LA CAMPANIE; SON CLIMAT. SES CHARMES. TEMOIGNAGES DES ANCIENS AUTEURS
UNE terre baignée de soleil, où les montagnes aux lignes endormies enveloppent riiorizon de leurs gracieux contours, où les cimes neigeuses de l'iiiver s'harmonisent dans des lointains nacrés, où l'atmosphère pure et l'air tiède caressent de leur haleine les prés, la campagne verte et les arbres dorés ou sombres, où la mer qui se brise sur la plage toute proche envoie son bruissement plaintif, son mugissement qui roule, et où l'oiseau de passage apporte sa chanson : telle était la nature à Pompéi ; telle elle est encore aujourd'hui.
Seule, la montagne du nord, luxuriante jadis, est morne maintenant, et du faîte une longue fumée s'élève, car la montagne, brusquement, par l'eau et le feu anéantit la contrée.
Mais la fraîche nature a repris ses droits; les champs, les arbres et les prairies ont reparu, effaçant le triste souvenir; et du linceul de cendre, de la mort, s'est épanoui le renouveau.
La campagne .pompéienne.
POMPKI
Celte terre captivante a été cliantée par les auteurs anciens eu quelques
lignes souvent trop brèves.
TjOS poètes des temps fabuleux racontent qu'à l'ori-
La oanipiii;iH' cl li' Vc'siive.
gine ces contrées étaient fréquentées par des antbropophages et des sirènes babitaient les rivages de la nier Tyrrbénienne, parmi lesquelles l'encbanteresse Circé , Cbarybde et Scylla furent les plus cruelles ; — fantastiques ligures des écueils, des gouilres et des tempêtes qui anéantissaient les voyageurs en face des beaux rivages entrevus. Les pays volcaniques ont toujours donné naissance à des mytlies lugu])res, et Diodore de Sicile dit que les habitants de ces contrées étaient doués d'une si grande force qu'ils furent regardés comme les lils de la Terre.
Dans l'antiquité, le golfe de Naples s'appelait le Cratère, et se trouvait être le centre de ces Clnnups P///('iii<'c//\ de la campagne du ^'ésuve ; le golfe lui-même ne seraitil pas un immense volcan ',\' effondré et enA'abi par la mer et dont le \ ésuve, l'Epomeo d'Iscliia et les nombreux cratères situés près de Pouzzoles ne sont que les cônes d'éruption? La naissance de Ponil)éi est bien ancienne ; Strabon raconte que les Pélasges et les Osques qui possédèrent les villes de Poinpéi et d'Herculanum attribuaient à Hercide la fondation des deux cités. Nous savons (pi'au
La campatçiic.
LA DKSTRUCTIOX DF, l'OMP
l'/l' I.KS FOUILLES
moment de la fondation de Ciimcs et de Parlliénope, les Grecs eurent d'autres eomptoirs sur ces cèles de la (îrainlc-Circce et y apportèrent le goût des arts et du commerce ; puis les J^truscpies s'emparèrent des Cliamps Phlég-réens, et les villes de la Caïupaiiie dont Capouc fnl la capitale se lièrent plus tard par nue confédération. J.es Campaniens, amollis par le luxe et les plaisirs, devinrent la proie des Saninites (pn, à leur
L Isulctla di Rivi^rliano.
tour, durent céder aux Romains, car, de 3i5 à 290 av. J.-C, Home est en guerre avec les Samnites de la Campanie, dont la soumission eut lieu en 270 ; nuiis, un peu après la guerre sociale en 80 av. J.-C, Sylla réduisit Pompéi en colonie militaire sous le nom de Colonia Vcncvia Cornclia ; les Pompéiens accueillirent mal leurs nouveaux maîtres cpii furent obligés d'habiter en dehors de la ville et formèrent le faubourg «^[ui prit plus tard le nom Ae Pagus Augustus Félix. Alalgré cette domination, les villes de la Campanie restèrent longtemps des municipes et leurs affaires étaient régies par leurs propres lois. Sous Néron la population s'accrut considérable-
s POMPE I
menlct, fidèle ;i Home, elle eut ses dniimvirs et ses déciirions. Pompéi était devenue colo/iic roDiatiic.
Sou poi't, (|iii servait d'entrepôt à toute la région, était formé par l'emboueluire du Sarnus, navigable dans ranfifjnité; il pouvait recevoir une armée navale; Pid)liiis Cornélius y jeta l'ancre. Sur la côte se trouvaient les Marais Pouipélvns uu-nlionnés par Columelle, et les salines (V Hercule étaient situées près de la l'oche \ Epaule (F Hercule qui porte nuiintenant le nom (V Isoletta di /icvii^lia/io et que l'on perçoit distinctement de Pompéi.
Bien des personnages habitèrent à Pompéi : Auguste y vint trouver Cicéron, possesseur d'une villa assez délicieuse pour que le grand orateur pût dire : Tusculuui et Pouipeianuui valdc nie délectant. Ce fut là que celui-ci composa son traité De ujjiciis, et faisant l'éloge de la Campanie et de ses villes si bien bâties, si riches et si élégantes, que leurs habitants ont le droit de se moquer des pauvres cités du Latium, il cite parmi elles Pompéi.
Phèdre le fabuliste, pour fuir la persécution de Séjan et de Tibère, se réfugia à Pompéi. Claude y avait une maison de campagne, et Suétone rapporte qu'un fils de cet empereur y mourut étouffé par une poire qu'il avait lancée en l'air [)our la recevoir dans la bouche. Stace disait qu'en ce pays « tout semble concourir à rendre la vie agréable, où les étés sont frais et les hivers tièdes, oii la mer tranquillement vient mourir sur les rivages qu'elle caresse ».
Florus prétend que ce n'était pas seulement le plus joli coin de toute l'Italie, nuiis encore du monde, et Sénèque rappelle comme un cher souvenir son séjour à Pompéi, renommée sous les Romains « pour ses roses, ses vins et ses délices ». Notre cité, située à 7 kilomètres du cratère du Vésuve, était construite sur une roche de lave ancienne oii les maisons étagées offraient une vue étendue sur la vallée du Sarnus et sur les montagnes de Stables baignées par la mer où Capri dresse sa masse géante à l'horizon du golfe.