BACCHANTE (PEINTURE DE LA Cusa d'i Castoïc e Polluce
LA df:structio\ de pompei et les fouilles
ÉrupUon du Vésuvo, i j juin 1794' (D'iiprès une vifille gravure.)
de ce phénomène à mesure qu'il l'observait. Déjà la cendre tombait sur les vaisseaux, et plus on approchait pins elle était chaude et épaisse, puis c'étaient des pierres et des cailloux noircis, calcinés, brisés par \c feu ; déjà le fond de la mer s'était subitement élevé et la montagne en s'écroulant rendait le rivage inabordable.
« Il s'arrête un moment, incertain s'il retournerait et, comme le pilote lui conseillait de le faire : « La fortune, « dit-il, favorise le courage ; (( tournez du côté de Pomponianus. » Celui-ci était à Stabies, séparé par la largeur du golfe ; car la mer entre dans ces rivages qui se creusent et se courbent insensiblement. Là le péril était encore assez éloigné, mais il était manifeste, et comme il grandissait et se rapprochait toujours , Pomponianus avait fait porter ses bagages dans ses vaisseaux, décidé à fuir si le vent contraire tombait. Mon oncle , favorisé par ce même vent , le trouve tout tremblant, l'embrasse, le console, le rassure et, pour calmer par sa sérénité la crainte de son ami, il se fait porter au bain... Cependant on voyait luire en plusieurs endroits du A ésuve des llammes très larges et des jets de feu s'éle-
Kruption du Vl'suvo en 1872.
(D'après une pli<ilci^'rapliio.)
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vaut tiès liant, dont la Inenr éclatante était accrne par les ténèbres de la nnit.
« Pour calmer la frayeur de ses hôtes, mon oncle leur répétait que des paysans dans leur fuite précipitée avaient laissé du feu dans leurs maisons et cpie c'étaient elles rpii brûlaient dans la solitude. Alors il se livra aii repos... Mais la cour par laquelle on avait accès dans son appartement s'était si fort remplie d'une cendre mêlée de pierres ponces, que s'il fut resté plus long-temps dans la chand:)re, il n'aurait pu en sortir. On le réveille, il sort et rejoint Pomponianus et les autres qui avaient veillé. Ils tiennent conseil pour savoir s'il vaut mieux rester dans la maison ou errer dans la campagne; car les bâtiments chancelaient, ébranlés par de fréquentes et violentes secousses et comme arrachés de leurs fondements ; ils semblaient aller de côté et d'autre, puis revenir à leur i)lace. En plein air, d'autre part, on avait à redouter la chute des pierres ponces, quoique légères et desséchées par le feu. lia comparaison fit choisir ce dernier péril... On s'attacha des oreillers sur la tète avec des linges; c'était un rempart contre ce c|ui tombait. Déjà il faisait jour ailleurs, mais là il régnait une nuit plus noire et plus épaisse c[ue toutes les nuits, éclairée cependant par les torches nombreuses et des feux de toute espèce. On décida d'aller au rivage et de voir de près si la mer était tenablc, mais elle restait grosse et contraire. Là mon oncle se lit étendre sur un drap, s'y coucha, demanda à diverses reprises de l'eau froide et en but. Puis les flammes et une odeur de soufre rpii annonçait leur a[)proche mettent les autres en fuite et le font lever. Appuyé sur deux esclaves, il se dresse et tondje tout à coup, .l'imagine que la va|)eur épaisse le sufl'oca et ferma le passage de respiration qui chez lui était très faible, étroit et fréquemment oppressé. Quand le jour reparut (c'était le troisième après le dernier qu'il avait vu), on retrouva son corps intact, sans lésion, et couvert des mêmes vêtements. Son attitude était plutôt celle du sommeil que de la mort. Pendant ce temps-là, nui mère et moi, nous étions à Misène... (i). »
(i) Traduction \\. Pessonneaiix. Paris, Charpentier, i88(), liv. \l, lettre xvi.
LA DESTRUCTION D !•- POMPEI ET LES l-oriI.LES
Dans une seconde lettre nous trouvons encore les descriptions suivantes : « Depuis plusiiMirs jours un tremblement de terre se faisait sentir, sans causer ^t;raiid elîroi, car on y est accoutumé en Campanie. Mais cette nuit-là, il devint si violent, qu'il send)lait (|ue tout fût non pas ag^ité, mais bouleversé. Ma mère se précipite dans nui clunuln-e, nous nous asseyons dans la place ([ui s'étendait di^vaut la maison et (pii séparait les bâtiments de la iiut pai' nu i'aihic intervalle... c'était déjà la première
Carte du golfe de X.iplos.
lieiire et le jour était alors indécis et comme lan^-uissant. Tous les bâtiments environnants étaient ébranlés, et ([uoicpie le lieu où luius nous trouvions fût à découvert, il était si étroit que nous avions la crainte, la certitude même, d être ensevelis sous les décombres. Alors seulement nous nous décidâmes à ([uitter la ville. La foule nous suit consternée... Là, mille faits sur[)renants s'offrent à nous, mille terreiirs nous assiègent. Les voitures que nous avions fait avancer étaient, quoicpie le terrain fût tout plat, poussées dans des directions différentes, et même en les fixant avec des pierres on ne pouvait les faire tenir en place. En outre,
i6 POMPEI
la mer semblait s'absorber en cllc-mcmc et être comme refoulée par le tremljlemeiit de terre. Du moins le rivage s'était porté plus avant, et un grand nombre d'animaux nuirins étaient demeurés à sec sur la grève. De l'autre côté apparaissait un niuige noir et effrayant, déchiré par un souffle de feu (|ui le sillonnait de traits rapides et tortuenx ; il présentait en s'entr'ouvrant de longues traînées de flammes, semblables à des éclairs, nuiis })lus grandes encore... Peu de temps après le nuage s'abaisse vers la terre et couvre la mer; il enveloppait l'île de Caprée, la dérobait aux regards, et le promontoire de Misènc avait disparu... La cendre commençait à tomber, mais elle était encore clairsemée... puis l'obscurité complète. »
Pline note ensuite les lamentations des fugitifs, leurs imprécations contre les dieux, disant cpie c'était la dernière nuit du monde, la nuit éternelle ! La cendre tombait si épaisse qu'il était obligé de la secouer pour ne pas être étouffé par le })oids. « Enfin , dit-il , les ténèbres se dissipèrent comme en brouillard et en fumée, iîientôt la vraie clarté du jour reparut, puis le soleil lui-même, nuiis livide et tel que pendant une éclipse. Tout se présentait changé à nos yeux encore troublés, la cendre avait tout recouvert comme nn épais tapis de neige... (i) ».
<■> Le voilà, s'écrie ^lartial, ce A ésuve conronné jadis de pampres verts, dont le fruit généreux inondait de jus nos pressoirs ! Les voilà, ces coteaux que Bacchus préférait aux collines de Nyse ! Naguère encore les satyres dansaient sur ce mont, il fut le séjour de A énus, plus cher à la déesse que Lacédémone ; Hercule aussi l'illustra de son nom. Les flammes ont tout détruit, tout enseveli sous des monceaux de cendres ! Les dieux mêmes voudraient que leur pouvoir ne fût pas allé jusque-là. »
(i) Traduction R. l^essoiincaux, liv, VI, lettre xx.
LES COUCHES KRUPTIVES. —LES EMPP.EIMES lUMAlNES
EX cxaiiiinaiil les couches érupllves on reconnaît que Pompéi ti été recouverte dulxird pur une couche de pierres ponces de phis de 3 mètres (répaisseur, jniis une phiie (h) cench'cS fines nivehi tout ih' son linceul. Les couches d'ensevelissenient varient entre 5 mètres et V",5o, et les parties supérieures du terrain de la campagne actuelle de Pompéi sont dues à des éruptions postérieures (i),
(Contrairement à ce ([ue Ton croit ordiiiairenn'iit. Pompéi n'a ]ias été détruite ])ar le feu qui n y afait son apparition que partiellement. Beulë (2) pense que létatdes poutres et des linteaux de bois qu'on retrouve en poussière dans les fouilles, n'est du qu'à l'humidité persistante des siècles et lilluslre savant fait renuutpier que les parties des poutres traversées par
(i) En 1818, le goologue Lyull ;i iclcvc l;i foiipc des terrains traversés par les l'ouilles ; près de ranipliitliéàtre il trouva les couches suivantes, selon l'ordre naturel d'ensevelissement :
1° Ponces et lapilli Mains <i,"7 eeiit.
■j.° Tuf gris siilidê ",'17 —
3° Couche de lapilli Ijluncliàtrcs . ." • (),<)2 —
4° Tuf terreux noirâtre avec lapilli disposés en couches i , 'l 'i —
j° Scories en petits fragments et lapilli lilancs o.n; —
6" Tuf noirâtre incohérent rempli de giolmles pi^ulitlli^ples o. ',G • —
7° Terre végétale "■!)' • —
8° Sable noir brillant provenant de lémplioii de 1822 et contenant des
petits cristaux 0,0- —
TOT.VL . . . . i, 1 1
Dans l'ouvrage : Pompci c lu legioiw sollernita dnl Vcxiivio 'Xapoli. 18^9) nous trouvons a peu près les mêmes résultats de l'examen des couches éruptives. (a) Le dianie du Vcsin'c. Paris.
des clievroiis cl des clous oui clc protégées par Toxydc de fer. Cependant d(> nond)reus('s parties oui llanilx- cl des murailles ont di'i être portées à une luuile lcni[)éi'atnre par les cendres chaudes, les cuisant à 1 élouiïée;
llomnio. (.Mnsi'c de ronipri.)
aussi l'enduit de cire des murs a souvcnl (lis|)aru cl des coideurs jaunes ont tourné au roui^e sous l'action de la clialcur.
^lalgré les terril)les secousses du sol, les nniisons ont conservé une pliysiononue assez complète, les étag-es supéi'ieurs — saul" (pu'hpies-uns cpie
~zsïg:^i*a^*^-^^^^'^^'^'
Squelcllp rnl'oiii (l;ins la ooiidro.
l'on a pu restaurer — et les toits s'eU'ondrèrcnt, nuds ils résistèi'cnt (picNpie temps : on peut en jui^ci- au cours des fouilles actuelles, où Ton voit (pie les tuiles des couvertures ne gisent pas souvent sur le sol des maisons, mais sont retr()uvées mélangées aux cendres à une certaine liautcui' au-dessus f\es lapilli . I,es chambres furent donc envahies [)ar Icsceudrt'S et les pierres avant la chute des toits, détails cpii se trouvent corroborés par le récit de
i,.v i)i:s'niri:Ti()X di'. i'omi-ki i:t i.i:s l'oiii.i.iis
IMiiic. Dans la prciuirrc Icllrcà Tacilc nous avons pn nous rendre coniide
(|n"à Slal)ies il ('tait l'aeile de sesan\ci'dn désastre. Ponijx'i. \illi' d CnNii'on •).(). ooo ànies. siluc'e
à ini-elieniin enlre Slahies el le \ t''sn\"e. a ili'i r[vc
ensevelie pins ia|iidem,'iil . nnns l)ien des liahi-
lants onl pn l'iiir. et on é\alne (pi un dixième
senlenient des l'onipc-iens snrvéeurent. ( )n reii-
conti'e relali\'enient pen de sipndeltes dans la
ville, mais la campai^iie doit en receler un t^rand
nondyre dan.s ses lianes, lîeauconp vonlnrent em-
poi'ter leur l'ortune, d'aidres s'étaient eaeliés dans
les caves; on a même retrouvé une famille composée (le onze personnes dont les sipieleltes
étaient entassés au premier étaijc d'une uuiison de la rue de Slahies (i), oii ces pauvres ^-ens étaient nu)ii-
tes crovaiil e(iiap[)er a ^ ' '
la pluie de cendres chaudes (pii envahissait le re/.-de-ehaussée ; nuns les émanations et la chute (In toit Jie les éparg-iièrent pas.
En i'^J, sous un luur élxuilé, huit sf[uelettes furent trouvés, dont l'un teuait nue lantei'iie (2).
l ne h'mme renversée au seuil d'un Uihlinilin em[)ortait des hijoux enfermés dans une cassette de l)ois incrusté; elle était parée d'un
colliei' (ramuleltes, d'<'[)iiigles d'os et portait sur elle des flacons de
[)arfums.
i^nis, dans la nuiisoii <lu Faune, un S(pielette féminin est retrouvé à
(i) l^'oiiilli^s tic iS{ii).
(2) GidiiKilc (lrl Sc;ivi.
Lampe. iMii^éo do Na|ilc'h^.)
lM)Mi'i;i
côté' d'uiic laiii|ic. mais on ne sait ce qu'est deveniic lu lèle. I^resque tous les nioiis avaient le eràne enveloppé de lenr inanleau el d antres semhlaieiitreoifies de eonssiiis pour se préserver de la pluie de pierres.
Ilonmic. (Musée île Ponijiéi.)
Plusieurs habitants ont été déeouverts munis do victuailles; ainsi cet homme cpii était mort à cùté d'un plat conteiumt les os d'un petit animal.
Dans les caves de la villa de Dionirdc, on retrcmva dix-huit cadavres de femmes et d'enfants, entourés de provisions de l)ouche de toute sorte.
Homme avec saudales. (Musée de Pomiiéi.)
Tout ce monde fut étouile par les cendres, chacun avait la tète voilée et semblait dormir. J^e propriétaire présumé de la villa, une clef à la main, était étendu à terre près de la porte de sortie du jardin, un esclave le suivait portant de l'arg-ent et des objets de prix.
De toutes ces images terrifiantes, plusieurs surtt)ut attirent l'attention : non loin d'un individu vêtu d'un caleçon et chaussé de souliers garnis de
i.A i)i;s-rm c'iiox di'. I'omim;! i:r i.i:s i-oiii.i.iis ,,
oTos clous, on li'oiivc deux ffiiimcft coiiclu'cs sur la ccikIi'c; |ii'nl-rlri' la mère cl la lillc. l ne anii'c icnnc l'ciniiic norlc les elievenx relevés en nalles,
Kcmmc. (^Fiisi'i? do P.mipc'i.
elle est posée sur le ventre, la tète appuyée sur le bras; la nuque bien prise,
les jambes Unes et le délicieuse créature ; nous celui (le bien crautres, M. Fiorelli, le savant ita- (léblayé niéthodicpienient lurent suivis [)ar ses sucreste, sélève depuis (juelcivil de Ponipéi. Cet éru- 1er du [)làtre dans les par la cendre mouillée qui fiée autour des corps des en poussière. L'exécution les empreintes humaines
wi m
CIl-I do Uioniodo.
(Miisoo do Xaplos.)
cor[)S élégant en l'ont une avons son moulage, comme grâce à l'ingéniosité de lien auquel ou doit d avoir Pompéi v[ dont les conseils cesseurs. Son buste, du ques années s\ir le T'^orum ilit eut l'idée de faire coumoules n;i1urels formés en séchant s'était solidivictimes tombés ensuite de ce procédé a donné ([ue nous voyons au petit
musée de Pompéi et ([ue nous reproduisons ici.
Hommo. (Miisôo do Ponipci.
Nous voyons encore, charmante, une femme au pied cambré, chaussée de brodequins; elle avait une bague au doigt et portait des pen-