CHAPITRE IX
L est impossible de quitter les bords du golfe de Naples sans donner un coup d'œil à la ville qui partage avec Pompéi une célébrité que toutes deux doivent surtout à la catastrophe qui les fit dis-
paraître pour plusieurs siècles de la surface du globe. Peu à peu Pompéi renaît à la lumière; malheureusement il ne saurait en être de même d’'Herculanum englouti à une profondeur considérable augmentée encore par les éruptions successives, d'Herculanum qui, surmonté des deux villes de Portici et de Resina, semble condamné à rester à jamais enseveli dans son linceul de cendres pétrifiées. Dans quelques parties seulement plus éloignées du Vésuve, et plus voisines
de la mer, les couches de lave et de cendres sont moins épaisses, et quelques édifices ont pu être déblayés à ciel ouvert‘. En toute autre contrée ces découvertes seraient bien intéressantes, bien précieuses , et
ici encore, quoique le voisinage de Pompéi leur enlève une grande par-
tie de leur valeur, le voyageur instruit ne regrettera pas de leur consacrer quelques instants. Toutefois, dussent ces ruines souffrir de la comparaison, nous conseillerons de ne les visiter qu'après avoir étudié Pompéi, dont les édifices mieux conservés et entièrement dégagés rendront compréhensibles les maisons moins complètes d’'Herculanum, et surtout son théâtre qu'on ne peut visiter que par fractions et à la lueur incertaine des flambeaux.
Herculanum parait avoir été une ville plus artistique que Pompéi, dont presque tous les habitants se livraient au commerce, et généralement les peintures, les marbres, les bronzes ? qu’on y a trouvés sont supérieurs à la plupart de ceux qui sont sortis des ruines de sa rivale.
Les fouilles d'Herculanum n’ont jamais été suivies d’une manière méthodique et régulière, et, ainsi que nous l’avons dit dans l'introduction de cet ouvrage, la plupart des édifices ont été remblayés après qu'on en eut retiré tous les objets portatifs et trop souvent sans qu’on eût pris le soin de relever un plan de ces constructions condamnées cette fois à disparaître pour toujours. On chercherait même en vain dans les catalogues du musée de Naples la désignation précise des monuments où furent découverts la plupart des objets d’art provenant des premières fouilles.
Avant de passer à la description des édifices peu nombreux qu'il nous est donné de visiter aujourd'hui, jetons un coup d’œil rapide sur ceux dont le souvenir nous à été conservé par les auteurs contempo-
rains de leur renaissance éphémère. Rien du reste n’est plus difficile
1. Pendant nombre d'années, les fouilles d’Herculanum ont été interrompues; le roi d'Italie Victor Emmanuel II vient d’accorder sur sa cassette une première somme de 30,000 fr. et il a tenu à honneur de présider lui-même à la reprise des travaux.
2. Nous consignerons ici une remarque assez singulière qui jusqu'ici n’a été démentie par aucune découverte. Par l'effet sans doute de la différence des matières qui ont englouti les deux villes, les bronzes d’Herculanum sont revêtus d’une patine d’un vert plus ou moins foncé, comme tous les bronze antiques, tandis que ceux de Pompéi sont couverts d’une couche d'oxyde du plus beau bleu d’outremer, ce qui les rend facilement reconnaissables.