CHAPITRE CINQUIÈME
Cherchons dans les maisons de Pompéi si elles n'auraient pas conservé encore quelque trace de leurs maîtres antiques, quelque souvenir de ceux qui les habitèrent jadis. L'homme imprime son cachet sur tout ce qu'il fait et sur tout ce qui l'entoure. Le cabinet de l'homme sérieux et le boudoir de la femme du monde sont bien différents. Le luxe moderne de l'aristocratie financière ne ressemble pas à celui d'un seigneur du moyen âge.
Les maisons de Pompéi étonnent par leur exiguïté. Les riches citoyens vivaient beaucoup plus au dehors que dans leur intérieur.
L'aspect des façades sur la rue est peu brillant. Les fenêtres donnent sur la cour et les jardins. Je n'ai pas vu de cheminées. Le ciel du midi de l'Italie est beau, mais il ne garantit pas un printemps éternel. Pendant l'hiver, les Pompéiens avaient des brasiers {carnini portatiles). Cet usage, emprunté aux Grecs, a été transmis aux Napolitains, dont le focone ou brasier moderne a beaucoup d'analogie avec le brasier antique.
Toutes les maisons ont un air de ressemblance; cependant les unes se font remarquer par leur élégance, comme celle de Salluste; d'autres par leur dimension, comme celle de Pansa; d'autres par leur hauteur, comme celle de Dîomède.
DESCRIPTION DK POMPÉI. 95
Entrons dans une de ces maisons, dans celle de Pansa, qui était selon moi celle de Paratus.
Sur trois rues s'ouvrent des boutiques, tavernœ. Là sont aussi des appartements occupés par les locataires, inquilini. Ce titre de locataire avait quelque chose d'humiliant autrefois. Denis d'Halicarnasse nous apprend que des personnes peu aisées se réunissaient pour bâtir en commun de petites maisons. L'un était propriétaire du rez-de-chaussée; l'autre du premier; l'autre du second. Cicéron, qui possédait vingt maisons, ne dédaignait pas d'en tirer profit. Le titre de loueur en garni, civis inquilinuSj n'était pas cependant très bien porté, et Catilina le lance à Cicéron comme une raillerie. Les riches citoyens avaient un esclave, l'esclave instdairej chargé de faire les locations. On nommait insula un groupe de constructions entouré de rues, comme une île est entourée d'eau.
La porte de la demeure de Pansa n'existe plus. Elles ont toutes disparu ces solides portesde bois de chêne, avec leurs clous dorés, leur marteau et leur sonnette , et si nous les connaissons, c'est par la peinture, par des fresques fragiles, qui ont mieux su résister au volcan que le fer et l'-acier.
La porte chez les Romains était un objet de luxe ; on la décorait d'élégantes sculptures, on avait soin de l'illuminer et de la couronner de guirlandes les jours de fête. C'était presque une chose sacrée, que protégeaient quatre divinités; Janus gardait l'ensemble, jamca; Forculus .les battants, fores; Limentinus le seuil, limen; Cardea les gonds, cardines.
A l'entrée principale, voici le vestibule ou prothyrum. C'est là qu'étaient placés les dieux lares. Sur la paroi intérieure d'un trumeau, on remarque la peinture d'un serpent ou divinité custode, gardienne du logis. A côté brûlait une lampe en son honneur; la brique en saillie destinée à la supporter est encore scellée au mur.
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La loge du portier ne ressemblait guère au salon des concierges de Paris. Le portier était un esclave; pourquoi se gêner avec lui? pour Tempécher de sortir et d'aller faire des commérages chez les voisins, on lui attachait au pied une longue chaîne. Il demandait au visiteur son nom pour le faire annoncer. ( Quis tuf) Le pied de celui qui entrait se posait d'abord sur une gracieuse mosaïque qui lui offrait, comme un salut, le mot Salve, « Bonjour! >
Ce qui était moins gracieux, c'était le chien de garde logé près du portier. Une superbe mosaïque de Pompéi représente un gros chien prêt à s'élancer, mais une chaîne le retient. On lit au-dessus en beaux caractères : Cave canem ! « Prends garde au chien. »
Ceci me rappelait un passage de Pétrone : « Il y avait, dit-il, à l'entrée un portier habillé en vert, avec une ceinture d'un rouge cerise, qui écossait des pois dans un bassin d'argent. Sur le seuil de la porte était suspendue une cage d'or, d'où une pie au plumage varié saluait les hôtes de la maison. Peu s'en fallut qu'étourdi de tant de choses je ne tombasse de tout mon long, au risque de me fracasser les jambes, à cause d'un chien qui était peint sur un mur à gauche près de la chambre du gardien. Il était à la chaîne, et on lisait au-dessous ces paroles : Cave canem ! ce qui fit bien rire. »
La première cour est rectangulaire, entourée de portiques et de colonnes; c'est Yatrium. De petites chambres, uniquement éclairées par les portes, servaient au logement des étrangers (hospitium) et à celui des esclaves (ergastulum).
Au milieu de la cour, ïimpluvium, vaste bassin, recueille les eaux pluviales qui tombent du compluviwn, ouverture pratiquée au plafond pour laisser passer l'eau.
De longues galeries (alœ) étaient garnies de sièges et destinées à recevoir les clients. Pour leur échapper, et pour autre chose peut-être, le maître se réservait la clef d'une porte de derrière
iposticum). A i^extrémîté de Tatrium se trouvaient des corridors (fauces) et diverses pièces, notamment le tablinum, bibliothèque où Ton conservait les images des ancêtres, les archives de famille, la bibliothèque.
Les livres étaient rangés dans des buffets de cèdre {armoria) dont nous avons fait armoires. Leur format était à peu près celui de notre in-octavo. Les plus vives couleurs brillaient sur la couverture, tandis que la pierre ponce et Thuile de cèdre donnaient à leurs feuillets le plus charmant poli. Les mauvais livres, comme chez nous, n'étaient pas ceux qui avaient le moins de lecteurs; mais, après avoir perdu Tattrait du scandale et de la nouveauté, ils finissaient par servir à l'épicier pour faire des cornets.
Les images des ancêtres étaient constamment prêtes à être promenées dans les funérailles. L'homme a toujours été fier de l'héritage de gloire légué par ses aïeux. Les Romains oublièrent, dans les derniers temps surtout, que noblesse oblige, et ils méritèrent que Juvénal leur dit : « Tu étales partout avec orgueil les effigies de tes pères, mais souviens-toi que la vraie et unique noblesse, c'est la vertu ! »
C'est surtout dans le péristyle, ou seconde cour, que le luxe architectural se déployait. Sous des portiques ornés de peintures, soutenus par des colonnes de marbre, décorés par des statues, entourés de vases pleins de fleurs, nous trouvons les appartements du maître, le^cubiculay ou chambres à coucher, VœcuSj ou salon de compagnie, le triclinium, ou salle à manger, le ve)W' reum, qui a beaucoup intrigué certains auteurs et que je traduirai par boudoir.
Au centre du péristyle s'élève une fontaine, dans une niche où l'architecte et le sculpteur ont rivalisé d'élégance et de bon goût. Cette fontaine distribue ses ondes dans de riches bassins,
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qui les font rebondir en jets d'eau étincelant au soleil. Autour d'elle sont rangés des statues et des vases charmants.
Au parterre, peuplé des fleurs les plus rares et les plus brillantes, succède le jardin potager. Le Vésuve, sous une couche de cendre, a respecté le dessin des plates-bandes.
L'eflbndrement des plafonds rend difficile de préciser la distribution des étages supérieurs. Là devait être le gynœceum, ou appartement des femmes.
Les terrasses remplaçaient en général les toitures; cette terrasse se nommait solarium. Pendant l'hiver on s'y promenait à la douce chaleur du soleil; pendant l'été on y. trouvait l'ombre sous des treilles et des berceaux de verdure, ou bien sous des voiles teints en rouge appelés courtines, parce qu'ils avaient été inventés dans une cour, celle d'Attale, roi de Pergame.
A voir les maisons de Pompéi on dirait que les habitants en avaient enlevé tous les meubles; le déménagement des meubles antiques est moderne : ils se retrouvent en nombre considérable au musée de Napïes.
Les alcôves vides (zotheca) ont conservé les massifs de maçonnerie formant des lits. Sur cette couche un peu dure se plaçaient des sommiers moelleux {culcita) le traversin {cubitale)^ l'oreiller en plume {cervicale). La finesse des draps était appréciée; mais ce qui était surtout un objet de luxe, c'était la couverture. Martial nous apprend qu'on l'aimait couleur de pourpre et garnie de riches fourrures.
On retrouve aussi des lits à peu près dans la forme des nôtres, et avec des sangles (restes) ; ils sont en bronze ou en bois très orné. On n'a rien retrouvé des rideaux, si ce n'est les smneaux de métal qui les soutenaient.
Faut-il décrire les lustres, les candélabres, les vases, les tables, les objets variés, les meubles de toutes espèces que l'on exhume
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chaque jour? Le crayon mieux que la plume peut donner une idée de leur rare élégance.
Essayons, par la pensée, de redonner la vie aux habitants des maisons désertes. Quelle était à Pompéi l'existence, la condition de Tesclave, du maître, de la femme?
Je parlerai peu de Tesclave, parce qu'on en a parlé beaucoup. Tout ce que Ton a dit de son triste sort semble confirmé par ce
Ustensiles de ménage en bronze et en verre.
qui rappelle son souvenir dans la ville exhumée. L'ergastule est si étroit, que souvent il n'y peut entrer qu'un homme seul ; et après dix-huit siècles les inscriptions murales nous redisent encore les souffrances inouïes de l'esclavage.
L'esclave antique était considéré comme d'une autre nature que rhomme libre, comme faisant partie d'une seconde espèce humaine (quasi secundum hominum genus sunty dit l'historien Florus). C'est la chose du maître; c'est un outil animé. Le droit romain ne voit là qu'un être inférieur à l'homme, incapable de contracter, et comparable aux plus vils animaux. Pour l'esclave, pas de famille; la consolation de prier lui est même refusée : les
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dieux dédaigneraient de si vils hommages (1). Caton ne reconnaît qu'au maître seul le pouvoir d'accomplir dans la maison les rites religieux.
Souffrir toutes les ignominies et toutes les douleurs pour procurer au citoyen libre toutes les jouissances de la vie, voilà le lot de l'esclave. Il devait rendre les services les plus ignobles et les plus élevés. Il devait épargner au maître toutes les fatigues, même celles de l'esprit. Sénèque raconte que Calvitius avait payé 100,000 sesterces la pièce (25,000 fr.) onze esclaves dont l'un savait par cœur tout Homère; les autres savaient Hésiode et les neuf lyriques. Il les tenait au pied de son lit pendant le repas, et ils lui soufflaient des citations qu'il ne savait guère répéter sans les estropier.
Il y avait des esclaves de difl'érents prix, depuis ceux qu'on achetait au forum pour 500 francs. Ils devaient tout faire. Tandis que les uns, comme Plante et Térence, charmaient le maître par leurs vers et leur esprit, les autres partageaient avec l'àne le rude métier de tourner la meule du moulin.
Les moulins, à Pompéi, étaient nombreux au dire de Caton, et cependant il n'y avait ni eau ni vent pour les faire aller.
Plante lui-même ne fut-il pas envoyé quelquefois pour tourner la meule avec les bêtes de somme? Le poète semble avoir conservé quelque ressentiment de cette cruelle tâche, dont il parle souvent :
« Prends garde, Dave, fait-il dire à un de ses personnages, je te ferai d'abord étriller d'importance, et je t'enverrai ensuite au moulin avec un bon serment, que si je t'en fais sortir j'irai tourner la meule à ta place. »
A Pompéi, que d'esclaves que l'âge rendait impropres à d'au-
(1) Caius résout affirmativement la question de savoir si le porc est compté parmi les animaux assimilés à l'esclave par la loi Aquilia.
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très services ont achevé leur triste vie à faire aller le moulin; trop heureux quand on ne leur crevait pas les yeux, qui leur étaient inutiles, pour exercer ces travaux à perpétuité !
L'orgueil des citoyens se complaisait à avoir une multitude infinie d'esclaves. L'histoire nous apprend qu'un seul homme en posséda jusqu'à 20,000. Trimalcion, dans Pétrone, ne connaît pas la dixième partie de ses esclaves; on lui rend compte le matin de ceux qui sont nés pendant la nuit. Sénèque rapporte qu'un affranchi avait tant d'esclaves qu'un secrétaire était chargé de lui donner chaque jour la liste des mutations opérées la veille dans cette espèce d'armée par la vente, les naissances ou les décès. La Grèce fournissait les savants, l'Asie les cuisiniers, l'Afrique les coureurs, la Germanie les gladiateurs. Il en eût coûte cher de bien nourrir et de bien vêtir tant de gens. Apulée raconte que les esclaves étaient marqués d'une lettre au front; ils avaient les cheveux rasés d'un côté seulement, un anneau de fer au pied, de sales haillons, et leur corps, mal nourri, excédé par les fatigues, meurtri à coups de fouet, était d'une maigreur révoltante.
Le Digeste parle du vicariuSy du vicaire de l'esclave. Quelle affreuse destinée devait être celle de l'esclave de l'esclave! Il n'en était pas de plus horrible, si ce n'est peut-être celle de l'esclave d'une femme capricieuse. Écoutez Juvénal :
« Qu'on dresse une croix à cet esclave. — Quel crime a-t-il « commis? Où sont les témoins? Où est le dénonciateur? Il faut « les entendre : on ne saurait mettre trop de temps à décider de • la mort d'un homme. — D'un homme, imbécile! un esclave « est-il donc un homme! Il n'est pas coupable! soit; mais il pé- « rira : je le veux, je l'ordonne; ma volonté, voilà la loi* »
Avec quelle ardeur l'esclave devait travailler à obtenir sa liberté ! Que de sueurs, de privations et de travaux pour amasser un
petit pécule! A Pompéi on retrouve des tirelires qui ne contiennent que des pièces de bronze, sans doute péniblement gagnées une par une! La loi n'était pas favorable aux affranchissements; elle y mettait des obstacles et s'en montrs^it jalouse. Le maître souvent manquait à sa parole, et sa cupidité punissait son serviteur de l'avoir trop bien servi.
La servante (ancilla) était-elle plus heureuse que l'esclave? Ne parlons que de Yornatrix ou femme de chambre. La matrone de Pompéi avait bien dégénéré de l'austère matrone romaine des anciens temps. Si elle avait tous les caprices de nos femmes à la mode, elle avait de plus le pouvoir de tyranniser les domestiques et de leur imposer toutes ses fantaisies. L'habitude des fêt^ du cirque, l'idée qu'elle se faisait de l'esclave, lui inspiraient des actes qui lui semblaient très naturels, et qui à nos yeux seraient révoltants de barbarie. VancUla chargée de la coiffure d'une prétentieuse difficile envia plus d'une fois le sort de l'esclave qui, avec l'âne, faisait tourner la meule. Une boucle placée trop haut, dit Ju vénal, c'était un crime. Un nerf de bœuf faisait justice de cet attentat sur un cheveu. Pour une épingle mal placée, I'o/twitrix recevait un soufflet, elle était jetée par terre; bien heureuse lorsqu'elle n'avait que les cheveux arrachés, et qu'elle échappait au supplice d'être suspendue par la chevelure. Pour s'épargner la fatigue de frapper de sa main, la matrone était assistée du carnifex ou bourreau. Qu'une malheureuse servante ne rendît pas sa maîtresse assez jolie à son goût, le bourreau la saisissait, la maltraitait, et puis la renvoyait toute meurtrie, en lui disant : « Va-t'en, justice est faite! » Juvénal nous dit que pour certains maîtres le bruit du fouet était une musique plus douce que le chant des sirènes.
Toutes les maîtresses n'étaient pas difficiles et cruelles; c'est vrai. La douce Napé mérita ce compliment d'Ovide : « Sa coiffeuse
peut être tranquille. Elle n'est pas femme à lui déchirer la figure avec les ongles ni à lui enfoncer des aiguilles dans les bras. » Quel compliment!
Pour peu que la pauvre esclave eût ce sentiment de pudeur que la nature elle-même a gravé dans le cœur de la jeune fille, que d'embarras elle devait souvent éprouver pour plaire également à la femme et au mari, qui étaient loin d'être toujours d'accord !
Le maître avait des exigences; la maîtresse en avait aussi. Vancilla était chargée de commissions difficiles à remplir. Si elle les faisait mal, sa maîtresse la frappait; si elle était surprise les faisant trop bien, c'est par son maître qu'elle était frappée. Parmi les mille moyens inventés par l'astuce féminine pour la transmission des billets doux, en voici un qui mérite d'être raconté. On écrivait avec du lait sur les épaules nues de l'esclave confidente. Puis il suffisait de jeter un peu de poudre de charbon sur le lait pour rendre les caractères lisibles, et un peu d'eau sur la peau pour effacer les moindres traces de cette lettre vivante.
Lorsque, dans les anciens temps, la sainteté des dames romaines {sanctilasy sanctitudo matronarum) jouissait d'un grand renom, la chasteté était un privilège de haute classe, et la pudeur n'était pas une vertu permise à l'esclave (I).
Les quartiers de la ville qui devaient être les plus brillants près du forum et des théâtres ont été fouillés. La maison du modeste commerçant, du pauvre même peut offrir des sujets d'étude d'autant plus intéressants que l'histoire des classes populaires de l'antiquité est moins connue que celle des classes riches.
On a découvert plusieurs boutiques de foulon. Les Romains
(I) Sénèqae rapporte celte maxime : Impudicitia in ingenuo crimen est, in servo neeessUas, in liberio officivm.
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portaient la toge, vêtement noble et élégant, mais facile à se salir. On tenait à honneur de la porter propre et on l'envoyait souvent au foulon.
Une maison qu'on a nommée la Fullonica est surtout célèbre; elle possédait tous les instruments nécessaires au dégraissage, et à la teinture; les diverses opérations du teinturier étaient représentées par les peintures murales.
Une autre Fullonica^ récemment mise à jour, est très curieuse aussi. Elle se divise en deux parties : l'atelier et la maison du maître. Dans l'atelier, on dirait que le travail vient de cesser; le linge est disposé dans le bassin; les robinets pour verser l'eau, sont en bon état. Une salle qui relie l'atelier à la maison est décorée par de charmantes peintures. On remarque surtout Vénus, qui ajuste ses cheveux et se regarde dans un miroir, tandis que l'Amour tient une boîte à parfums.
Chez un statuaire on trouve un atelier encombré de blocs de marbre, dont l'un, à demi scié, a gardé la scie qui est engagée dans la pierre.
Les anciens estimaient peu ce qui tient à l'industrie et au commerce. « Le marchand, dit Cicéron, qui achète à vil prix pour revendre cher, ne fait de bonnes affaires que par la fraude et le mensonge ; c'est un métier qu'on laisse à l'esclave. »
C'étaient souvent des esclaves et des affranchis qui exerçaient la médecine. Dans la maison du médecin et dans celle du chirurgien on a retrouvé des drogues et une assez grande quantité d'instruments, que l'on croyait d'invention moderne et qui étaient très perfectionnés, à Pompéi; chez un pharmacien, des fioles contenaient encore des médicaments.
Le citoyen vraiment libre dédaigne tout ce qui ressemble à des œuvres serviles. 11 a parmi ses nombreux esclaves des honmies qui le débarrassent de toutes les occupations matérielles, et qui
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n'ont reçu la vie que pour augmenter ses jouissances. Le Pompéien a revêtu sa toge, costume embarrassant, mais plein de majesté; il a une attitude solennelle et une marche lente, qui le distinguent des esclaves, obligés souvent de courir dans les rues.
Chaque. heure de sa journée a son emploi. Le matin, il ren-
tes foulons.
contre en sortant la foule des clients, salutatoresy qui l'entourent, le caressent, lui baisent la main et raccompagnent dans la ville pour lui servir de cortège. Les clients ont souffert les frimas de rhiver et les ardeurs de l'été dans l'attente du maître, qui les accueille souvent d'un regard hautain sans daigner ouvrir la bouche. Leur hommage n'est pas désintéressé; le trésorier leur compte à chacun dix sesterces (2 fr.). Cette institution, qui faisait vivre tant de pauvres, se nommait la sportule (i). Le*riche
(1) Sportula signifie « petite corbeille d'osier » ; par métonymie on appela ainsi la rétribution donnée aux clients.
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Pompéien se rend au forum; il y prend part à toutes les affaires publiques; à midi, il rentre pour faire la sieste au bruit des eaux jaillissant des fontaines. Ce n'est que vers deux heures que l'animation recommence à se faire sentir dans la rue.
Le citoyen préfère du reste la nuit au jour. 11 dédaigne la lumière du soleil, parce qu'elle est gratuite et que les êtres les plus vils en profitent sans qu'il leur en coûte rien.
Nous retrouverons le soir le maître au souper. Allons chez Madame. Elle fait sa toilette. Recevra-t-elle? Cela dépend. A-t-elle de faux cheveux qu'on s'occupe à poser avec art? Elle prétend bien qu'ils sont à elle, puisqu'elle les a achetés, mais elle aime autant faire croire qu'elle ne les doit qu'à la nature. Une esclave en- faction devant la porte empêche d'entrer, et répond : Madame est sortie, ou bien : Madame a la migraine. Cette dernière excuse était tellement à la mode, qu'Ovide dit malicieusement que ce prétendu mal de tête a fait faire bien des mensonges aux femmes. Depuis Ovide cette mode a-t-elle passé?
Si une jeune beauté a reçu le don d'une riche chevelure, elle laisse entrer tout le monde pendant qu'on la coiffe, afin que l'on puisse admirer ses blanches épaules.
Les cosmetœ apportent des coffrets d'une richesse et d'une élégance dont on peut être juge au musée de Naples. Un jour, à Pompéi, on découvre un coffret d'argent, admirablement ciselé. Les neuf Muses qui le décorent semblent annoncer une bibliothèque portative destinée à recevoir quelque manuscrit splendide. La serrure est enfin ouverte. Qu'y trouve-t-on? Des pots de fard!
Les savons, les philocomes, les cosmétiques de toutes espèces, conservés par le Vésuve, servent de commentaire excellent au5c poètes qui ont vanté la perfection de la parfumerie antique.
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Rien de nouveau sous le soleil... surtout en fait de coquetterie; j'aime à croire que sur ce chapitre nos dames en savent moins long que celles de Pompéi.
La toilette était une chose si grave chez les matrones de l'antiquité, que Juvénal compara leur boudoir au tribunal redoutable de Denis le Tyran, où il s'agissait toujours de l'honneur ou de la vie.
On avait beau dire aux dames :
La plus belle figure Est celle que sans art nous donne la nature,
l'art était toujours appelé pour faire mentir la nature ou pour l'embellir encore.
Nous avons parlé des tribulations de l'esclave ornairix. 11 lui faut de l'habileté et dei la patience pour complaire au goût de sa maîtresse^ qui suit sur un miroir les moindres mouvements de sa main. On a découvert à Pompéi des cristaux, des vitres, des vases de verre; mais les miroirs étaient en métal. Il y en avait de grands, où une femme pouvait se voir des pieds à la tête. Ceux de Brundusium se vendaient à des prix fabuleux. De longues épingles, qu'on retrouve en grande quantité, servaient à friser et à parer les cheveux. La toilette des yeux et des sourcils suivait celle de la chevelure.
Un malin poète dit à une femme : « Pourquoi donc me provoquer avec le sourcil qu'on t'a fait ce matin? »
Mais quel travail pour arranger la figure! Il y avait des teintes à la mode. Un peu de pâleur était bien portée...
C'est des Pompéiennes surtout qu'on aurait pu dire avec un de nos vieux poètes :
Au dedans, ce n'est que malice, Mais ce n'est que fard au dehors:
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Otez le fard et la malice,
Vous leur ôtez Tàme et le corps.
Une grande affaire, qui s'agite chaque matin, c'est le choix de obe. Le blanc convient aux brunes et le noir aux blondes. ;éis, quand elle fut enlevée, avait une robe blanche. Ovide dit choses; mais la mode avait déjà inventé bien des couleurs Tses, et la mode exige toujours du nouveau. Quelle couleur isir? Le bleu de ciel sans nuage, le vert des nymphes marines, a couleur de Taurore? La cendre de Pompéi a conservé Timision de diverses étoffes dont il est facile encore de reconnaître [ualité. On y remarque notamment ces tissus si fins que 'one appelait du vent tissé {ventus textilis). es bijoux étaient le grand luxe des Pompéiennes ; ceux que a recueillis encombrent des salles entières au musée, a noble matrone se pare de bijoux dès le matin. Le diamant, Ton ne sait pas encore tailler, n'est pas sa pierre favorite; u'elle préfère, ce sont les belles perles fines venues de rOrient. colliers sont d'un prix inestimable, ses pendants d'oreille ssants. J'en ai vu en forme de balance dont les deux perles nent les bassins. La mode persiste à les exiger très longs, ique Juvénal se récrie contre la folie des femmes qui allont ainsi leurs oreilles.
es bracelets sont d'une exquise élégance. Ovide ne leur trouve itre défaut que d'être trop riches, et déclare qu'il en a vu en ae de serpent d'or massif pesant jusqu'à dix livres, es pierres les plus précieuses et les mieux gravées ornent les ues, qui plaisent tant aux Pompéiennes qu'elles se plaignent l'avoir pas un plus grand nombre de doigts pour pouvoir en ter davantage.
In voyant cette considérable collection de camées et de pierre- , on se rappelle Ovide reprochant aux femmes leurs folles
dépenses, et leur disant : « Pourquoi cette fureur de porter sur soi ses revenus? » Properce s'écrie aussi : « Voici la matrone qui s'avance vêtue de Fhéritage de ses neveux ! »
Lorsque Madame a mis ses belles parures, il faut qu'elle aille les montrer. Elle sort en ville dans une litière portée par des
Objets de toilette.
Cappadociens, et, comme pour mieux attirer les jegards et l'attention des passants, des coureurs noirs marchent devant sa litière en criant : « Place! Place! »
Le jour baisse; la nuit convient aux plaisirs. La clarté des bougies est plus favorable à la beauté. Les femmes savent si bien profiter de tout ce qui peut dissimuler leurs imperfections et rehausser leurs charmes!
Les lits sont dressés, ce qui veut dire chez nous : le couvert
est mis. Avant d'entrer dans la salle à manger, jetons un coup d'oeil à la cuisine.
Pour éviter le danger de l'incendie et les incommodités de la fumée, la cuisine est placée dans un endroit retiré. Elle a pour dépendances Vhorremn, où l'on garde les provisions d'hiver, Yoleariurriy où l'on dépose Thuile, et les cellœ vinariœ, où on laisse le vin vieillir. Les Pompéiens avaient toujours plusieurs salles à manger. Les découvertes faites à Pompéi nous apprennent comment les anciens se traitaient; ils se traitaient fort bien. Une des salles du musée qui excite le plus la curiosité, c'est celle où l'on a recueilli les fruits, les graines, les comestibles, les restes de poissons, les débris de gibier retrouvés sur la table de quelque prêtre ou de quelque riche surpris à l'heure du repas. Une casserole contenait une polentay dont la cuisson fut interrompue par le volcan.
Quel luxe d'ustensiles de cuisine! Voici des fourneaux économiques pour rôtir la viande et faire chauffer l'eau en même temps. Voici la marmite avec des incrustations en argent, le pot à feu, la pelle, le trépied, la poêle, la lèchefrite, la broche et une variété considérable de moules pour la pâtisserie. Ces moules affectent des formes charmantes, comme celles d'un lièvre, d'un cochon de lait, d'une poule aux ailes déployées.
Les anciens avaient une divinité pour présider à la cuisine, le dieu Fornax. Les Pompéiens préféraient son culte à celui du dieu Mars.
Sénèque nous a laissé des descriptions incroyables des excès de la gourmandise, gouffre où, selon lui, s'absorbaient des fortunes immenses. 11 rapporte que Caligula avait dépensé à un seul repas cent millions de sesterces (26,300,0QP fr.). Pour multiplier et prolonger indéfiniment les voluptés de la bonne chère, les Romains employaient un art heureusement passé de mode ;
Sénèque dit crûment : Edunt ut vomanty vomunt ut edant : € Us mangent pour vomir, ils vomissent pour manger encore. »
Assistons à un souper de Pompéi.
Avant d'entrer dans le tricliniumy ou salle à manger, les convives ont soin de revêtir la robe des festins cœnatoria vestis; cette robe était blanche ou de couleur gaie. Ils quittent la chaussure du dehors pour mettre d'élégantes pantoufles.
Brasier d'airain.
Autour de la table, selon l'usage, il n'y a que trois lits; chaque lit peut servir à trois personnes. Les convives en général ne doivent être ni moins nombreux que les trois Grâces, ni plus nombreux que les neuf Muses. Des marches leur permettent de monter facilement sur les lits ornés d'ivoire, de bronze et de nacre.
Dans les premiers temps, les Romains s'asseyaient à table comme nous. Plus tard, envahis par les mœurs orientales, dont ils imitèrent la mollesse, ils trouvèrent plus commode de manger à demi couchés sur des coussins moelleux sur lesquels ils appuyaient le coude. Pour dîner en ville, les poètes latins disent souvent : aller poser le coude chez quelqu'un.
Les matrones romaines résistèrent longtemps à la mode volup-
tueuse de manger étendues à côté des hommes ; mais elles finirent par y prendre goût. A Pompéi, c'est le culte de, Vénus, et non celui des vertus antiques, qui avait la vogue. Il eût été de mauvais augure de franchir du pied gauche le lil de la salle à manger; aussi un esclave, debout à la porte, it chargé de prévenir chaque arrivant en répétant : « Du pied )it. »
La maîtresse du logis, afin d'être la plus belle, a soin de n'iner que des femmes moins jolies; mais, grâce aux lumières menées avec art, grâce au fard, à la toilette, aux parfums, il it peu de femmes assez dénuées d'agréments pour ne point )duire à la fin du repas une illusion de beauté. Les ornements de la table et des lits sont splendides : Néron ya près d'un million des couvertures de lit babyloniennes, us pouvons nous faire encore une idée du luxe pompéien ? ce qui nous en est resté, par l'élégance et la richesse des idélabres artistiques, des lampes d'or, qui répandirent jadis • leurs repas nocturnes des flots de lumière, j'éclat des bougies, la rosée des parfums tombant des plafonds, symphonies ravissantes, tout se joignait à l'odeur des vins plus délicieux et des mets les plus recherchés pour exciter nagination et flatter les sens.
]!haque convive apporte son cure-dents, dont il se sert avec crétion, et une serviette (mappa) dont il fait parade. Il aura n de la remporter, à moins qu'il ne soit assez grand seigneur ir la laisser aux esclaves qui l'ont servi. )n ne saurait décrire le menu des dîners antiques, dont la maiflcence dépasse toute idée. Jamais la gourmandise humaine s'est livrée à de tels raffinements que du temps de Lucullus de ses nombreux imitateurs. Rien ne coûtait aux maîtres du •nde pour satisfaire leur sensualité. On sait comment ils nour-
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rissaient leurs murènes. Crassus, en plein sénat, trouvait très naturel de 'pleurer la mort d'une de ses murènes, qu'il aimait comme son enfant et dont il porta le deuil. Les Pompéiens, qui faisaient un commerce lointain, rendaient les pays étrangers tributaires de leur table. C'était une affaire importante pour eux que de se procurer des parcs aux huîtres, d'immenses viviers, de riches volières, les coquillages d'Afrique, les oiseaux du Phase, les fruits dorés de l'Italie et de la Sicile.
L'art culinaire était porté à un degré de perfection inouï. Le gibier prenait la forme du poisson; le poisson gigantesque étonnait par ses formes variées. Des flancs d'un cochon de lait rôti s'échappaient des oiseaux en vie ; on servait des plats de langues de rossignol. Les pâtés de foie gras, turunda jecorea, étaient renommés à Pompéi. Les champignons semblaient préférables aux trufies; il ne faut pas discuter des goûts. D'excellentes olives, des espèces de sardines, des œufs relevés par un assaisonnement d'anchois hachés tenaient l'appétit en éveil. Les sorbets et les glaces (sorpta et gelata) avaient déjà à cette époque la célébrité continuée de nos jours par les glaces napolitaines. Apicius a écrit sur la science du cuisinier. Comme les cuisiniers devaient soigner ce qu'ils faisaient! S'ils servaient par malheur un lièvre mal cuit, ou une sauce manquée, ils étaient appelés devant les convives, mis à nu et impitoyablement fouettés.
Les Pompéiens aimaient le bon vin; ils savaient le faire, le soigner et l'apprécier. Ils mettaient des étiquettes aux amphores, et désignaient le consulat sous lequel le vin avait été récolté ; l'âge était ainsi bien constaté. Le falerne, recueilli du temps du consul Opimius, était, à l'âge de cent ans, très estimé, falernum opimianum cenlum annorum.
Personne n'ignore l'antique renommée du falerne, du massique et du cécube. Ces vins, fameux jadis, qu'Horace se plaisait
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à boire chez Mécène, et qu'il regrettait de ne pouvoir à son tour lui offrir chez lui, ces vins sont aujourd'hui déchus de leur célébrité, tandis que le lacryma Chrisli de FEtna ou du Vésuve, ainsi que d'autres vins de réputation récente, les ont supplantés sur la table des gourmets^.
Est-ce notre goût qui s'est modifié? Est-ce la manière de bien faire le vin qui s'est perdue? Serait-ce enfln une loi que tout doive changer dans la nature, la qualité du sol comme le caractère des peuples? Ce qui a évidemment changé, c'est le ton de la bonne compagnie. Les mœurs de la haute société pompéienne ne ressemblaient guère aux nôtres. II était très bien reçu parmi les personnes distinguées qu'on pouvait boire jusqu'à l'ivresse. a Je ne vois aucun mal, dit TibuUe, à se noyer dans le vin un jour de fête. » On regardait le vin comme le plus puissant antidote contre la ciguë. Pour être forcé par la crainte de la mort à boire sans soif et sans mesure, avant de se mettre à table on s'empoisonnait avec de la ciguë : c'était pousser l'ivrognerie jusqu'à l'héroïsme. Le suprême bon ton était de feindre l'ivresse sans perdre la raison, afin de pouvoir tout dire en laissant à des paroles trop libres une excuse dans l'excellence du vin et l'abondance des libations.
Lorsque la femme est admise dans les festins, l'homme éprouve le désir de parler et de plaire. Les anciens appréciaient le charme de la conversation, qui effleure tous les sujets sans en épuiser aucun. On se livrait souvent à des imprudences de langage. « Un bon mot qu'on retient, dit Cicéron, brûle la bouche. » Tibère, si redouté en public, disait : « Je n'ignore pas qu'on m'attaque dans les repas et les cercles {in conviviis et circuits). » Les propos légers et même obscènes étaient surtout du goût des Pompéiens. Le libertinage du langage était admis dans le monde comme dans la poésie, et n'avait rien d'iacom-
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patible avec les prétentions d'honnêteté de la vie païenne. On lit dans Martial : Ma muse est libertine, mais ma vie ne Test pas. Catulle dit aussi : Un poète doit être personnellement chaste, mais quant à sa poésie, il n'est pas nécessaire qu'elle le soit.
Une jeune Pompéienne venait-elle à rougir, on lui rappelait les vers d'Ovide, le poète à la mode : « Vous avez rougi ! La rougeur sied à la blancheur de votre teint, mais elle n'est utile que lorsqu'elle est feinte; véritable, elle ne peut que nuire. »
Les jeunes filles, quand la gaieté devenait trop vive, cherchaient à l'exciter encore, au lieu de quitter la table. Ovide trouve qu'il n'est pas de bon genre qu'une femme mange selon tout son appétit, mais il déclare qu'il ne trouve rien de contraire à la pudeur ni aux convenances qu'elle boive bien et même un peu trop.
Elles doivent surtout exciter les convives à boire, en leur prodiguant les douces invitations. Peut-on leur refuser de vider autant de fois la coupe qu'elles ont de lettres dans leur nom? Elles pensent avec le poète que pour des yeux troublés par l'ivresse il n'y a pas de femme laide.
Enfin, la coupe de l'amitié, où le maître a mêlé les feuilles de roses au nectar le plus doux, a fait le dernier tour, et de douces mélodies se font entendre. Les jeunes filles, qui savent que la beauté de la voix peut charmer comme la beauté de la figure, ont appris de bonne heure à chanter. D'autres de leurs blanches mains font vibrer la harpe sonore , parcourent les cordes frémissantes de la cithare, ou sous l'archet font résonner la lyre.
A Pompéi, il n'y avait pas de bals comme les nôtres. On aimait les danseuses payées. Qu'elles étaient belles! qu'elles avaient d'agilité et de grâce! Comme les vêtements flottants autour de leurs formes admirables sont habilement disposés pour exciter le désir par ce qu'ils laissent voir et par ce qu'ils laissent deviner! Les
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peintures de Tépoque nous permettent de juger ces volupteuses scènes qui embellissaient les repas antiques.
Mais les excitations du vin, de la beauté, de la musique, delà danse ne suffisent plus à des cœurs blasés. Il leur faut des émotions plus vives. Il faut du sang pour couronner la fête. Voici les gladiateurs, ces hommes qui pour de l'argent font métier de s'entr'égorger. Les voici, ils sont forts et superbes, pleins de jeunesse et de vie; ils viennent mourir avec grâce. Ils combattent avec un fer homicide et une féroce énergie. Qu'il est beau de contempler avec quelle adresse ils se portent des coups terribles! La joie des convives est à son comble lorsque les combattants, couverts de blessures, tombent sous la table, mêlant leur sang au vin des coupes renversées! Et ce mépris de la vie humaine, ce spectacle dont la pensée seule nous fait frémir d'horreur, était pour les Pompéiens la tragédie la plus saisissante, la plus sublime!