LA VOIE DES TOMBEAUX ET LA VILLA DE CICERON
A la porte d'Herculanum commence la voie des ToDthcaiix bordée de monuments funèbres, comme la voie Appicnne^ au sortir de Rome. Là, les Pompéiens élevèrent des mausolées à la mémoire de ceux qui avaient exercé quelque fonction publique importante et ((ui avaient droit à leur reconnaissance. Des tondjes plus modestes existent aussi, car les anciens ne craignaient pas tant la mort ([ue la privation de sépulture, regardée comme un sup[)lice éternel (i).
Nous voyons des monuments du marbre blanc le plus pur recouverts d'inscriptions et de bas-reliefs où se lisent les noms de Mareus Cerinius, Augustale, d'Aulus Veius, (ils de ^larcus, duumvir et juge, quinquennal, tribun militaire élu par le peuple, par décret des décurions.
(i) Fustel df Couliiiigcs. La cité nntiquc.
Puis, c'est la toml^e de Maiiiia, prêtresse publique, devant laquelle est construit un banc en hémicycle dont le dossier semi-circulaire porte cette inscription :
MAMIAE . V . F . SACERDOTI . PVBLICAE . LUCVS . SEPVLTVR DATVS . DECVRIONVM . DECRETO .
De la plate-forme de cette cxèdre, la vue est admirable: dans un cadre
Lii voie (les lombcaiix.
d'arbres verts tachés de rouille et d'or, se dressent dénudés, des troncs semblables à des tibias à la tète chevelue ; on aperçoit au loin le cap de Sorrente où la mer se faufile vers Castellamare (l'ancienne Stables) en un ruban d'azur ; les harmonies du matin aux fraîches et moites couleurs, estompent les détails délicats de cette côte divine, idéalement belle, que bien des poètes ont chantée, énamourés de sa magique beauté.
Dans ce site privilégié, tournons nos regards vers ces tombes qui
LES TOMBEAUX
LES TEMPLES ET LES CULTES
dorment géantes, dressées à ronil)rc de qiielffues cyprès au corps sombre, à la tète penchée ; le soleil caresse les tombeaux, les enveloppe d'ardente lumière, acccntiuuit les reliefs des ornements sculptés.
li'avenue funèbre n'est pas triste, la mélancolie n'y vient pas assiéger Tàme ; non : une vague symp;itliie, même une douce rêverie naît à la vue
'i.t^cC
L'cxèilrp ilu lombcau <lo Mamiii.
de ces riches monuments qui abritent un peu de cendre, restes d'un somptueux passé.
C'était l'apothéose des existences que les pouvoirs publics glorifiaient en des inscriptions pompeuses. Une tombe surtout, celle d'Umbricius Scaurus, filsd'Alus, delà tribu ménénienne, qui fut diiumvir de justice; les décurions concédèrent le lieu pour y élever un monument, dcwx mille sesterces furent dépensés pour les funérailles et pour une statue écpiestre à élever au Forum. Des bas-reliefs de stuc, représentant un condjat de gladiateurs ([ui fut
POMPKI
donné lors de ses funérailles, ornent le soubassement du tombeau (i). Plus loin, une autre tombe a été élevée par Servilia à sou mari qu'elle appelait Winii de son âme. Puis nous voyons les noms de Calventius Quietus, un
Tombeau de Servilia.
Augustalc, auquel on avait accordé l'honneur du hisellium (3). Ce siège privilégié fut aussi réservé à Caius Munatius Faustus, Augustalc, habitant
(1) Voir chnp. m.
(2) Le biselliitm était, dans les municipcs, la chaise curule des magistrats.
LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES du bour«^, dont le tomljcau a été élevé [)ar les soins de son allVancliie Tyclié
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Épilaplie cIo Calvcntius Qiiictus.
Nevoleia, pour elle, pour son maître et les autres affranchis. Dans cette
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Épitaphc de Tyclu'.
tombe furent trouvées trois urnes de verre avec enveloppes de plomb qui contenaient encore des ossements et des cendres mélang-ées avec un liquide
58 po:siPKi
composé (le vin, (rimilc et d'can provenant des libations funèbres ; d'autres urnes de terre remplies de cendres humaines et des lampes meublaient le cvliinilxiriiiiii. La tète (pie l'on voit en relief est le portrait de Tychc et le navire à voiles sculpté sur un des côtés du toiulx-au peut bien faire allusion à la profession de C. >binalius l^uistus, mais syndxiliserait plutôt la vie
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Toiiibi-s (lo Tyclu' <■! clc (liilveiilius Oiiiolus.
et toutes ses vicissitudes : rhoninie cahoté par les flots, arrive au port, replie les voiles du navire et va se livrer au repos éternel. Dans Pétrone (i), nous voyons 'l'rinudehion conunander à son marbrier de faire, sur son tombeau, un vaisseau voguant à pleines voiles ; cela prouve que cet emblème décoratif était employé dans le sens (pie nous indiquons (2) ; mais
(i) Sai. lAXl.
(a) Il existe à l'église Santa Maria in Trasteverc, ;i Rome, une pierre tombale où se trouve figuré le même symbole.
LF,S TOMBEAUX. — I.RS TEMPLKS 1:T I.KS CUETES
comme 'rriiualcliioii parli- après sa loiif^-ue ori^'ic. il est iiafiirt-I. ([uc dans sa facétieuse éljriété, il désii'o l(>s voiles (lé[)loyées, imao-o de son insouciance épicurienne.
A côté du monument de Tvelié et dédains M nnatius, existe un tiicliiiiiiin funèbre où rallVaiicIii Callistus, à roccasion de la inorl de son maître Cneus ^ ibrius Saturniiius. réunissait les parents et les amis du défunt dans un banquet fraternel où l'on célébrait sa mémoire [\).
Tricliuium l'uncbre.
De l'autre côté de la voie est située la sé[>ullure de Diomède, chef du pagiis ^■^iigustiis Fclix, tlonl la villa se trouve vis-à-vis et que nous verrons plus loin.
Une deuxième 'l'yelié possédait aussi un eippe sépulcral sur lequel est placée une inscrii)tion (pie Ton traduit ainsi : " Au <^énie ijunoni) (2) de Tyché, lYV/rr/rMle Julie, lille d Aui>uste. »
Singidière fonction ((ui n'eut à cette époque rien de scandaleux puisque Tacite assure que Pétrone passa pour avoir exercé, non sans gloire, un emploi analogue auprès de Xéron !
(i) C'était le bout de \':\n moJi'ine.
(2) Le génie des femmes s'appelait Jitnon.
Les cippos de tuf sont nombreux à Pompéi, et dans la campagne il n'est
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, TombLMU (K-s Libulla ol do Coins I,abpon.
pas rare d'en trouver de déterrés par les cultivateurs et d'utilisés comme tenues \\ leurs terres. liC haut de cette pierre funéraire, tonjonrs arrondi,
sphériqne, simnle nn qui possèdent des tresdiquaient nne sépnl- Pompéiens sans forpartie d'aucnn collège contenter de cette sim-
très cher à construire, bres d'une même fa-
mais sonvent hémicràne luimain ; ceux SCS et des coiffures inture féminine, et les tune ([ui ne faisaient funéraire devaient se [lie pierre (i).
Le cdl itiiihaii uni , était réservé aux ineni-
IWONt TYchesivliae:
itii,||l!
Tombo (le hi seconde Tyclié.
mille ou d'une association et aux adorateurs d'une même divinité. Les affiliés de certains rites n'auraient pu supporter de leur vivant, l'idée
(i) Dans les cinictioics niusulnunis et israélitcs^ des cippes annlogues s'élèvent de terre.