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LIBERTE ET LICENCE DE LA PEINTURE — LES GR.VNDES COMPOSITIONS

LES MONOCHROMES

Jusqu'ici les sujets cpie nous venons de voir semblent inspirés des meilleures époques, on peut y percevoir ce sentiment d'art que dut avoir Zeuxis qui rendit le jeu de l'ombre et de la lumière tout en conservant le style, ennemi de la trop grande réalité.

A cette hypothèse vraisemblable en succédera une autre où l'on peut voir Parrhasios venir donner à ses œuvres une grande liberté de facture, faisant fuir les ombres et saillir les lumières. Il fut le maître de cette école dont les peintures de Pompéi dérivent presque toutes. Les sujets que l'histoire cite comme en ayant été exécutés par ce peintre, n'ont pu être traitées qu'avec un réalisme absolu; ainsi furent peintes \ Arcldgallus et \ Atalaiite et Mcicagrc, que Tibère plaça dans sa chambre. Parrhasios contribua pour une bonne part dans l'usage des peintures erotiques qui, ne représentant pas de symboles, ne furent plus qu'obscènes. C'est contre ces œuvres que Properce s'élève (i) : « II est bien coupable, dit-il, celui dont la main peignit la première des tableaux licencieux et déshonora par de honteuses images la chasteté de nos demeures ! Il corrompit lianocence en flattant ses yeux et ne voulut point la laisser étrangère à ses propres infamies. »

Un autre tableau de Parrhasios existait en Italie, acheté ou pris aux Grecs, ainsi qu'un Thésée; les temples et les palais s'ornèrent d'œuvres des maîtres grec ; VHéléna et le Marsjas de Zeuxis, les Bœufs de Pausias, les

(l)IVop., II, IV.

LES ARTS

(ItMix Alexandre do Nicias et d'Apclle, le J/éros do Timaiillie, Vlalysos de Protogcnc, la Bataillv (CI.ssus de llelena, le Dionysos dW-Irtantcnès d'Aristide, la Mcdcc de Timoniachus et un Jian/ius et un Ilippoijlc d'Antiphilos. Toutes ces œuvres étaient assez réputées pour cpie les artistes pompéiens s'inspirassent de ces maîtres dont les tableaux étaient à leur portée ; c'est

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Orpla-o. (Poinlurc de la Casa di Oifeo.)

pourquoi les peintures de Pompéi sont bien le reflet de la peinture greccpie, môme dans la dernière époque où les mêmes sujets servirent de thème aux peintres de la Campanie.

Il existe de grandes compositions où les figures sont plus grandes que nature; c'est la décoration meublante, souvent de grande allure, mais quelquefois bien compacte dans la composition. Ainsi sont parfois les grandes peintures d'Herculanuni.

l'OMPEl

Nous retrouvons plus de nol)lcsse dans \ Orphée jouant de la lyre ; il charme les animaux et les plus sauvages viennent à lui ; Apollon l'inspire. Cette peinture, de proportions plus grandes que nature, a été, dans les premiers temps du christianisme, reproduite avec quelque variante, et Orphée devint le Bon-Pasteur. Un autre sujet, de même dimension. Adonis

Adonis blessé, soigin' \tAY Vénus et les amours. (Peiulure de la Casa di Adonc

hlcssc^ lujus montre un bel éphèbe langoureux, d'un joli dessin, et d'une pose agréable ; il s'appuie contre Vénus et est soigné par les Amours.

A côté des peintures aux chatoyantes couleurs, les fouilles de la Campanie ont apporté aussi quelques spécimens curieux connus sous le nom de inoiiochroDics^ (pii étaient en somme les dessins originaux d'artistes de valeur ; Zeuxis fut l'auteur d'œuvres de ce genre. Pompéi nous a conservé, bien dégradé, un dessin sur marbre, dont nous donnons la reproduction. Il fut en partie exécuté au pinceau, mais on y voit l'emploi d'une sorte de

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crayon rappelant la sanguine ; les anciens du reste, ne se servaient pas que de pinceaux pour dessiner, témoin ce fait passé à la cour de Ptolémée, où Apelle, avec un morceau de charbon, cscpiissa sur le mur le portrait du roi (i).

Le monochrome de Ponipéi représente Niobé et ses enfants ; la délica-

Niobé et ses enfants. (Monochrome du Musée de Xaples.)

tesse du dessin des mains, les lignes harmonieuses des bras et l'expression des tètes en font un document précieux, au même titre que ceux d'Herculanum dont le plus connu représente des Joueuses (V osselets et qui est signé en grec : Alexandre (V Athènes faisait. Au-dessus de chaque figure sont inscrits les noms en grec : Hilearia, Aglaia, Niobé, Latone et Phœbé. La grâce des bras onduleux ont une saveur bien féminine et les attitudes des figures le désignent comme le plus charmant de tons.

(i) Pline, xxxxv.

Les joueuses d'osselets. (Monochrome d'IIcrculanum. Musée de Naples.)

Arrivons maintenant au genre mouvementé quelque peu théiÀtral, V Achille rccojiiiu par Ulysse, sujet auquel se complaisaient les Pompéiens et qui se trouve aussi reproduit en mosaïque.

Tout en possédant les personnages accessoires comme Lycomède et Deidamie, la composition peinte n'est pas complète et seml^le un tableau tronqué. En effet, dans la mosaïque nous voyons Ulysse être le personnage central, son mouvement est le même ainsi

que celui d'Achille, Deidamie, sa secrète épouse, paraît terrifiée du choix fait par Achille, équivalant à un abandon, La simplicité de la composition et l'ancienneté de cette mosaïque nous reporteraient plus près de l'original de Polygnote exécuté au v* siècle à la pinacothèque de l'acropole d'Athènes. (Le même sujet, mais rappelant davantage la mosaïque, se trouve dans la maison n° 2 de la région IX, insula V.)

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Achille à Syi'os reconnu par Ulysse. (Mosaïque de la Casn cli ApoUo.)

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Puis nous voyons encore Penthée tué par les Bacchantes, Hercule ctoulfant les serpents, \e Supplice de Dira', etc., tous sujets reproduits avec un goût de l'emphase et où le principal attrait maintenant se trouvera dans

Achille à Syros roconuu par Ulysse. (Poinlnpe ilu Musée de Naples.)

les belles formes des jeunes gens et surtout dans les jolis corps nus des femmes, posés dans les attitudes les plus favorables à leur particulière beauté. Aussi les sujets mythologiques prennent-ils cette tournure idyllique et légère qui ne les quittera plus.

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