Pompes Il, p
Maison DE SiRICUS (PL. 14h), portant le n° 16 de la Via del lupanare!. Le nom du propriétaire de cette habitation n’est pas douteux; il est encore tracé en grandes lettres rouges à droite de la porte; il avait déjà été lu en 1851 sur un pilier près de l’entrée de la grande maison que nous verrons avoir été jointe à celle-ci; enfin ces preuves ont encore été corroborées par la découverte du sceau même de Siricus. Sa maison, fouillée en 1862, n'a pas de boutiques ; sa porte à deux battants était revêtue de nombreuses têtes de clous en bronze, bullæ?, dont 85 furent retrouvées. M. Fiorelli a pu faire mouler plus de la moitié de cette porte sur l'empreinte qu’elle avait laissée dans les cendres durcies.
Le prothyrum, sans aucun ornement, a un seuil de pierre volcanique; on voit dans le haut de ses murailles restées blanches les trous des poutres qui soutenaient le premier étage. Le pavé en opus signinum, et semé de petits cubes de marbre blanc, présente au fond cette inscription en mosaïque : SALVE LVCRV?, « Gain, je te salue.» D’après un tel souhait, même sans autre preuve, on pourrait supposer presque avec certitude que Siricus était négociant. Sous le pavé est un chenal qui conduisait les eaux dans la rue et que l’on pouvait nettoyer au moyen de deux petits regards fermés par des plaques de marbre blanc. On trouva dans ce prothyrum une lampe de bronze et plusieurs de ces cylindres d'os qui servaient de charnières“.
En entrant dans l’afrium on voit de suite à droite une pierre sur laquelle reposait un coffre-fort maintenu par un boulon qui existe encore en partie. Les murailles couvertes d’un ciment grossier n'avaient pas
1. Cette maison a été décrite par Fiorelli dans le Giornale degli scavi, 1862, p. 1 et suiv. Nous: ferons plus d’un emprunt à cet important travail. 2. « Ne t’ai-je pas ordonné de rendre brillants les clous de cuivre de la porte ? »
Jussin’in splendorem dari bullas has foribus nostris ? PLAUT., Asinaria, ACt. II, sc: 1v, v. 21.
3. Cette suppression de la lettre M à la fin du mot {ucrum n’est pas sans exemple; Fiorelii (Giornale degli scavi, 1862, p. 6) cite une autre inscription trouvée dans une boutique de la rue de la Fortune où elle existe également : LVCRV ACCIPE.
4. C’est la maison d’Argus à Herculanum, qui la première donna la solution d’un problème archéologique cherché vainement depuis longtemps. On trouve sans cesse dans les ruines romaines ces tubes en os percés de quelques trous et que l’on avais pris pour des fragments de flûte sans qu’on eût sérieusement tàché de comprendre la manière de les ajuster. Dans cette maison d'Herculanum, on découvrit les restes d’un coffre de bois où l’on vit que ces tubes placés les uns au bout des autres n'étaient autre chose que des charnières que traversait une tige de bois. (V. FIoRELLI, Giornale degli scavi, 1862, p. 6.)
POMPETA.
encore reçu leur décoration et forment un singulier contraste avec
les peintures élégantes de plusieurs des pièces voisines. Au milieu de
l'impluvium est un compluvium de marbre blanc ayant à sa droite un
puteal de pierre calcaire fendu et ayant été raccommodé par les anciens.
Au bout du bassin, dont le milieu conserve l’embouchure de bronze d'un jet d'eau, est une petite table carrée, un monopodium, et derrière elle un piédestal de marbre qui dut porter une figure ou un animal jetant de l’eau qui arrivait par un trou encore visible. En arrière de la fontaine est une autre table rectangulaire de marbre blanc plus grande que la première, mais portée également par un seul pied cannelé; la tranche de sa tablette est ornée de deux petites têtes de lion en relief.
À la droite du prothyrum est une chambre à coucher pour deux esclaves, reconnaissable aux entailles faites dans les parois pour les chevets de deux lits ; elle est éclairée par une fenêtre grillée percée dans le haut de la muraille, qui est blanche et ornée seulement de quelques vases, cygnes, griffons, etc. On y trouva un vase de bronze et des clous de fer tombés de la charpente du plafond.
Le côté droit de l’atrium n’a pas de chambres, mais seulement une grande muraille conservant les traces d’une armoire de bois qui contenait des ustensiles de verre, de terre cuite et de métal, et deux entailles verticales de 0",08 de profondeur sur 0",43 de largeur où étaient encastrés deux poteaux, deux antes qui s’élevant jusqu’au toit en soutenaient les principales poutres. Au fond de l’atrium est à droite une petite chambre sans ornements ayant communiqué avec le tablinum par une porte qui avait été condamnée au moyen de grands carreaux de plâtre et transformée en une armoire garnie de trois tablettes dont on voit encore l’indication.
Quant à la salle qui occupe la place ordinaire du tablinum, elle est entièrement ouverte par devant, mais fermée des trois autres côtés ; l’absence de toute décoration fait penser que ce fut une espèce de bureau, de comptoir. On y trouva, le 43 février 1862, les ossements d’un chien et divers objets parmi lesquels un sceau de bronze portant le nom SIRICI en relief, une belle bague ayant pour chaton une tête d'homme gravée sur cornaline, beaucoup d’ornements et deux serrures provenant d’une grande caisse dont 128 cylindres d'os composaient les char-
nières‘. Dans ce coffre restaient des débris de tissus qui pourraient faire croire que c'était de ce genre de marchandises que Siricus faisait commerce. 3
Revenant au prothyrum nous trouvons à sa gauche, une grande chambre pavée en opus signinum ayant sur la rue une fenêtre large de 0",80, haute de 0",60, conservant quelques restes de sa grille. La décoration de cette pièce était simple, et ses peintures ont en grande partie disparu; on voit cependant encore, dans des panneaux blancs encadrés de lignes jaunes et rouges, des architectures, deux paysages, quelques oiseaux, un cerf et un carquois, un griffon et une lyre, etc. Sur le soubassement noir sont des plantes aquatiques. La symétrie de cette pièce était gâtée par un escalier qui, appliqué à la muraille du prothyrum, en transformait une partie en mansarde. Cet escalier, qui conduisait à un étage porté par des solives dont les trous sont encore visibles, était en bois; il avait son entrée sous le portique de l’atrium immédiatement à côté du prothyrum. Un meuble de bois, garni de gros anneaux, de poignées, de serrures et de bulles, était appuyé contre la paroi gauche de la salle, et à côté était un beau candélabre dont la base était ornée de masques scéniques.
À gauche de l’atrium est une grande et belle salle, une exèdre pavée en opus Signinum, à l'exception d’un grand panneau qui en occupe le centre et qui est formé de carreaux de jaune antique et d’un carreau double de marbre violet. Ce panneau est entouré d’un rinceau de mosaïque blanche et noire qui, du côté de l’entrée, s’étendait jusqu’au seuil. Les murs conservent de remarquables peintures. À droite est Vulcain présentant à Thétis le bouclier d'Achille; une femme ailée placée derrière la déesse lui indique avec une baguette les détails de cette œuvre merveilleuse *, où sont retracés, suivant la description homérique*, les signes du zodiaque et plusieurs constellations. Sur un cippe et sur le sol sont déposés le casque, les jambières et la cuirasse qui complètent l’armure.
Sur la muraille du fond est représenté Hercule ivre“, couronné de
1. FioreLur, Giornale degli scavi, 1852, p. 10. — Le nombre de ces charnières nous paraît énorme pour un seul coffre; n’y en avait-il pas plutôt deux, comme semblerait l'indiquer la présence de deux serrures?
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