‹ Pompeia décrite et dessinéeChapitre 9 sur 293 · Titus VIII · texte numérisé non relu

Titus VIII

20 POMPRIA.

(JuchiiR'S nuliuiis, tels (juc l^^iwirra cl Liipoiie-Diillicil, ont avancé ([uc Poni[)(.'i n'avail pas (lisi)aru dans r('M'ui)lioii de 71) cl (juc, r(*pardc, elle avait encore snl)sislé jns(in'à l'an /j71, ('po(|n(î à laqnelN^ nn licnihlenienl de terre Taurail dclinilivcincnl en^^loulic; ; ils se fondent sur ce (jui; l^ompéi se trouve encore sur la carie dv l*entin^M'r exécutée à Conslanlinople à la fin du w^ siècle; mais ils ont oublié une remarque bien importante et qui anéantit c()nq)létemenl leur système : c'est que, jusqu'à ce jour, dans les ruines de Pompéi, on n'a pas trouvé une seule imulaille postérieure au règne de Titus et à l'anni'c 79. Si le nom de Pompéi existe encore sur la carte de Peutinger, c'est qu'une partie de ses babilanls avait élevé à quelque distance de la ville détruite un ])ourg qui sans doute en avait pris le nom. Cela est si vrai, (jue Ton a retrouvé, entre Bosco reale et Bosco trc case, au nord de Pompéi et plus près du Vésuve, cette nouvelle Pompéi, qui gardait aussi des bronzes magnifiques et des statues des meilleurs temps, vieux débris arrachés sans doute à son ancienne splendeur; mais les maisons qui renfermaient ces bronzes et ces statues étaient, comme architecture et comme peinture, tellement en désaccord avec ces chefs-d'œuvre de Part, qu'évidemment plusieurs siècles séparaient les uns des autres.

Pompéi n'avait pas été entièrement oubliée dans Pantiquité, car Alexandre Sévère y fit faire des fouilles et en tira une grande quantité de marbres, de colonnes, de statues d'un très-beau travail, qu'il employa dans les constructions nouvelles qu'il faisait élever à Rome. Vinrent enfin la barbarie et ses ténèbres qui recouvrirent ï^ompéi mieux que n'avaient pu le faire les cendres du Vésuve, et la malheureuse ville fut pour longtemps elTacée de la mémoire des hommes.

Nous voyons cependant reparaître les noms de Pompéi, d'Herculanum et de Stabies dans des ouvrages bien antérieurs à leur découverte. On lit dans l'histoire écrite au ix^ siècle par le moine Martin qu'en 838, Sicard, prince de Bénévent, campa avec son armée in Pompcio campo qui a Pompeiâ urbe Campanix nunc déserta nomen accepit. Dès 1/^88, Niccolo Perotto fait mention de ces villes dans ssi Cornucopia; Sannazar parle de Pompéi dans son Arcadia [Prosa, XII.), dont la première édition parut en 1504; dans la carte d'Ambrogio Leone, 1513, on trouve marqué au lieu qu'occupe Portici Herculanemn Oppidum; Leandro Alberti {Descrizione di tuUa l'Italia, 1561) rappelle les villes d'Herculanum, de Pompéi et de Stabies, ensevelies par le Vésuve, indiquant le site où à cette époque on croyait qu'elles avaient existé; dans VHistoria Neapolilana de Giulio Gesare Capaccio, publiée en 1607, on lit un chapitre consacré aux antiquités d'Herculanum ^ Camillo Pellegrino {Appa-

1. Admiramla antiquitatiim Herculanensiuin a claris ItaUs descripta, iUiistrata atque ab obtrectationibus vlndicala. L. I, c. 9.

INTHODUGTION H ISTOH IQU 1< . 24

rata aile cmticliilà di Cnpua, 1G51) dit, en parlant (!«' la \ille dlleiTiilanum, ([u'on pense qu'elle occupait le site actuel de la Torrc del Greco; le dictionnaire j;eograplii(iue de lîaudran, 1682, mentionne les villes détruites; en 1688, Francesco fîalzano publiait VAntico Enolano ovvero la Torrc del Greco lolla daW obblio, plaçant, il est vrai, llerculanuni dans un lieu tout diUérent du véritable; enfin en 1G80, une fouille faite sur remplacement de Pompéi fit trouver quelques fragments de serrures et une pierre où on lisait le mot POMPEI; seulement on en conclut que là se trouvait une villa de PompcM,'. 11 est bien ditlicile de comprendre comment, mentionnée depuis plus de deux siècles par tant d'auteurs différents, Pompéi put rester enfouie pendant 1676 ans, quand la cendre recouvrait à peine le sommet de ses édifices, quand la plus haute muraille du grand théâtre s'élevait au-dessus du sol, quand les remparts, ayant retenu dans leur enceinte toutes les matières que le volcan avait vomies, marquaient distiuclement toute l'étendue de ses constructions; quand le célèbre architecte Dominique Fontana, chargé, en 1392, de conduire les eaux du Sarno à la Torre deW

Découverte d'Herculanum.

Annunziata, creusait un canal souterrain qui traversait la ville et rencontrait souvent les substructions de ses édifices; quand le nom de Cività donné à cet endroit semblait annoncer qu'il reslait encore quelque souvenir de la ville qui y avait existé.

îî POMPK lA.

11 est Iticn plus dtonnant encore de voir Ilcrculanuni, engloutie à plus (le \iiij4l njôlres sous un massif de pierre, se révéler au monde la première; (elle lui pourtanl leur deslinée.

Ku lOS'i, un hoiilanger, creusant un puits à Portici, rencontra (|uelques ruines romaines; ce puits, (jui existe encore aujourd'hui, descendait précisémenl au milieu du lliéAlre d'Herculanum ! Le prince Emmanuel (rKlbœul", Trançais de naissance, envoyé à \a|)les à la lél(; d'une armée impériale, y ayanl épousé la fille du i)iince de Salsa, lit en 1700 l'acquisition du terrain où se trouvait le puits et y bâtit un palais. Vers 1713, en élargissant ce puits, il trouva des marbres donl il orna ses terrasses et ses escaliers et trois statues de femmes drapées qu'il envoya à Vienne, d'où elles sont passées à Dresde. De nouveaux travaux exécutés par ses ordres amenèrent, dit-on, la découverte d'un temple circulaire, soutenu pa^ quarante-luiit colonnes d'albâtre. ■■ • .

Bientôt le gouvernement napolitain intervint et fit suspendre les fouilles, et ce ne fut que plus de vingt ans après, vers 1736, qu'elles furent reprises par ordre du roi Charles III. Une nouvelle entrée fut pratiquée à Résina, el l'on découvrit successivement le théâtre, des basiliques, des édifices privés, des inscriptions et des médailles qui ne laissèrent aucun doute sur l'identitc' de ces ruines avec celles de la malheureuse cité d'Herculanum.

Une anecdote rapportée par Winckelmann ^ peut donner la mesure de l'esprit qui présida à ces premiers travaux, a Au-dessus du théâtre, dit l'antiquaire allemand, il y avait un quadrige, c'est-à-dire un cliar attelé de quatre chevaux; la figure placée dans le char était de grandeur naturelle; ce monument était de bronze doré, et l'on voit encore la base de marbre blanc sur laquelle il était assis. Quelques personnes assurent qu'au lieu d'être un char à quatre chevaux, il y en avait trois à deux chevaux chacun; variété dans les rapports qui prouve le peu d'intelligence et de soin de ceux qui ont conduit cette fouille. Ces ouvrages de sculpture, comme on le croira sans peine, avaient été renversés par la lave, écrasés et mutilés; cependant, quand on les a découverts, toutes les pièces existaient encore. Mais de quelle façon s'est-on conduit lorsqu'on a recueilli ces précieux débris? On les mit pêlemêle sur un chai'iot qui les transporta à Naples ; on les déchargea dans la cour du château, où ils furent jetés indistinctement dans un coin. Ce métal demeura longtemps dans cet endroit, regardé comme de la vieille ferraille; ce ne fut que lorsqu'on se fut aperçu que plusieurs morceaux manquaient pour avoir été dérobés, qu'on résolut de mettre en honneur ce qui en restait; et voici en quoi l'on fit consister cet honneur : on fondit une grande partie du métal pour former en grand les deux bustes du roi et de la reine ! »

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