‹ PompeiaChapitre 195 sur 267 · RS ND · texte numérisé non relu

RS ND

Plates-bandes.

pouvaient, ainsi que nous l’avons vu à la maison du Faune, être fermés par des rideaux maintenus par des crochets scellés au haut et au bas des colonnes. Dans l’area, outre un petit compluvium, on remarque dans un coin de singulières plates-bandes dessinées ayec des briques mises de champ, formant quatre demi-cercles concentriques inscrits dans trois

1. Nous avons dit déjà que la dénomination d’atrium corinthien est indépendante de l’ordre des colonnes du portique.

rectangles. Contre le mur à gauche est déposé un beau bloc de marbre dans lequel sont creusés un canal circulaire et un déversoir ; il est évident qu’il appartint à un pressoir. Les pièces qui entourent l’atrium sont petites et sans ornements; il faut cependant en excepter l’unique ala, qui est vaste et pavée en mosaïque, et dont le linteau était porté par deux colonnes; dans ses angles sont déposées deux ollæ, grands vases de terre cuite. Entre les colonnes du portique, en avant de l’ala, est un puteal de marbre cannelé avec les sillons creusés par la corde. La seconde pièce à droite était un réservoir divisé en deux bassins; l’avantdernière du même côté n’a pas plus de 1,20 de large ; c'était un sacelhum au fond duquel est un laraire qu'on avait peu respecté, car on avait agrandi la pièce voisine aux dépens de cette chapelle, et la muraille nouvelle recouvrait une partie du fronton et du pilastre du laraire.

Le péristyle était soutenu par seize colonnes ioniques dont le tiers inférieur est jaune et non cannelé. Les chapiteaux étaient peints des plus vives couleurs ; aussi quelques auteurs donnent-ils à cette habitation Île nom de maison des chapiteaux coloriés. Au centre de l’area est un grand bassin carré de 5" de long sur 1",80 de large et 1" de profondeur, au milieu duquel est une colonne creuse d’où s’élançait un jet d’eau. Au fond du péristyle, entre les colonnes, étaient deux puleal; il ne reste que

celui de droite. Les pièces qui entourent le péristyle conservent presque

toutes quelques peintures, bien que les principales aient été portées au musée.

En entrant par le {ablinum, la seconde pièce qui se présente à droite est une grande chambre à coucher ornée de cartels où sont représentés les combats des Pygmées et des Grues. Du même côté, dans une sorte d’ala, on voit Vénus et Adonis et un Marchand d’Amours, qui rappelle la célèbre composition connue sous le nom de la Warchande d’Amours. Au milieu du pavé est une mosaïque très-fine représentant des poissons. À côté de cette ala est un escalier, conduisant à l'étage et suivi de deux petites chambres autrefois assez élégantes. Au fond du péristyle se trouve, non point l’exèdre ordinaire, mais un second tablinum où l’on descend par deux degrés et qui forme le complément du second atrium que nous décrirons tout à l’heure. À gauche de cette pièce est

une salle dont l’entrée existe dans le corridor conduisant à l’atrium ; les

peintures en sont bien conservées; deux d’entre elles, Ganymède donnant à manger à l'aigle de Jupiter, et Persée montrant à Andromède la téte de Méduse, ont été enlevées et portées au musée ; on voit encore en place les deux Dioscures, le Triomphe de Galatée, et dans le haut plusie urs figures de femme dont une Déesse assise couronnée d'étoiles et tenant une corne d’abondance. Continuant le tour du péristyle, nous trouvons dans une chambre une peinture détruite en partie où se voit encore Apollon assis. Au milieu, du côté gauche du péristyle, est une grande pièce qui dut tenir lieu de l’exèdre qui, comme nous l’avons dit, n’existait pas à sa place ordinaire. Le fond de cette pièce est un hémicycle, avec une niche; parmi les peintures quila décoraient on voit encore les restes d’un sacrifice, Jupiter et Léda, une prétresse recevant une offrande , et Apollon jouant de la lyre devant une femme et un jeune homme armé d’une épée. Enfin dans la pièce qui se trouve à gauche du premier tablinum est la peinture d'Ariane abandonnée qui a donné le nom à la maison; elle est presque entièrement effacée.

Franchissant le second tablinum, on se trouve dans le second atrium , qui est toscan et très-ruiné. Dans son ala de gauche sont un laraire et une peinture très-bien conservée d’Apollon et Daphné; la nymphe est assise et n’est reconnaissable qu'à une petite branche de laurier qui lui sort de la tête ; le haut de la muraille présente en outre plusieurs figures assises ou debout. Le prothyrum est flanqué sur la rue des Augustals de deux boutiques dont l’une fait l'angle du Vico storto.

Fontaine.

Devant celle-ci se trouve une fontaine qui par la forme de son bassin arrondi diffère de toutes celles trouvées jusqu’à ce jour dans les rues de Pompéi. Les dalles qui le composent sont réunies par des crampons de fer.

Revenant à la rue de la Fortune, on trouve presque en face de la

Maison d'Ariane, au coin d’une ruelle, une fontaine surmontée d’une tête de bœuf, et la

* MAISON DU FOURNEAU DE FER, n° 46 (PL. 68). Son atrium était orné de jolis médaillons malheureusement fort effacés, contenant les têtes de Diane, de Vénus, de Bacchus, de Pan, etc. On y voit encore, dans une chambre à droite, Vénus et Adonis, et un joli Amour portant une casselte : dans la pièce voisine du tablinum était peinte une corbeille de fruits, qui à disparu ainsi que les débris d’un fourneau de fer qui existaient dans le péristyle. Une peinture du tablinum a été portée au musée, mais on reconnait sur la muraille quelques traces d’une figure qui paraît avoir été un Adonis. Le fond de cette habitation n’est pas déblayé.

De l’autre côté de la rue est une boutique, n° 13, sur les parois de laquelle existe une peinture très-bien conservée représentant un poisson et une sèche; elle fait partie de la

Maison DE LA cHAsse, n° 44 (PL. 69). Contiguë à celle d'Ariane, cette maison, découverte en 1834, occupe le coin du Vico storto. Son atrium est toscan; au fond du compluvium était une très-belle mosaïque présentant au centre un petit masque scénique. Sur la muraille à droite sont peintes deux bacchantes. Dans la première chambre du même côté, on voit Léda, Vénus péchant, les têtes d’Apollon, de Mercure, de Jupiter et de Diane, enfin deux petits génies. Une autre peinture a été enlevée et portée au musée. L’ala unique, placée à droite de l’atrium , présentait au milieu de belles architectures un guerrier et un Mercure dont il ne reste presque plus de traces. Dans la chambre à droite du tablinum étaient un Faune el une bacchante dansants, mais cette peinture a beaucoup souffert. Deux compositions ont été enlevées des parois du tablinum; l'une, à droite, représente Ariane remettant le peloton à Thésée ; à gauche étaient Dédale et Pasiphaë. On voit encore en place plusieurs génies et six petites scènes de chasse; le pavé est en mosaïque blanche et noire. '

Le péristyle , que la forme du terrain a forcé de faire obliquer vers la droite, n'a de portiques que de deux côtés soutenus par six colonnes doriques, dont la partie inférieure est peinte en rouge, et qui sont réunies à leur base par un pluteus. On voit à gauche, au-dessus de leur entablement, un tronçon de colonne encore debout, qui indique

qu'il existait un second ordre. Au milieu de l’area est un grand bassin

rond en stuc de 2",60 de diamètre et 1",35 de profondeur. Sur la muraille du fond est la grande peinture qui a donné le nom à la maison; elle représente une de ces chasses qui avaient lieu dans l’amphithéâtre. On y voit à droite un bestiaire perçant un sanglier avec un épieu; à gauche un lion poursuivant un taureau aux flancs duquel un tigre est déjà cramponné; sur le second plan un autre chasseur vient de tuer un ours et se prépare à en attaquer un second; enfin, au dernier plan, des biches s’enfuient effrayées. Sur le mur à droite sont des paysages trèseffacés. Au-dessus est une belle corniche bien conservée de stuc richement colorié. Dans une pièce à gauche du péristyle on voit deux peintures médiocres , Apollon chez Admète et Diane surprise par Actéon ; une troisième composition a été enlevée à cause de l’obscénité du sujet. Cette salle présentait une particularité fort curieuse qu'à notre grand regret on a fait disparaître récemment; elle avait été fouillée par les Pompéiens , et on voit dans le mur à droite le trou par lequel ils s’étaient introduits ; à côté on avait conservé un massif de cendres contenant la petite galerie qu'ils avaient creusée et qui conduisait à une autre ouverture percée dans le mur opposé; ce massif de cendres d’un intérêt si palpitant n'existe plus. On a trouvé dans cette maison divers comestibles et surtout une grande quantité d'œufs, un poids de marbre , des vases de terre cuite et plusieurs objets de bronze tels qu'ornements de porte, ferrures de caisse, etc., qui ont fait désigner par quelques auteurs cette habitation sous le nom de Waison des bronzes.

Tournant à gauche dans le Vicolo degli Scienziati , ruelle en partie déblayée qui continue le Vico storto , on trouve de suite à droite le

Granp Lupanar (P£. 70). Voici la première fois que cette maison, découverte en 1845 devant les savants du vri° congrès italien, recoit cette dénomination infamante; je crois cependant qu’elle peut lui être justement appliquée. Sans parler de son voisinage du Vico slorto, que tout annonce avoir été, au moins en partie, consacré à la débauche, les nombreuses inscriptions gravées à la pointe sur toutes ses murailles me paraissent ne laisser aucun doute *. Qui eût osé en tracer de semblables

sur les parois d’une habitation respectable? Il suffira de citer quelques

1. ILen est une surtout qui, plus qu'aucune autre, viendrait à l’appui de notre opinion; mais, ; q ,

pour cette raison même, nous ne pouvons la transcrire ici. On la trouvera dans le recueil des

INSCRIPTIONS GRAVÉES AU TRAIT SUR LES MURS DE Pompét. Pr. A, 2.

exemples des plus décentes parmi celles qui nous ont été conservées par

ceux qui ont pu les déchiffrer lors de leur découverte, car aujourd’hui presque toutes ces inscriptions sont illisibles. Nous avions encore pu en 1854 distinguer sur le pilier qui sépare deux chambres à gauche de l’atrium les premiers mots de celle-ci :

CANDIDA ME DOCVIT NIGRAS ODISSE PVELLAS.

Au-dessous était écrite cette réponse maligne : ODERIS SED ITERAS ... NON INVITVS AMABO qui paraît devoir être lue

Oderis sed iteras : ego non invitus amabo.

SCRIPSIT VENVS PHYSICA POMPEIANA.

NOLANIS FELICITER STABIANAS PVELLAS.

Dans l’atrium toscan de cette maison est un compluvium de marbre blanc en tête duquel est une petite niche en marbre et en mosaïque grossière” d’où l’eau tombait dans le bassin par un tuyau de bronze qui existe encore; derrière est une table de marbre blanc portée par quatre pieds de brocatelle? terminés par des griffes.

Le péristyle n’est entouré que d’un côté et demi par des portiques soutenus par quatre colonnes ioniques réunies à leur base par un pluteus qu'interrompent un puits et son auge. Au fond se trouve une charmante fontaine de mosaïque et de coquillages d’une parfaite conservation; elle à la forme d’une niche contenant un petit piédestal qui soutenait une figure jetant de l’eau. Cette fontaine est reportée à droite hors de l’axe de l’atrium.

Sous le portique à gauche est un petit laraire, niche carrée au fond de laquelle est peint un serpent dévorant une offrande.

Plusieurs peintures de cette maison sont aujourd’hui détruites : quelques autres ont été portées au musée; elles représentent Ariane aban-

Page 1