‹ PompeiChapitre 23 sur 110 · I.i:s TKMl'LKS ET LES Cll/IKS · texte numérisé non relu

I.i:s TKMl'LKS ET LES Cll/IKS

(lu hlaft, \o cor[)s coiivoi-t (riiiérog-lyplies ; j)iiis des sphinx porteurs de la Heur de lotus (i).

].e lieu d'initiation [)arlieidier de\ait être cette cliaiK'lle isoh'e, le iiicn<iriim, placée dans le péribole, à i^auelie, sur le devant du temple; elle; comportait un souterrain décoré do [)einlures a^ant ra[)port au cidteet i)Ossédait un divan où le néophyte passait la nuit, attendant l'apparition d'Isis et les consolations ([u'elle procurait. Les murs extérieurs du me i^- a mm {p.) sont décorés de stucs où sont sculptés des motifs syndjolicpies ; sur doux parois nous voyons deux groupes décoratifs, l'un représente JMars et 'Vénus enlacés entre deux amours ; dans l'autre, iMercure entraîne Proserpine où la nymphe Lara ; deux amours encadrent encore le sujet. \is-à-vis cette édicule, s'élève un autel où l'on consommait les offrandes pendant le sacrifice et dont on jetait les cendres dans une fosse située à côté.

Bien des objets furent trouvés dans le temple ; un trépied de bronze supporté par des sphinx et un petit autel portatif; dans \aSc/io/(i on découvrit deux candélabres de bronze et deux coffrets en bois contenant divers objets dont deux chandeliers de bronze et une petite tasse en or, puis un croissant en arg-ent.

Sur trois faces d'un des piliers du péristyle voisin du mc^^aiiim il existait trois pierres hiérog-lyphi((ues, mais elles n'oll'rent rien d'intéressant et portent des traces de couleur noire, vei-te et rouge.

Trépied isiaquc.

(Bronze du Musée de Xaples.)

(i) Voy. Lafaj'e, onvr. cilè.

(a) Les avis sont p:ut;igés sur le nom à (tonner à la petite chapelle isolée ; les uns y voient une piscine où un tuyau de plomb aboutit ; cet endroit aurait alors servi de piirgatoriiun.

11 fut aussi trouvé une stèle funéraire de pierre alabastine dont le haut est occupé par quatorze figures de divinités dont deux ont le visage humain et adorent Osiris représenté avec ses attributs démiiu'giques ; dans le bas est tracée une inscrii)tion hiéroglyphique de vingt lignes que Champollion interprète de la manière suivante : « Ceci est commémoration publique des prêtres d'Horus et autres divinités des régions d'en bas, modérateur de la lumière, flambeau qui éclaire le monde, Auguste, Gracieux (i). »

Parmi les nombreux objets relatifs au culte isiaque recueillis à Pompéi, il se trouve un vase bien curieux que de Clarac a étudié (a). Il est en argent

Vase en argent du culte d'Isis et détails de ce vase. (D'après de Clarac.)

et gravé, et fut trouvé au Forum triangulaire à côté d'un squelette. Sa forme ovale se retrouve dtuis les peintures relatives à la religion ég}q)tienne, rappelant la goutte d'eau ou l'œuf auquel était attaché un sens mystérieux ; le vase a aussi sa partie supérieure terminée en forme de croissant, figurant Isis regardée comme la Lune que l'on croyait avoir une grande influence sur les débordements du JNil, cause de la richesse de l'Egypte. Apulée parle également d'un vase en forme de mamelle d'où découlait du lait ; Isis, la ^lère de la Nature, entretenait la vie des êtres qu'elle avait engendrés. IMais, fait remarquer de Clarac, ce vase n'est })as percé, il ne pouvait donc être qu'une imitation du vase d'Apulée et servtiit à contenir l'eau sacrée, rappelant celle du Nil bienfaisant et son principe fécondant.

(i) Doiiieuico Monaco. Guide du Musée de Naples.

(2) Fouilles faites à Pompéi le 18 mars i8i3. Articles insérés clans le Journal français de Naples les 4, 5, G et j avril i8i3, et in-8°, c)3 pages, avec i5 planches.

LES TOMBEAUX

LES TEMPLES ET LES CULTES

Parmi les détails qui ornent co vase, nous voyons Isis coifîce de la poule de Numidie, espèce de vautour })articulier à TEg-ypte dont la figure hiéroglyphique signifie le luot nicrc. Elle tient un erocodile, emblème du \il. Le serpent est V/irarux, symbole de la puissance divine ; le bélier représente Animon, le même que le Jupiter grec. La seconde figure de femme serait encore Isis, où la prétresse d'isis, représentée souvent de même façon que la déesse. Cette figure, coiffée de la fleur de lotus, emblème de la résurrection, tient le vase d'eau sacrée et le sistre, instrument religieux des Egyptiens dont la partie ronde représente le monde, dit Plutarque, et les quatre baguettes, les quatre éléments ; le sistre agité symbolisait la Nature toujours en mouvement.

Puis, sur l'autel suivant est Annbis sous la figure d'un singe au museau de chien (le cynocéphalei, auquel les Egyptiens avaient cru reconnaître des propriétés qui lui valurent d'être placé parmi les animaux sacrés. On prétendait qu'urinant douze fois par jour à intervalles réguliers, il avait servi à diviser le jour en parties égales et la forme d'une partie de lui-même avait été donnée à la clepsydre. Connue Annbis se confond avec Ilernuuiubis, le Mercure égyptien, il est proljable ([ue l'objet que tient le singe est un caducée.

Si maintenant, nous voulons assister au dernier acte d'une initiation isiaqne, Apulée, avec beaucoup de minutie, nous en donne les détails ; nous ne preiulrons ([ue les plus caractéristiques : nous voyons Lucins, après s'être pm'ifié par les abstinences et les ablutions, s'avancer vêtu de douze robes sacerdotales et couvert d'un vêtement de lin orné de Heurs peintes ; de ses épaules juscpi'à terre pendait une magnifique chlamyde. De quelque côté qu'on le regardât, il était chamarré d'animaux de toutes couleurs ; des dragons de l'Inde, des griffons hyperboréens, des quadrupèdes imaginaires ailés comme des oiseaux ; ce vêtement était appelé par les prêtres étole

Sistre. (Bronze du Musée du Xaples.)

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oJynipuujuv. 'IV-iiant alors une lorclie alliiinôc et couronné de laurier dont les feuilles se dressaient comme des rayons autour de son visa^-e, JiUcius orné ainsi que le soleil, et figé comme une véritable statue est livré aux regards de la foule attentive.

A la suite de cette cérénu)nie, Lucius célébra l'heureux jour de cette sainte renaissance par un repas délicat et de joyeux ])aiKpiets. ].a même formalité et le déjeuner religieux se répétèrent durant trois jours, l)uis nous l'entendons adresser à la déesse une fervente prière, dans

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Inscriplion os<iuc du luni])le d'Isis.

larpielle I^ucius donne à la seule déesse Isis tous les pouvoirs des autres divinités réunies. 11 est certain que le bi'uit monotone et cadencé des sistres et des cymbales accompagnés de chants langoureux et énervants que rappellent encore certains rythmes orientaux, devait singulièrement troul)ler le cerveau hanté de merveilleux, donnant naissance à des phénomènes où l'esprit hypnotisé semble se fondre dans la nature et s'absorber en elle.

Les femmes, naturellement, n'étaient ])as les dernières à pratiquer le culte d'Isis et leur tem[)érament délicat devait les y pousser. C'était, dit Ovide, au théâtre et surtont aux tenq)les du culte égyptien ([ue les femmes allaient chercher des anuuits, et les olfrandes (ju'elles faisaient à la déesse étaient d'une grande richesse comme nous le [)rouve une inserij)tion (i) oîi nous lisons qu'une Espag)U)le consacre en l'honneur de sa ])elite iille une statue d'argent à Isis; outre les diamants dont elle était ornée, la statue était parée d'un diadème composé d'une grosse perle et de six petites,

li)Coi|). iiisc. lat., 11, j, .')86.

LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES loi

d'émeraiules, do rubis, (riiyuciuthes, de pendants d'oreilles et de perles, d'un eollier avec trente-six perles avec dix-luiit éineraudes et deux pour les ag-rafcs, des bracelets jiour les bras et poui- les jambes, des bagues pour tous les doigts, enfin liuit primes d'émeraudes placées sur les sandales (i). Par contre, beaucoup de femmes délaissaient Icni's amis pour s'initier aux mystères de la déesse et ne se rassasiaient point du nouveau cliarnio de ce culte particulier. Tibulle (2) se plaint amèrement de Délie : « A ([uoi me sert maintenant ton Jsis ? à quoi me sert cpie tant de fois le sistre ait été frappé de ta main ? » Mais Tibidle malade se met à invoquer la déesse et la prie à sou tour : « Viens à mon secours, dit-il, car tu peux me guérir; les nombreux tableaux suspendus dans ton tenqjle en sont la preuve. Délie acquittant son vœu, ira s'asseoir, vêtue de lin, devant la porte sacrée et deux fois le jour, les cbeveux épars, elle chantei'a tes louanges, attirant les regards au milieu de la foule de tes adorateurs. »

Quant à Properce (3), il exhale sa mauvaise humeur et son dépit : « \ oici encore, gémit-il, les tristes solennités d'Isis et déjà Cintliia lui a consacré dix nuits. Ah ! périsse la fille d'inachus ! ([o, que 1 on confondait avec Isis.) Puis la Corinne d'Ovide, en danger de mort, invocpui aussi la déesse, et fut guérie, paraît-il.

(1) Voir Boissier, La relii,'ion romaine, ouvr. cité. La statuo de hi niatloiio de San Agostino à Rome est affublée d'un accoutrement analoçcue.

(2) Tilj., I, MI.

(3) Prop., II, xxxiii.

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