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LA CIVIÏA, LES FOUILLES MODERNES ET CONTEMPORAINES

T)o.MPÉi avait donc disparu du souvenir des vivants ; à peine quelques -■- rares érudits citaient-ils son nom ; mais, dans le pays, les ha])itants nommaient cività remplacement qu'occupait l'antique cité.

Il serait difficile de dire ce qui pouvait l)ien rester des parties de Pompéi qui émergeaient de la couche de cendres. J^a destruction a dû être moins complète qu'on ne le snp[)ose ; les lapilli cpii cond)]èrent la ville étayèrent naturellement les murs et C(^nsolidèrent leur base, le faîte de plusieurs édifices dut s'élever encore longtemps au-dessus de la nouvelle campagne. En effet, au commencement du xvi'' siècle, Sannazar dit quelque part que l'on pouvait encore distinguer les tours, les maisons et les temples presque intacts. On serait tenté de taxer d'exagération ce conteur de la Renaissance; cependant, tout en laissant une grande part à son imagination, il est hors de doute que le sommet des théâtres, des arcs, des tours et de l'amphithéâtre devait s'élever de plusieurs assises au-dessus du niveau actuel du terrain.

L'indifférence qu'inspira longtemps l'archéologie fit qiie ces vestiges, cependant visibles, passèrent inaperçus quand, en i")()m, l'architecte Fontana ayant fait creuser un aqueduc pour conduire l'eau du Sarnus à Torre Annunziata, dut traverser dans sa plus grande largeur toute la ville de Pompéi, depuis l'amphithéâtre jusqu'au temple d'Apollon ; il démolit et perça de nombreuses murailles et découvrit même une inscription où se trouvait le nom de Venus pontpcidiia ; mais toutes les tranchées furent comblées et on ne se soucia pas de poursuivre des investigations qui

senil)Iaic'iit inutiles. Lu siècle s'écoula encore, et, en i()<j 3, Joseph Alacrini s'occupa un j)eu de la c/vità, mais après quelques tronvailles il laissa les choses au niC'nie point; puis, en i'j]8, des paysans, creusant nn fossé, sentirent résister le sol sous leurs coups. Ils mirent à jour des objets de tonte sorte et de belles statues, entre autres un trépied et un Priape de bronze.

Encouragé par les fouilles qui avaient été commencées à Herculanum en 171 1, le roi Charles III continua en 1788 les travaux interrompus à Résina et décida en outre de commencer les fouilles dans la riv/tà. Lu journal intitulé C(n'(t, de ht cività, rédigé en langue espagnole, mit le public au courant des événements, mais on croyait avoir affaire à Stabies. On ne fouillait pas jiour déblayer, mais pour trouver des œuvres d'art, orner les

Sceaux on bronze. (Musrc de Xaplcs.)

palais et enrichir les collections d'antiquités dont les grands seigneurs étaient si friands. Aussi on peut juger avec quel désordre les recherches furent conduites ; les maisons éventrées étaient de nouveau enterrées, non sans avoir été très détériorées ; les murs furent abattus pour obtenir quelques peintures curieuses ou ne résistèrent pas aux efforts des terrassiers qui, à cette époque, étaient des forçats. En ijSj, la riche maison JuUaFclix (i) fut dépouillée de ses œuvres d'art, puis recouverte après avoir subi bien des assauts. En 1768, on découvrit une inscription tracée sur un piédestal de travertin où il était dit que T. -S. Climens avait restitué au miinici])e des Pompéiens les terrains envahis par les particuliers. Cette inscription, i-approchée de celles ([ue l'on avait déjà trouvées, fit conclure

(1) En général, les noms que l'on donne aux maisons di'couveites proviennent des sceaux que l'on y trouve, des œuvres d'art f[nl les décorent, ou prennent le nom des personnages qui visitent [-"onipéi. •

que la ville morto f[uc Ton violait était Ponipéi. Puis, en ij^ii, paraît un journal italien relatant les découvertes nouvelles. Les choses continuaient toujours de même, quand l'idée si sinqile de mettre un peu d'ordre dans les travaux surgit tout à coup à la pensée qu'une ville entière était enfouie sous terre. Le général Championnot, f[ui occupa Naples en 1799, s'intéressa à Pompéi et deux maisons portent son nom. En 18 f -2 et 181'), !a reine Caro-

Fouilles modorncs.

line continua les déblaiements et les encouragea de sa présence. C'est à ce moment que l'architecte français ^Mazois, épris de Pompéi, collabora à la résurrection de la cité, nota, dessina, mesura tout ce r(ui était découvert et fît paraître en France, en iSaa, sous les auspices du gouvernement royal, son magnifique ouvrage avec planches qui fait autorité encore aujourd'hui. ]\h\is les travaux, quoique mieux conduits, n'étaient pas suivis méthodiquement ; ainsi, quand une maison semblait devoir ne rien donner de nouveau, on l'abandonnait pour en fouiller une autre, au hasard des proba-

inuui ;i|||||l|

bilités. Ce n'est qu'en i8()() que M. Fiorelli, directeur des fouilles, consacra plusieurs années à déblayer ce qui avait déjà été fouillé et abandonné. II rendit Pompéi plus accessible aux visiteurs, qui purent jouir de la perspective des rues, en circulant librement comme les Pompéiens le faisaient dans leur aimable ville. Les poutres anciennes furent remplacées par des neuves, et maintenant l'berbe est retirée périodiquement

avec soin de l'interstice du dallage des rues par une ''; i-'^ia^lf"., équipe spéciale de faii fy J'.ÔT' néants, afin de ne pas laisser Pompéi se couvrir de mousse et d'avoir l'illusion d'une ville dont l'édilité parait orgueilleuse du bon renom de la cité. Un tourniquet fut mis à l'entrée des ruines et la recette sert en partie à poursuivre les travaux qui peuvent durer encore de longues années. Un tiers au moins de la ville reste encore à mettre au jour.

Quoique les dernières fouilles qui se poursuivent toujours aient été des plus fructueuses (découverte de la maison des Vettii et du temple de Vénus), elles ne peuvent apporter rien de bien nouveau et n'ajouteront que peu de chose à ce que l'on sait déjà. Seulement nos contemporains auront encore le captivant spectacle qu'offrent les travaux des fouilles aux ruines de Pompéi. Quel curieux attrait de voir délivrer de terre les vestiges de cette vie antique, de les toucher, de les caresser du regard, d'en savourer les formes délicates et de saisir sur le vif cette civilisation raffinée qu'on ne peut goûter que dans son milieu !

Au cours des fouilles de la maison des ^ ettii, on déblayait Witriuin, près du protliyniw on venait de découvrir le coffre-fort — bien abimé il est vrai — le corps du meuble ffui était en bois, tombait en poussière; seules

Entrée des ruines.

LA DKSTllUCTION DR POMPKl l-T LES FOUILLKS 3i

les ferrures et des onieinents de cuivre gisaient pèle-mèle avec de petites pierres ponces amalgamées aux métaux, donnant les j)lus jolies

teintes vertes et rouges ; on nettoie

la place dans Tespoir d'y trouver ([iielque trésor... la caisse était vide, les Pompéiens avaient tout emporté, il ne restait même pas un sesterce ! 11 y a peu d'années, tous les objets de valeur et les peintures les plus intéressantes étaient extraites de Pompéi et prenaient place au musée de Naples. Cette opération, faite toujours au détriment des maisons, permit du moins de conserver un grand nombre de

Les ouvriers des louilles.

décorations. Nous sommes heureux de pouvoir les admirer à Naples; mais quelle séduction incomparable de les voir dans leur propre cadre, comme les avaient laissées les Pompéiens! Maintenant on remet des toits aux chandjres enrichies de quelques jolies compositions, pour

Les fouilles nioderues.

les préserver de la pluie et du soleil ; quelques peintures même sont recouvertes de verre ; les meubles de marbre et les statuettes de bronze sont laissés en place, et, en entrant dans certaines demeures, on serait tenté de chercher le maître de la maison. Pansa ou Vettins, et de s'excuser d'entrer ainsi sans se faire annoncer.

Plus on connaît Pom[)éi, plus on s'y attache : on y est comme chez soi, on se familiarise si vite avec ces maisons, ces ruelles fraîches, ces mille recoins intimes (jue beaucoup ignorent et que les voyageurs ordinaires ne connaîtront jamais ; ceux-ci n'auront toujours de Pompéi qu'une vision superficielle, parfois intéressante, parfois pénible et triste ; l'attrait véritable de Pompéi, pour eux, restera obscur. Pour combien de personnes le voyage n'est (pi'uii (lé])laceinenl !

Pompéi, il est vrai, ne possède pas de palais somptueux dignes des Césars, des monuments grandioses à l'égal de Home, mais là est le véritable charme ; la vie naturelle des anciens se découvre à vos yeux sans fard, vous vivez })resque de celte même vie, vous vous identifiez à ces Pompéiens dont vt)us voyez les bustes et les })ortraits, vous aimez ces minois coquets des Pompéiennes ([ui onu'ut les murs, vous comprenez, vous excusez leurs défauts, vous aimez leur art élégant, frivole même; vous devenez quelque peu païen, juste assez pour goûter en esjirit cette captivante civilisation. Vous [)énétrez alors dans l'àme de la ville, et des jouissances exquises vous sont réservées. On se convainc alors ((ue les anciens, épris des belles choses, portaient l'amour du beau juscju'à en pratiquer le culte, que l'art embellissait la vie et ipie le <^cnvc jfoni/i/'cr ne date que du wif siècle.

l.E TRACÉ DLXK VILLH ANTIQUE. — LES PORTES DE LA VILLE. LES MURAILLES ET LES TOURS. — EXCURSION AUTOUR DE POMPÉl

VVAXT deutrcr plus iiitinienicnt daii.s le sujet, il ucst pas inutile de se rendre compte coninient a été conçu le plan de Ponipéi (i). JNous voyons avec M. Boissier, qui nous i^-uidera souvent de son aimaJjle et sûre érudition, qu'avant de fonder une ville, les premiers habitants de ces contrées, avaient d'abord tracé le mur d'enceinte, puis ils tirèrent deux lignes perpendiculaires, l'une allant du nord au sud appelée Cardo, et l'autre du levant au couchant, appelée Decumanus, ([ui devenaient le tracé de deux grandes voies principales sur lesquelles venaient se grefîer d'antres artères. Chaque îlot entouré de rues (insitlac) se divisait selon les besoins en plusieurs habitations.

Deux dessins que nous donnons reproduisent une partie du plan en relief de Pompéi qui se trouve au musée de Naples ; on peut se rendre compte de la disposition des deux théâtres et de la configuration de ]dusieurs insulac situées rue de Mercure. Les principales divisions que les fondateurs do Pompéi avaient données à la ville existent encore, car la distribution générale n'a pas dû changer; les habitants devenant plus nombreux, supprimèrent une partie des jardins cultivés en famille, entourant la maison, et constituant ce que l'on appelait V lidci-cdiuin.

Des neuf régions de Pompéi, trois sont entièrement déblayées, trois autres le sont en partie, les dernières sont encore inconnues. Pour nous

(i) Boissier. ProDicnadcs iiir/iéolo^'i/jncs.

rciulrc compte de réleudue i^i) de la ville et avoir une idée générale de sa

ff^'

ît

Vue des théâtres et des constructions voisines. (D'après le plan en relief du Musée de Naples.)

physionomie, nous eu ferons le tour extérieurement, nous verrons mieux

les murailles, les tours et les portes, et nous jouirons de la vue des beaux sites.

Huit portes au moins donnaient accès dans la ville et correspondaient à autant de voies importantes qui se dirigeaient vers quellues bourgades des emù-

t-.«liilfc}-!f

La rue de Mercure el quelques îlols. (D'après le plan en relief du Musée de Na])les.

rous aux([uellcs elles ont em[)ruiilé leiu's noms. Ce sont les portes de la Clarine,

(i) La ville proprement dite :i la forinc d'un ovale irrégiilicr s'élemlaul de l'est ;i l'ouest et son enceinte lortiliée a y. Goo mètres de circuit.

POMPKI

(le Stables, du Nucérie, du Sarniis, de Nola, de Capoue, du ^ ésuve et d'ilerculaiium.

Seules les portes de la Marine, de Stables, de Nola et d'Herculanum sont entièrement déblayées.

La poilc ik' la Clarine.

La porte de la Clarine où l'on arrive actuellement par un chemin en tranchée, ouvert dans les cendres et ombragé d'accaclas, est ainsi nommée à cause de son voisinage de la mer, et était probablement })lacée sous l'égide de Minerve dont on voyait une statue de terre cuite dans une niche près de l'entrée où brûlait une lampe votive en or. Cette porte n'a qu'un seul portique formant une longue voûte, le terrain, pavé en partie, monte considérablement et ne devait pas être accessible aux chars. La porte se

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