LES COULEURS. — LESQUISSE. — LES FACTURES. — LES PLAGIATS
LKS couleurs employées et retrouvées à Pom[)éi eu ])ou(lre et eu boules sout les suivautes : le blauc crayeux, l'ocre jauue, l'ocre rouge, le ciuabre (conuu daus l'Iude dès la plus baute autif[uité), l'indigo, le bleu égyptien dit vestorir/i (notre cœruleum) ; puis du jaune l)rùlé, une terre violacée, un rose cpii ressemblerait à de la garance, de la terre d'ombre, du vert clair, une teinte neutre, une couleur cbair, du violet et du noir.
JiCS Poni[)éiens avec toutes ces couleurs, dont plusieurs sont le résultat de mélanges, arrivaient à rendre les liarmouies les plus délicates comme les tons les plus cbauds, donnant l'impression de peintures faites avec des jus d'berbes et de feuilles de roses écrasées, rappelant la transparence de l'aquarelle, en contraste avec les tons ambrés les plus roussis des peintures vénitiennes. Toutes les factures s'y rencontrent ; cette constatation a son importance, cela prouve l'existence de peintres individuels maîtres de la conduite de leurs œuvres, ce qui n'aurait pu exister s'ils avaient été copistes serviles. Certes il dût y avoir des eutre[)reneurs de peinture possesseurs de caliiers de modèles où se trouvaient les i)rincipaux motifs d'ornements qu'ils cond^inaient toujours avec la plus grande liberté, car nous ne voyons guère deux décorations absolument semblables, surtout pour rornementation. I;cs mènu'S sujets de figures peuvent être reproduits, mais il y a toujours une varianle.
Plusieurs murs dégradés de Pom])éi laissent voir comment les peintres procédaient, pour la mise en jjlaee des ligures. Ouehpies traits, largement indiqués avec la pointe d'un style, accusaient en creux la silhouette de la
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figure à peindre, puis les ligues, quand elles devaient rester visibles, étaient toujours peintes en rouge, couleur qui s'harmonisait avec les tons de chair, aidant à donner ce ton chaud que possèdent presque toutes les peintures de Pompéi.
Une esquisse antique faite au style, et que j'ai calquée sur un mur où il ne reste que quelques traces de couleurs, est curieuse à signaler. Elle représente Mercure donnant une bourse à Fortuna. Les traits de la reproduction ci-jointe sont tracés en creux sur le mur, et les lignes ponctuées marquent l'extrême limite couverte par la peinture elle-même. Cette façon d'esquisser au style n'était usitée que pour la mise en place des figurines et des danseuses isolées ainsi que pour les sujets qui ne demandaient pas une composition proprement dite.
Le dessin des figures est trop souvent médiocre, mais le trait est expressif, la facture libre à l'excès et d'une habileté surprenante. Cette qualité a été peu comprise ; nous n'avons pour cela qu'à ouvrir les ouvrages les plus riches parus sur Pompéi.
On y sent trop cette préoccupation de retoucher les anciens, de faire mieux qu'eux ; on n'arrive qu'au résultat contraire, on détruit leur brio, leur facture, pour tomber dans une convention banale bien faite pour détourner de l'étude des œuvres de cette époque. Sous ce rapport, la photographie nous rend un grand service en procurant l'exacte reproduction des documents, mais elle a le défaut de /jrcndrc tout indistinctement, confondant les dégradations d'un mur avec le sujet lui-même; aussi est-il souvent nécessaire de copier les œuvres peintes de Pompéi en s'inspirant de la sincérité photographique. Les têtes ne sont pas toujours d'ensemble, les bouches sont peu correctes, les yeux parfois louchent aussi ; mais justement ces défauts, pour nous, ne sont pas si grands et viennent détruire cette erreur, qui heureusement commence à se dissiper, tendant à présenter l'art des anciens comme inspiré de trop nombreuses conventions. Les Pompéiens sont souvent très modernes et ont cette qualité, que la composition chez eux, a toujours une tenue, ils s'inspiraient à bonne école ; c est l'art grec qui jette les derniers rayons dans cette décadence de l'époque romaine dont Pline et Pétrone se plaignaient amèrement. Ils
LES ARTS
avaient raison ; le f^rand art n'était pins représenté comme jadis, trop souvent on ne faisait ({n'interpréter les œuvres réputées. Pétrone (i) attribue cette décadence à l'amour des richesses, lisons plutôt : « Lysippe mourut de faim et Myron ne trouva personne pour accepter son héritage. Pour
Esquisse murale. (Région VI, Insula XIV.)
nous, plongés dans la débauche et l'ivrognerie, nous n'osons pas même nous élever à la connaissance des arts inventés avant nous. Superbes détracteurs de Vantiquité, nous ne professons que la science du vice dont nous offrons à la fois l'exemple et le précepte... Cessez donc de vous étonner de la décadence de la peinture, puisque les dieux et les hommes trouvent plus de charmes dans la vue d'un lingot d'or que dans tous les chefs-d'œuvre d'Apelle, de Phidias et de tous ces radoteurs de Grées, comme ils les appellent. »
Les peintres copiaient même les statues et les arrangaient, leur
Pétrone, lxxxviu.
faisant sul)ii' les adaptations les plus diverses. Une preuve suffît.
Le mouvement de V Hcrrnic à la hichc, l)ronze trouvé à Ponipéi, est reproduit plusieurs fois ; nous le voyons dans les peintures représentant Hercule enfant étouffant les serpents, dans un Pent/iéc tué par les Baeehantes et dans le nionoelironie d'Herculanuni : //// Centaure, Eurystliée, Hippodaniie et Thésée. Les jambes du petit Hercule, du Pentliée et de Thésée ont la même pose que celles du bronze; le haut du corps est seul changé, mais le plagiat est manifeste.
Nous voyons aussi un exemple frappant dune interprétation analogue dans le Supplice de DIrcé dont nous donnons une reproduction en couleurs (Pi. VIII) et qui rappelle dans son ensemble le groupe dit du Taureau Farnèse^ que possède le musée de Naples. Ce S3'stème fut surtout adopté dans la dernière époque où l'on devait aussi copier les statues polychromes. Les peintres pouvaient satisfaire les goûts de luxe à bon marché en habiles contrefacteurs des œuvres de Zeuxis, d'Apelle et de Timanthe.
Si les peintres romains méritèrent les anathèmes de Pétrone, au point de vue du grand art, il ne faut pas méconnaître cpie bien des petits sujets trouvés à Pompéi, à Herculanum et à Stables offrent un réel intérêt par l'originalité de leur composition et la délicatesse des physionomies ; il est des peintures qui ont encore conservé un reflet du style ancien et tl'autres sujets où la grâce et la nature Insplrèrentles obscurs artistes de laCampanie dont plusieurs étalent certainement grecs : ainsi Alexandre d'Athènes et Dioscoride de Samos qui ont laissé de leurs œuvres à Herculanum et à Pompéi. Nous allons les examiner, et nous trouverons à côté des compositions mythologiques classiques, de charmants tableaux constituant la peinture originale gréco-romaine où l'esprit alexandrin apporte son charme toujours jeune.