LES TROTTOIRS
EX visitant les monuments publics, nous avons déjà parcouru plusieurs rues, uuiis nous ne sommes pas encore arrêtés pour en examiner les particularités qui offrent toujours un attrait nouveau à Pompéi, où voies et ruelles antiques bordées de pierres parlent si curieusement du passé.
Toutes les rues ont des trottoirs, mais beaucoup plus hauts que les nôtres, au bas desquels était le ruisseau collecteur des eaux ménagères provenant des cuisines, des tJicrmopoles, des tanneries, etc., qui étaient déversées par un chenal pratiqué sous le trottoir où souvent même les latrines avaient un petit débouché, quoique la plupart aient eu une issue directe à Tégout par des conduites de terre cuite. Malgré cela, les ruisseaux
devaient être le réceptacle de bien des immondices ; on obviait à cet inconvénient. Le ruisseau, le long du trottoir, était pourvu d'une eau abondante provenant des aqueducs aujourd'hui détruits, et distribuée par de nombreux tuyaux de plondj (sur un grand nond^re de ces tuyaux nous lisons le nom du fabricant : Ex ojficinn Chiudii), qui aijoutissaient à
Rue de Stables.
des fontaines de pierre et de nuirl^re d'oi^i l'eau se répandait ensuite dans toutes les directions, entraînant tout sur son passage, pour venir s'engouffrer dans de larges bouches ménagées sous le trottoir et au bout dos ///ndu/ac, les rues en cul-de-sac. (Pour la consommation domestique, le service des eaux était très complet, chaque habitation avait son robinet particulier.)
11 semblerait que pour aller d'un trottoir à l'autre, on dut bien patauger, même par un beau soleil ; nullement. Les Pompéiens, en gens pratiques et indolents avaient ménagé un passage à maints endroits en pla-
raiit au traver.s de la rue, une, deux ou troi.s l)orno.s ])]ales de la liantcur du trottoir, et espacées également. Eu ((iialre eiijaud)ées, la Pompéienne
Los bornes et les IroUoirs.
alerte, d'un pas léger traversait les rues sans effort, sans descendre ni monter. Les chars qui sillonnaient les rues ne furent pas gènes par ces bornes ; les animaux, toujours attelés à deux, passaient entre chacune
d'elles, ainsi que les roues ; aussi les lourds chariots antiques, suivant toujours le même tracé, ont-ils creusé, dans les dalles de la chaussée, des ornières plus profondes qu'une charretée de foin n'en fait dans une terre labourée.
Quant aux fontaines publiques, elles sont, pour la pln[)art, ornées d'une
tète décorative d'où l'eau s'échappait. Ainsi des têtes de lion, de taureau, de Mercure, de l'Abondance, de ^léduse, etc. On y voit aussi un aigle enlevant un lièvre, une femme tenant une colombe (\ énus), un coq, etc.
A certains endroits de la ville, les nombreux tuyaux se réunissaient en un faisceau muni de clefs de cuivre pour rég-ler le débit de l'eau. 11 est aussi curieux de remarquer que les hauts piliers de briques placés à proximité des fontaines possèdent, sur un des côtés, une échancrure dans toute la longueur ; leur destination n'est pas abso- - — -~^ lument définie, mais elle ne dut pas être
, ^v " "> étrangère à un système d élévation des
) eaux. Sur la face de quelques-uns, on voit
^"'""" encore les crampons de fer qui assujettis- Fontaine do la rue de Xola. (En face • ■ i . 1,1.
, ^ , ,, ^ -, salent les tuvaux tlont tes traces cfrimnantes
le Casa aella Caccia). •' 01
sont visibles ; ces appareils devaient probablement alimenter les conduites qui desservaient les jets d'eaux des viridaria et des a tria.
Des citernes existaient aussi à Pompéi et devaient remplacer les fontaines qui, l'été, pouvaient tarir. A ce sujet, Mazois fait ces réflexions : « Le soin que les hal)itants de Pompéi apportaient à recueillir les eaux, semble, au premier coup d'œil, être en contradiction avec le grand nombre de fontaines que l'on y rencontre et les ruines d'un aqueduc que j'y ai retrouvées ; mais un examen prolongé ma fait conjecturer, avec
LA RUE. — LES INSCRIPTIONS. — LES INDUSTRIES an
quelque vraiscm])lance, f|uo l'arrivéo des eaux courantes h Pompéi, au moyen d'un aqueduc, est postérieure à l'asservissement de cette ville par
Fontaine du Coq.
É.-t>^ -y<*-c^ jkit^
les Romains; en effet, presque toutes les fontaines sont d'un travail qui ne rappelle point les types de l'art grec. »
« L'aqueduc lui-même, continue Mazois, dont il ne reste que peu de chose, a tout l'apparence d'un ouvrage romain et ressemble aux cons-
tractions les moins anciennes découvertes dans les fouilles (i) ; enfin, l'état politique de la ville avant la conquête ne lui permettait pas sans
Carrefour des rues des Diadumènes et de Stables.
doute d'aller chercher à o-rands frais les eaux dont clic avait besoin sur le territoire indépendant de Stables avec laquelle elle n'avait
(i) Le trciiiblemcnt de terre de Tan G3 aurait probaljlement détruit les ouvrages antérieurs.
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aucune coininuiiautc d'existence municipale. Ces considérations nie portent à penser ([uc Tusag-e des citernes fut antérieur à l'établissement des fontaines (;t ([u'il lu- dut se perpétuer ([ue par la force des habitudes traditionnelles. »
Les rues, généralement, sont tirées au cordeau, souvent étroites, mais
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//. ùàciis^
Rue située non loin de la Porta Marina.
encore plus larges que bien des ruelles de villes plus récentes. Pavées de blocs de lave polygones, elles ont un aspect propre et confortal)le ; le trottoir lui-même est composé d'une épaisse couche de mortier battu et mêlé à des morceaux de marbre et de terre cuite disposés quelquefois avec symétrie.
Bien que la régularité soit l'ennemie du pittoresque, il se dégage de la belle ordonnance des rues de Pompéi, une impression d'opulence
et de bon goût qui charme l'esprit peu distrait par les détails, car la maison antique est extérieurement d'une simplicité bien nue.
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Rue du Balcon.
Plusieurs maisons possèdent des maciiiaiia (balcons surplombant au-dessus de la rue) destinés à agrandir les chambres supérieures d'où l'on peut voir sur le dehors, et que rappellent absolument les moucha-
rabiés arabes. Du reste, plusieurs rues étroites de Pompéi ont une alkire l)ien orientale, et nous retrouvons de nos jours la maison g-récoromaine en Afrique, voire même eu Perse.
Si les ruelles conservaient cette fraîcheur tant recherchée dans les pays chauds, les grandes voies étaient, au contraire, dégagées, offrant de belles échappées sur les environs : telles la rue de Stables (i) descendant vers la
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Perspective des rues de la Fortune et de Xohi (à droite, temple de la Fortune-Auguste).
vallée du Sariius, et celle de Nola dont le fond de perspective pointe vers les Abbruzzes. Ces grandes artères principales de la ville, durant l'été, s'égayent ardentes dans une atmosphère lumineuse, donnant une tonalité fine et légère aux murailles de tuf gris de l'époque samnite ; nuiis dans les courtes journées de l'hiver, les ombres se traînent comilie lasses, sur les murs que la pluie a mouillés ; la terre et les ruines changent d'aspect, la
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(i) Voir planche en couleur n" II.
profondeur des pcnombrcs liumidcs donne un eharnie nouveau à ce sol où les plantes roussies s'iiarnionisent si bien aux Ijricpu's roug-es des murs
Carrofour [Bivium) de la rue de Sallusle (voie Consulaire).
crevassés, derniers vcstig-es de l'époque romaine; le ^"ésuve lui-même, parfois se coifTe d'une blanche couronne où le soleil vibre dans la neige immaculée.