NOUVELLES FOUILLES
présentent seuls des portiques formés de colonnes cannelées et revêtues de stuc. Du côté oriental, le portique était remplacé par un grand œcus ouvert, soutenu à son entrée par trois piliers et pavé en mosaïque grossière. Les murs étaient ornés de peintures architecturales et de quelques petits sujets tels que des boucs, des masques de théâtre, un petit paysage sur fond noir, etc.
Au-dessus des murs de cette salle on voit encore dans la lave les restes des poutres qui portaient le toit de l'étage supérieur, aujourd'hui détruit. Les parois du péristyle étaient également peintes. Au milieu de Yarea est un bassin qui, comme le péristyle lui-même, n'est découvert qu'à moitié. C'était un baptisterium où l'on pouvait prendre des bains froids, car il était assez profond, et en tête, au milieu d'un hémicycle, étaient des marches pour y descendre.
Enfin, dans l'angle S.-O. est une petite chambre qui était ornée de peintures et adossée à la rue.
En face de cette habitation, de l'autre côté de la rue, est la Maison du squelette. Elle est ainsi nommée parce qu'à son étage supérieur on trouva des restes humains auprès d'un vase de bronze. Le prothyrum, accompagné de la loge du portier, conduit à Yatrium toscan. A gauche sont deux petites salles dont la première est pavée en mosaïque; la seconde, qui n'est pas entièrement dégagée, pourrait bien avoir fait partie d'un bain. Au fond de Yatrium est l'entrée du tablinum qui n'est pas fouillé ; enfin à droite un corridor conduit à plusieurs chambres et cabinets dont les murs n'ont conservé que peu d'élévation. Dans la dernière pièce, au bout de ce corridor, sont deux piles en maçonnerie qui durent porter un fourneau ; j'hésite d'autant moins à reconnaître dans cette pièce une cui* sine, que les murailles ne portent aucunes traces de peintures ou d'ornements.
A la première maison que nous avons décrite succède la plus importante de celles mises à découvert par les fouilles modernes, la
Maison d'Argus. Cette belle habitation n'est malheureusement pas entièrement déblayée; la partie visible est celle que nous indiquons sur notre plan par une teinte plus foncée; le reste est ruiné ou encore recouvert par la lave, mais nous croyons que la restauration que nous en donnons ne doit pas être très-éloignée de la vérité.
La façade opposée à la rue par laquelle nous entrons aujourd'hui dut être formée de plusieurs boutiques I entre lesquelles s'ouvrait un prothy-
rum 2 conduisant à un atrium toscan A qui présentait à droite et à gauche plusieurs chambres à coucher 3, II, 5, 6, 7 et 8.
Le pave: (le la première de ces chambres est formé de triangles et de carrés de marbre incrustés dans de Yopus signinum; ses murailles étaient
Plan de la Maison d'Argus.
décorées d'assez jolies peintures. Le pavé des chambres h et 5 est simplement en opus signinum. La dernière pourrait bien avoir remplacé Yala, qui n'existait pas ici, et servi de salle d'attente aux clients que le maître recevait dans le cabinet 28 qui communiquait avec la partie privée de l'habitation.
Au fond de Yatrilm est le tablinum 9, auquel étaient adjacentes deux salles 10 éclairées par des fenêtres, et qui durent être, l'une un labi/larium, et l'autre une bibliothèque.
Après avoir franchi le tablinum, on se trouvait dans un petit péristyle B ayant de trois côtés seulement des portiques soutenus par des colonnes et aux angles par des piliers en équerre. Sous le portique, à gauche du tabularium, est un cabinet de repos 11 près duquel se trouve l'entrée d'un corridor long et étroit 12 conduisant à cinq petites pièces 13, 14, 15, 16 et 17, éclairées sur une rue par d'étroites fenêtres, et qui durent être destinées à servir de cuisine, d'offices et de logements d'esclaves. Sous le portique, au delà de l'entrée du corridor, se trouve un posticum ou sortie dérobée 4 8 percé entre deux boutiques 19 ~et 20 qui n'avaient aucune communication avec l'intérieur de l'habitation. Au fond du péristyle étaient Yœcus ou exèdre 21, et plusieurs pièces 22, 23 et 24, dont il serait
i\I A I S 0 N D'ARGUS. . 339
impossible aujourd'hui de préciser la destination. On arrivait à la dernière par une sorte d'arrière-cour 25 longue et étroite communiquant avec le péristyle B par deux corridors ou fauces 26 et 27.
Une seule porte ouverte à droite sous le portique du péristyle près de la pièce 28 donnait accès à la partie la plus vaste e.t la plus riche de l'habitation, réservée exclusivement au maître et à ses amis. Au delà de cette porte on trouvait un grand xyste ou jardin C, entouré de trois côtés d'un élégant portique soutenu par vingt colonnes composites et six piliers au pied desquels régnait un cheneau, et contenant un puteal et une petite table de marbre1. Au fond est un vaste triëinium 29 décoré de belles peintures qui sont conservées en partie sur la muraille de droite ; c'est là que se trouve la composition à laquelle la maison a emprunté son nom, Mercure devant Argus et Io2. Le Dieu nu et debout, recomiaissable seulement aux ailes qu'il porte à ses talons, semble offrir la syrinx à Argus en l'invitant à en jouer à son tour; il s'appuie sur un bâton formé de deux baguettes tordues ensemble, réminiscence lointaine du caducée. Il ne porte aucune autre arme, mais des pierres sont à ses pieds et paraissent indiquer que le peintre avait adopté la version de certains mythologues suivant lesquels Mercure tua Argus avec un caillou, et non celle d'Ovide qui nous peint le Dieu abattant d'un coup d'épée recourbée la tête inclinée du gardien de la fille d'Inachus :
Nec mora : fakato nutantem vulnerat ense, Quà collo confine caput; saxoque cruentum Dejicit, et maculai prœruplam sanguine cautem.
Ovide. Mét. C. I. 22.
Argus est assis sur un rocher ; il est jeune, richement drapé, et reconnaissable seulement à sa houlette, son pedum. Io, nonchalamment étendue, est représentée sous les traits d'une jeune fille pleine de grâce ; deux petites cornes sortant de son front rappellent seules d'une manière aussi ingénieuse que poétique la cruelle métamorphose que lui avait infligée la jalousie de Junon. Cette peinture est placée entre deux trophées d'armes et deux Victoires ailées; le tout se détache sur fond noir au milieu d'archi-
1 V. Planche TX.
- Herc. ot Pomp. II, pl. 52.
tectures peintes en rouge. Sur le soubassement sont imités des panneaux de marbre avec encadrements.
Le triclinium est accompagné de plusieurs pièces élégamment décorées. La salle 30 fut sans doute une sorte d'office; ses peintures sont aujourd'hui presque détruites ; on ne voit plus de traces de sujets , mais sur le soubassement on reconnaît encore des fleurs et des plantes. Cette pièce communiquait au triclinium par un corridor 31 qui conduisait également à un réduit 32 qui , n'étant éclairé que fort imparfaitement par la porte, ne put avoir d'autre destination que celle de servir de resserre ou de gardemanger.
De l'autre côté du triclinium sont deux chambres à coucher 33 et M ouvrant sur une antichambre ou procœton 35, qui avait une sortie dérobée 36 et communiquait en outre avec le portique du xyste par un long corridor 37 à la suite duquel se trouvent trois pièces très-étroites 38, 39 et /j.0, indépendantes les unes des autres, et une sorte de petite ala kï où sans doute était un banc sur lequel venait s'asseoir le maître pour prendre le frais et jouir de la vue de ses parterres.
Sur la partie AB de la maison régnait un étage qui fut trouvé assez intact pour que le chevalier Finati 1 et le chevalier Bechi 2 aient pu en donner une description complète accompagnée de coupes et de plans; malheureusement les charpentes étaient tellement carbonisées, les murailles tellement ébranlées par les secousses qui accompagnèrent l'éruption, qu'on a été forcé de démolir cet étage pour conserver le rez-de-chaussée. Nous devons d'autant plus regretter ce pénible sacrifice, que Pompéi et Herculanum ne nous ont offert aucun autre exemple complet de cette partie supérieure d'une habitation.
Celle de la maison d'Argus ne comptait pas moins de vingt et une petites chambres à coucher dont quelques-unes en enfilade, disposition très-rare dans' les habitations antiques; chacune était éclairée par une petite fenêtre, et plusieurs ouvraient sur une terrasse ou solarium pavée en mosaïque, qui s'étendait sur les pièces 29 à 36 en tête du xyste.
On trouva à cet étage une assez grande quantité de comestibles, tels que des noix, des noisettes, des noyaux de prunes, des amandes, des figues sèches, des aulx, des pavots, un morceau de fromage, du froment,
1 Manuel pour Herculatium, Pompéi etStabie. Naples, 1844, brocb. in-8°.
2 Museo Borbonico, T. VTII.