‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 11 sur 64 · ET AUTRES MONUMENTS FUNERAIRES · texte numérisé non relu

ET AUTRES MONUMENTS FUNERAIRES

l était naturel que, maîtres d'un immense territoire et de richesses p]us grandes encore, les Romains s'efforçassent de surpasser tous les autres peuples par la magnificence de leurs tombeaux ; aussi élevèrent-ils dans tout leur empire les plus splendides mausolées. Si nous ne pouvons admirer à Pompéi des monuments funéraires comparables, par leur Tombeau de Diomède. rancleur, par leur luxe, au mau-

solée d'Adrien ou à la pyramide de Cestius, nous y voyons une réunion

complète de tombeaux de toutes formes, et nous y trouvons surtout la constatation formelle d'un usage mentionné par tous les auteurs anciens et confirmé chaque jour par de nouveaux exemples; nous voulons parler de la coutume de placer les tombeaux sur le bord des voies, aux approches des villes, sans doute pour réveiller sans cesse dans l'esprit du voyageur l'idée de la fragilité de la vie ' ; peut-être aussi l' amour-propre ne fut-il pas toujours étranger à cette coutume. Si tel pouvait être le mobile de l'orgueilleux parvenu Trimalcion 2, tel n'était pas le désir de Properce qui, jaloux de reposer tranquille dans sa dernière demeure, s'écriait :

Non juvat in mediâ nomen habere via.

Nous voyons, il est vrai, près de Baïes, la longue suite de sépultures appelée le Mercqto dcl SaJ)balo ; à la porte de Pouzzol, la Via Campana est bordée de tombeaux , ainsi que la voie Appienne près de Mola di Gaeta, l'antique Formies; qu'on entre à Rome par les voies Flaminienne, Tiburtine ou Labicane , les premiers monuments qu'on rencontre sont les mausolées de Néron, de la famille Plautia ou du boulanger Eurysace; qu'on arrive par la voie Appienne, on traverse pendant dix milles la longue file de tombeaux ruinés, mise à découvert par les fouilles récentes; mais à Poinpéi ce ne sont plus des constructions isolées, ou une succession de monuments informes ; c'est une voie garnie tout entière et de chaque côté, sur une longueur de près de 250m, de sépulcres et de monuments ayant tous une destination funéraire, la plupart d'une parfaite conservation; c'est enfin la fameuse voie des Tombeaux qui commence à la porte même de la ville et se dirige sur Herculanum. Peutêtre, lorsque les autres voies qui aboutissent à Pompéi seront dégagées, les trouvera-t-on également bordées de monuments funéraires dont quelques-uns pourront présenter, soit dans leur disposition, soit dans leur architecture, quelque particularité nouvelle.

La rue des Tombeaux, déblayée de 1763 à 1770, et de 1811 à 181/i, traversait le faubourg Augusto-Félix, fondé, ainsi que je l'ai dit, par Sylla et Auguste. Là des familles entières reposaient réunies comme au'

1 La loi des Douze Tables défendit d'enterrer ou de brûler aucun cadavre dans les villes. Cette disposition, bien qu'elle ait souvent été enfreinte, a pu contribuer à perpétuer en Italie un usage depuis longtemps adopté par la Grèce.

2 Pétrone. Satyricon.

sein de leurs foyers; là dormaient pour l'éternité le père de famille, la matrone, leurs enfants, et autour d'eux leurs affranchis; là enfin, dans les derniers jours de février, se célébraient les Ferales, ces fêtes lugubres destinées à honorer la mémoire de ceux qui avaient été; mais familiarisés dès l'enfance avec ce tableau funèbre, les Pompéiens avaient fait de leur nécropole le but de leurs promenades, et c'était aux tombeaux, aux cyprès funéraires qu'ils demandaient l'ombre et la fraîcheur si précieuses sous ce climat brûlant; c'était sur la pierre sépulcrale qu'ils s'asseyaient pour se reposer et jouer aux dés ou aux osselets; c'était, enfin, dans cette avenue mortuaire que l'un des plus riches citoyens élevait sa maison de plaisance ! Singulier contraste des joies et du mouvement de la terre avec le silence et le calme de la dernière demeure où gisaient les trépassés1 !

Dans la description de ces divers monuments funèbres, nous suivrons l'ordre le plus naturel. Partant de la porte dite d'Herculanum , nous visiterons successivement tous ceux qui se trouveront à notre droite, et nous reviendrons à cette même porte, en examinant ceux qui forment le côté gauche de la rue des Tombeaux.

Piédestal. D'abord se présente un grand piédestal (Pl. 1) 2 en pierre avec des moulures de marbre blanc à la base. Selon toute apparence, il devait supporter une statue colossale qui peut-être eût décoré la tombe de quelque personnage illustre; mais tout aussi annonce que ce monument ne fut jamais terminé. A ses pieds sont déposées quatre grosses meules.

Vient ensuite le

Tombeau de Terentius (Pl. 2), enceinte de maçonnerie grossière, où l'on trouva l'inscription suivante qui a été remplacée par une copie :

T. TERENTIO T. F. MEN.

FELIC1 MAIORI AEDIL.

HVIG PVBLICE LOCVS D ATVS. ET HS. «, oo FABIA PROBI F. SABINA VXOR.

«A Titus Terentius Félix Major, édile, fils de Titus, de la tribu Menenia, à qui furent donnés par le peuple le lieu de la sépulture et 2000 sesterces, FaMa Sabina, sa femme, fille de Probus. »

Après un grand soubassement continu en pierres de taille , qui devait

1 A Paris, au moyen âge, les portiques du charnier des Innocents étaient devenus le rendez-vous des joueurs et des libertins ; plusieurs ordonnances royales suffirent à peine pour les en chasser.

Aujourd'hui encore les cimetières sont la promenade favorite des peuples de l'Orient.

2 Dans ce chapitre les renvois au plan se rapportent à la série extra -mur os gravée en chiffres italiques.

porter an monument auquel étaient sans doute destinées plusieurs bases et corniches de marbre déposées en avant sur le sol , on trouve un petit mur en opus reticulatum entourant une sépulture (Pl. 3) dont l'entrée était ornée de deux de ces petits autels à parfums nommés acerrœ; ceux-ci ne laissaient entre eux qu'un étroit passage qu'on trouva fermé par une amphore de terre cuite.

Le premier monument important est le

Tombeau des Guirlandes (Pl. 4), découvert en 1763, construit en gros blocs de péperin , et revêtu de stuc. A la face principale , il présente quatre pilastres corinthiens que traversait, au-dessous des chapiteaux, une inscription gravée sur une tablette qui n'a point été retrouvée. Les faces latérales n'ont que trois pilastres réunis par les guirlandes qui ont donné le nom au monument. Mazois fait remarquer que les arêtes des pilastres présentent des angles obtus au lieu d'angles droits, précaution souvent employée par les anciens dans les construction en stuc, afin de donner plus de solidité aux arêtes. Le tombeau entier repose sur un soubassement de pierre sans aucun ornement ; il ne paraît pas avoir eu de chambre sépulcrale.

Une enceinte contenant une stèle sans inscription, de l'espèce de celles qu'on nomme columellœ , précède la

Tombe du Vase bleu (Pl. 5). Celle-ci se compose d'un piédestal carré, surmonté de gradins pyramidaux ; elle renferme une petite chambre de lm,25 en tous sens, dont l'entrée existe à la partie postérieure, dans une petite cour communiquant avec celle de la maison des colonnes de mosaïque. C'est dans cette chambre que fut trouvée la fameuse amphore de verre bleu, couverte de pampres et de figures représentant des vendanges en pâte blanche d'émail et en relief, vase qui n'a de rival que le fameux vase Portland de Londres, et qui est l'un des plus précieux ornements du musée de Naples.

A la suite se présente 1'

Hémicycle couvert (Pl. 6). Ce joli monument qui sans doute, comme les deux bancs circulaires dont je parlerai plus tard, accompagnait un tombeau, et par conséquent doit être rangé parmi les constructions funéraires, est une sorte de niche plus profonde que large, arrondie en cul de four, entourée de bancs exhaussés sur deux degrés et destinés à offrir un lieu de repos à ceux qui venaient visiter la nécropole. La déco-

ration extérieure était d'une grande richesse; les ornements de stuc, les détails d'architecture, s'ils n'étaient du goût le plus pur, étaient du moins toujours traités avec esprit et élégance. Les peintures de l'intérieur

Hémicycle couvert.

étaient d'un meilleur style et le cul de four en forme de coquille. Au centre du fronton est un. cartel qui fut destiné à recevoir une inscription qu'on n'eut probablement point le temps de tracer.

Laissant à droite deux boutiques, la maison des colonnes de mosaïque et les grands bâtiments d'une hôtellerie, on trouve au carrefour formé par la rue des Tombeaux et une autre rue se dirigeant plus au nord, une petite enceinte isolée connue sous le nom de V

Ustrinum (Pl. 10). Cette construction a beaucoup exercé la sagacité des antiquaires ; c'est une enceinte carrée dont les murs ruinés ont été récemment un peu relevés; elle est percée d'une porte près de laquelle est encore en terre la partie inférieure du fût d'une colonne. On a cru y voir un ustrinum, lieu destiné à brûler les corps, et qui, d'après les règlements de police, devait être isolé comme celui-ci l'est en effet; mais quand on considère sa forme, son peu d'étendue et sa position, je pense qu'on doit plutôt y reconnaître un sacellum ou chapelle découverte dédiée aux divinités des carrefours, aux Lares compi taies.

Derrière VUstrinum et isolé comme lui, s'élève un mausolée sans inscription, le

Tombeau a porte de marbre (Pl. 11). Ce monument, reposant sur

li POMPEIA.

un soubassement de pierres de taille, est construit en moellons de tuf disposés, soit par assises horizontales, soit en opus reliculaium * , soit en claveaux, de manière à former une espèce de mosaïque assez agréable à l'œil. L'entrée est surmontée d'un linteau, quoique au-dessus soit indiquée une archivolte, dont la lunette est remplie en maçonnerie grossière. La porte du monument est en marbre blanc, et, bien que d'une seule pièce de l"l,10 de hauteur sur 0m,70 de largeur, figure par ses moulures

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