FRA
Squelette découvert en 1868.
parlerons bientôt des quatre corps moulés en 1863; un cinquième ne date que de 1868 et n’est pas encore exposé à la curiosité des voyageurs; c’est celui qui est conservé dans l’une des salles de l’école
d'archéologie et que nous reproduisons ici.
1. Fr. Niccount., Giornale degli scavi, nuova serie 1868, 1r° liv., p. 14.
Ce malheureux fut trouvé couché à plat ventre dans une pièce à gauche de l’atrium de la maison de Gavius Rufus ; six autres squelettes étaient auprès de lui. Ce moulage, le mieux réussi de tous à l'exception de la jambe gauche qui n’a pu être reproduite, est aussi celui dont l'expression est la plus terrible; c’est la personnification du désespoir poussé à son dernier paroxysme.
Maison DE SALLUSTE, Où D'AGTÉON. Cette maison (PL. 18) doit le premier de ces noms à une inscription qu’on lisait sur son mur extérieur :
G. SALLVST. M. F.
et le second a une des fresques qui la décorent. Elle fut découverte de 1805 à 1809. Quoique moins vaste que celle de Pansa et que
Plan de la Maison de Salluste.
plusieurs autres qui nous restent à visiter, elle n’est pas moins intéressante par ses peintures, par son atrium, l’un des mieux conservés, par son {richinium d'été et surtout par la présence d’un venereum, ou appartement secret. L'espace qu’elle occupe est un quadrilatère irrégulier, mais l'architecte a su à l’intérieur dissimuler cette irrégularité avec une rare adresse.
La façade présente plusieurs boutiques. À gauche est une boulangerie composée de trois pièces, 1, 2 et 3. La première est un fournil où se trouvent trois moulins semblables à ceux que nous avons déjà vus. Un escalier dont les quatre premières marches sont en pierre, et dont les autres étaient en bois, conduisait aux logements situés au-dessus de la boulangerie, et nommés hibernacula. Au fond est le four de forme ovale avec ventilateur et du reste absolument semblable aux nôtres. A
côté une pièce 2, éclairée par deux petites fenêtres donnant sur le xyste,
dut servir de magasin soit pour la farine, soit pour les pains cuits. Dans la salle 3 on pétrissait la pâte et on faisait la cuisine. Les vases pour l'eau et les amphores contenant la farine étaient encore en place. Dans l’un des angles était une pierre d’évier et dans l’autre sont des latrines, aujourd'hui peu reconnaissables, dont la présence en pareil lieu ne doit point étonner, puisque cet usage s’est conservé encore dans beaucoup de maisons de Naples et de Rome.
La boutique 4 communiquait avec l’atrium par une porte, mais elle ouvrait sur le prothyrum par une large baie ménagée au-dessus d'un grand comptoir de maçonnerie dans lequel étaient scellés six vases de terre cuite destinés à contenir l’huile et les olives que le propriétaire de la maison faisait vendre par son dispensator. Au fond de la boutique est un petit cabinet. Afin que les acheteurs arrêtés devant le comptoir génassent moins le passage, on avait donné au prothyrum la largeur exceptionnelle de 3",25.
La boutique 5 entièrement isolée paraît, d’après les objets qu'on y a trouvés, avoir été occupée par un marbrier; elle avait un puits mitoyen avec la boutique 6, qui, ayant un comptoir semblable à celui de la boutique 4 et le fourneau ordinaire, dut avoir une destination analogue ; il est même assez singulier que le propriétaire de la maison ait loué une des boutiques qui en dépendaient à un marchand qui pouvait lui faire une fâcheuse concurrence. Cette boutique est accompagnée de deux arrière-boutiques 7 et 8, qui durent ne servir que de magasins ; la première a une sortie sur la ruelle de Mercure.
Au centre de la façade est la porte d'entrée que flanquaient suivant l'usage deux pilastres surmontés de chapiteaux de fantaisie sculptés dans une pierre de lave tendre et grise. Nous avions vu encore en place un de ces chapiteaux où était représenté un Satyre enseignant à un jeune Faune à jouer de la syrinx; aujourd’hui tout a disparu. À droite du prothyrum 9 est le vestibule 40, salle d’attente pour les clients; ce vestibule a quatre ouvertures : la première, sur la rue, était fermée autrefois par des portes quadrivalves ou pliantes ; la seconde donnait sur le prothyrum et sans doute demeurait toujours ouverte ; la troisième conduisait à l’atrium les clients qui y étaient admis ; la dernière enfin ouvrait sur la petite chambre 414, qui fut la demeure du portier ou celle de l'intendant.
L’atrium À est toscan, avec un compluvium de pierre ; au milieu était une base sur laquelle posait un superbe groupe de bronze, Hercule atteignant à la course la biche aux pieds d’airain, qui jetait l’eau par les naseaux dans une conque de marbre grec. Ce morceau, l’un des plus précieux qui soient sortis des fouilles de Pompéi, est aujourd’hui au musée de Palerme. Derrière cette base était une table de cipollino, dont les pieds de rouge antique avaient la forme des serres d’un aigle.
Les pièces 12, 13 et 1h étaient des chambres à coucher pour les esclaves, ou plutôt pour les hôtes, à en juger par l’élégance de leur décoration. La première surtout était remarquable par sa frise ornée de refends avec de petites colonnes ioniques portant un entablement à triglyphes et denticules, le tout en relief et de stuc.
La pièce 15 était un procælon, ou antichambre servant en même temps à la chambre 14 et à la grande pièce 16 qui fut probablement éclairée par le haut, et dans laquelle Mazois croit voir un triclinium d'hiver, supposition que le voisinage du four du boulanger pourrait rendre assez probable. Cette pièce n’a conservé aucun de ses ornements. 17 et 18 sont deux ailes, alæ, décorées de refends de diverses couleurs avec des moulures et une corniche en stuc; derrière la première est une pièce 20 surélevée de deux marches, qui par un degré donnait accès à des latrines. Sous l'aile 17 et près du tablinum était une espèce de niche qui servait de laraire, comme l’indiquaient les peintures dont elle était décorée. À l’autre aile est attenant un cabinet contenant une banquette de maçonnerie et éclairé par une petite fenêtre ouverte sur le péristyle du venereum; c'est dans ce réduit que se tenait sans doute l’atriensis, esclave préposé à l'entretien et à la surveillance de l’atrium; peut-être aussi cependant pouvait-il servir aux audiences particulières que le patron donnait aux étrangers admis dans l’atrium et qui attendaient assis dans les ailes; nous pensons toutefois que la chambre 20 avait plutôt cette destination. Entre l'aile 18 et la chambre 42 est un corridor 19 qui donne accès au venereum et à gauche duquel se trouve
1. L'atriensis occupait dans la famille un rang supérieur à celui des autres esclaves, témoin ce passage de Cicéron : « Dans une grande famille il y a des esclaves plus élevés, tels que les atrienses , et d’inférieurs, tels que les mediastini. » In magnä familià sunt ali lautiores servi
ut atrienses ; alii inferiore loco ut mediastini. Parav. L. V, 2.
On nommait mediastini les esclaves employés aux plus bas offices, tels que les marmitons, etc.
276 POMPETIA.
la loge où se tenait l’esclave chargé de la garde de cette enceinte interdite au public.
Au fond de l’atrium est le tablinum B, à droite duquel est le corridor C. À gauche est une salle D, communiquant avec le tablinum et avec le portique ; on a Cru y voir un ériclinium d'été, mais je pense que ce fut plutôt une bibliothèque ou une pinacothèque, pièces qui ordinairement étaient voisines du éablinum, ainsi que nous l’avons vu chez Pansa. Sa décoration est semblable à celle des alæ, mais un peu plus riche. On y reconnaît aussi sur la muraille une porte peinte comme celle que nous avons vue à l'édifice d'Eumachia. Derrière le tablinum ouvert au fond presque dans toute sa largeur au-dessus d'un mur d'appui, ou podium haut de 0",95, régnait, au lieu de péristyle, une simple galerie EE soutenue par quatre colonnes et un pilier et ouverte sur le xyste ou parterre. Les chapiteaux des colonnes sont de fantaisie et conservent encore des traces de peinture; on y voit des guirlandes peintes en rouge se détachant sur un fond bleu.
À gauche du portique se trouve en retour un nymphée ou bain domestique singulièrement placé en un tel endroit, et à côté sont un petit fourneau pour l'eau destinée à réchauffer le bain, et une petite pièce 24 qui fut sans doute un cabinet de toilette.
À l’autre extrémité du portique est un passage conduisant à la cuisine 22, où était un fourneau dont on ne voit plus que les restes d’un jambage. Près de l'entrée du passage existent à droite un escalier et une petite chambre 23. Gette partie de la maison est la plus ruinée.
A gauche est un vestibule 24, où se trouvent une sortie dérobée, posticum, et un cabinet d’aisances. En avant du portique E E et en retour s'étend le xyste ou parterre F G HI élevé de quelques marches et dont la forme irrégulière a permis de dessiner d’équerre les autres parties de l’habitation. A l’une des extrémités du xyste se trouve une citerne, puteal, 1, et à l'extrémité opposée est l’élégant ériclinium d'été H. Celui-ci était recouvert d’une treille dont la muraille présente encore les traces; les murs étaient décorés de riches peintures où l’on retrouvait tous les attributs d’une salle de festin, mais qui auJourd’hui ont presque entièrement disparu. Les trois lits en maçonnerie qui entouraient le monopodium ou table à un pied existent encore.
La muraille du xyste faisant face au portique est ornée dans toute
sa longueur d’une caisse de pierre qui recevait des arbustes, et, au-dessus, de paysages avec des treillages, des fontaines, des guirlandes et des oiseaux, le tout partagé par des pilastres, genre de peinture que Vitruve nomme fopia, et que Pline nous apprend avoir été inventé sous Auguste par le peintre Ludius'. Dans le panneau le plus voisin du triclinium est une fontaine dont la partie inférieure, composée d’une vasque de marbre posée sur un piédouche de maconnerie, était seule en relief, le reste étant simplement peint sur la muraille, et représentant une colonne surmontée d’un cerf. L'eau était jetée dans le bassin par une tête de lion en bronze qui a disparu ; mais on voit encore le tuyau qu’elle renfermait.
Triclinium de la Maison de Salluste.
De toutes les pièces que nous avons visitées, il n’en est aucune qui paraisse avoir pu être la chambre à coucher du maître d’une habitation aussi élégante ; il est probable que cette chambre faisait partie du premier étage, qui n'existe plus.
Revenons maintenant dans l'atrium, et pénétrons dans cet appartement secret, ce venereum ou aphrodisium consacré aux orgies, que nous trouvons si souvent mentionné dans Horace, dans Pétrone, dans Suétone, dans Juvénal et dans tant d’autres écrivains de l’antiquité ?. Après avoir franchi le corridor 19, qu’une porte fermait à chaque extrémité, on se trouvait dans un péristyle K L M formé de huit colonnes octogones peintes en rouge, entourant de trois côtés un parterre N. Les murailles