T H E R M A E M. C R A S S I F R V G I AQVA MARINA ET BAL
« Thermes d'eau de mer et bain d'eau douce de M. Grassus Frugi; Januarius affranchi, directeur. »
Nous avons préféré conserver le nom de Maison de Cicéron , bien qu'il ne soit pas prouvé que cette demeure soit réellement celle dont l'illustre orateur parle souvent sous le nom de Pompeianum , et dans laquelle il composa une grande partie de ses traités de Officiis, de Divinatio?ie et de Senectute. De là il écrivait à Atticus : « Je suis ici dans un endroit trèsagréable, mais surtout fort retiré ; un homme qui compose y est à l'abri des importuns2 ». Dans le second livre des Académiques, intitulé Lucullus, on lit au chap. iij : « Nous étions arrivés à la villa d'Hortensius, près de Bauli, ayant décidé que si le vent le permettait nous nous rendrions par mer, Lucullus à sa campagne de Naples, et moi à mon Pompeianum ». Et plus loin, chap. xxv : « Pour que notre vue ne nous trompe pas, jusqu'où peut-elle s'étendre? Je vois d'ici la campagne de Catulusprès de Cumes;
1 Herc. et Pomp., VII, pl. 5.
2 L. XV ep. 16.
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je ne vois pas celle que j'ai à Pompéi; il n'y a pourtant pas d'obstacle qui nous en cache la vue, mais mon regard ne peut porter aussi loin, sed intendi longiùs acies non polest ».
Cette dernière circonstance s'applique assez bien à la maison qui nous occupe et qui est du petit nombre de celles de Pompéi que rien ne sépare de Bauli. Du reste son étendue, la richesse de ses peintures, parmi lesquelles figuraient les huit danseuses, les quatre groupes de centaures et les douze petits faunes dansant sur la corde, tant de fois reproduits par la gravure, la beauté de ses mosaïques, dont faisaient partie les précieuses scènes théâtrales signées par Dioscoride, de Samos1, enfin la magnificence de ses marbres, la rendaient digne de l'opulent orateur. Découverte à différentes reprises de 17/i9 à 1778, cette maison occupait un large espace dont la plus grande partie /a été remblayée plus tard, et nous ne voyons aujourd'hui qu'une cour a formant un quadrilatère irrégulier 2 où se trouvent quelques bassins en maçonnerie, et précédant un xyste b entouré de portiques avec des terrasses comme à la villa de Diomède, portiques encore praticables en grande partie quoiqu'ils ne soient pas dégagés à l'extérieur.
Sur la rue des Tombeaux se présentent ensuite une rangée de boutiques c et une citerne d. Devant les boutiques régnait un portique. Dans celle qui est la plus voisine de la citerne aujourd'hui recouverte, est un comptoir en maçonnerie qui la fait reconnaître pour un thermopole. En avant de celui-ci s'élevait une treille ombrageant des bancs pour les buveurs; des trous avaient été pratiqués dans le trottoir pour recevoir les poteaux qui la soutenaient. Près de cette boutique est la porte de la maison e. «A l'entrée de cette porte, dit Mazois, sont deux cônes tronqués engagés dans le mur ; quelques personnes croient qu'ils renfermaient chacun un pied de vigne ; mais ne serait-ce pas plutôt deux de ces simulacres coniques nommés agyei que l'on plaçait aux portes des maisons, et qui étaient ordinairement consacrés à Bacchus et au Soleil , divinités qui , indépendamment de leurs autres attributions, présidaient encore aux rues?»
La porte de la maison de Cicéron n'est séparée du tombeau et de l'hémicycle de Mamia que par une petite rue. C'est sur le mur qui existait
1 Herc. et Pomp., III, pl. 124.
2 Des fouilles faites dans le sol de cette cour ont mis à découvert des squelettes entourés de vase italvgrecs, et appartenant sans doute à l'époque la plus reculée de Pompéi.
à droite, à l'entrée de cette rue, qu'étaient peints les deux serpents dont j'ai parlé p. 68.
A ce même angle s'élève un piédestal (Pl. 35) qui portait la statue du tribun Titus Suedius Glemens, ainsi qu'une inscription aujourd'hui au musée, mais remplacée à Pompéi par une copie :
EX AVCTORITATE IMP. CAESARIS VESPASIANI AU G.
LOCA PVBL1CA A PRIVATIS POSSESSA T. SVEDIVS CLEMENS TRIBVNVS CAVSIS COGNITIS ET MENSVRIS FACTIS REI PVBLICAE POMPEIANORVM RESTIT VIT.
« Le tribun Titus Suedius Clemens par ordre de l'empereur Vespasien Auguste ayant pr1 connaissance des causes et fait relever les mesures, a restitué à la ville de Pompéi les terrains du domaine public qu'avaient envahis des particuliers. »
Il nous reste à voir, avant de rentrer dans la ville :
Le tombeau de Mamia (Pl. 36, p. 92);
Le sepulchretum (Pl. 37, p. 92);
Le banc de Mamia (Pl. 38, p. 92);
Le tombeau de Porcius (Pl. 39, p. 94).
Le banc d'Aulus Veius (Pl. 40, p. 9/1) ;
Le tombeau de Cebrinius (Pl. 41, p. 94) ;
Après avoir franchi la porte d'Herculanum, nous trouvons à gauche, dans la rue Domitienne, un
* Tiiermopole. (Pl. 21.) 4. Une inscription aujourd'hui effacée avait fait connaître le nom du maître de cet établissement, Perenninus Nimpherois. Les verres, fondus par la chaleur de l'éruption, avaient laissé leurs traces sur le marbre du comptoir. Un peu plus loin est la
Maison des vestales. (Pl. 22.) La maison qu'on désigne sous ce nom que rien ne paraît avoir motivé et que démentent au contraire plusieurs peintures qui y ont été trouvées, fut découverte en 1769; elle se compose de deux habitations distinctes placées en équerre, communiquant entre elles, et ayant dû appartenir à deux familles unies par les liens de la parenté ou de l'affection. La plus petite a son entrée sur la voie
1 Nous reprenons ici la série de nos du plan intrà-muros.
Domitienne ornée de quatre demi-colonnes revêtues de stuc. Au milieu se présente le prolhyrum flanqué de deux salles pavées en mosaïque, ouvrant sur la rue et sur V atrium, et ayant sans doute servi de vestibules. Dans celle de droite est un banc en maçonnerie, dans celle de gauche, une peinture représentant un Faune découvrant une nymphe endormie, sujet souvent reproduit à Pompéi. L'atrium toscan est pavé en mosaïque noire semée régulièrement de cubes blancs, et entourée de bandes blanches. Au milieu est le compluvium qu'encadre un entrelacs de mosaïque blanche et noire. A gauche sont plusieurs chambres dans un complet état de délabrement. Au fond, le tablinum pavé en mosaïque ouvrait sur un petit jardin au centre duquel est une grande piscine ayant servi de baignoire ou de lavoir. A la droite du tablinum est une chambre à coucher ouvrant également par une fenêtre sur le jardin ; on y observe l'entaille pour la tête du lit, que nous avons déjà remarquée dans l'une des chambres de la maison de Pansa. A gauche est un corridor dans lequel on trouve l'entrée de plusieurs salles qui ont dû servir de communs, et celle d'une sorte de vestibule sur lequel ouvrent les portes d'un petit œcus dans l'axe de Y atrium, et de deux chambres à coucher dont une, pavée en mosaïque, conserve son estrade et deux peintures presque effacées, dans l'une desquelles je crois pouvoir reconnaître Paris et Hélène. Enfin, dans le même vestibule, se trouvent au fond une autre petite chambre et un grand réservoir revêtu de ciment, et à gauche le corridor réunissant cette première habitation à la maison voisine; dans celui-ci est l'entrée d'une grande pièce sans ornements, ouvrant sur la rue de Narcisse , et qui servait sans doute de magasin.
La seconde maison avait son entrée principale sur cette même rue ; c'est sur le seuil de son prolhyrum qu'existe en mosaïque le mot salve, que nous avons reproduit en tête de notre avant-propos. Aux côtés du prothyrum sont deux salles pavées en mosaïque, dont l'une présente sur son seuil deux serpents noirs entrelacés sur fond blanc. V atrium toscan a conservé une partie de son pavé en mosaïque, et surtout de l'élégant encadrement qui entourait le compluvium; quant aux peintures qui le décoraient, elles ont toutes disparu. Au fond de X atrium se trouvent un corridor qui conduit aux communs aujourd'hui ruinés, au lieu de tablinum une petitechambre à coucher, et à côté la porte d'un grand triclmium pavé en mosaïque, ouvrant par une large baie sur le péristyle. Un corridor et une petite salle percée de deux portes réunissaient V atrium au péristyle. A
droite, dans le corridor, se trouve la porte d'une antichambre précédant une salle de bain dont la baignoire en pierre existe encore. Près de cette porte sont une niche pour un chien de garde et les restes d'un escalier qui conduisait à l'étage supérieur. Enfin, sous le corridor même, est un puteal de terre cuite dont l'embouchure n'a pas moins de 0m,60 de diamètre. Franchissant une porte dont le seuil de marbre blanc orné de deux petites têtes de lion avait dû former primitivement le dessus d'une table, on se trouve dans le péristyle. Celui-ci est un quadrilatère irrégulier entouré de quatorze colonnes composites réunies à leur base par un pluteus ; sous le portique sont encore, au soubassement, quelques belles peintures représentant divers animaux, loups, cerfs, tigres, lions, chèvres, rennes, etc, sortant à mi-corps du milieu de fleurs gigantesques , et plusieurs sphinx accroupis paraissant servir de cariatides. Dans les panneaux de la muraille, on voit quelques héros peints en camaïeux jaunes, et au-dessus, des médaillons où sont représentés des poissons, des crustacés et du gibier. Au centre de Yarea est une vaste piscine partagée en deux parties inégales ; la plus petite servait de baignoire, ainsi que l'indiquent les degrés par lesquels on y descendait ; la seconde est presque entièrement remplie par un gros massif carré en maçonnerie qui porta probablement une fontaine monumentale. Parmi les pièces qui entourent le péristyle, trois seulement méritent d'attirer l'attention ; l'une estime petite chambre adossée à {'atrium, présentant dans son pavé les restes d'un labyrinthe en mosaïque blanche et noire ; les deux autres sont placées au fond du péristyle et appuyées aux murailles de la ville. L'une est une vaste exèdre qui était pavée en mosaïque, l'autre est un sanctuaire, un sacrarium, au milieu duquel s'élevait un autel en l'honneur des divinités dont les images occupaient trois niches en forme de coquilles et ménagées dans les murailles. A côté, reste encore une dernière pièce à laquelle il serait difficile d'assigner une destination positive, mais qui paraît avoir été un cabinet d'étude ou une bibliothèque. Outre les squelettes d'un homme et d'un chien, on a trouvé dans cette maison plusieurs objets précieux parmi lesquels un croissant d'argent et divers ornements de femme, une provision d'huile dans des vases de verre, des châtaignes, des dattes, des raisins et des figues sèches. Enfin, derrière la maison, au pied des remparts, étaient couchés dix autres squelettes dont un avait quatre anneaux au même doigt, des boucles d'oreilles, un collier, deux bracelets, et une lanterne de bronze à la main.
A côté de la Maison des Vestales est la
* Maison du chirurgien. (Pl. 23. ) Découverte en 1771, cette habitation a dû son nom à un grand nombre d'instruments de chirurgie qui y ont été trouvés et qui sont déposés au musée de Naples. Parmi ces instruments on en a reconnu plusieurs encore en usage aujourd'hui, tels que des ventouses ou cucurbitulœ, des scalpels, des spatules, des lancettes, des ciseaux, des tenailles et un spéculum dont un mécanisme à vis, aussi simple qu'ingénieux, faisait écarter ou rapprocher simultanément les trois branches. On a trouvé aussi dans cette habitation un fourneau en fer tout incrusté de lapilli, auquel s'adaptaient à volonté quatre vases couverts en bronze et plusieurs vases de verre, dont un très-haut de forme rectangulaire et à goulot très-étroit, et un autre du même genre, mais cylindrique. Les chambres de cette habitation assez vaste étaient ornées de peintures et de pavés en mosaïque. Au fond, à droite du xyste, est un cabinet où l'on voit encore une jolie peinture représentant la Toilette de Vénus. La façade de cette maison est remarquable par sa construction, ainsi que plusieurs des murailles intérieures; au lieu de briques ou de moellons, on y a employé de grands blocs de concrétions calcaires produits par les eaux du Sarno.
* Douane ou poids public. (Pl. 2/i. ) Auprès de la maison du chirurgien, une large porte donne entrée à une grande salle pavée en mosaïque, au fond de laquelle est un piédestal qui dut porter une statue, peut-être celle de la Justice. Les objets trouvés dans cette salle ont fait penser que c'était un bureau de douane, telonium, ou de poids public, ponderarium. On y a recueilli en effet des balances à deux plateaux, des romaines de bronze, et surtout une grande quantité de poids de toutes sortes, les uns en plomb, les autres en marbre ou en basalte, la plupart ronds, et portant leur valeur indiquée par des inscriptions, telles que c. pon, , pon. ta., etc., ou par des points en creux ou en relief. Les plus singuliers étaient en plomb et de forme rectangulaire portant gravés ces mots : eme et habbebis (sic), achète, tu auras l; sur le fléau de l'une des balances, on lisait :
IMP. VESP. A V G. HX. C. IMP.