‹ PompeiChapitre 24 sur 110 · LE TEMPLE DE LA FORTUNE AUGUSTE. — LA FONTAINE DE MERCURE · texte numérisé non relu

LE TEMPLE DE LA FORTUNE AUGUSTE. — LA FONTAINE DE MERCURE

GRACE à des traits de ressemblance avec Isis, une divinité gréco-romaine subit aussi rinlhience isiaque, ce fut la Fortune [Fortmia ou Tyc/ié), Isis prêta une partie de ses attributs à Fortuna (jui tout en conservant ses emblèmes caractéristiques, — gouvernail et corne d'abondance — se vit aflublée d'une coiffure où la fleur de lotus, le croissant, l'urteus, le modius et le sistre formèrent un couronnement monumental d'un effet j^izarre ; ainsi naquit Jsityclic dont il existait à Pompéi de petites statuettes. IMais dans l'Empire romain, la Fortune portait le titre ofliciel : Fortuna Aiigusta^ et à ronq)éi un temple lui était consacré ; ce monument est dû à la munificence d'un personnage romain qui a ])u être de la famille de Cicéron, un TuUius.

] /édifice est petit, mais était richement orné de marbres blancs; le soid^assement est divisé ])ar un palier sur lequel s'élève l'autel des sacrifices que l'on voit placé sur la tliyméle (i), et quelques fragments d'une grille fermant l'entrée du temple existent encore. Le pronaos n'avait que quatre colonnes portant l'architrave où se lisait la dédicace suivante :

Isilyclu'. (Slaliipllo do bronze du Musée de Xaplcs.)

M. TVLLIVS ^I. F. D. V. \. I). TER. QVINQ. AVGVR. TR. MIL. A. POP. AEDEM FORTVNAE AVGVST. SOLO ET PKQ. SVA.

(i) Plate-forme cxléricuro d'un tomplo, destinée à un aiiteL

LES TOMBEAUX. — LES TEMPLES ET LES CULTES loi

« Marciis TuUiiis, lils do Mai'cus, (Imiiuvir, juge pour lu troisième fois, qiiinqueniuil, augure, trihuii uiilitaire élu par le peuple, éleva sur sou sol et à ses frais le temple de la Fortuue Auguste. »

Une autre inscription fait eouuaître que les eselaves de Vettius , de Caesia Prima, de Numilor et de fjucutulantus étaient premiers ministres de

Tomple clo la Fortune Augiislc

la Fortune Auguste; enfin, outre la figure de la divinité, le temple renfermait la statue de TuUius et de sa femme.

La Fortune Auguste était surtout invoquée pendant les voyages de l'empereur afin de lui assurer un bon retour; mais les mortels avaient droit à ses faveurs.

La Fortune n'était pas toujours clémente; un Alexandrin, Palladas, nous dit « qu'elle ne connaît ni raison, ni loi, elle tyrannise les humains, entraînant tout dans son cours capricieux ; de préférence elle incline vers les méchants, elle hait les bons comme pour montrer sa puissance aveugle et

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brutale. Pur quel moyen, dit-il, inaîtriserais-je la Fortune qui de sa caehette nous épie et nous surprend, ayant toutes les allures d'une courtisane (i)? »

Si la Fortune était invoquée, elle n'inspirait pas souvent une j^-rande confiance et l'on craignait ses décisions plus ([u'on ne les désirait. Seulement, la Fortune avait \\n zélé dispensateur de ses faveurs dans IMercure, ce dieu pourvoyeur, qui devait souA^ent être invoqué dans une ville de nég-oce comme l'était Pompéi {'i).

iMercure n'a plus de temple à Pompéi depuis que l'on a découvert que A espasien devait en être le titulaire ; mais il y a une fontaine qui porte son cffig-ie, située rue de Mercure, non loin du Forum civil. Les commerçants pouvaient venir à cette fontaine, comme à celle de la porte Capène à Rome, chercher de l'eau dans un vase purifié et 3^ plonger une branche de laurier avec laquelle ils aspergeaient tous les objets qui devaient passer à de nouveaux maîtres. Le railleur Ovide (3) dit que dune voix accoutumée à tromper, le marchand prononçait ensuite cette prière : «Efface mes parjures passés, efface les mensonges de mes discours passés, soit qu'à l'appui d'une inqiosture j'aie invoqué ton nom où le nom de Jupiter qui ne m'entendrait pas ; soit qu'à dessein j'aie trompé (juelqne autre dieu ou déesse. Que les vents légers enq)ortent mes paroles coupables ! Grâce aussi pour mes parjures à venir! Si j'en commets encore, qu'ils n'attirent point l'attention des dieux. Donne-moi le gain seulement... donne-moi la joie ([ui suit le gain, et que toujours je m'applaudisse du marché fait avec mon acheteur... » Ovide ajoute que iMereure, à cette prière, sourit du haut des cieux !

(i) Antli. greccj.

(2) Nous voyons, sur une peinture pioveniint de Pompéi, lu l'orlune envoyant, à travers le monde, INIercure porteur d'une bourse remplie. Ce sujet est répété plusieurs fois sur les murs de la ville.

(:5) Ov. Fa st. V, 6-3.

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