LES PEINTURES DE POMPEI
L'architecture des Grecs et des Romains nous est connue par des merveilles monumentales qu'ont épargnées les siècles, et il suffit de les voir pour les admirer. Tous les arts étaient parvenus à un degré de perfection qui a fait Tétonnement de la postérité. La sculpture antique nous a laissé des chefs-d'œuvre qui nous font comprendre la beauté des statues grecques et l'enthousiasme qu'elles inspiraient aux anciens.
Les Romains furent obligés de reconnaître la supériorité artistique de la Grèce; ils s'enrichirent de ses dépouilles, et les maîtres du monde attirèrent chez eux les artistes étrangers les plus éminents.
Suétone nous apprend que Jules César recherchait les choses rares et qu'il ne se lassait jamais d'en acheter. Auguste fut accusé d'avoir mis sur ses listes de proscription ceux qui possédaient les plus beaux vases de Corinthe, qu'il convoitait. Cicéron aimait à décorer sa bibliothèque de statues, et sollicitait ses amis de lui en procurer. Horace trouvait que la passion des vieilles statues était devenue une manie ruineuse :
Insanit veteres statuas Damasippus emendo.
Les grands peintres de l'antiquité ont laissé des noms immortels, mais leurs œuvres ont péri. Il nous est resté la description
de quelques \ableaux, et nous savons combien ces chefs-d'œuvre excitèrent l'admiration. Mummius, chargé de la vente du butin de Corinthe, refusa 100 talents (500.000 fr.) du Bacchus d'Aristide. Des villes vaincues se sont rachetées en donnant un tableau pour rançon. Démétrius Poliorcètes renonça au siège de Rhodes pour ne pas inquiéter Protogène, qui avait son atelier de peinture dans le seul endroit où la ville fût prenable.
L'enthousiasme des anciens pour les artistes de génie allait jusqu'à l'adoration, parce qu'ils croyaient que l'homme ne pouvait arriver à la perfection sans une inspiration du ciel , une fureur divine {non sine furore divine) .
Un écrivain français du dix-septième siècle s'écriait : Que n'apprendrait-on pas dans les peintures anciennes si elles s'étaient pu conserver jusqu'à nous?
^l'exhumation du Pompéi nous a révélé des trésors que l'on croyait à jamais perdus. Les murs des maisons des simples particuliers, comme ceux du temple des Dieux, étaient couverts de peintures brillantes.
La découverte d'une fabrique de couleurs nous apprend que les couleurs étaient fixées au moyen de la résine; c'est par erreur que l'on avait cru que l'encaustique était le moyen jadis employé. La conservation des couleurs, dont les siècles n'ont pas amoindri la vivacité, est d'un puissant intérêt pour l'antiquaire et l'artiste et leur permet de reproduire, avec une exactitude si recherchée par la science moderne, la véritable couleur consacrée par les anciens à plusieurs objets et notamment aux personnages mythologiques.
M. Helbig, connu par de savantes études sur ï Archéologie fi guréey a fait le catalogue de 1.968 peintures de Pompéi et d'Herculanum. 11 a recherché ensuite à quel point les artistes qui les ont faites étaient originaux et à quelle école ils pouvaient appartenir.
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Au moment où la ville de Pompéi était rebâtie à neuf, saint Paul avait passé près de ses rivages en allant à Pouzzole ; le mol chrétien {christ ianus) se trouve inscrit au charbon sur le mur blanc d'une maison pompéienne, il semble que le paganisme près de disparaître ait redoublé d'efforts pour frapper les esprits. Les trois quarts des sujets choisis par les peintres sont des sujets mythologiques. L'artiste était aux ordres du citoyen qui l'appelait pour orner sa maison , il devait s'accommoder au goût de chacun et peindre tous les genres. L'un aimait à retrouver dans les personnages mis en évidence , de vrais portraits ; l'autre se plaisait à reposer les yeux sur de brillants paysages. L'artiste, suivant les fantaisies de celui qui le payait, passait du réalisme à l'idéalisme, des scènes de pure imagination à des scènes de la vie pompéienne, des œuvres originales à l'imitation des œuvres des maîtres célèbres.
Sans doute les paysages laissent à désirer sous le rapport de la perspective, qui est à peine indiquée. Ils ne sont pas aussi finis que les nôtres, mais ils sont touchés avec habileté; les arabesques sont d'une perfection inimitable et les grands sujets accusent des artistes grecs. Les Romains se contentaient d'être les premiers guerriers du monde, et laissaient à la Grèce la gloire de produire les premiers artistes.
A Pompéi, la composition est d'une extrême délicatesse. Le nu, l'expression et les plis des vêtements sont d'une grâce propre à l'antiquité. Les draperies sont si légères qu'elles laissent apercevoir la beauté des formes et la finesse des contours. La touche, l'esprit, lacorrection même du dessin méritent notre admiration.
Autrefois, les peintres mettaient au bas des portraits les noms de ceux qu'ils avaient voulu représenter. On n'avait pas ainsi bcr soin qu'ils fussent ressemblants pour les connaître. Cet usage a vieilli; il pourrait cependant être utile à plusieurs de nos artistes modernes. Ceux qui avaient ou qui croyaient avoir fait un chef-
d'œuvre y apposaient leur signature. C'est ainsi que Texhumation des villes détruites par le volcan permettra d'ajouter aux noms des peintres célèbres de l'antiquité des noms oubliés depuis des siècles.
Un monochrome très bien fait nous représente cinq héroïnes jouant aux osselets avec de petits objets qu'elles y ont mêlés pour rendre le jeu plus intéressant. Ces cinq héroïnes ont leur nom
Jeu d'osselets.
inscrit à côté d'elles : Latone, Niobé, Phœbé, Hibœra et Aglaé. Ce sont des noms connus, mais on ignore les relations qui pouvaient exister entre ces charmantes joueuses. On lit au bas de cette composition : Peint par Alexandre d'Athènes, AAESAN- AP02 A0HNAIOS ElTAcï>EN.
Pour conserver les fresques précieuses, qui s'altéraient rapidement dans des maisons dépouillées de toitures et exposées à toutes les intempéries, on a eu l'idée de les détacher des murs et de les abriter dans le musée, où elles sont classées avec ordre.
Du reste, Pline nous apprend que, en réparant à Rome le vieux
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temple de Cérès, on scia les peintures qui décoraient les murailles et qu'on les encadra. Il dit ailleurs : « Murena et Varron, pendant leur édilité, firent scier à Lacédémone une belle peinture exécutée sur une muraille de briques , et la firent transporter à Rome, où elle fut encadrée et servit à Tornement des Comices. »
Suivrons-nous Tordre des fresques de Pompéi selon leur classement au musée de Naples?
Voici d'abord les dieux; toute la mythologie grecque et latine est racontée par le pinceau païen. La peinture religieuse de cette époque ne visait pas à la moralisation et à l'édification du peuple.
Que dirions-nous aujourd'hui d'un homme qui mènerait une conduite scandaleuse comme Jupiter, mauvais fils, mauvais mari, mauvais sujet, se métamorphosant en bète ou en pluie d'or pour tromper les femmes? Les métamorphoses du roi des dieux, ses aventures avec Europe, Léda et Danaé, sont celles qui ont donné lieu aux plus gracieuses compositions.
Isis est représentée drapée, un chapeau sur la tête, le sistre en main, entourée de serpents et de prêtres vêtus de lin blanc, la tête rasée, les pieds couverts d'un tissu transparent qui laisse voir le nu. L'origine égyptienne d'Isis est expliquée par des images d'Osiris et de lotus. Les vilaines bêtes comme les crocodiles sont remplacées à Pompéi par des images voluptueuses. De jeunes divinités se dépouillent avec grâce de leurs vêtements devant Cupidon, tandis qu'un génie ailé leur offre un vase de parfums.
Nous avons dit que Mercure, le dieu des voleurs, était fort considéré dans une ville de commerce, où le culte de l'or était en honneur. Une mosaïque représente une nymphe souriant à la vue d'une cassette que lui présente l'Amour.
Vénus physique était la déesse tutélaire du lieu. J'ai cherché
si quelque chose pouvait m' aider à retrouver le sens philosophique et moral, qu'on a voulu donner à cette appellation de Venus physica; je n'ai su rien découvrir.
Les sujets de peintures qui semblent plaire le plus sont ceux qui se prêtent le moins à Tinterprétation de sentiments d'un ordre élevé. Ainsi le peintre se complaît à reproduire les amours de Vénus et de Mars. Ici un Amour désarme le héros, et un autre offre des parfums à la déesse de la beauté. Là, pour n'être pas surpris, les deux amants se font garder par un chien.
Partout à Pompéi nous voyons le culte de Bacchus honoré d'une manière particulière. Les crus du Vésuve sont renommés; les Pompéiens ne trouvaient rien de plus agréable que de se fortifier au dedans par du bon vin et de s'enduire le corps extérieurement de bonne huile. Le vin n'était pas seulement une liqueur hygiénique ; les exaltations de l'ivresse produisaient des scènes délirantes dans des fêtes que l'on disait religieuses, et qui nous feraient rougir.
Que de gracieux tableaux Bacchus n'a-t-il pas inspirés ! Voici Bacchus trouvant Ariane abandonnée ; voici un faune surprenant une bacchante endormie; voici des bacchantes ornées de symboles curieux ; admirez ces ravissantes têtes de femme dont les cheveux sont coquettement parés de pampres et de raisins !
Quels sont les sujets les plus chers à la religion païenne? L'Amour et Psyché, Neptune embrassant une nymphe, Hermaphrodite jouant avec un satyre, un centaure enlevant une fille à demi nue, une centam*esse tenant d'une main un jeune homme embrassé, et de l'autre montrant une lyre, des Amours enchaînant avec des guirlandes de fleurs un lion, qui s'amuse avec une foule joyeuse de beautés avinées; tout ce qui peut flatter les sens et réhabiliter le vice est le plus à la mode, et l'immoralité des dieux est sans cesse proposée à l'imitation de l'homme.
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Saint Cléraent d'Alexandrie, qui avait reproché aux païens d'étaler dans leurs chambres à coucher des images contraires à la décence, a été accusé d'avoir calomnié les mœurs antiques. Ce que Ton voit à Pompéi prouve qu'il était resté au-dessous de la vérité.
Si les peintures pompéiennes peuvent éclairer d'un jour nouveau l'histoire de l'art ancien, elles offrent encore une grande source d'intérêt pour les détails de la vie ordinaire. Elles complètent des renseignements qui manquaient; elles servent de commentaires aux inscriptions; elles racontent des scènes d'autrefois; elles nous donnent enfin une idée de ces œuvi'es magistrales dont l'histoire avait immortalisé le souvenir.
A l'aide des fresques, nous avons une idée parfaite de la partie du mobilier que le volcan a détruite. Nous voyons comment étaient faites les portes et bien d'autres choses encore qui ont disparu.
Dans une maison de Marcus Lucretius, découverte en 1849, nous retrouvons l'image de tout ce qu'il fallait pour écrire : la tablette enduite de cire, pugillaris; le stylet, stylus; l'encrier^ theca calamaria; le roseau, calamus; le cachet, sphragis. Ce n'est pas tout, l'adresse est déjà mise à la lettre : M. Lucretio Flam. Martis decurioni Pompei : « A Marcus Lucretius, flamine de Mars, décurion à Pompéi *.
Ce sont surtout les jeux publics qui sont amplement racontés par la peinture. Le peuple les aimait tellement qu'il se plaisait à en retrouver partout la reproduction, soit sur le marbre des bas-reliefs, les tableaux des maîtres, soit dans les dessins grossiers qui couvraient les coins de rue.
Horace disait (1. II, sat. vu, v. 71) :
Dans la rue en passant quelquefois je m'amuse A regarder renseigne où Ton a charbonné De deux gladiateurs le combat acharné.
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Grâce au pinceau des peintres, nous pouvons nous faire une idée exacte des fêtes antiques. Voyez ce sacrifice : les prêtres en robes longues versent de leurs patères Tencens sacré; puis ils immolent les victimes au milieu des chœurs de jeunes garçons et de jeunes filles chantant Venus genitrix.
Scèac de IhcAtre. (Peinture.)
Une étude curieuse à faire serait celle de la musique antique à laide des peintures de Pompéi.
Dans la maison de Salluste, un vieux faune enseigne à un jeune homme Tart de jouer de la flûte à sept tuyaux. On a retrouvé plusieurs instruments ; d'autres nous sont connus par le dessin. Les anciens étaient sensibles à Tharmonie. Ne pourrait-on rien emprunter à la musique antique au profit de la musique moderne?
Nous recommandons à nos compositeurs d'essayer le crotuluiUj
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espèce de cymbale à deux lames de cuivre; le sistrmuj dont les Grecs se servaient pour marquer la cadence ; la trompette à six trous ; les flûtes appareillées, enfin le scabellum, instrument à vent que les joueurs de flûte faisaient parler du pied au moyen d'une semelle en bois ou en fer.
Les enseignes sont souvent illustrées^ et chacun veut être représenté avec les attributs de sa profession. Nous' citerons un maître d'école qui, sans doute pour plaire aux parents plus qu'aux élèves, s'est fait peindre donnant le fouet à un écolier.
Les peintures de Pompéi, qui nous initient à tous les genres, jettent une vive lumière sur l'étude du grotesque, de la parodie, de la caricature antique.
Une fresque de la maison Carolina reproduit une véritable charge d'atelier. Toutes les figures sont grotesques; le peintre est fort appliqué à son travail; le modèle a l'air de s'ennuyer. Un élève, la tête retournée vers le dos, montre toute la curiosité d'un rapin plus désireux de regarder que d'étudier; deux petits hommes examinent le tableau en connaisseurs; une oie ouvre son bec pour pousser un cri stupide; un chien et un oiseau semblent n'être là que comme un amusement.
Pline et plusieursu auteurs anciens racontent gravement qu'il existait un peuple de pygmées. Ces hommes n'avaient que 27 pouces de hauteur ; ils étaient sans cesse en guerre contre leurs ennemis acharnés, les grues. Des fresques pompéiennes nous montrent les combats de ces nains contre ces grands oiseaux.
Nous ne recherchons pas, avec les savants qui ont gravement traité ces questions futiles, les analogies qu'il peut y avoir entre les pygmées, les singes, les Chinois, et les fantastiques habitants de Lilliput.
De tout temps les petits esprits ont aimé à se venger de la
Maison du peinlrc. (Peinture pompéieune.)
supériorité des hommes d'élite, en cherchant à amoindrir par le ridicule les œuvres dignes d'admiration.
Virgile peint dans de beaux vers le pieux Énée obligé de s'éloigner de Troie en flammes, traînant par la main son jeune fils, qui le suit à pas inégaux, et portant sur ses épaules son vieux père Anchise, qui tient à la main ses dieux pénates. Le peintre, traduisant d'une manière grotesque cette touchante légende de piété filiale racontée par un grand poète, donne au vénérable Anchise et au petit Jules des têtes et des pieds de chien. Énée a des jambes d'homme, mais s'il a une figure de singe, n'estce pas pour injurier Virgile, en le traitant de singe d'Homère?
Nos satiriques modernes ont excellé à poser des têtes d'animaux sur des corps d'hommes. Ils n'ont pas le mérite de l'invention, qui existait déjà du temps de Pompéi.
Cicéron disait : « Chez nous on ne se fait aucun scrupule de voler dans les temples et d'enlever les statues; mais chez les Égyptiens il est inouï qu'on ait jamais osé maltraiter un ibis ou un chat. » Chez les Pompéiens on ne se faisait aucun scrupule de ridiculiser les dieux par la caricature. Il était difficile, en effet, de respecter des divinités fort peu respectables, dont l'-histoire était souvent plus propre à exciter le rire que la vénération.
Clésiloque, élève d'Apelle, s'est rendu célèbre par une peinture burlesque dont Pline nous a gardé le souvenir. Il représente Jupiter accouchant de Bacchus. Le dieu en mal d'enfant a une mitre sur la tête, et crie comme une femme au milieu de déesses qui font l'office d'accoucheuses. Quelle idée aussi de faire sortir le dieu des ivrognes de la cuisse de Jupiter!
Pline s'indigne de la conduite du peintre romain Arellius. « Il profane, dit-il, son art par un sacrilège insigne : toujours amoureux de quelque femme, il donne aux déesses qu'il peint les traits
de sa maîtresse; aussi en compte-t-on le nombre dans ses ta-
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bleaux. » En cherchant un modèle pour peindre Vénus pompéienne, on comprend qu'un peintre ait pris pour la femme la plus belle celle qu'il aimait le plus.
Il est un dieu dont nous évitons de parler, l'ignoble dieu des jardins. Or, voici un passage que nous empruntons à un livre sur Pompéi : « Le nombre des statues et des figures de Priape que produisent les fouilles est très considérable. Quelle prodigieuse variété d'inscriptions toutes destinées à être gravées sur le socle de la statue du dieu des jardins et la plupart placées dans sa bouche!... Il est colère, il est débauché, il est gourmand, vantard et poltron. Quoi de plus? Il est même un peu fripon, ce zélé protecteur des jardins; il permet d'y voler quand on lui paye tribut, ou du moins il conseille d'aller prendre chez le voisin : « Il est riche, celui-là; voici le chemin : tournez à gauche au bout de l'allée. »
Passons des plus ignobles figures aux plus admirables tableaux de genre.
Nous ferons d'abord notre compliment aux ravissantes jeunes filles qui prêtèrent leurs charmes et leurs sourires à Thétis, à Isis, à Briséis. Ce sont de vrais portraits qu'on retrouve sur les murs.
Les peintures de Pompéi n'ont pas le caractère des peintures monumentales dont les anciens ornaient les parvis des temples et des portiques. C'était déployer une grande magnificence que de décorer ses appartements de tableaux de maîtres; ce luxe n'était permis qu'aux personnages bien riches. Les Pompéiens, pour imiter cette mode d'ornementation, avaient des fresques qui ne couvraient qu'une partie du mur, et qui, dans leur encadrement et sur leurs pilastres peints, faisaient l'efiet de vrais tableaux.
Les Pompéiens préféraient les sujets riants et gracieux aux
sujets terribles ou lugubres. « Une peinture violente, dit Sénèque, bouleverse Tâme. » La Vendeuse d'amour convenait mieux qu'une scène tragique.
Il est facile de remarquer à Pompéi des fresques qui brillent moins par Tliabileté de Texécution que par le génie de la composition. Il est évident que les peintres décorateurs avaient des sujets préparés d'avance, composés par eux, ou imités des tableaux célèbres des grands peintres grecs. Le peintre de Pompéi s'inspirait des tableaux les plus renommés. Dans le Sacrifice (Tlphigéniey la victime innocente tend les bras vers son père,* qui détourne la tête en pleurant, et se couvre le visage d'un pan de son manteau. L'histoire mentionne le célèbre tableau de Timanthe, disciple de Parrhasius; cet illustre artiste, après avoir peint la douleur dans ses nuances diverses sur les traits des personnages présents à cette scène, désespérant de pouvoir rendre dans toute sa vérité l'inexprimable douleur du père, lui voila le visage.
Pline cite une peinture de Zeuxis représentant Jupiter dans toute sa gloire, assis sur son trône; les dieux de l'Olympe l'environnent; Hercule enfant étouffe et étrangle un serpent en présence d'Amphitryon et d'Alcmène. La même composition se voit à Pompéi : on y retrouve l'idée, mais non le pinceau de Zeuxis. Helbig croit reconnaître dans les fresques l'/o et Y Andromède Ae Nicias, peintre athénien, et Médée au moment où elle va égorger ses enfants, chef-d'œuvre de Timonaque.
La mosaïque traitait les mêmes sujets que là peinture, et rivalisait avec elle pour la correction du dessin et la beauté des détails. Elle décorait le pavé, les murs, les plafonds.
Les Égyptiens cultivèrent cet art, venu de l'Asie ou de l'Afrique. On admire encore en ce genre des bijoux égyptiens d'une haute antiquité. Le Vatican conserve une mosaïque attribuée à
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Sésus, l'auteur d'une mosaïque célèbre qui ornait le temple de roiympe, cinq siècles avant notre ère. Le musée napolitain possède un Wjou grec en mosaïque d'émail. Cette industrie, chère aux anciens, est restée une industrie éminemment romaine, florentine et vénitienne. Tous les grands tableaux de la basilique de Saint-Pierre à Rome sont en mosaïque. On admire dans le musée de Florence des tables en mosaïque di pietra dura d'une exquise beauté.
La mosaïque, chef-d'œuvre de couleur et de patience, égale la peinture pour l'harmonie des nuances et la perfection des détails. Elle a de plus un avantage : elle traduit les couleurs d'une toile périssable sur une matière qui ne s'altère pas, défie les siècles et éternise l'œuvre des maîtres.
Cet art était très avancé à Pompéi. Tantôt la mosaïque, composée de lave grise et de marbre, forme les dessins les plus simples et sert de pavé aux moindres maisons. Tantôt, au contraire, composée d'émaux, de pierres fines et précieuses, elle s'élève à la perfection des tableaux les plus remarquables par la finesse du trait et l'éclat du coloris.
Il est un de ces tableaux en mosaïque qu'on ne saurait trop admirer. Il fut trouvé dans la maison du Faune; il représente évidemment une bataille entre Alexandre et Darius. L'artiste a choisi le moment 6û la victoire se décide. Le regard se porte d'abord sur les deux chefs d'armée; le vainqueur, fier et sûr du triomphe, abat et tue tout ce qui s'oppose à son passage. Dans sa tête et dans l'expression de son visage se trouve concentrée la pensée de l'œuvre. Le vaincu, c'est bien le roi des Perses; il porte la tiare droite; que nul autre que le souverain n'avait droit de porter; il lève les yeux vers le ciel, qu'il implore; il veut encore se défendre, il tend son arc, mais il reste comme terrifié de douleur à l'aspect de ses soldats écrasés et d'un jeune guerrier
mortellement blessé. L'artiste a rendu admirablement 4'ardeur du succès, rabattement de la défaite, Farmure grecque du plus beau style, l'armure asiatique de la plus grande richesse.
Niccolirii a consacré un volume à la reproduction et à Texplication de cette composition magnifique. Il donne avec le crayon ridée de ce beau travail , et sa science nous initie à tous les détails de la bataille. Il n'hésite pas à reconnaître dans cette mosaïque la copie d'un tableau d'Apelle.
Rien, selon moi, de plus vraisemblable;. Alexandre ne permettait pas à des artistes maladroits de défigurer son visage. Il n'accordait la faveu4' de le représenter qu'à Pirgotèle sur le marbre, àLysippe sur le bronze, à Apelle en peinture. Pline enfin nous apprend qu'Apelle avait accompagné le roi de Macédoine dans son expédition contre Darius.
On était d'accord sur la beauté de la composition, sur le sujet traité, et sur le maître auquel il fallait Tattribuer. Mais cette bataille, était-ce celle du Granique, celle d'Issus ou celle d'Arbèle? Cette qliestion, intéressante au point de vue de l'archéologie, de l'art, et même de la philosophie, a été résolue par M. Vérà, dans le Journal des fouilles de Pompéi. C'est par l'idéalisme que M. Véra a été conduit à une explication qui nous paraît aussi vraie qu'ingénieuse. Suivant lui, ce n'est pas une de ces trois batailles que l'auteur de ce monument a voulu représenter. « L'artiste, dit-il, si ce n'est pas Apelle lui-même, a procédé dans cette œuvre comme on raconte que procédait son grand compatriote, et comme en réalité procède tout artiste véritable. De même qu'Apelle rassemblait suivant una certa idea, pour me servir de l'expression de Raphaël, les différents traits, les perfections différentes répandues dans plusieurs jeunes filles pour les unir, les harmoniser et en composer une œuvre parfaite, de même notre artiste a rassemblé les divers traits de
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rexpédition du héros macédonien, et il les a transformés, en y faisant pénétrer cette signification, cette beauté, et cette unité que la pensée artistique peut seule y faire pénétrer; en d'autres termes, il les a transformés en les idéalisant, et que telle soit rintention de Tartiste, c'est ce qui à mon gré ne fait pas Tombre d'un doute. »
Arrêtons-nous à cett^ mosaïque. Nous pourrions en xîiter d'autres, qui sont aussi des chefs-d'œuvre de l'antiquité.