LA VIE PUBLIQUE. - LE FORUM. — LA BASILIQUE. — LES TEMPLES
Porapéi n'était pas le lieu où llorissait le plus le culte du foyer domestique. La vie du citoyen libre se passait presque toute hors de chez lui.
Le forum romanum joue un rôle immense dans Thistoire du monde antique; le forum pompéien conserve encore des monuments qui attestent son ancienne importance.
Chaque ville voulut, à l'instar de Rome, avoir son forum. Ce mot, d'après Varron, dérive de ferendo : il signifiait la place publique où l'on apportait les marchandises à vendre, les procès à juger, les affaires locales à délibérer.
Le nombre des places variait selon l'étendue de la ville. Il devint très considérable à Rome, lorsque la Rome d'Auguste voulut par sa splendeur se montrer digne d'être la capitale de l'univers.
Sans parler de l'illustre forum, où se trouvait au pied du Capitole la tribune aux harangues, faut-il citer ici son forum boariunij marché aux bœufs ; son forum piscarium , marché aux poissons; son forum pistorium , marché au pain; son forum eupediniSy marché aux friandises, etc., etc.? L'énumération serait trop longue si elle était complète.
Les places d'Antonin et de Trajan ont acquis une éternelle renommée par la beauté de leurs colonnes, encore debout pour raconter les gloires du passé.
Auguste, devenu tout- puissant, fit décorer avec luxe le forum Augusti, mais il ne put Télargir. Il souffrait de le voir trop étroit, mais il n'osa point, pour lui donner des proportions convenables, dépouiller de leurs maisons les propriétaires voisins; ces scrupules sont aujourd'hui passés de mode !
Pompéi avait plusieurs places où le marché se tenait tous les neuf jours; ne parlons que de son forum civile, où se réunissaient les assemblées populaires. Ce forum était situé dans un quartier central. Sept rues y aboutissaient. On remarque dans les environs de beaux édifices et plusieurs temples; c'est une des plus intéressantes curiosités de la ville antique.
Le forum, suivant le modèle de Y agora des Grecs, avait la forme d'un parallélogramme très allongé, long de 157 mètres et large de 32. Pavé de travertin blanc , et entouré d élégantes colonnes doriques qui supportaient un portique à double étage, il était orné de tous côtés de statues en pied des hommes illustres du pays, élevées pendant leur vie ou après leur mort aux frais de la ville ; 22 piédestaux en beau marbre , la plupart inachevés, sont encore debout. Là sont écrits des noms, enfin rendus à la postérité après dix-huit siècles d'intermittence de célébrité! Quatre statues équestres et un quadrige, un magnifique arc de triomphe en face de la mer, un temple majestueux à l'extrémité de la place, contribuaient à sa splendide ornementation.
Des statues décoraient de toutes parts le sommet des portiques, terminés en terrasses où l'on montait par des escaliers en dehors du forum. Était-ce pour faciliter aux femmes l'accès des galeries en leur épargnant l'inconvénient de traverser la foule? Était-ce afin que, les jours de grande cérémonie, il fiit plus facile de se
bien placer avant que les grilles de fer qui fermaient Tenceinte fussent ouvertes pour le public?
Le forum civile était en reconstruction au moment où la dernière catastrophe interrompit brusquement les travaux. Il ne faut pas être grand archéologue pour distinguer les parties ruinées des parties non achevées. La décadence de Fart commençait, et elle se fait sentir dans la comparaison des chapiteaux anciens et des chapiteaux refaits. On savait très bien déjà à cette époque gâter les vieux monuments sous prétexte de les restaurer et de les embellir.
Selon le conseil de Vitruve , le forum est près de la mer. C'est là que le Pompéien , pendant que ses esclaves travaillaient à la maison, passait presque toute sa journée, et recueillait les nouvelles du moment. Assis sur le rivage, il regardait les flots, cherchant à Thorizon s'il apparaissait quelque blanche voile, quelque bâtiment revenant d'Egypte ou des contrées lointaines.
Souvent abandonnant son âme aux vagues rêveries, il passait de nonchalantes heures à la contemplation de ces ondes dont l'azur rivalisait avec celui des cieux. C'était le lieu des rendezvous. Ovide recommande, lorsqu'on a des rendez-vous au forum, de s'y rendre avant l'heure, parce qu'une belle ne doit pas attendre.
Les aflaires de la ville se discutaient aussi en pleine place publique. Comme ces affaires qui passionnaient les esprits, et paraissaient jadis immenses , nous sembleraient petites , vues à la distance de tant de siècles! Hélas, dans le monde comme dans la vie, ce qui semble le bonheur le plus enviable, ou le malheur le plus à redouter, ce qui flatte le plus vivement l'ambition ou qui froisse le plus profondément le cœur, qu'est-ce donc, vu de loin, aux yeux d'un philosophe froid et impartial?
Un bureau de douane {telonium) ou de poids publics {ponde-
rarium\j rdPjuvê au f-njoi, iniique assez que le marché se tenait sur cette pla»v. On a ivi:ueilli dans ce bureau des l>alances, des romaines en bronze, des p->ids de toutes sortes et de toute dimension, avec la fixation de la valeur.
Dans les temps iwulés.cVst sur la même place qu'avait lieu
Mesures publiquei:.
le marché et Taudience. Plus tard la justice fut rendue dans des édifices spéciaux nommés basiliques.
Les rois primitivement écoutaient les plaideurs dans leur palais ou dans leur cour. Est-ce de là que provient le mot basilique^ qui, d'après son origine grecque, signifie palais royal?
Les chrétiens après avoir renversé les idoles n'aimèrent pas en général à utiliser pour leur culte les temples païens. Les basiliques leur plurent davantage; elles avaient la forme du vaisseau de saint Pierre, naciSy nef, forme recommandée parles constitutions apostoliques. Le siège élevé du juge convenait au sanc-
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tuaire, et la dimension de Tenceinte était proportionnée à Tiniportance de la population de chaque ville.
La basilique profane servait à des usages différents. Apulée raconte qu'il avait prononcé une dissertation (nous dirions qu'il avait fait une conférence) dans une basilique entièrement pleine de monde. Celle de Pompéi servait de bourse et de palais de justice.
L édifice est à ciel ouvert et la nef entourée de gracieuses colonnes ioniques. On remarque aux angles des colonnes accouplées comme dans nos églises gothiques.
Au fond de la salle, les juges étaient assis sur des sièges élevés. Sous leurs pieds se trouvaient les cachots, où Ton descendait par de petits escaliers très étroits. Lorsque la sentence était rendue, on la faisait connaître, en levant une trappe, aux accusés, à qui Ton épargnait ainsi la honte de montrer une face décomposée au public curieux de lire sur les traits des condamnés Teffet produit par un arrêt fatal.
On a découvert près du forum des chambres voûtées et sans lumière; c'étaient sans doirte des prisons : là gisaient des squelettes avec des entraves au pied. Nous n'entrerons pas ici dans des détails sur la rigueur des supplices chez les anciens. Au quartier des soldats quatre squelettes étaient attachés à une barre de fer, qui, à l'aide de chevilles et de clavettes, permettait au prisonnier de se coucher quoiqu'il eût les jambes retenues.
La face septentrionale du forum était occupée par un temple, où l'on a retrouvé une tête colossale de Jupiter.
Les chrétiens, qui se considéraient comme les fils d'un même Dieu, aimaient à se réunir fraternellement pour prier en commun, pour écouter ensemble la parole de Dieu, pour célébrer avec plus de pompe les cérémonies sacrées. Aussi ont-ils élevé de vastes et magnifiques cathédrales.
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Les païens n'avaient pas besoin de temples spacieux. Ils avaient des dieux partout. Ils gardaient leurs dieux dans larmoire de Tatrium ou de la chambre à coucher. A Pompéi, presque toutes les maisons ont une petite niche pour laraire. La maison d'Ariane conserve une sorte de chapelle, ou sacellum, dédiée aux Pénates. Plusieurs cuisines ont des autels consacrés au dieu Fornax et plusieurs carrefours étalaient aux regards leurs lares compitcUes et viales.
Les païens n'éprouvaient guère le besoin de s'édifier réciproquement par la prière publique. Leurs temples ont souvent embarrassé les savants pour l'attribution qu'il fallait leur donner. Ce que j'appellerai le temple d'Auguste était peut-être, ainsi que quelques écrivains l'on dit, une auberge, un bazar, ou un abattoir.
Douze boutiques sont bâties autour de cet édifice, mais ne communiquent pas avec l'intérieur. Une de ces boutiques contenait des vases de verre et 150 petites bouteilles. Dans les autres on a recueilli une grande quantité de fruits, d'objets d'art, de marchandises diverses.
Les réunions dans les temples n'avaient pas toujours un but religieux, et les Pompéiens ne craignaient pas de profaner les lieux saints en s'y occupant d'affaires très mondaines. Les marches élevées du perron du temple de Jupiter ont dû servir de tribune à ceux qui haranguaient le peuple assemblé au forum.
La religion romaine primitive fut une confusion des croyances diverses des peuples italiques, et la religion nationale finit par se laisser envahir par la religion grecque,- qui se ressentait de la civilisation hellénique.
Dans les temps anciens, j'accorde que les institutions religieuses et l'organisation sacerdotale établies par Numa aient pu exercer une influence sérieuse sur la moralité publique; mais toutes les
institutions fondées par Fhomme seul participent de sa fragilité, et à leurs jours de prospérité ne manquent jamais de succéder des jours de décadence.
Les Romains, qui s'appelaient les plus religieux des mortels, se dédommageaient de la qualité des dieux sur la quantité. Ils se sentaient prédestinés à la conquête du monde, et pour arriver à ce but ils savaient associer la religion à leur politique. Quand ils assiégeaient une ville, ils cherchaient d'abord à gagner les bonnes grâces des dieux tutélaires de la cité, persuadés que, s'ils pouvaient parvenir à les emporter, le peuple suivrait les divinités de la patrie.
Il est curieux de lire dans les auteurs anciens la formule de Tinvocation adressée aux dieux étrangers qu'ils aimaient mieux avoir pour amis que pour prisonniers : « S'il y a un dieu ou une déesse € qui ait pris sous sa tutelle le peuple et la ville de Carthage, dieu, « qui que tu sois, je te prie, je t'adjure, et te demande en grâce « de quitter le peuple et la ville de Carthage, de sortir de la ville « et des temples..., de venir à Rome chez moi et les miens... , et « que notre ville, nos temples, nos sacrifices te soient plus agréa- « blés... 8i tu fais ainsi , je voue des temples et des jeux à ta di- « vinité. »
C'est ainsi que, suivant l'expression de Prudence, dans le butin de chaque conquête, Rome trouvait une divinité de plus. Minutius Félix a dit avec raison que la possession de tous les dieux attira aux Romains la possession de tous les royaumes.
Le polythéisme prit aussi des proportions inouïes. Hésiode de son temps comptait déjà 30.000 dieux. Il serait difficile de calculer exactement le nombre de ceux qui furent adorés à Rome. Comme l'homme aime la nouveauté, dit Josèphe, on négligeait les divinités surannées pour en adorer de nouvelles. Porphyre avait raison de dire : « Le monde (xo<jpç) est plein d'hommes et de
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dieux. » On finit par en voir partout. Saint Augustin en compte seize chargés de présider à la moisson. Je ne sais combien en comptait la femme près de devenir mère : Janus Consivius, principe de la vie ; Saturne, le dieu des semences; Liber et Libéra, qui protègent Tenfant avant qu'il soit encore venu au monde; Alemona, qui doit le nourrir; Nona, Décima, Partula, qui favorisent Taccouchement; Vitumnus et Sentinus, qui donnent à Thommc naissant la faculté de vivre et de sentir; enfin Junon Lucine et Jupiter Diespiter, père du jour. On fit des dieux de tout et pour tout. Lactance et Minutius Félix racontent queTatius trouva une statue ancienne dans un égout; comme on ne savait d'où elle venait, il en fit la déesse du lieu où on Tavait trouvée, la déesse du cloaque {dea doacina.)
Lorsque la mythologie romaine fut tombée en caducité, on la vit aspirer à se retremper dans quelque source nouvelle plus pure, et c'est surtout du côté de TOrient qu'elle jetait ses regards, comme si, par un mystérieux pressentiment, le monde s'attendait à voir venir de ce côté la lumière céleste, le culte de l'avenir.
Les immobiles divinités égyptiennes se décident à traverser les mers, et, tandis que le sénat romain tentait de leur fermer encore les portes du Capitole, elles trouvaient asile dans la ville de Vénus.
Il n'y a rien d'exagéré dans la grande pensée de Bossuet : tout était Dieu, excepté Dieu lui-même. Pendant que le peuple ne voyait dans son culte dépouillé de patriotisme et de nationalité que de simples pratiques commandées par l'usage et la peur; pendant qu'il adorait ses dieux bêtes, ses dieux poissons, ses dieux mariés ou veufs, ses déesses vieilles filles, comme la Foudre et la Destruction, à qui les prétendants manquèrent toujours, ce qui n'est pas étonnant ; dira-t-on que Jupiter, le père des dieux, était respecté comme l'être suprême, comme le Tout-Puissant?
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Les invocations étranges Jovi prœdalori, à Jupiter brigand y à Jupiter ckasse-moitches (I), disent assez que l'empreinte de Dieu, gravée par le Créateur dans le cœur humain, avait été singulièrement obscurcie par le temps ou défigurée par l'ignorance.
Nous ne rechercherons pas avec Varron s'il ne faut pas distinguer trois théologies, celle des poètes, de Thomme d'État et celle des philosophes. Nous ne sommes pas de son avis lorsqu'il prétend qu'il y a des mensonges qu'il est utile de répandre et que toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire au peuple. Je me bornerai à citer Denis d'Halicarnasse : « Je sais que beaucoup de philosophes expliquent par l'allégorie la plupart des fables les plus impures. Mais cette philosophie n'a été que celle du petit nombre. Le grand nombre, le vulgaire, sans philosophie, prend toujours les fables dans le sens le plus infime; et alors, ou il méprise les dieux dont la conduite a été dépravée, ou bien il arrive à ne pas reculer devant les actions les plus coupables, parce que les dieux ne s'en abstiennent pas. »
Souvent, je l'avoue, en lisant dans la belle langue de Platon et de Cicéron des pages sublimes sur la divinité et les grandes idées morales, j'étais à me demander si le génie et la raison n'avaient pas suffi pour déchirer le voile des vérités célestes.
Hélas! si les poètes et les philosophes païens s'élèvent quelquefois bien haut, ils ne se soutiennent pas longtemps dans ces pures régions de la pensée , et rien ne serait plus étrange que le cours de théologie qu'on rédigerait avec leurs écrits divers et contradictoires.
Au milieu d'une cohue de divinités du ciel, de la terre, du monde souterrain, de l'élément du feu, de l'élément liquide, au
il) Zrj; àTçoîivio; (Pa usa nias, V, H).
milieu des personnifications des vertus et des vices de la vie pratique, chacun choisissait le dieu tutélaire qui lui convenait. A Pompéi, Jupiter, le maître du monde, soumis cependant au Destin et à toutes les honteuses faiblesses de Thumanité, avait un temple, mais les divinités qui paraissent avoir réuni le plus d'a-
Jupiler cl son aigle.
dorateurs dans cette ville de plaisirs et d'argent, c'étaient Mercure, la Fortune, Vénus et Isis.
Le temple attribué à Mercure est situé dans le forum. C'est là que Vitruve recommande de placer le dieu du commerce. Comme édifice, il n'y en a point dont le plan soit de forme plus irrégulière ; on pourrait le comparer à un losange. L'enceinte est étroite. L'autel est remarquable par les sculptures, qui représentent un
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sacrifice et les instruments employés aux cérémonies sacrées. Rome à son berceau ne songeait guère au commerce maritime. Elle oublia d'admettre un dieu du commerce parmi les dieux nationaux. Plus tard elle combla cette lacune en adoptant THermès grec, qu'elle nomma Mercure, a mercium cura. Pompéi
Le Foruii).
était une des villes les plus commerçantes des côtes de la Méditerranée. Mercure avait droit à ses hommages; il protégeait sa navigation lointaine, et facilitait les moyens de faire promptement fortune. En arrosant son idole avec une branche de laurier trempée dans de Teau, et en lui adressant quelques prières, le marchand espérait obtenir que Mercure écartât de son étalage tout l'odieux des fraudes commises et à commettre.
Le patron des commerçants d'autrefois était aussi le patron des voleurs. Il volait lui-même, et il avait une rude besogne pour
surveiller ceux qui voulaient Timiter. Il exerçait diverses professions, qui n'étaient pas toutes des plus honorables, celle, par exemple, de messager de Jupiter. Les domestiquesr de nos jours, pour peu qu'ils eussent quelque sentiment de religion, refuseraient sans doute de faire les commissions d'un pareil maître.
Le temple de la Fortune s'élevait sur une rue. Il faut gravir quatre marches d'un perron pour arriver à un autel , et de là il faut gravir neuf autres marches pour monter au sanctuaire arrondi au milieu duquel était érigée, sur un piédestal, l'idole de la déesse; quatre niches recevaient d'autres statues. Une inscription nous apprend que ce temple fut élevé à la fortune d'Auguste par Marcus Tullius. Était-ce le père de Cicéron?
Les Romains, j'emprunte à Plutarque cette observation, avaient plus de vénération pour la Fortune que pour la vertu. Le peuple considérait la Fortune comme une déesse qui répandait les biens et les maux sans égard pour le mérite , sans autre règle que le caprice. Il lui donnait les noms les plus divers : Fortuna bona, mala, viscataj la bonne, la mauvaise, la douteuse Fortune.
La Fortune barbue (Fortuna barbata) était invoquée par l'adolescent pressé de voir pousser sa barbe, et la Fortune virile par la femme pressée de devenir mère.
On jurait beaucoup par la Fortune d'Auguste. La statue de cette déesse était toujours placée dans la chambre impériale, et, lorsque l'empereur était près de mourir, on avait coutume de la porter chez son successeur avant même que le souverain régnant eût expiré.
Le temple le plus ancien et le plus vaste de Pompéi est consacré à la déesse tutélaire de la ville, Venus physica pompeiana.
Nous avons dit qu'au moment de la dernière catastrophe on s'occupait de réparer avec plus de luxe que de bon goût les monuments ébranlés par un précédent tremblement de terre. Ainsi,
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le temple dont nous parlons est inachevé. Situé au centre d'une vaste cour et précédé d'un portique de 18 colonnes, il a 20 mètres de long, 11 de large et 2",30de haut. De belles peintures murales décorent Tenceinte. Le peintre a représenté des paysages char-
Tniiplc du la Furliiiit'. (Kcslaurnlioii.)
niants, des figures grotesques, des scènes homériques. L'autel est en marbre blanc. Deux statues d'une rare beauté représentent un Faune et Vénus.
La Vénus felix, déesse de la fécondité féminine, était l'objet d'une adoration spéciale dans la Campanie ; on en retrouve plusieurs temples dans ces contrées si belles, où tout semble inviter
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au plaisir. La Vénus physica de Pompéi était peut-être la même, car le mot grec (pu<yi3cdç répond dans ce sens au mot latin felix.
Nous avons déjà parlé du temple de Sérapis à Pouzzoles; nous retrouvons le culte égyptien à Pompéi , où Ton adorait Isis. Le temple d'Isis est remarquable. On y monte par dix marches. Le sanctuaire est orné de belles colonnes doriques dont le fût est en partie rouge et en partie blanc. Tout rappelle TÉgypte; les candélabres affectent la forme du lotus; le sistre est représenté de tous cotés. Au seuil de la porte se trouvait une cassette pour les offrandes, et deux bassins pour Feau lustrale; des vases {acquiminaria), étaient destinés à Teau sacrée des divinités égyptiennes.
La statue dlsis est peinte et dorée; celles d'Osiris et d'Horus manquent dans leurs niches vides. Ce temple renfermait d'admirables choses, à en juger par ce qu'il nous a rendu dans les dernières fouilles. Que de précieux objets on a recueillis dans ces lieux! Une statue d'Hercule d'un beau style grec, des trépieds de bronze, des pendants d'or, des coupes d'argent, des patères, des camées, des tables isiaques contenant une invocation à Isis et Osiris. Près de l'autel, près des niches des dieux, on remarque des oreilles de forme humaine sculptées en stuc. Le peuple ignorant croyait se faire mieux entendre en parlant aux oreilles de ses divinités ; il a dû souvent les accuser de surdité! La demande cependant n'était pas toujours sans réponse; un petit escalier, qu'on voit encore sous le podium, permettait au prêtre de descendre dans une cachette et de prêter à Tidole muefte lé secours de sa voix.
Après le sacrifice, il était d'usage de partager avec les dieux les victimes immolées. Aussi , à toutes les cérémonies soit publiques, soit privées, succédait un festin {epulœ sacrificales).
Les prêtres d'Isis étaient à table lorsque le volcan vint les as-
saillir; martyrs de la gourmandise, ils aimèrent mieux mourir que d'abandonner leur dîner. Ils nous en ont laissé le menu dans les débris encore conservés de leur dernier repas.
Nous retrouverons dans le temple Isis, le sistre en main, Anubis à la tête de chien, l'ibis et le lotus, Vénus en marbre, Bacchus, Priape et des Amours jouant avec des Nymphes. Isis n'avait pas bonne renommée de moralité : on l'appelait la corruptrice. Ovide enseignant l'art d'aimer ne manque pas de dire : « Pourquoi fuirais-tu le temple de la génisse de Memphis, de cette Isis qui s'est laissé séduire et qui engage tant de femmes à faire comme elle? »
Toutes les abominations que l'on raconte des fêtes d'Isis sont croyables lorsqu'on voit les dieux que cette divinité étrangère hantait à Pompéi. On trouve en sa compagnie Vénus, la déesse de l'amour, Priape, Bacchus, le dieu du vin. C'est dans ce pays surtout qu'Ovide avait raison de dire que le vin dispose l'âme aux épanchements et le cœur à prendre feu.
Le culte d'Isis, qui déplaisait aux vieux Romains, était très agréable aux habitants de Pompéi. Nous ne redirons pas les fêtes instituées en l'honneur de la déesse égyptienne. En quoi consistaient les initiations aux fameux mystères d'Isis?
Apulée répond : « Sans doute, lecteur studieux, votre curiosité va s'enquérir de ce qui se dit et de ce qui se fait dans ces initiations. Je le dirais s'il était permis de le dire, vous l'apprendriez s'il était permis de l'apprendre; mais il y aurait crime égal pour les oreilles et pour la langue complices de cette curiosité téméraire. »
Les sociétés secrètes ne brillent guère ordinairement par la moralité. Pour le mal, on se cache; mais pour le bien, quelle est l'utilité du mystère?
Les plus mauvais empereurs furent les plus dévots au culte d'Isis...
Jetons un voile sur les tristes orgies de ces fêtes où Bacchus et Vénus venaient s'associer à la divinité de TÉgypte, Le mot orgie, orgia, qui signifiait primitivement les sacrifices offerts aux dieux, finit par prendre un autre sens. Les fêtes de Bacchus, les bacchanales, donnèrent lieu à tant de désordres que déjà les Romains, pour exprimer la vie la plus immorale, disaient : bacchanalia vivere, mener une vie de bacchanales.
On comptait 120 temples à Rome et 12 à Pompéi. La religion n'était plus qu'un pandémonisme qui , au lieu de combattre les mauvais instincts de l'homme, les excitait, au contraire, en donnant à chaque vice un dieu protecteur.