‹ Pompeia décrite et dessinée (volume 2)Chapitre 9 sur 64 · L. SEPVNIVS. L. F · texte numérisé non relu

L. SEPVNIVS. L. F

SANDILIANVS M. HERENNIVS A. F.

EPIDTANVS DVO VIR. I. D.

« L. Sepunius Sandilianus, fils de Lucius, et M. Herennius Epidianus, filsd'Aulus, duumvirs chargés de rendre la justice, ont fait placer cette colonne et ce cadran à leurs frais 2. »

Le temple était périptère, c'est-à-dire entouré d'une colonnade; il était hexastyle, présentant six colonnes à la façade ; il y en avait dix à chacune des ailes. Ces colonnes ont entièrement disparu; elles enfermaient, au-

1 Marbre blanchâtre veiné de vert et de gris; les anciens, qui en ont fait un fréquent usage, le nommaient lapis phrygius.

2 Nous avons vu que ces mêmes magistrats avaient placé un autre cadran solaire dans le Forum triangulaire.

devant de la cella, une large plate-forme, pavée en mosaïque grossière, qui devait être très-favorable au développement des pompes sacrées. Les murs de la cella ne s'élèvent plus guère qu'à 2m au-dessus de cette plateforme; ils étaient décorés de compartiments ou refends formés par des filets et des oves; ils présentent , à chacun des angles, un pilastre cannelé, et à la façade une large ouverture fermée autrefois par une porte à quatre vantaux, large de 3m,30. On reconnaît encore dans le seuil les cavités qui en recevaient les pivots et les verrous. Le pavé est un assemblage de marbre entouré d'une grecque en mosaïque et formé de losanges verts, blancs et noirs, présentant à l'œil l'aspect d'une réunion de cubes posés sur l'un de leurs angles. Au fond du sanctuaire est un piédestal carré, qui portait une statue de la déesse d'un excellent travail, mais brisée en plusieurs morceaux.

Au pied du perron est un assez grand autel m, à peu près semblable à celui que nous avons vu au temple de Jupiter et Junon. La corniche est en marbre blanc, le dé en pierre calcaire, et le soubassement en tuf. Sur ses deux faces il portait l'inscription suivante :

M. PORCIVS. M. F. L. SEXTILIVS. L. F. CN. CORNELIVS. CN. F. A. CORNELIVS. A. F. IIII VIR. D. P. S. F. LOCAR.

« Marcus Porcius, fils de Marcus, Lucius Sextilius, fils de Lucius, Cneius Cornélius, fils de Cnôius, Aulus Cornélius, fils d'Aulus, quatuorvirs, ont fait placer cet autel fait à leurs dépens. »

Cet autel ne ressemble pas, par sa partie supérieure, à ceux qui étaient destinés à l'immolation et à la combustion des victimes; il n'était probablement destiné qu'aux ledisternes ou à recevoir des offrandes non sanglantes comme celles qu'on présentait ordinairement à Vénus. Un autre autel plus petit et plus simple n s'élevait à la droite du perron et au pied du podium.

Derrière le temple et sous le portique se trouvent plusieurs salles o, ornées autrefois de brillantes peintures, et qui servaient de logement aux prêtres; elles avaient remplacé un portique dont les colonnes polygonales et d'un ordre dorique très-simple se voient encore enclavées dans la muraille. C'est dans la première de ces salles, qui seule communique avec le temple, qu'a été retrouvée une belle peinture, représentant Bacchus et

Silène, qui avait fait croire le temple consacré au fils de Sémélé. On a pensé que ce tableau avait été détaché d'une autre muraille en le sciant comme font les modernes, et transporté dans le temple de Vénus, où on l'avait fixé avec des crampons, au milieu d'un élégant encadrement; nous verrons que souvent ces tableaux étaient exécutés à part et mis en place après leur achèvement; il peut en être ainsi de celui-ci. Enfin dans le mur de la même chambre est une petite niche qui probablement dut contenir des dieux Lares. Cette salle a une issue p sous le portique du Forum; les trois autres pièces sont maintenant presque entièrement remblayées ; elles avaient leur entrée sur une ruelle passant derrière le temple.

Temple de Mercure (Pl. G). Découvert de 1817 à 1818, ce temple s'élève au milieu du côté oriental du Forum. Près de sa porte se trouvait un piédestal qui, sans doute, supportait la statue du fondateur de Rome, et qui portait une inscription fruste que Mazois a suppléée ainsi ;

ROMVLVS. M ART! S FILIVS VRBEM ROMam condidlT ET RE G N AV I T ANNOS plus minus quk D RAG I NT A, ISQVE Acrone DVGE HOSTIVM et rege CAENINENSIVM interf ECTO SPOLIA opima Iovi F E RETRIO CONSECRainï RECEPTVSQVE IN DEORVM NVMERUM QV1RINI nomine APPELLAte est a Romanis.

« Romulus, fils de Mars, fonda la ville de Rome et régna environ quarante ans. Ayant tué Acron, général ennemi et roi des Cérumens, il consacra les dépouilles opimes à Jupiter Férétrien, et ayant été reçu au nombre des Dieux, fut appelé Quirinus par les Romains. »

Cette inscription, portée au musée, a été reproduite sur une plaque fixée à la muraille, à gauche de la porte de l'édifice d'Eumachia.

C'est cette inscription qui a fait penser que le temple avait dû être dédié à Quirinus, c'est-à-dire à Romulus divinisé. Cette dernière dénomination ne saurait être suffisamment justifiée, puisque cette statue de Romulus pouvait aussi bien être une décoration du Forum que la figure de la divinité à laquelle était dédié le temple voisin. D'un autre côté, le

P. Garrucci 1 veut voir dans le monument qui nous occupe un temple d'Auguste, un Augusleum , ce qui n'est pas plus admissible, à notre avis, puisque lui-même reconnaît un édifice consacré à Auguste et à sa famille dans celui qu'on désigne sous le nom de Panthéon, et qu'il est bien peu probable que, dans une ville de l'importance de Pompéi, deux temples aient été dédiés au même empereur divinisé. Reste enfin l'opinion adoptée par quelques antiquaires, quoiqu'elle ne paraisse guère mieux prouvée, puisqu'elle n'est fondée que sur la découverte faite à Pompéi de quelques inscriptions indiquant l'existence d'un temple de Mercure, et sur la position de l'édifice dans le Forum,- n'ayant rien de plus positif à proposer, nous avons cru devoir conserver cette dénomination de temple de Mercure, par la seule raison que c'est celle acceptée par la direction des fouilles 2.

Il n'est pas un seul édifice de Pompéi dont le plan soit aussi complètement irrégulier; il présente presque un losange; les angles S.-E. et N.-O.

Plan du Temple de Mercure.

étant aigus, tandis que les angles S.-O. et N.-E. sont obtus. Cette irrégularité se fait sentir jusque dans la cclla même dont les murs latéraux ne rencontrent pas le mur de fond à angle droit. La longueur totale du terrain occupé par ce temple est de 25m,50, sa largeur de 16n,,50.

Après avoir franchi la porte a, qui ouvre sous le portique du Forum b c, on trouvait un vestibule couvert d comme celui du temple de Jupiter et Junon; seulement, ici le toit était soutenu par quatre colonnes au lieu de deux; ces colonnes n'existent plus, mais plusieurs de leurs chapiteaux qu'on a retrouvés nous apprennent qu'elles étaient d'ordre corinthien. Le mur d'enceinte du péribole était décoré d'encadrements

1 Questioni Pompeiane, p. 74.

2 Ce temple, fermé par une grille, sert aujourd'hui de dépôt pour les divers objets trouvés dans les fouilles, et qui ne sont point jugés dignes des honneurs du musée. Plusieurs n'en sont pas moins très-curieux, et le voyageur instruit ne regrettera pas le temps employé à leur examen.

en forme de portes surmontées de frontons alternativement ronds et triangulaires et ressemblant beaucoup à l'album de l'édifice d'Eumachia. (V. p. 31.) Au centre de Yarea efg h s'élève un grand autel de marbre blanc t, haut de lm,50 environ, dont la face offre un beau bas-relief représentant un sacrifice. Des instruments sacrés, tels que le lituus ou bâton augurai, Yacerra, cassette à parfums, le mantile, espèce do serviette, le simpulum, le prefericulum et la palere, vases employés dans les

Vue du Tomple do Mercur*

sacrifices, sont représentés sur les côtés de l'autel et surmontés de guirlandes suspendues à des bucrânes 1 ; enfin sur la face postérieure se voit une couronne de chêne entre deux oliviers. Plus loin est le podium qui portait le sanctuaire /r, décoré d'un péristyle formé par quatre colonnes aujourd'hui renversées.

Par une disposition bizarre que nous ne retrouvons dans aucun autre des édifices sacrés de Pompéi , on accédait au sanctuaire , non pas par un perron situé en avant du péristyle, mais par deux petits escaliers e g placés en sens inverse en arrière du podium et aux côtés de la cella, plus étroite que le pronaos.

' Ornement d'architecture souvent employé par les anciens et imité par les modernes; il consiste en une tète de bœuf disséquée et ornée de guirlandes et bandelettes; il doit sans doute son origine aux tètes des victimes qu'on disposait parfois autour des temples en commémoration des sacrifices qui y avaient été offerts.

58 PO M P El A.

Le sanctuaire est excessivement petit, n'ayant que Iff de large sur 3™, 50 de profondeur. Dans le seuil on voit les trous qui recevaient les pivots des vantaux de la porte. Au fond est le piédestal de la divinité. Des fragments de marbre trouvés en ce lieu font supposer que le temple en était revêtu au moins dans quelques-unes de ses parties.

A la droite du sanctuaire et au bas du podium, on trouve l'entrée de trois salles / communiquant ensemble et ayant servi au logement des prêtres. La dernière de ces salles avait une porte, aujourd'hui murée, ouvrant sur une espèce de corridor très-étroit ', qui, tournant entre le mur de l'enceinte et une seconde muraille, vient déboucher dans l'édifice' d'Eumachia, et communique aussi à une petite ruelle aboutissant à celle d'Eumachia.

Temple d'Auguste dit le Païsthéois (Pl. H). Parmi les édifices de Pompéi , il n'en est peut-être pas un seul dont la destination ait donné lieu à plus de controverses que celui qui s'élève au côté oriental du

Vue du Temple d'Auguste,

Forum, et qu'on désigne ordinairement sous le nom de Panthéon, qu'on lui donna à l'époque de sa découverte en 1 821 et 1822, parce que l'on supposa que les douze piédestaux qui s'y trouvent placés en rond auraient dû porter les statues des douze grands dieux. Quelques auteurs, frappés de sa ressemblance avec le monument de Pouzzol, connu sous le nom de temple de Sérapis, ont pensé qu'on y devait reconnaître un temple consacré à cette divinité. D'autres archéologues ont cru que c'était un senaculum, lieu destiné à la réunion des magistrats municipaux, un hospiiium consacré à la réception des ambassadeurs et

1 Dans ce corridor, jJai fait lever un énorme renard; ces animaux et de nomhreux lièvres sont aujourd'hui tes seuls habitants des ruines de Pompéi.

des magistrats étrangers, ou enfin un local pour les fêtes publiques. L'opinion la plus vraisemblable nous paraît être celle du savant directeur des fouilles, Carlo Bonnucci, qui croit que ce dut être un temple consacré à Auguste. Cette supposition est d'autant plus plausible que plusieurs inscriptions trouvées à Pompéi, telles que celles des tombeaux d'ArriusDiomède, de Munatius, de Nistacidius et de Calventius, font mention d'Augustals \ prêtres préposés au culte d'Auguste divinisé, et que jusqu'à présent on n'a découvert aucun autre temple qui puisse mieux que celui-ci lui être attribué.

La façade principale est tournée vers le Forum ; sous son portique a b, orné de piédestaux ayant dû porter des statues et que soutenaient des colonnes de marbre blanc, se trouvent les deux portes cd par lesquelles

Plan du Temple d'Auguste

on entrait dans le temple. Ces portes sont séparées par un trumeau contenant une niche accompagnée de deux colonnes cannelées de marbre blanc. Aux côtés des portes sont plusieurs boutiques f dans l'une desquelles furent trouvées quatre-vingt-treize pièces de monnaie; on en a conclu,

1 Les deux inscriptions en l'honneur de Holconius Rufus, trouvées, la première dans le Forum, la seconde récemment sur le piédestal de sa statue , rue de la Fontaine-d'Abondance , sont encore plus explicites s'il est possible :

M. HOLCONIO RVFO D. V. I.

13. 1 1 II. QVINQVE TRIB. MIL. A. POPVLO AVGVSTI SACERDOTI EX. D. D.

M. HOLCONIO. M. F. RVFO TRIB. MIL. A. POPVL. II. VIR. L D. V. QVINQ. iTeR AVGVSTI. CAESARIS. SACERDO.

PATRONO COLONIAE.

On voit que , dans l'une et dans l'autre de ces inscriptions, Holconius est qualifié de prêtre d'Auguste.

sans preuve bien positive, que ces boutiques étaient occupées par des changeurs, qui, en effet, avaient ordinairement leurs comptoirs dans le Forum. On trouva aussi dans une autre de ces boutiques une pierremesure, dont je parlerai à l'occasion d'une plus importante, découverte de l'autre côté du Forum. Le temple n'étant pas exactement perpendiculaire à celui-ci, on avait dissimulé cette irrégularité en donnant aux boutiques une profondeur inégale.

L'intérieur du temple présente une cour rectangulaire g h i k, longue de 37m,50 sur 27ul de largeur, que la plupart des auteurs, tout en s' étonnant de n'en trouver aucun vestige, ont supposé avoir été autrefois entourée d'un portique qui aurait été renversé par le tremblement de terre de 63. D'un examen attentif du monument, il est résulté pour nous la certitude que, si ce portique a jamais existé, il ne put être qu'un toit en saillie ou une galerie provisoire en bois destinée à protéger les peintures murales, et qu'on s'occupait de remplacer par un portique de pierre au moment de la destruction de la ville. En effet, sur les bords de Yarea, des côtés g i et i k et sur plus de la moitié du côté k h, Yarea n'est entourée que d'un degré de tuf beaucoup trop étroit, 0m,/|X), pour avoir servi de stylobate, et sur lequel d'ailleurs on ne voit aucune indication de l'existence de colonnes; du côté g h, au contraire, et sur le reste du côté h k, le degré est formé de larges pierres calcaires, 0m,80, sur la surface desquelles on voit, à des distances égales, 2m,25, des trous carrés dans lesquels devaient être scellés les pivots en fer fixés au centre des colonnes. Un petit canal creusé dans la pierre devait conduire le plomb fondu dans cette cavité lorsque la colonne était mise en place; or, dans ces trous de scellement, on chercherait vainement quelques vestiges de fer ou de plomb; les colonnes n'avaient donc point encore été dressées, et n'avaient pas même été apportées; elles ne devaient l'être que lorsque Yarea entière aurait été entourée d'un semblable stylobate prêt à les recevoir. Un caniveau, régnant au pied du stylobate, réunissait les eaux dans une citerne où on pouvait puiser par une ouverture de marbre, encore munie de son couvercle et placée au S.-E. de Yarea.

Les murailles, au N. et à l'O., étaient enrichies de belles peintures, parmi lesquelles on reconnaît encore Ulysse et Pénélope, Thésée découvrant l'épée de son père , Y Amour et Psyché, un guerrier couronné par la Victoire, une femme jouant de la lyre, et une apothéose figurée par un

génie ailé portant une femme sur ses épaules. On y voit aussi des marines, des paysages, des chasses, des courses de char, des groupes de fruits, de gibiers, de viande, etc. Les arabesques qui entourent ces divers tableaux sont au nombre des plus élégantes qui aient été trouvées à Pompéi.

Au côté méridional de l'enceinte existe une rangée de onze petites chambres ou cellules m, décorées uniformément de peintures rouges, et destinées probablement au logement des prêtres composant le collège des Augustals. A la suite est une petite porte n donnant sur une impasse. En face, au côté septentrional, les chambres sont remplacées par douze boutiques 1 o, sans communication avec l'intérieur du temple et ouvertes sur la voie appelée aujourd'hui rue des Augustals ou du Temple-d'Auguste. Au milieu du même côté est une entrée latérale du temple, p, dont les parois étaient ornées de deux intéressantes peintures sur fond jaune, malheureusement presque entièrement effacées. La première représentait des génies buvant et décorant deux ânes de guirlandes; au fond est un moulin absolument semblable à ceux que nous verrons dans les diverses boulangeries de Pompéi ; la seconde composition nous offrait des génies tressant des guirlandes 2. Ce rapprochement de deux arts d'une importance si différente en apparence n'a rien qui doive étonner les personnes versées dans l'étude des usages de l'antiquité. Chez les Romains comme chez les Grecs, les fleurs étaient d'une nécessité presque aussi grande que le pain

1 Ces boutiques contenaient une grande quantité de raisins, de figues, de prunes, de marrons conservés dans des vases de verre, du chènevis et i es lentilles, des balances, des moules de pâtissier et de boulanger, quatre sistres, trois strigiles, deux écritoires, un grand vase à quatre anses d'un très-beau travail, une lampe à trois mèches, suspendue par autant de chaînettes; deux amulettes phalliques, une belle tasse d'albâtre oriental, de l'argent monnayé; parmi plusieurs autres figurines de bronze, une statuette de la Renommée portant aux bras des bracelets d'or; enfin trois anneaux et un petit foudre de même métal. Dans une seule de ces boutiques, fouillée en 1829 devant le roi de Bavière, on trouva cinq cent cinquante petites bouteilles et plusieurs autres vases de verre, quelques monnaies et de petits poids. Sur un des piliers qui séparent les boutiques était cette inscription aujourd'hui illisible :

A. VETTIVM AiD.

SACCARI R 0 G

« Les portefaix ou porteurs de sac se recommandent à l'édile Aulus Vettius »

* Herc. et Pomp., Il, pl. 83 et 84.

lui-même; on ne saurait guère trouver dans leur vie un acte qui ait pu s'accomplir sans l'emploi des fleurs *.

Au milieu de l'enceinte est un socle dodécagone / très-peu élevé et de 12'", 50 de diamètre, sur lequel se trouvent encore douze piédestaux carrés rangés en rond. Ces piédestaux durent porter les colonnes d'un temple monoptère-, dans lequel était sans doute placée la statue de la divinité. Ce petit temple présente une particularité assez inexplicable : il ne se trouvait exactement ni au centre de l'enceinte, ni dans l'axe de l'entrée principale, ni dans celui de l'entrée latérale.

Au fond du péribole s'élève une œdicula ou chapelle q, composée d'un porche et d'un sanctuaire auxquels on monte par cinq degrés. Le porche était orné de belles peintures parmi lesquelles on reconnaît encore, à droite, une figure assise tenant un thyrse, et un héros nu armé dune lance et cïun bouclier. Un autre héros, moins bien conservé, se voit sur le mur, à gauche. Le sanctuaire contient un piédestal de marbre sur lequel avait été une statue impériale, sans doute celle d'Auguste, dont on n'a trouvé qu'un bras tenant un globe. Quatre niches durent contenir les statues des membres de la famille de l'Empereur; deux seulement existaient encore, mais renversées; on les attribue à Livie et à Drusus. La première, à laquelle malheureusement il manque l'avantbras droit, est une des plus remarquables qui soient sorties des fouilles de Pompéi; les draperies surtout sont magnifiques. Ces statues portées au Musée ont été remplacées par des copies en plâtre.

A gauche du sanctuaire est une grande salle r dont la façade devait être soutenue par deux piliers carrés qui eussent posé sur deux dés de marbre blanc encore en place, et dans lesquels, comme dans le stylobate entourant Yarea, on reconnaît le trou et le petit canal pour le scellement. Au fond de la salle est une espèce de tabernacle s élevé de cinq degrés . au-dessus du sol , et un autel / pour les offrandes ou les sacrifices. Les murailles étaient ornées d'élégantes peintures architecturales ; trois panneaux sont assez bien conservés : l'un, sur fond blanc, porte une guirlande de fleurs; les deux autres olïrent, sur fond jaune, deux compositions

1 « Si nous mettons le pied sur la porte du Iriclinium; dit Barré, nous apercevons la table et le parquet jonchés de fleurs qui couronnent aussi les fronts des convives. Les spectacles, les cérémonies profanes, les cérémonies sacrées, la victime, le prêtre, les assistants, l'autel, le temple, tout cela nous envoie des émanations suaves qui charment et captivent notre odorat. Les amants ornent de fleurs les maisons qu'habitent leurs maîtresses. » (Herc. et Pomp., II, 249.)

représentant des Amours dansant, jouant de divers instruments , et donnant à manger à l'aigle de Jupiter. Sur le soubassement sont représentés divers animaux fabuleux.

En avant de cette salle , contre le mur septentrional , est une petite enceinte à hauteur d'appui que l'on croit avoir porté un orchestre ; on y trouva en ellet quelques fragments de flûtes. Au-dessus est une peinture représentant Phryxus sur le bélier.

De l'autre côté du sanctuaire est une salle plus grande u qui , comme celle de gauche, présente à sa façade les deux dés de marbre qui devaient recevoir les piliers ; elle est entourée de trois côtés d'une grande table de pierre au pied de laquelle règne un caniveau de marbre. Le voisinage de la petite porte n et la disposition de la salle portent à croire que ce lieu était destiné au débit de la chair des victimes que les prêtres vendaient au peuple. A côté de la porte était une caisse garnie de sa serrure ., dans laquelle étaient enfermés une pierre gravée , un anneau d'or, 1036 monnaies de bronze et H d'argent qui, probablement, étaient le produit de la vente. On trouva aussi dans cette salle des fragments de grands carreaux de vitre. Des peintures qui décoraient les murailles, il ne reste qu'une grande composition allégorique représentant Y Enfance de Homuîus et Ré?nus, et dans le soubassement quelques animaux chimériques, un masque, des fruits, etc.

Temple de la Fortune. (Pl. J. ) A l'angle de la rue du Forum ab, sur laquelle il n'est pas placé en ligne droite, et de la rue de la Fortune ai, s'élève un temple découvert en J 822 ; lequel, s'il n'est pas un des

plus grands ni des plus majestueux de Pompéi, est au moins un des plus intéressants par le grand nom qui s'y rattache. Il fut consacré à la Fortune par un membre de la famille de Cicéron, ainsi que nous l'apprend l'in-

Plan du Temule de la Fortune.

scription suivante qui se lit sur l'architrave du sanctuaire, aujourd'hui déposée sur le sol.

M. TVLLIVS M. F. D. V. I. D. TER. QVINQ. AYGVR. TR. MIL. A. POP. AEDEM FORT VN AE AVGVST. SOLO ET PEQ. SVA.

« Marais Tullius, fils de Marcus, duumvir, chargé de rendre la justice, élu trois fois Quiuqueyir l, augure, tribun des soldats élu par le peuple, a élevé sur son sol, et à ses frais, le temple de la Fortune Auguste. »

L'absence du surnom de Cicéron fait voir que le Marcus Tullius ici nommé n'était point le célèbre orateur, mais bien son père ou son grandpère. Plusieurs autres inscriptions trouvées dans le même édifice rappellent diverses consécrations; il en est une qui reproduit encore le nom de Marcus Tullius; elle se lisait sur une pierre enfoncée dans le sol, à la droite des degrés du portique, dans un petit terrain d qui, situé au sud du temple, le séparait d'une maison appartenant sans doute à la famille Tullia, car elle communiquait avec le sanctuaire; elle est ainsi conçue :

M. TVLLII. M. F.

AREA PRIVATA.

« Area ou cour particulière de Marcus Tullius, fils de Marcus. »

W. Gell croit avoir reconnu dans cette cour des vestiges de la cuisine et de l'office des prêtres, se fondant sur ce qu'on y a trouvé une tête de Bacchus qui supportait une table ronde, deux coupes, un mortier et d'autres ustensiles de bronze; mais ces salles et ces objets nous semblent, d'après l'inscription , devoir avec plus de raison être regardés comme ayant appartenu à l'habitation de la famille Tullia.

Sur une base de marbre blanc, de forme cylindrique, trouvée dans le temple, on lit :

AGATHE M ERVS VETTI.

SVAVIS CAES1AE PRIME

POTHVS NVMITORI.

ANTEROS LAC VTVLANT.

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