I II
Pompéi nous montrent que les légers repas étaient pris assis sur des sièges. Primitivement la salle à manger s'appela coenarulitm et se trouvait au pi'cmier étage, si bien que les chambres supérieures conservèrent indistinctement le nom de coe/iacu/n/it, tout comme Vocciis s'appela triclinium, même quand il ne contenait qu'un lit.
11 y avait aussi le fr/cii/iiii/n d'été, omJjragé par un vélum, ou couvert d'une tonnelle chargée de vignes supportée par quatre piliers sur lesquels
sont peints des feuilles de vigne et des grappes de raisin. (Maison située rue de Nola.) En ce lieu, les lits n'étaient pas mobiles et sont encore formés de trois massifs de pierre offrant chacun une inclinaison extérieure ; sur un des côtés se trouve quelquefois un petit réchaud de briques où se plaçaient les aliments chauds. Au centre des lits s'élève un massif carré ou circulaire recouvert d'une plaque de marbre, même un léger monojwdiiun. C'était la table bien petite, il est vrai, surtout si l'on considère que neuf personnes pouvaient tenir à chaque tricliniuni; mais n'oidjlions pas que les esclaves étaient là pour apporter et tenir tout ce que l'on désirait. On devait aussi jeter à terre les restes du repas, car dans les mosaïques des tiiclinia on figurait des os, des épluchures et des débris de toute sorte [asarotos occos, oecus non balayé), ce qui devait être peu propre; aussi les animaux, chiens et chats, })rofîtaient-ils de ce que l'on jetait ainsi. Sur le moiiopodiuin on ne posait guère que des gobelets en verre ou des canthares ainsi que des petites coupes, des assiettes de terre, de verre ou d'argent. Des peintures de fond représentaient des scènes de chasse ou simulaient des détails architectoniques ; un petit autel était quelquefois placé devant le trUliniuin d'été; là le maître de la maison offrait aux dieux du foyer les prémices du repas.
Triclinium d'été de la maison de Salluste.
LA MAISON GRÉCO-ROMAINE
Parmi les habitations qui possédaient des triclinia d'été nous pouvons citer celles dcIU Ancora, (IcUc Nozzc d'Ari^ciito et de Salliistc. \ous voyons aussi, dans une partie de Pompéi que l'on visite rarement (Région I), deux lits de maçonnerie
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Tricliuium dV'té. (Rt'gi„n IX. Insula V.) Rue de Xola.
qui, occupant une encoignure, forment ainsi
un htchnium, spécimen que je crois unique
dans la ville.
II nous reste à voir la cuisine munie de
larges fourneaux construits en Lriques, et sur lesquels prenaient place des trépieds de fer munis de leur marmite {cacabus) et de grils que l'on a laissés en place, comme dans la curieuse
Monopodiiini en marbre.
Biclinium. (Région I. Insula I.)
maison des Vettii. Quelquefois un autel à Fornax décore une paroi; nous en trouvons un très bien conservé, découvert en 1898, entouré de
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serpents jaunes peints sur un fond cramoisi ; le fourneau est de même
' , modèle que celui des ^ ettii, comme
li-^'r bien d'autres du reste. Il semble
que les Pompéiens ne mirent guère de luxe dans leurs cuisines, elles durent être malpropres, si l'on en juge par les cuisines modernes des pays voisins, qui, pour l'aménag-ement, ressemblent aux cuisines antiques, car en bien des
Niche à chien située près d'un atrium. (Région IX. Insuhi V.)
choses, dans l'Italie méridionale, les habitudes n'ont guère changé.
Pour les latrines, c'est la môme chose ; elles étaient placées près de la cuisine, par laquelle il fallait passer pour y aller ; elles sont très exiguës et durent être d'une obscurité complète et l'air n'y arrivait souvent
La cuisine des Vettii.
que par la cuisine. Le siège était composé de deux petits massifs de maçonnerie sur lesquels était placée une plaquo de marbre ou une planche à lunette (plusieurs de ces cabinets ont été reconstitués à Pompéi). Sur le devant du siège le sol est '^ """^^ dallé et incliné vers un petit orifice
par où s'écoulaient les liquides ; ce système primitif existe encore en
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Italie (i). A Pompéi nous voyons aussi, dans une maison, une niche
Brasier en bronze que l'on jjlaçait dans les bains. (Musée de Naples.)
creusée dans le mur d'un couloir où dans le bas est placée une cuvette
Robinet en bronze.
Brasier en bronze.
(Musée de Naples.)
de tuf sans fond; servit-elle d'urinoir ou de vomitoriumP Ce fut peut-être l'un et l'autre.
(i) Les chambres n'étaient pas toujours munies des objets les plus indispensables : témoin ce distique trouvé à Pompéi :
Maximiis, in lecto, faleoi', pcccaci/iiiis, /lospes; Si dices qiiare : niilla metella fuit.
« J'ai sali le Ht; je l'avoue, j'ai eu tort, ô mon hôte; si tu demandes pourquoi? Il n'y avait pas de pot de chambre(i) ! » Quant à l'oison dumeté de Rabelais, l'éponge eu tenait lieu, aussi le mot spon^id fut-il employé dans un sens équivoque. (i) Thomas [Borne et l'Empire),
Quelques maisons importantes possédaient des bains particuliers, entre autres les maisons dellc Nozzc (VJrgcnto, (Ici Ccntciutrio, dvl Laherinto. et de Blandus. Ceux de la maison del Ccntcuario ont encore conservé leur apodyteiiuju, ainsi que \cfrigidariuin découvert, muni de sa piscine où l'on
Bains do la Casa délie Nozzc d'Argento.
montait par quelques degrés; le tcpidarium et le ca Id a riu m iwaieni leurs murs construits de briques creuses. Quant aux bains de la maison dclle Nozzc d' Argcnto, ils offrent un certain pittoresque; dans un jardin est creusée la piscine qu'alimentait une fontaine de marbre; Wipodytcrium^ où l'on pouvait aussi fiiire la sieste, est décoré de peintures et communique directement à la piscine par une petite porte. Du côté opposé, une autre porte mettait en communication le jardin avec le caldariuin en forme de cul-de-four muni d'une fenêtre que l'on aperçoit de la piscine. Ce petit coin de Pompéi a une allure orientale, surtout quand le soleil projetant de grandes ombres bleutées, fait cbanter les lumières des murs jaunes.
Avec les bains, dans quelques maisons, nous touchons au venereum ;
LA MAISON GRÉCO-ROMAINE Sig
nous en avons un exemple dans eette maison dcl Ccntcnario dont le propriétaire, outre (le grandes pièces et un double atrium^ avait un petit ap[)artcment privé dont les bains faisaient partie ; il se com})osait d'un tricUnluni fort coquet orné de peintures, ainsi que d'un prococton aux parois décorées de danseuses nues, donnant accès à une pièce destinée aux plaisirs de Vénus, le vciicrcnin. Deux peintures obscènes meublent deux panneaux, et sur celui du fond nous voyons Hercule ivre terrassé par l'Amoar. Une petite ouverture pratiquée dans le mur qui sépare cette pièce du prococton (antichambre) se trouve placée un [)cu plus haut que le visage : c'était probablement par cette lucarne que Ton passait les aliments et les boissons stimulantes. Enfin une porte dérobée, le postici/ni, desservait au besoin ce petit appartement par la ruelle voisine.
Un autre i'c/wrc///)/, orné aussi d'images erotiques, existe dans une maison toute proche, ainsi que dans une habitation située j'uc des TJicàtrcs et dans les maisons de Salluste et des\ettii. De même, dans la viro di Eiimachia, il y a une chambre oîi se trouvait une peinture (maintenant au musée deNaples), qui représente deux figures au-dessous desquelles se lit cette inscription connue : Lente itnpcUe.
LES MAISONS MODESTES. — LE SOLARIUM. — LES ESCALIERS LE COENACULUM. — LES CELLIERS
A côté de ces maisons de Pompéi où le luxe le disputait à l'espace, beaucoup d'habitations ne possédaient même pas d\(tr(iini ni de pcristy- Itiiin; le tahliiium aussi mancpie quelquefois (maison de Siricus, côté de la sti'dda Stdhiana). Ainsi dans cette rue (Rég. IX, II, 5) dans une petite habitation où l'on pénètre i)ar la boutique qui prenait toute la façade, nous voyons un tdhluiimi faire suite au magasin, ainsi qu'un trivlinluni ouvert d'une large baie donnant sur une courette où l'on cultivait quelques fleurs; deux chambres y prenaient l'air et la lumière. Dans le fond un petit escalier conduisait aux chambres du premier étage dont les fenêtres étaient toujours tournées vers la petite cour.
D'autres maisons n'ont qu'un atrium tronqué ; telles sont celles dont nous donnons les plans. Dans la figure A, la cuisine et les latrines sont situées à côté du prothyruin qui conduit à Vafriiim, et Vinipluviuni est placé contre un mur ; de chaque côté se trouve un escalier qui dessert les chambres supérieures [cociiavula). En face de Viinptavium il y a le tabli- /lu/ii, puis un tnclummi et deux chambres ainsi cpiune petite pièce où l'escalier forme en dessous une grande niche voûtée.
Dans la figure lî, le plan indique une boutique sur la rue, et la cuisine est située au fond de l'habitation. Cette boutique communique à un petit atrium dont le toit était à triple pente, supporté par deux colonnes et deux demi-colonnes adossées au mur qui bornait un côté de V//)ij)/uviu/n; puis une chambre de rez-de-chaussée et plusieurs autres pièces au premier étage.
LA MAISON GRÉCO-ROMAINE
Impfuy^rn
Cha.,r,hr
Taiihnum
Cuisine