place au soleil, et montre encore, au milieu du silence des ruines, un aspect toujours riant.
En entrant, je fus surpris de trouver tant de monuments debout, tant de maisons qui semblaient avoir été habitées depuis peu, tant de rues gardant leur physionomie et l'empreinte des roues des chars qui ont cessé d'y rouler depuis près de deux mille ans.
Cette ville si vieille a l'air toute neuve. Elle venait d'être rebâtie quand le V^ésuve l'a saisie. Chaque rue, chaque édifice a reçu des
noms dont Tair de nouveauté contrastait avec l'antiquité du lieu et qui auraient bien surpris un Pompéien. Ces noms ont été choisis tantôt en l'honneur d'un personnage présent aux fouilles : telle est la maison de Championnet; tantôt comme souvenir de la découverte d'un objet précieux : la maison du Faune.
A l'aide des inscriptions et des cachets trouvés dans divers édifices, on cherche aujourd'hui à^leur restituer leur appellation primitive , le nom du vrai propriétaire. Nous accepterons les désignations les plus connues sans trop examiner si elles sont plus ou moins exactes.
La ville, d'après son aspect, et suivant l'opinion générale, devait avoir une population de quarante mille âmes (1) ; ses vaisseaux, en lui rapportant des richesses de l'Orient, lui amenaient aussi de grands artistes de la Grèce.
Elle était ornée de monuments nombreux. Du forum civil au quartier des soldats, on rencontre huit temples, une basilique, trois places, le tombeau d'Eumachia, les thermes, deux théâtres, des boutiques sans nombre et près de 900 colonnes de marbre.
Des remparts entouraient la ville , excepté du côté de la mer. C'est une double muraille bien conservée , d'une hauteur de 25 à 30 pieds, et offrant un terre-plein qui permettait à trois chars dy passer de front. Ce devait être un lieu charmant de promenaXle pour jouir du plus beau site et de l'air le plus pur. Les murs sont flanqués, de distance en distance, de grosses tours carrées; ces constructions, plusieurs fois endommagées par la guerre et le volcan, présentent les traces de diverses restaurations, et permettent d'y étudier l'ouvrage des Osques et des Romains.
(1) Je ne discute pas les opinions émises sur l'évaluation approximative de la population d'une ville dont la moitié n'est pas encore mise à découvert. Il semblerait, d'après M. Beolé, que le nombre des habitants ne s'élevait qu'à 12 ou 15,000; mais le théâtre de Pompé! n'était-il pas fait pour 40,000 spectateurs, suivant l'autorité grave de Ifazois?
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Huit grandes portes, et peut-être davantage, donnaient accès dans la ville. La porte de Noie est bien conservée; celle d'Herculanum remonte à une haute antiquité. L'entrée principale est protégée par des créneaux pour les archers, et les coulisses de la herse (1) qui la fermait sont encore visibles. Des voies romaines^ aboutissaient à chaque porte.
Les rues sont mieux pavées et mieux disposées que dans plusieurs villes modernes. Les trottoirs, margines , sont en asphalte ; la chaussée, agger^ est bien entendue pour l'écoulement des eaux; elle conserve la trace des roues de chars et notamment du lourd plaustrum y que traînaient quatre bœufs. Des pierres saillantes , formant des passerelles sur la voie , permettaient au pied délicat delà Pompéienne d'aller d'un trottoir à l'autre sans se salir.
Les rues sont très étroites; elles n'ont jamais plus de 7 mètres de largeur, et souvent elles n'en ont que 4. En Italie et en Espagne , quelques villes étonnent l'étranger par la dimension excessivement restreinte des rues.
Pour le coup d'œil, les vastes places, les larges boulevards, les grandes rues font un magnifique effet ; nrais dans les pays chauds elles ne plaisent pas toXijours au pauvre piéton, qui cherche l'ombre. Tacite était de cet avis. En parlant des embellissements de Rome, il s'exprime ainsi : « Il y a des gens qui croient l'ancienne manière plus favorable pour la salubrité, parce que les rues étroites atténuaient l'influence des feux du jour, au lieu que maintenant cet espace , qui reste à découvert et que ne protège aucune ombre , est en butte à toute l'ardeur des rayons solaires. »
^1) Les anciens ménageaient devant la porte d'un fort un réduit à l'entrée duquel était une herse, suspendue avec des cordes et des chaînes de fer. Si les ennemis s'avisaient d'entrer, la herse tombait sur eux, les enfermait et les livrait aux assiégés. (Vegèce, Bei militaris, lib. IV, c. iv .)
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Des égouts ménagés avec art recueillaient les eaux diverses, les cachaient sous les trottoirs et les conduisaient à la mer.
Les belles fontaines étaient nombreuses. On a même retrouvé des puits. Cette abondance d'eau fraîche et limpide était inappréciable sur une hauteur exposée aux ardeurs d'un brûlant soleil.
Des décorations monumentales embellissaient la ville. Ainsi dans un quadrivium, carrefour, où se croisaient quatre rues principales , les rues du Forum , de Mercure , des Thermes et de la Fortune , s'élevaient des arcs de triomphe revêtus de marbre, et couronnés de statues.
Les maisons antiques ont Pair de maisons neuves. La ville, attaquée déjà par le Vésuve, était à peine rebâtie lorsqu'elle périt en entier. Ce n'était point pour la façade de leurs édifices que les anciens réservaient le luxe architectural , c'était pour l'intérieur. Les maisons, en général, ne sont pas hautes; elles ont ordinairement deux étages, rarement trois ; elles sont découronnées. Le volcan a défoncé les belles terrasses ornées de treilles, de fleurs et de colonnades.
Les murs se chargeaient d'enseignes et de peintures. On y représentait des serpents symboliques, les lares viales et cœnpitales, protecteurs des rues et des faubourgs. De nos jours, l'Italien aime à placer son quartier sous la protection de l'image d'une madone. Que l'on ne compare pas à l'exposition d'impurs symboles , qui provoquent au vice, la statue d'une vierge sans tache, dont le regard pendant la nuit arrêta plus d'une fois le brigand près de frapper et la jeune fille près de faillir!
Pompéi est une ville morte , cadaver nrbis. Là où règne aujourd'hui le mélancolique silence de l'abandon et dés ruines s'agitait jadis une foule bruyante comme toute population napolitaine. Les cris les plus divers retentissaient dans la rue. Le marchand ne se contentait pas de la montre , de l'étalage de sa
Pompêi à vol d'oiscnu (Ucslauralion).
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marchandise, il la prônait à haute voix en indiquant sa provenance; il provoquait le passant par Tappât du bon marché.
Le marchand de vin vantait la qualité de sa marchandise et brandissait à la main une branche de lierre. Le boucher agitait une branche de myrte pour faire voir qu'il s'approvisionnait dans les montagnes où le myrte croit dans les prairies.
Chaque vendeur avait son cri. C'était à qui hurlerait le plus fort et sur le ton le plus propre à attirer l'attention, sans crainte de déchirer l'oreille. Il faut être allé sur les lieux pour se faire une idée de la mimique, de la vivacité d'action des Napolitains, dont le geste expressif accompagne toujours une parole intarissable.
Mais voici Vaccensus chargé d'annoncer l'heure. Le cadran solaire indique l'heure sixième, c'est midi. C'est le moment où la chaleur du soleil commande un peu de repos ; c'est le moment de la sieste. Tout se ferme pour se rouvrir plus tard.
Les magasins, fermés le jour de la catastrophe, ne sont pas encore tous rouverts.
Ramenons par la pensée la vie antique dans ces lieux aujourd'hui solitaires. Visitons les boutiques, placées, comme les nôtres, sur la rue. Le fier Pompéien aurait dérogé en faisant le commerce, mais il ne dédaignait pas d'en retirer le profit en en laissant la charge à ses esclaves. On voit de nos jours, dans les plus somptueux palais de Florence, un petit guichet où se vendent en détail les vins du propriétaire.
Les magasins, à défaut de numéros, avaient des enseignes qui en tenaient lieu. Le serpent, enroulé et mordant une pomme de pin, annonce un pharmacien; le bœuf, un boucher; la chèvre, un laitier; le moulin tourné par un âne, un meunier; Tamphore portée sur un bâton par deux hommes , un marchand de vin ; le sacrificateur conduisant- un taureau à l'autel et des personnages
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parfumant un cadavre sont l'enseigne d'un mycolium, boutique de parfums et d'aromates pour les sacrifices et les funérailles. Enfin, sur la porte des thermopoles, espèces de cafés antiques, on trouve une peinture très morale pour une maison qui ne l'était guère : Ulysse repoussant le breuvage de Circé.
Quelquefois , à défaut de l'enseigne disparue, les objets trouvés dans la boutique en disent l'ancienne destination. C'est évidemment ici qu'habita un barbier. Voici les niches où il déposait les vases de toilette , le tabouret en maçonnerie où il faisait asseoir la pratique. Là, c'était un forgeron. L'atelier, veuf de son maître depuis tant de siècles, conserve encore la forge, un peu endommagée, ses outils, ses marteaux, ses tenailles, ses cercles de fer.
Le luxe des magasins anciens peut rivaliser avec celui des magasins modernes. Entrons dans la boutique de cet épicier ou marchand d'huile. Le comptoir est de marbre cipollin et de grès antique ; entre deux élégantes rosaces , ressort une plaque de porphyre vert. Voici neuf jarres de terre cuite et des vases de bronze d'une forme vraiment artistique. On s'étonne d'y retrouver encore des olives molles, pâteuses, gardant le noyau. L'huile était puisée dans une cave revêtue de ciment, comme c'est toujours l'usage en Italie. Caton nous apprend que Pompéi était renommé pour ses pressoirs et pour ses moulins. Ces moulins à bras ont la forme de ceux que l'on fait encore. La meule du haut tournait sur la pierre inférieure à l'aide d'un appareil en bois mis en mouvement par un esclave ou par un âne.
Déjà on avait trouvé plusieurs boulangeries. Dans l'une la pâte était prête à mettre au four. M. Fiorelli en a découvert une autre, du plus haut intérêt. Tout était en place : le moulin pour moudre le blé, les amphores pour recevoir la farine, les vases pour fournir l'eau, le brasier pour allumer le feu. Quatre-vingts pains ont été tirés d'un four hermétiquement fenné, où on les avait
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mis à cuire le 23 novembre 79! Je les ai vus : on les a partagés entre Pompéi et le musée de Naples. Ils sont d'une telle conservation qu'on a pu les soumettre à l'analyse chimique. Ils no sont pas très grands; leur forme est charmante. Une peinture nous apprend que le pain était vendu sur des établis dans les places publiques. Les boulangers étaient nombreux ; le propriétaire leur envoyait son blé pour le convertir en pain. La police exigeait des
Boutique (Restauration).
mai^ques pour empocher la tromperie sur la qualité des marchandises.
On lit sur quelques pains : siligo granii, farine do froment; sur d'autres : e cicere, farine de pois chiche. Ces mots ont été imprimés à l'aide de caractères mobiles. N'est-ce pas chose remarquable que les anciens aient connu l'usage de l'impression avec des caractères mobiles, et qu'il ait fallu tant de siècles pour aiTiver de cette invention à celle de l'imprimerie, dont l'idée semble être la même (1)?
(1) L'emploi de caractères mobiles, même pour de longs ouvrages, me parait remonter
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Une des rues les plus belles, au point de vue monumental, est la rue des Tombeaux.
La pensée de la mort n'inspirait en général aux païens ni de grandes terreurs ni de grandes espérances. Ils cherchaient à se familiariser avec, cette idée; ils l'associaient à leurs festins et à leurs fêtes. Chez les chrétiens l'incertitude de l'heure dernière est un avertissement qu'il faut être toujours prêt à bien mourir. Che^ les païens, c'était un encouragement à vivre gaiement et à ne pas renvoyer au lendemain des plaisirs dont plus tard on ne serait plus à temps de jouir peut-être.
Après avoir dépassé la porte d'Herculanum , dans un lieu chavmant et fréquenté, on rencontre de superbes tombeaux rangés sur les deux bords de la route. Les Romains étendaient aux monuments funèbres le luxe architectural qu'ils déployaient en tout avec tant de grandeur et de magnificence.
Les tombeaux de Pompéi ne sont pas comparables sans doute à ceux qui sont encore un des plus grands étonnements du voyageur à Rome. Leur dimension est moins colossale; mais ils sont mieux conservés. Ils se font admirer surtout par l'exquise élégance de leur décoration.
L'ornementation extérieure est souvent remarquable par les revêtements de stuc, par les inscriptions, par la beauté des pilastres, des colonnes, des bas-reliefs, des statues. Quelques tombeaux sont fermés par des portes en marbre très belles. Le mausolée de Cneius et de Labon est décoré des statues d'un homme revêtu de la toge et d'une femme bien drapée.
haut. J'ai admiré à la bibliothèque d'Upsal, en Suède, le Codex argenleus, nommé ainsi parce que la reliure est en argent massif. C'est la traduction des quatre Évangiles que lé- ¥é([ue Uiphilas (mort en 388) fit faire dans le dialecte mésogothique. Elle n'est pas écrite à la main , mais imprimée en caractères d'or et d'argent, de la même manière que les relieurs impriment le titre des ouvrages sur le dos des livres.
La sculpture quelquefois sert de commentaire à Tépitaphe. Le bisellium et une couronne de chêne sont représentés sur le tombeau de Calventius Quietus. Ce personnage sans doute avait obtenu la faveur de la couronne civique et du bisellium. On sait que le bisellium* était un siège d'honneur; il contenait deux places et ne servait qu'à une personne , qui par conséquent s y trouvait assise fort à l'aise. Le droit de jouir de ce siège et de le faire porter par des esclaves dans les fêtes publiques était fort recherché par les Pompéiens , qui ne manquaient pas de s'en faire gloire même sur leurs tombes.
Les bas-reliefs représentent parfois des scènes intéressantes comme révélation des mœurs et des usages antiques. Les détails les plus curieux sur les combats de gladiateurs nous sont racon tés par les sculptures du mausolée de Scaurus.
Les bas-reliefs du monument élevé par Nœvoleia à Munatius retracent la cérémonie des funérailles de cet augustal. Un jeune ministre des fonctions sacrées, Camilliis, dépose Furne sur Tautel. Un enfant debout paraît être le fils du défunt. A droite, les décurions, les officiers du municipium et les sexviri atigustales, revêtus de leur toge, honorent leur collègue. A gauche, des hommes, des femmes, des enfants sont tournés vers Tautel, et portent des corbeilles de fleurs. Une charmante jeune fille, Nœvoleia, s'avance pour dire le dernier adieu à celui qu'elle a aimé; rien ne dit à quel titre elle l'aimait.
Sur plusieurs tombeaux figurent les prœficœ et les bustuariœy femmes payées, les unes pour chanter les louanges des morts, les autres pour jouer le rôle de pleureuses (1).
Un bas-relief a donné lieu à de curieuses interprétations; on
(I) Martial raconte qu'un pleureur athénien refusa de pleurer le jour où il avait perdu sa femme 11 était trop joyeux d'en être débarrassé.
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y voit un navire voguant sur une mer agitée. Sur Tordre du patron , de petits génies carguent les voiles en entrant dans le port; Textrémité de la proue est ornée d'une tète de Minerve.
Voilà, a-t-on dit, un touchant emblème de la dernière scène de la vie. Voila bien la sagesse précédant le navire qui, après avoir traversé l'Océan parsemé d'écueils, est arrivé au port de la paix et n a plus besoin de rames ni de voiles pour combattre les éléments. A cette explication pleine de pieuse poésie, on en oppose une autre très prosaïque. Ce navire signifie seulement que le défunt s'est enrichi dans le commerce maritime.
Pour prouver que le navire était le symbole de la vie arrivant au port de l'étemel repos, un auteur cite des pierres sépulcrales des temps primitifs du christianisme.
La différence était grande entre les idées de la ville de Vénus et celles des Catacombes. Consultons les écrivains païens pour les choses païennes. Pétrone fait dire par un marchand à Trimalcion (Sat. 16) : « Je veux que les navires que tu sculpteras sur mon tombeau aillent à pleines voiles; que je sois assis au tribunal avec la toge, et que j'aie un bon sac plein d'argent pour le distribuer au peuple. » Telle est bien la pensée du paganisme : Être représenté, après la mort, avec l'orgueilleux étalage des honneurs et de la fortune dont on jouissait pendant la vie!
La forme des tombeaux varie selon le goût de l'artiste. Celui de Cerrinus affectait la forme d'une guérite. Aussi a-t-on pris le mort pour un soldat, et on l'a cité avec honneur comme un brave resté courageusement à son poste.
Les tombes des enfants étaient en général couronnées de fleurs. On enterrait les enfants au-dessous de l'âge de neuf ans. Il était défendu de les livrer au bûcher, ainsi que les personnes atteintes par la foudre.
Entrons dans les chambres sépulcrales, éclairées tantôt par un
soupirail, tantôt par une lampe suspendue à la voûte. L'urne qui renferme les cendres humaines est quelquefois fort simple; elle est placée dans une niche engagée dans la maçonnerie. Il y a aussi des urnes tellement ornées et d'une si exquise beauté qu'elles peuvent mettre l'art moderne au défi de mieux faire. Faut-il citer une urne magnifique d'albàtre oriental, et surtout
Tombeau de Nœvoleia.
un vase à la forme d'une amphore élégante ; vase de verre bleu tout couvert, sur blanche pâte d'émail en relief, de pampres de vigne et de scènes de vendanges?
Dans le fameux mausolée consacré par Nœvoleia, on a découvert trois urnes de verre hermétiquement fermées et protégées par des enveloppes de plomb; des restes d'ossements y flottaient encore dans un mélange de vin, d'eau et d'huile.
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Le chrétien mourant sollicitait des prières de ceux qui l'avaient aimé. Tibulle demandait à Nééra et à sa mère d'arroser sa cendre avec du lait et du bon vin vieux!
Le sepulcrelum, fermé par un mur, contenait de petites dalles de marbre où Ton déposait les offrandes. Dans un tombeau de la famille Nistacidia. un vase profondément enterré dans le sol était destiné à recueillir des libations ou des fleurs.
Une enceinte sépulcrale d'environ six mètres est parsemée de petits cippes arrondis en forme de tête; c'étaient des columellœ portant le dessin d'un hermès de femme aux cheveux nattés.
Pendant que l'on célébrait, avec une pompe que l'on a bien des fois racontée, les funérailles des riches citoyens, le pauvre, l'esclave mourait comme il avait vécu dans ce monde, inconnu, dédaigné. Nulle branche de cyprès n'était suspendue à la porte du défunt; nul parfum précieux n'était répandu sur le bûcher funèbre, où Ton ne jetait qu'un peu de poix pour activer la flamme. Si, dans une épidémie, les décès étaient nombreux, on entassait plusieurs corps qu'on brûlait à la fois. Par un vieux préjugé 'romain, on avait soin de placer le corps de la femme sous celui de l'homme, dans la ferme croyance que le feu prenait alors beaucoup mieux. Comme l'on n'avait dit nulle part qu'il y eût aux enfers des popinœ, ou lieu destiné aux esclaves, on ne faisait aucune difficulté de leur retirer de la bouche, comme inutile, le denier à Caron. Il est évident que ce n'était point pour un pauvre seul qu'on aurait élevé un monument funéraire. Les grands personnages bâtissaient pour leurs esclaves et leurs afl'ranchis de vastes salles dont les murs ofl'raient des niches cintrées, analogues à celles où les pigeons font leur nid; aussi les appelle-t-on des colombaires, columbaria. Ces niches, symétriquement rangées, formaient plusieurs étages, et servaient au dépôt des urnes cinéraires.
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A Pompéi, dans le tombeau des Tyché, régnent une banquette et deux rangées de niches destinées à recevoir les urnes.
Sur d'autres routes que celle d'Herculanum, on a rencontré d'antiques sépultures. C'étaient des vases assez simples , enfouis en terre, contenant des cendres et le denier à Caron. Aucune de ces pièces n'est postérieure à Tibère.
Les Pompéiens savaient qu'ils perdaient avec la vie tous les biens de la terre. Ils ne pouvaient conserver qu'une seule propriété, celle de la tombe. Aussi avaient-ils souvent le soin d'y faire inscrire ces lettres : H. M. H. N. S. Hoc monumentuin lui^^edes non sequatur. « Ce monument ne passe pas aux héritiers. »
Sur la rue des Tombeaux voici un triclinium superbe. Ce triclinium était une salle funèbre où l'on se rendait pour célébrer les silicernia ou novemdialia, repas en l'honneur des morts. J'en ai vu un à Pompéi, qui est bien différent des chapelles mortuaires chrétiennes. Les murs sont ornés de charmantes peintures d'animaux, d'oiseaux et de fleurs; trois lits inclinés sont rangés autour d'une table. Il est facile par la pensée de rendre à ces lits leurs moelleux coussins, à cette table son couvert somptueux. Après un sacrifice offert aux divinités infernales, il ne fallait pas en laisser perdre les restes. Dans un sépulcral mais gracieux boudoir, les amis du défunt, couchés à l'aise, célébraient leur deuil par un excellent repas, où les flots de bon vin coulaient au moins autant que les larmes. Les convives commençaient par se faire servir des coquillages, mets de rigueur, puis des plats plus succulents ; ils faisaient enfin tant de libations avec les vins fameux du Vésuve qu'ils auraient eu bien du malheur si Bacchus n'avait pas réussi à leur procurer l'oubli de leur tristesse.
Au milieu des tombeaux de la route d'Herculanum remarquez cet hémicycle. Il est couvert : c'est une niche arrondie en cul de
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four, ornée de stuc, décorée de charmantes peintures, entourée de bancs exhaussés de deux marches.
Sur ces bancs venaient se reposer les visiteurs de la voie funèbre. Après avoir parlé des morts, ils parlaient de bien d'autres choses. C'est là que se rendait souvent le prince des orateurs avec Taugure Scévola : In hemicyclo sedentey ut solebat, dit-il (le lui-même au commencement de son traité De V Amitié.
Dans ces lieux, où sont toujours debout tant de monuments de son temps, Cicéron se reconnaîtrait encore s'il revenait. En m'asseyant sur la même pierre où s'est tant de fois assis ce grand homme, ma pensée aime à évoquer sa mémoire. Il me semble le voir arrivant de Rome; chacun s'empresse autour de sa personne, l'embrasse suivant l'usage du pays et brûle de l'interroger. Initié à toutes les grandes questions qui agitent le monde, initié à toutes les sciences, il a plus que personne à la disposition de sa parole tant de sujets propres à intéresser. Son éloquence, qu'il ne peut contenir, tantôt excitée par les applaudissements, s'élève à des hauteurs inconnues, tantôt irritée par le choc des contradictions, lance tous les éclairs du plus brillant génie. C'est là, sous un beau ciel, à la brise du soir, dans ses causeries avec des amis, qu'il préparait ses écrits dont la renommée ne finira qu'avec le monde.
On accourait de loin pour l'entendre et les plus illustres personnages de l'univers venaient le visiter. Dans cet hémicycle, à côté (le lui peutrêtre, Auguste vint s'asseoir lorsqu'il alla le voir pour solliciter son appui contre Antoine.
Cicéron possédait des maisons à Pompéi et aux environs. Il raconte qu'un jour Jules César vint lui demander l'hospitalité. II fut flatté de le recevoir chez lui, mais il trouva un peu onéreuse cette réception, parce qu'une trop nombreuse suite accompagnait le maître de la terre. Après s'être montré fier d'une telle visite, il
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avoue qu'il ne désire guère la voir se renouveler. « Une fois, dit-il, c'est assez, semel salis est; un personnage si considérable n'est pas un ami auquel on puisse dire : Je vous aimerai bien si vous venez me voir souvent. »
On retrouve encore à Pompéi, dans les inscriptions, le nom de Marcus TulliuSy duumvir, censeur; quinquevir^ augure, tribun des soldats ; était-ce le parent, Taïeul de l'orateur?
Une villa, qui paraît avoir appartenu à la famille Tullia, était ornée de la statue d'une matrone portant un long vêtement, tunica talaris, et de celle d'un magistrat revêtu d'une toge rouge. Était-ce Cicéron? Ce surnom, devenu si célèbre, n'est donné à aucun Tullius de Pompéi.
J'espère encore que la maison du grand orateur n'a pas été retrouvée et qu'elle le sera un jour. Dieu veuille qu'on y découvre quelque autographe inestimable, quelques pages intimes écrites dans les lieux où, après tant de siècles, nous recherchons les moindres vestiges de l'homme immortel, du seul génie, dit Sénèque, que le peuple romain puisse dire aussi grand que son empire.