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LES PORTES

NOUS avons suivi le Pompéien liors de chez lui ; à peine, pour visiter quelques laraires, avons-nous franclii le seuil de sa demeure ; de l'extérieur nous tivoiis bien aperçu furtivement, par l'embrasure des portes, quelques colonnes à la base rouge, mais les fenêtres grillées et haut placées nous ont interdit tout regard indiscret. Les ouvertures sur la rue, assez rares, du reste, ne servaient qu'à donner un peu d'air et de lumière, et leur élévation fut une garantie contre les voleurs ; elles n'étaient guère usitées au rez-de-chaussée que pour les cuisines et pour ([uelques chambres ; aux étages supérieurs les fenêtres s'ouvraient plus grandes et l'on pouvait s'y accouder; on peut en juger [)ar les macnidita ou balcons extérieurs

plongeant sur la rue. Mais il ressort du plan général des maisons que chez

^ lui, le Pompéien était isolé et restait étranger au monde extérieur; la vie se passait privée et cachée, abritée de la curiosité du voisin.

Avant de pénétrer dans l'intérieur des habitations, examinons sommairement la disposition générale des principales parties d'une maison en prenant connaissance du

PorlPs ou Ostia sur le vico (lel I.upaitrire.

plan ci-joint de la vHiison de Pansa qui offre le spécimen le plus correct d'une opulente demeure gréco-romaine. (Les parties teintées du plan ne communiquent pas avec la maison et devaient être louées à des petits commerçants.) Pour entrer, il y a toujours une marche à monter devant la ])orte à deux battants [janua] près de laquelle on avait généralement riiabitude de placer une branche de laurier et une lampe en l'honneur des divinités eus- -^'"""" ''" ^"""•

todes. A l'inverse des habitudes grecques, qui occasionnèrent des impôts.

LA MAISON GllECO-UOMAlNE

Enlrôc <Ic la Casa dcl Tuiellij.

les portes roniaiiu>s s'ouvraient eu dedaus et les battants se repliaient contre les murs du prot/iynini ; nuiis (|uel(|uofois elles s'ouvraient en dehors. C'était le e()nd)le de riionneur.

Cette faveur ne fut guère réservée qu'aux g'énéraux victorieux auxquels les décrets concédaient un terrain pour la construction d'une maison (i).

Quelquefois, à Pompéi, l'entrée d'une habitation était close par deux portes placées à un mètre de distance l'une de l'autre, la première massive , la seconde légère ; cette dernière même a pu être cpielquefois une grille (nuiison de Popidius Priscus). Une maison, celle (Ici Torcllo^ offre aussi quelques particularités dont nous donnons le plan. On pouvait pénétrer dans la nuiison sans passer par la porte principale, mais par une entrée détournée placée sur le côté du protliymni ; c'est là que se tenait Vostiariiis cm janitor, le portier [i).

Malgré l'existence de la [)()rte d'entrée, l<inna^ \\ y avait une seconde i)orte (appelée quelquefois ost/iai/), placée au bout du y

Porlo reconstituée. Jaitita.

(Musée de Pompéi.)

in'D-

Moulat^e tlime ])orle aiilii[iie.

(Musée Je l'ompéi.)

tliyriim (jui était le vestibule conduisant à Witriuiii. La j(Uiita était rare-

(i) Le seuil d'une UKiisoii s'appelle li/iu'ii, les nioiitiuils d/i/dc et pcdcs, le linleau /iii^iimcntiiin et siij>cniliti/ii, la eoiniehc curona, les battants de la porte fores, j<inu,t ; l'ensenihle était dénommé nstiiim, c'est-à-dire ouverture. (Dict. Saglio. Jiinun.)

(2) Pétrone cite un us/ùn-itis qui, habillé de verl avec une ceinture rouge cerise, écossait des pois dans un bassin d'argent; sur le seuil de la porte était suspendue une cage d'or, où

ment de I)roiize, mais était en bois massif constellé de clous à grosse tète, ou divisée en panneaux avec moulures ; la porte était souvent surmontée d'une imposte, ou bien la porte elle-même était j^-rillée dans le liant.

Clefs et serrures. (Musée de Naples.

Quant à la fermeture, elle semble très complète ; nous voyons au musée de Pompéi les serrures reconstituées, d'un système très ingénieux, ainsi

Clefs. (Musée de Naples.)

que le moulage d'une })orte avec ses crochets, son loquet et sa grosse serrure (pii a cédé sous la poussée des éboulements.

Le ]>r()tJiyritm est presque toujours pavé en mosaïque, noire, blanche et brune, c'était le signe extérieur de l'opulence ; tantôt elle représente

uiU' pie au plumage bigarre, saluait ceux qui eiUraieut ; près du portier, il y avait, peint sur la nuiraillc, un énorme chien enchaîné, au-dessous on lisait les mots : Cave, Cave Caiiem !

LA MAISON GR ECO-ROM Al. \K

un ancre {Casa (IcU'^-Jncora']: un otii-s ])lessé et l'inscription : HAVE (salut) [Casa (IcirOr.so ■. puis un cliicn cl les mois : CAVE CAXEM [Casa (Ici

Yni^

fiin-

Mosaïque du prolliyrum de la Casa dell'Orso.

Poeta (ragico); à la niaison f/c Siricas, nous voyons inscrits, à l'aide de petits cubes blancs, sur le sol, les mots :

SALVE LVCRV(M), Salut gain!

Une maison de la rue de Stables, située en face du banquier Jucundus, possède une mosaïque d'entrée ornée de plusieurs phaUi greffés et porte aussi le mot SALVE. Dans d'autres dallag-es on aperçoit un loup, un sanglier, ainsi que les atlril)uts de Neptune, visibles à l'entrée du prothvrnni de la maison de Blandus qui possède de belles mosaïques.

rrotliyrum de la maison de Blandus.

LATRIUM. — LE CO:\I PLUVIUM. — L'IMPLUVIUINI

LE CARTIBULUM. — LE FOYER. — L'ATRIUM TESTUDINATUM

LATRIUM TOSCAX. — LATRIUM TÉTRASTYLE

LATRIUM CORINTHIEN.— LE CAVAEDIUM. — LE LARARIUM

Aruics avoir franchi le /-'/•o/A)/7////, pros([uc toujours décoré de peintures ou dé- stucs striés, nous arrivons à Yatrlimi ; nous voici dans la preniièrc coui- où ïi/ujjluviu/n creuse son bassin rectangulaire qui recevait les eaux du toit, crachées par les garg-ouilles de terre cuite dont le pourtour du c(>iiij)l(iviuin était orné et duquel elles s'écoulaient dans les citernes ménagées sous le sol de Yati-nuii. Un putcal de marbre ou d'argile en ornait l'orifice; il en est dont le bord a été bien usé i)ar la corde ou la chaîne à laquelle on suspendait le vase à remplir. Des puits anciens existent aussi à Pompéi, ils sont même creusés jus([u'à 'io mètres de profondeur et fournissent toujours de l'eau.

Dans beaucoiq) de maisons, Vatriinu offre encore un charmant aspect, oj-iié de vasques de marbre et de tajjles placées au bord de Viinplu- VI u m. Des statuettes utilisées comme fontaines s'élèvent sur les socles qui, primitivement, servirent de /o)r/- et d'autel où l'on sacriHait aux Lares domestiques. Devant la statuette, (|ui, souvent est un Amour, un léger et gracieux bassin de marbre pur sert de déversoir au jet d'eau dont le tropl)lein pleure en clapotant dans V inipluvitiin.

La table de marbre, le (-(irtlhiil uni , oîi aneieiiiienu'ut se posaieut les

•alimeuls quand les repas se prenaient dans Vutriiiin et que ïaiilcl était

\g foyer utilisé pour faire la cuisine, ne devint plus qu'un ornement où

LA MAISON GRECO-ROMAINE

l'on déposa des ol)jets de luxe et devant lequel les femmes liieiit leur toilette.

Quatre modes iWttrui furent usités à Pompéi : ïntria/n tcsluc/i/iatu/n, Vati-iiiDi toscan ^ Vatiiiau tvtrastylc et \ atrinni vorliithivii.

Le premier type était complètement couvert et ne possédait naturel-

Alriuin toscan et impluvium. (Maison de Cornélius Rufiis.)

lement pas iVinipIuviuin . D'après Fiorelli (i) les plus anciennes maisons de Pompéi, avant le tremblement de terre de l'an Q>'i, avaient encore de ces atria (il en existait un dans la Casa (Ici Ccntciiario) dont la pente des toits divergeait en quatre sens, comme la couverture des maisons modernes. Aux époques où la vie était simple, l'habitation tout entière se résumait dans cet atrium : on y prenait les repas, on y couchait aussi et

(i) Gli scavi di Pomiici (lui i86i-i8j2.

Galeries inlérieures en encorbellement, (l'einliire duu oeciis. Région IX. Insnla Vil.

le lit conjugal occupait la place où est maintenant le tahliniini (i) ; ainsi conçoit-on que ïatn'uni primitif fut complètement couvert [caviini aediiiiit tcstudiiiatuni ^ c'est-à-dire au toit en forme de tortue).

Plus tartl Vati'iinn s'ouvre et la lumière pénètre, le triclinium prend alors la place du lit conjugal ; il suffit pour opérer ce changement de placer simplement une table près du lit. Dès lors l'habitude de manger couché se conserva, et les principales pièces de l'habitation se groupèrent autour de V atrium devenu cour intérieure.

Mais avec le luxe importé par les Grecs colonisateurs de Pompéi, V atrium réformé ne satisfit plus aux nouveaux besoins; il subsista, mais ne devint que l'avantcorps du logis ; il ne fut plus le lieu privé de l'hal)itation, transféré au y>'rristylini)i grec qui eut tous les avantages de Vdtrium sans en avoir les inconvénients.

Iî , • • . Atrium tétrastylo. (Casa (telle Nozze d'Ari'eitto.)

j atrium qui se voit " i

le plus souvent à Pompéi est [ atrium tuscaii, il est sans colonnes; le (i) Monceaux. Doniiis. DIcl. Siiglio.

Vi Xl/

toit qui protégeait de la pluie et du soleil était supporté ])ar quatre poutres qui, se croisant à aug-les droits, avaient leurs extrémités fixées dans les murailles; il faut y reconnaître probablement Yatrium que Pline désigne comme ayant été construit c.v more vctcnini, h. la mode des anciens. Son origine est due certainement aux Étrusques, son nom l'indique, et Pompéi dut en posséder de tout temps, le toscan et Vosquc sont synonymes.

Dans le haut de ïatriuni fosca/i, autour du compluvium, et quand les maisons possédaient un étage

LA MAISON GRÉCO-ROMAINE

Atriiiiii Iclrastyle et compluviuiii. (Région I. Insula II.)

supérieur, il existait un balcon muni d'une balustrade formant encorbellement sur Varca de Yatrium; l'existence de cette galerie nous est révélée par quelques peintures qui le représentent. C'était une façon d'utiliser une partie du toit, cela avait en outre l'avantage d'étal)lir une communication extérieure entre les diverses pièces du premier étage. Le plus souvent, le toit avançait considérablement et Yarea découverte se bornait à la seule superficie de Y impluvium. Celio toiture

Atnu.u lélraslyle, reconstiluc: dans ses parties boisées. (Région VI. Insula XV.)

ayant, dans certains cas, une trop grande portée, un pilier de liois fut placé à chaque coin de Viinpluviuin ; on retrouve peu de traces de ce mode de support des toits, car la catastrophe et le temps ont détruit les matières

ligneuses. Mais nous voyons d'anciens atria toscans, consolidés dans le goût grec, par l'adjonction de quatre colonnes de briques ou de tuf. Ce fut ainsi que Vatriuni frtra.sty/e, dont les piliers de bois exprimaient la plus rustique construction, succéda à Va tri uni toscan.

]i'at/'iiim tctrastyle est cependant assez rare à Pompéi, quoique certaines grandes maisons aient deOx atria, l'un toscan, l'autre à quatre colonnes, (Maisons del Fauno, dcl Laherinto et dcl Centenario) (i). La maison dcllc Nozzc d' Argeuto , assez somptueuse, possède un atrium tctrastyle dont les colonnes très hautes ont des chapiteaux d'ordre col'inthien ; puis dans la l'égion i, insula 'î, quatre colonnes de même genre, ornées de chapiteaux ioniques, supportent encore le grillage restauré du compluviiiiii. Un atrium analogue existe dans une petite habitation de la rue de Mercure, à gauche; elle a, chose particulière, deux autres colonnes

Kluvc trouvt'O (iaiis un :itiiinii. cl provenant d'un oalilaiiuin. (Musée (le Naplo;;.)

(i) La maison des Vettii a deux auia, ruii U>scan et l'autre, Uès petit, a son i/ii/)lin'iii/ii placé contre un mur, son toit n'était qu'à trois grimpants.

LA MAISON GRKCO-UOMAIXK

qui, sur lo devant, ornaient un petit portique; puis cpielques maisons offrant (U; belles échappées sur la vallée du Sarnus, ont aussi de ces a tria.

]j'((friu/n t('frasf)/e fut également en usage dans les petites habitations auxquelles des points d'appui étaient nécessaires pour supporter les cham-

Vn IV

Caviioclium de la Ciisa (Ici Capilclli colurnli dilo ili Aniaitti.

bres qui avaient pris la place du toit de Vatriuin et dont l'étroite superficie du terrain ne permettait pas de s'étendre. Une maison do ce genre, à l'aspect modeste, a été retrouvée (fouilles de 1898, région ^l, insula X\ ) et restaurée, les poutres ont été renq)lacées ainsi que les solives du premier étage et l'escalier de bois dont la base est en i)ierre a été reconstitué avec sa rampe; on peut y monter, mais les chambres du haut n'offrent rien de particulier; elles prennent jour par le co/i/jj/uviu/n très étroit qui apportait aussi la lumière à Vatriuin où devait régner un demijour, surtout quand les pièces du rez-de-chaussée possédaient leur toiture et étaient surmontées de chambres; il est vi'ai ({u'eii été il devait y régner une agréable fraîcheur.

Ci% (o,4^S>,)

3Iais où Yiilriiini subit particulièrement rinfluence hellénique, c'est quand il possède de nombreuses colonnes, imitant en cela le péristyle g-rec ; il devient alors VatriiiDi vorinthivii dont le nom n'a rien à voir avec l'ordre architectural des colonnes et des chapiteaux, qui sont aussi bien toscans qu'ioniques, car nous n'avons pas encore rencontré à Pompéi A\itvium corint/ncii avec chapiteaux dits corinthiens.

Atrium corinthien. Maison d Epiilus Rufus.

Cette façon de construire les atria peut donner lieu à quelque confusion, môme on arrive à se demander si \e\ j)ci'i.styUiini ne serait pas un (itrhini loriiitliicii^ cela dans les maisons qui possèdent plusieurs cavacdia (i).

Ainsi, la maison dci Capitclli colorati [casa di Arriaua) possède trois ravacdia placés en enfilade ; Ihabitation est située sur deux rues, mais un postiriiin ou porte dérobée, donne sur une troisième voie. L'entrée principale est située .stradd degli Ait<^ii.sta//, où après le profliyru/n se présente

(i) On entend par cavaediiim toute partie de l'habitat ion qui est à air libre et qui, par conséquent, lornic le caviiin aediii/u, ces vides de la maison : Vatrium et le peristyliitin.

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