‹ Pompeia decrite et dessineeChapitre 3 sur 61 · I.NTRnDüCTION IIISTORIOUE · texte numérisé non relu

I.NTRnDüCTION IIISTORIOUE

ciiiiso iMir 1» coiiibiistion des char|)eiiles el le poids des pieiTcs el cendres aceumulées sur les toits, el plus tard, par suite de l’intempérie des saisons, et du peu de solidité de la construction. t1n a trouvé des indices qui portent à croire qii’apri's la destruction de lu ville, quelques liabitants revinrent fouiller leur demeures pour retirer leurs effets les plus précieux ' ; U fut même question du rœonslruire l»?s villes détruites, car n<His lisons dans Suétone’ : «Le n'-^çne de Titus fut troublé par des événements aussi tristes qu'imprévus; l’éruption ' du Vésuve dans la Onipanie; il Rome, un incendie qui dura trois joure et trois nuits , une peste dont les ravages furent effroyables. Il montra dans ces malheurs la vigilance d’un prince et toute la tendresse' d’un père , consolant les peuples par st^s lalits, les secourant par ses bienfaits. Des consulaires désignés par le sort fui-enl chargés de répaivr les désastres de la C.amjMnie. U's biens de ceux qui avaient piiri dans l’éruption du Vi'snve sans laisser d’héritiers furent employés à la reconstruction des villes détruites. • Quoi qu’il en soit, ce projet de reconstruction n’eut pas de suite , soit à cause de la mort de Titus arrivée moins de deux ans plus tard, soit parce cpie l’on reconnut que la dépense excéderait le bénéfice, el qu’il valait mieux abandonner un territoire voué pour plusieurs siècles il la stérilité.

Quelques auteurs, tels que Ignarra et Laporlc-Diitheil, ont avancé que Poinpi'i n’avait pas dispani dans l’éruption de 79 , et que répan-e , elle avait encore subsisté jusqu’il l'an 17 1, épotpie il laquelle un tremblement de teiTe l’aurait délinitivemcnt engloutie ; ils se fondent sw ce. que Poinpéi se trouve encore sur la carte de Peulinger, exécutée à Constantinople à la Hn du iv' siècle ; mais ils ont oublié une remarque bien importante et qui anéantit compétemeiit leur système ; c’est que jusqu’à ce jour , dans les ruines de Pompi'i , on n’a [las trouvé uiH'. seiib! médaille postérieure au règne de Titus et à l’année 79. Si le nom de Poinpéi existe encore sur la carte de Peiitinger , c’est qu’une partie de scs habitants avait élevé à quelque distance de la ville détruite un bourg qui sans doute en avait pris le nom. Cela est si vrai, que l’on a retrouvé entre Bosco note el Bosco Ire case, au nord de Pominü, et plus près du Vésuve, cette nouvelle Poinpéi, qui gardait aussi des bronzes magnifiques el des statues des meilleurs temps, vieux débris arrachés sans doute à son ancienne splendeur; mais les maisons qui renfermaient ees bi'unzes et ees statues étaient, comme architecture el comme peinture, tellement en désaccord avec ces chefs-d’o'uvre de Ijirt, qu’évidemment plusieurs siècles sé[)araient les uns des autres. ,

Ponipéi n’avait pas été entièrement oubliée dans l'antiquité, car Alexandre Sévèix! y lit faire des fouilles, et en lira une grande quantité de marbre, de colonnes, de statues d’un très-licau travail, qu’il employa dans les constructions

* loy. Maison de I.V Chasse, jur lie la Fertuae. a. It.

’ Titus. VIII,

POMPKI A

nouvelles qu'il faisait iMever à Rome. Vinrent enfin la harliarie et ses ti'nèfires qui recouvrirent Ponipéi mieux que n’nvaieni pu le faire les cendres du Vésuve, et la niallienreiisi' ville fut pour lon;;leinps effacée de, la inéniuire des boiumes.

Nous voyons cepentlant reparaître les noms de Pompiu , d’ilercnlanum et de Slaliie dans des ouvrafjes bien antérieurs à leur découv(‘rt<r. Dés H8K, Nicolù Perotlo en fait mention dans sa C.omuropia; dans la carte d’.Ainhrogio Leone, l.’iia, on trouve marqué nu lieu qu'occupe Poilici Hercuinnrum Oppidum; Le’andro Alberli [ Descri zione di lutta t'Itnlia , l.'iCl), rapiadlc les villes d'Ileriuilanum, de Ponqiéi et de Stable, ensevelies par le Vésuve, indiquant le site oii à cette éptique on croyait qu’elb's avaient existé; dans V/fistoria Keapolitana de fiiiilio ('.esare Capaccio , publia en IGll", on lit un cbapitre consacré aux antiquités d’Herculanum ' ; Caimillo Pellcfîrino ( Apparuto aile antichilà di Coima, Iti.'il ), dit en parlant de la \ille d'ilercnlanuin (pi’on pense qu’elle occupait le site actuel de lu Toire del Gixu'o; le dictionnaire géof!r:ipbique de Raudran , ttiH2 , inenlionne les villes détruites; enfin, en l(iS8, l'rancesco Ralznno publiait l’dii/ico Ermlano orcero ta Torre del (Ireco lolla diill’obbtio, plaçant, il est vrai, lleiculanum dans un lieu tout diffénuit du véritable.

Il est bien dilTicile de comprendre coinment, inentiiauiéc depuis plus de deux siècles par tant d’auteurs dill'érents, Pompéi put rester enfouie {rendant lt)7() ans, quand la cendre rc<-ouvrait i ju'ine le sommet de ses édifices, quand la plus haute muraille du grand théâtre s’élevait au-des,siis du sol , quand les remparts ayant retenu dans leur enceinte toutes les matières que le volcan y avait vomies marquaient distinctement toute l'étendue de .si>s eonstnictions; quand le célèbre architecte Doininiqne Fonlana, chargé, en I.V.fJ, de condiiii-e les eaux du Saruo ii la Torre delt’Aiinunziula , creusait un canal souteirain qui traversait la ville et rencontrait souvent les substruclions de ses édifices; quand enfin le nom de Cirità donné à cet endroit semblait annoncer (pi’il restait eneoro queli|ne souvenir de la ville qui y avait existé.

Il est bien plus étonnant encore de voir llercubunun , engloutie à plus de 90 mètres sous un massif de pierre, se révéler au monde la première; telle fut (vourtant leur destinée.

En Itifii, un Ixntlanger, creusant un puits à Poriici , rencontra quelques ruities romaines; ce puits, rjiii existe encore aujourd'hui, descendait précisément nu milieu du théâtre d'ilerculanuin ! Le ]>rince Eininanuel d’EII>cuf, français de naissance, envoyé à Naples â la tète d’une année im|iérialc, y ayant é|a}iisé la fille du prince de Salsa, fit en 1706 l'acquisition du terrain où se trouvait bpuits, et y bâtit un pabiis. Vers 1713, en élargissant ce puits, il trouva des

* Admiramla Antlguitatum fierevUtnensium a Claris Ilatis descriptn, iUustrata nique ab obtrertatûmibus vindicata t.. t., r. 9.

INTRODUCTION HlSTORigUR. îl

marbres dont il orna ses Icrrassts cl ses escaliers, et trois slalues de fi-mim-s drapées qu'il envoya k Vienne , d’où elles sont passées k Dresde. De nouveaux travaux exécutés par ses onlres amenèrent In découverte d'un temple circulaire, soutenu par W colonnes d’albktix!.

Ilientét le lioiivernenienl nu|H>litain intervint et lU sns|>endre les rouilles, et ce ne Tut que plus de viii);t ans après, vers I7:H), qu’elles rurent reprises |air onlre du roi Cliarles III. L'ne nouvelle entrct; fut pratiquée k Résina, et l’on découvrit successiveraetil le lliéktre, des leinptes, des édifici-s privés, des inscriptions et des médailles (|ui ne laissèrent aucun doute sur l'ideutité de ces ruines avec celles de la mallieiireust^ cité d’Ilerculanuni.

Une anecdote rap|>orléu par Winkelinann ' |>eut donner la mesure de l'esprit qui prt'-sida k ces premiers travaux. « Au-dessus du théâtre, dit l'antiquaire allemand, il y avait un quadrige, c’esl-k-dire un char attelé de quatre chevaux; la figure placée dans le char était de grandeur naturelle; ce monument était de bronze doré, et l'on voit eii(;orc la base de marbre blanc sur la<|iiellc il était assis. Quelques |M‘rsonnes assurent qu’au lieu d'étre un char k (piatru chevaux, il y en avait trois k deux chevaux chacun; variété dans les rapports qui prouve h* [leii d'intelligence et de soin de eimx (|iii ont conduit <!elle

' Li'Urcs sur 1rs tltVouvritcs trilririllalimii , IV*

POMPEIA

fouille. Os ouvrages de sculpture, coniuîe on le croira sans peine, avaient éUi renversés p,ar la lave , écrasés et mutilés ; cependant , (juand on les a découverts, toutes les pièces existaient encore. Mais de quelle façon s’esl-on conduit lorsqu’on a recueilli ces précieux débris? On les mit péle-mèlc sur un chariot qui les transporUt à Naples; on les déchargea dans la cour du ch.'Ueau» où ils furent jcU’s indistinctement dans un coin. Ce métal demeura longtemps dans cet endroit, regardé comme de la vieille feiTûille; ce ne fut que lorstpron SC fut aperçu que plusieurs morceaux manquaient, pour avoir- été dérolx^s, qti’on résolut de mettre en honneur ce qui en restait ; et voici en quoi l’on fit consister cet honneur; on fondit une grande partie du métal j)otir. former en grand les ' deux bustes du roi et de la r« ine! »

Heureusement tout le bronze ne fut pas employé à cette destination , et des

CbcfaI dr bronsp du Ih^àtrf* d’ilérculànmn.

■débris qui restaient on est parvcnii depuis, à force de patience et de talent, è composer un magnifique cheval , qui est aujourd’hui un des morceaux les plus précieux du musée de Naples, où l'on conserve aussi quelques-unes des figures de demi-relief qui ornaient le char lui-niémc.

Ce(H!ndanl, les excavations prolongées à une profondeur de vingt- quatre .mètres, dans un massif très-dur, et sous les villes de Porlici et de Résina, étaient fort difficiles, et entraînaient à des frais considérables; aussi les -travaux marchaient-ils très-ientement. Ku 174H, un laboureur creusant un sillon sur le sol de Civitè, prtîs dti Sarijo, heurta une statue de bronze du soc de sa

INTnODÜCTION IlISTOniOUP-

rliiimic; on se rappela alors que déjà, en 1089, des paysans avaient trrmvé en ce lien quelques débris antiques, un tn’>pied, et un petit priape de bronze; le terrain fut acquis par le g )uverneincnt, et des fouilles furent coniniencéos. FoiUpéi était découverte! liientét ou reconnut qu'à peu de frais on pourrait la dé|aMiiller tout entière de son linceul de cendres, et, de ce moment, Herciilanuni fut presque entièrement abandonné-e. On avait fait aussi quebpies tentatives sur Stabia; mais la cherté des terrains, et le peu d’importance des objets que l’on dé'convrait y firent également renoncer, et toute l’attention du gouvernement se (^ncentrsi sur Poinp<u.

Dans le commencement, on se contentait de déblayer les édifices pour en retirer tout ce qu'ils pouvaient couten’n’, puis on les recouvrait avec le produit des fouilles des édifices voisins. Knfiu , on conçut l’iieureuse idée de rendre la ville au jour en la dégageant des cendres et des scories dont elle est recouverte, et c’est à celte pensée f«-onde que l’on doit de jouir aujoiii'd'liui de tant de monuments qui auparavant ne faisaient que revoir le jour un instant, et disparaissaient aussitôt à tout jamais. Lt's fouilles régulières dirigées par les soins et les conseils éclairés du général Cliampionnet, qui, en 1799, occupa le royaume de Naples au nom de la France , celles qui furent exécutées en IHli et 1813 en présence de la reine Caroline, et depuis par l’ordre du gouvernement na|Militnin, ont eu les plus beiireux résultats. Tous les objets [lortatifs sont di'posi’s à Naples au mus(‘c des Studj, aussi bien que les principales mosaïques et peintures. Parmi ces dernières, celles qii'on ne juge pas dignes d’être détachées de la muraille , sont couvertes de cbAssis vitrés ou de paillassons.

Les différentes couebes qui recouvrent la ville des .Morts, comme l’appelait Waller-Scott, forment une haulem- totale de .’i“ '10 environ, composée de cendres, de lapillo, et d'nn peu de terre végétale, dont l’épaisseur varie de 0" 2i, à 0* tM). Le travail est donc très-facile , le lapillo se remuant à la pelle , et presque sans le secours de la pioche. Aussi nobe impatiente curiosité s'étonne-t-elle de ne pas voir pousser les travaux avec plus d'activité; il nous tardi' d’avoir le mol de binl d’énigmes que les découvertes qui restent à faire doivent plus tanl expliquer; mais peut-être aussi est-il heureux de voir prwéder avec soin an développement des bandelettes qui recouvrent encor' cette eilè momie. Celb’ lenteur même est une garantie pour la conscivation tant des monuments mêmes, que des objets si précieux qui s’y rencontrent à cliacpie pas. D'ailleurs si , tout en déplorant le sort des infortunés Pompt'iens, nous ne pouvons nous défendis' d’une sorte de jouissance secrète en retrouvant, après dix-huit cents ans, une ville que le Vésuve nous a conservée pendant tant de siècles, il y aurait peut-être un égoïsme coupable envers les générations futures à regretter de ne pas contempler aujourd’hui la totalité de la ville. ICn eftl't, à moins d’une nouvelle catastrophe, ce que nous voyons maintenant, ne pouvant plus lîchapper nu sort commun, doit bientôt dispaniiire poiu' toujours; mais si les excavations

îi

POMPKI A.

conlinuont à ^tre faites avec la mfme lenteur, il est réservé a nos descendants d’hériter de ce que nous n'aurons pu leur ravir. Les générations h venir auront même sur nous cet avantage qu’en jouissant du s|)i'ctacle de leurs nouvelles déeouvei’tes, elles pourront rétablir il l'aide de nos travaux ce qui aura disparu , et coiiqxiser ainsi un ensemble complet dont nous sommes privés.

Amour aur un rlittr,

Digitizsd by CoogU

CtRRKFOUK DC FORTl'XATA.

»olr^i* <lti Forum trl4nfiiUir<-.

CIIAI’ITIIK I

ASPECT GÉNÉRAL

I. ne fiuil pas s’altcixlrc, en entrant dans Pompai , A trouver les monuments grandioses qui attestent encore aujourd'hui l'antkpie puissance de Rome; Pompéi n’iMail qu'une ville de province; ses édifices devaient être proportionnés !> son importance j)oliti(|ue. Ce que nous devons y chercher, c’est le goût dans romementalion, riiabileté dans la distribution des plans, et surtout la connaissance de la vie privée des Romains dont nous demanderions en vain l'explication au Colisée et au Panthéon. Cependant, s»don toute a|)parence, lu partie de lu ville ipii s’oiîre

ASPECT GÈNÊn.M..

Les édifices de Pompéi iippnrtieiineiU pour le style A rnrchileeture grecque, mais ce style et surtout Uvs plana ont été modifiés par li« usages romains. Ces constructions sont généralement de petite dimension, mais rien n’est oublié de ce qui peut les rendre utiles et commodes. L'uniformité de leur distribution est elle-même une preuve de leur accord complet avec les mœurs et coutumes de l'époque. Ouant A leur décoration , c’est avec raison que Mazois dit qu’elle est d’un goût tellement uniforme , qu’on serait tenté de croire au premier moment que toute la ville fut oniée par les mêmes artistes, et sous la direction d’un seul homme.

Les marbres y sont l'arcs, et ne se rencontrent guère que dans 1a décoration des temples et des théâtres; les onieineiils des autres édifices consistent principalement en |jeintures murales, en arabes(|ues de stuc et en inosaï(|ues. La profusion de peinture prodiguée jusque dans le plus mince détail d’architecture, Juscpie dans le plus petit réduit des plus humbles habitations particulières, comme dans les plus vastes salles des monuments publics, est le caractère le plus saillant de cette merveilleuse cité. Les panneaux (|iii fonnent les murailles sont toujours revêtus d’une teinte plate noire, rouge, jaune, bleue ou verte, tpii a été appliciuée à fresi/iip, c’est-à-dire sur l’enduit encore frais; les ar.dx’srjues et sujets ont été p<‘iuta après coup sur le fond sec , et jus{|u’à la déc-ouverte de la fabrique de couleurs dite Maison (le l’archiduc de Tosrane, on a cru que le procédé employé par les Pompéiens était l’encaustique ; il est reconnu aujourd’hui que les couleurs étaient fixées au moyen de la résine.

L’usage des pavés en mosaï(iuc était presque aussi général à Pompéi que celui de la peinture dans l’ornementation des édifictss. I,es plus simples de ces mosaî(|ues étaient blanches, et entourées de filets noirs ; beaucoup SC com|)osaient de cubes de marbre blanc et noir formant des labyrinthes ou d’autres motifs plus ou moins élégants encadrés par des grecques ; mais il en était aussi de plus fines, de plus précieuses, qui offraient de grandes compositions coloriées , telles que la bataille de la maison du l'aune, ou de véritables tableaux coimne la .scène dramatitjue qu’a signée Dioscoride de Samos. Nous aurons occasion de signaler d’autres modes de pavage plus communs tels que les galets, l’asphnlte, l’op».? si(jninnm, etc.

POMPÉIA

La construction des édifices était généralement légère, peu solide; les matériaux ordinaires étaient la lave et les écumes du Vésuve, la brique et u?ie pierre calcaire formée de concrétion par les eaux du Sarno, cl contenant des fragments d’arbustes, des roseaux et des herbes pétrifiées. La quantité de bois qui était employée explique renfoncement complet de tous les planchers et de tous les toits ; le fer et le bron/.tî jouaient cependant également un rôle, et on a remarqué que le fer était souvent à l’ompéi appli()ué è des usages au\(|ucls les Itomains consacraient ordinairement le bronze.

Les rues de Ponipéi sont a.ssez étroites ; leur |)lus grande largeur n’excède pas 1", y compris les trottoirs, wanjiiics ' ; beaucoup n’ont pas plus de 4” ; mais il n’était pas nécessaire qu’elles fu.ssimt aussi .s|)acieuscs que les nôtre.s, les chars étant en |)ctit nombre, cl n’ayant pas plus de 1“ 33 de voie, ainsi qu’il est facile de s’en convaincre par l’examen des ornières ass(;z profondes que les roues ont tracées dans le pavé. D’ailleurs, celte disposition était conforme è l’opinion des anciens, car nous lisons dans Tacite à l’occasion des embclli.sscments de Rome : « Il en est cependant (|ui croyeiit l’ancienne manière plus favorable [wur la salubrité, parce (pie ces rues étroites et la hauteur des toits attéiumicnt rinflueiice du soleil ; au lieu que maiiitimant cet espace qui reste à découvert et que ne protège aucune ombre est en butte h toute l’ardeur de l’été. ’ »

L(!S rues de Pompéi .sont généralement régulières cl tirées au cordeau ; elles sont pavées de gi'os blocs de lave de forme polygonale irrégulière , encliAs.sés les uns dans les autres et consolidés par des coins de fer , ’ des cailloux ou des morceaux de marbre ‘ ou de granit introduits dans le.s joints à coups de mas.se. La chaus.sée encaissée entre deux trottoirs souvent très-élevés et munis de bornes, metæ, devait foi-mer un espèce de torrent presejue infranchissable pendant les mois de décembre et de janvier où les pluies tombent

» CliAipu? pmpriéuilv était chargé de la cnnrection rt de reiitretien de ces trolUnrs devant sa propriété; aussi sonUils formés de toute esi»èce de matériaux, tels que la pouziolanc, le ciment, l'optw siVniflum, la brique, ks galets, l'asphalte, et même le marbre et la mosaïque. Celte tlifférence (téQt servir encore aujord’hui à reconnaître les limites des proprit'd^*

« Asx., L. XV, t3.

I Voy. la rue desTomk'aiix.

• Voy. b me de la Mai tue, eutre ia Itasilîque et le temple de Vénus.

ASPECT GÉNÉRAL

dans ce pays avec une si terrible abondance. Pour obvier à cet inconvénient , on avait ménagé de distance en distance des rangées de pierres saillantes entre lesquelles les roues des chars devaient passer, et qui permettaient de traverser les rues ft pied sec.

J.es bornes et les pierres qui forment les bordures des trottoirs sont souvent, et surtout devant les boutiques, percées de trous qui servaient i> attacher les chevaux.

Les principales rues découvertes jusqu’à ce jour sont : la Voie des

Tombeaux ou faubourg Augusio-Félix, qui conduisait d'Hcrculanum h la porte de Pompéi; la rue Consulaire ou homilicnne , (|ui lui fait suite dans la ville, qu’elle traver.se en partie du N. -O. nu .S.-E. ; la rue qui rencontre celle-ci à angle droit , et qui , .sous les trois noms de rue des Thermes , de la Forlune et de Nola , se dirige du S.-O. au N.-E. jusqu’à la porte de Nola ; la rue des Augmials ou du Temple d'Auguste, qui est à peu prés parallèle à la rue des Thermes ; la |•uc des Orfèvres ou de la F onlainc-it Abondance, devant le premier nom à la quantité de bijoux trouvés dans scs Iwutiques , et (|ui, partant à angle droit du côté oriental du Forum, longe l’édilice d’Eumachia ; et la rue du Forum, qui commence à l’angle N. du Forum, à côté du Temple de .Jupiter, et vient, en séparant la rue des Thermes, de celle de la Fortune, changer son nom en celui de rue de Mercure, et aboutir à In muraille septentrionale de la ville. Nous verrons que cette dernière était une des plus commerçantes de l’ompéi. Enfin, du nord au sud .se dirigeait la rue de VOdéon ou du Quadrivia délia Forluna, qui s’étendait de lu porte du Vésuve à celle des Théâtres '.

Du côté du N.-E. on arrivait à Pomjjéi par la voie Popilieime, qui, traversant Nola, s’étendait jusqu’à Reggio; enfin, une troisième voie franchissait le tSarno, et, se partageant aussitôt en deux branches, gagnait Slabin et Nuceria.

Pres<)ue toutes les rues de l*om|)éi nous offrent des fontaines , placées le plus ordinairement à l’angle des carrefours. I.a plupart des

* Ouolqupg rups do PompiH n’ool pas rorn de dimomination officielle; nnus avons cm devoir sur notre plan leur donner dos noms emprunti't: auv ptinripanx édifleos qui s’y tPonvenl, afin de faciliter rinb'liipoucp (In U'zto. 0*8 mt*s sont colles do .Vornijo, dp du Faune, «le Forlunata, «le la

Marine, de la ItasUiqae, iVEumachia et de VFcùle.

:ia

POMPKIA.

Kriiiids édilicps pn rcnrormciit ('gaiement. La ville, .sN-levaiit .‘tiir un inmiticnile v()lcniii(]ue, ne pouvait posst^der do sources iiatur(!lles , ni recevoir les eaux du .Sarnus placé à un niveau beaucoup plus ba,s. Le.s eaux qui alimentaient ses fontaines durent donc, être amenées de loin par quelque aqueduc ; elles étaient distribuée-s dans la ville par des conduites de ma(.M)nnerie , de plomb ou de terre cuite (|uo l’on a retrouvées en maint endroit. La disposition des fontaines publiques est trés-siinple, et presque partout la même ; elles se comjtoseul d'un ba.ssin cubique, caiilliariis , formé do cinq pierres réunies par des crampons de fer. Au centre de la dalle postérieure s’élève une |)etito borne également cubique dont la face présente en relief un ma.searon, un mufle de lion, ou un animal jetant l'eau dans le bassin. Celle que nous donnons pour exemple ( l’Ianehe I ) est située ii l'anglo d'un carrefour formé par tme des brancln^s de la voie Consulaire, et une autre rue, celle de Sarcissr, tirée au cordeau et se prolongeant jus- (pi’aux remparts ; elle s’élt'-ve en avant de la l)outi(|ue de l’ortunata (IM. 12) que nous aurons occasion de décrire, et lait face à l'un des eôb's de, la voie üomitienne. Le bas-relief grossièrement scidpté représente un aigle enlevant dans ses serres un quadrupède qui paraît-étre un lièvre.

La vignette qui se trouve en tête de ce chapitre présente une autre de ces fontaines placée h l’angle du Propylée du l’orum triangidaire (PL P). Dans lu figure qui la décore, les uns croient voir une tète de Faune, les autres simplement un mas(iue tragique. Les eaux pluviales, et celles qui provenaient du trop-plein des fontaines étaient coiHluitcs hors de la ville par des égouts pratiqués sous les trottoirs. La vignette placée à la fii> de ce chapitre offre les emltouchures d’un dos principaux égouts de Pompéi. I.es eaux de plusieurs rues se dirigeant vers ce point , on leur avait ouvert deux pa.ssages communiquant à un a(|ueduc qui, apn'^s avoir traversé les remparts de la ville, laissait tomber du haut de ces murailles les eaux qui allaient se perdre, è la mer du côté du port.

Les murailles qui bordtmt les nies do Pompéi méritent d’attirer l’attention du voyageur ; sans parler dos innombrables inscriptions peintes ou gravées ti la pointe, des enseignes et d((s caricatures qui y sont trac('(!s, et (pii seront (h'-crites dans le cours de cet ouvrage, on

ASPECT GÉNÉRAL

y trouve l'explication d’un mot mentionne souvent dans les auteur» anciens , et dont cependant , ju.stiu’à la découverte de Pompéi , la signification n’avait pas été parfaitement compri.se; je veux parler du mot Album. Nous savons maintenant qu’on appelait ainsi un panneau de muraille blanchi sur lequel an peignait les actes publics ou les annonces particulières. Pompéi a pré.senté plusieurs exemples de ces Album, mais il en est un qui, eu égard à une semblable de.stination, e.st vraiment monumental. L’extérieur du mur d’enceinte du collège des ouvriers en laine ou édifice d’Eumachia (PI. K.) présente sur la rue des Orfèvres ou de la Fontaine-d’ Abondance , vingt-trois compartiincnt,s ( PI. 1 ) décorés de pilastres, et surmontés de frontons alternativement ronds et triangulaires mais la plupart aujourd’hui détruits '. Les panneaux sont pcinLs en blanc, et couverts d’inscriptions rouges ou noires; il y en a môme de tracées en blanc sur le fond noir du soubassement. Malheureusement ces in.scriptions .sont aujourd’hui presque toutes illisibles ; mais Mazois a encore pu en dcchilTrer quatre qu’il a publiée.», la’s deux premières dont nous parlerons ii l'occasion de l’Amphithéâtre, sont des annonces de combats d<! gladiateurs ; les deux autres sont des invocations adressées aux Ediles par la coqioration des orfèvres aux(|ucls, comme je l’ai dit plus haut, celte me paraît avoir été spécialement alTectés^, et par un maître d’école; elles sont ainsi conçues :

c. cvsPivM PANSAM .*;n.

AVRIFICF.S VNtVERSI ROG.

Tous 1(% orfèvres invoquent Calus Cus|tiu.‘î Pansu, édite . ,

SABINVM. ET. RVFVM. AED. R. P.

VAI.ENTINVS CVM DISCENTES SVOS ROG.

Valentiiim et ses élèves invoquent Siibinus et Rufus, édiles.

Il avait certes raison d’invoquer la protection des Ediles ce maître d’école c(ui commettait le grossier solécisme d’écrire cum dismiles suns pour cum ilisrmiilms .lui.i. Les autres Album trouvés .è Pompéi ne

* V. \^ Iptlrr en tète de cednpitnv

POMPKIA.

sont que de simples murailles blanches, et dénuées de tout ornement. Nous verrons que celles de la porte d’Herculanum avaient été ellesmêmes employées à cet usage.

Après ce premier coup d’œil jeté sur l’ensemble de Pompéi, nous ' allons examiner en détail ses divers^ monuments, commençant notre revue par les édifices sacrés que l’on a déjà découverts en grand nombre et qui, s’ils ne peuvent se comparer aux grands temples de. l’antiquité qui sont parvenus jusqu’à nous, ne sont peut-être pas moins • précieux pour l’histoire, n’ayant point été défigurés par des restaurations, ni détournés de leur destination première.

K|:oul.

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