ANNIS LVII
« C. Munatius Atimetus vécut à7 ans. »
ToMBEAU DE LA FAMILLE NisracipiA (PL. 27). Ce monument, qui suit celui de Nævoleia, et qui fut découvert en février 1813, n'est qu’une enceinte ou sepulcretum fermée par un mur à hauteur d'appui, sans entrée, et contenant deux petits cippes de marbre, deux columellæ de hauteur inégale ?. Devant eux sont de petites dalles de marbre où l’on déposait des offrandes et un vase assez profond enterré dans le sol qui dut recevoir soit des libations, soit de l’eau ou de la terre pour
4. Dans l’INTRoDuGTION A L’HISTOIRE DE FRANCE, PL. 32, j'ai donné un cippe funéraire du musée d'Avignon, offrant, entre deux faisceaux, un bisellium, sorte de pliant d’une forme toute différente.
2. Lorsque M. Bonnucci fit fouiller cette enceinte en 1828, on y trouva un pot de terre rempli de cendres parmi lesquelles étaient une monnaie de bronze, des os, du bois carbonisé et des écailles d’huître, restes sans doute du repas funèbre.
102 POMPEITA.
conserver ou planter des fleurs. Ces deux cippes portent des inscrip-
tions :
NISTACIDIAE SCAPIDI.
« À Nistacidia, femme ou fille de Scapidus. »
NIS TACIDIVS HELENVS. PAG.
« Nistacidius Helenus, maître du bourg. »
Une troisième inscription, qui se lit sur le devant de l’enceinte,
reproduit le nom du même personnage :
NISTACIDIO HELENO MAG. PAG. AVG.
NISTACIDIO IANVARIO MESIONIAE SATVLLAE IN AGRO PEDES XV IN FRONTE PEDES XV
« À Nistacidius Helenus, maître du faubourg Augusto-Félix. A Nistacidius Januarius et à Mesionia Satulla. En profondeur 15 p., en façade 15 p.t»
Les mesures indiquées par les derniers mots de cette inscription ont permis de déterminer par leur comparaison avec le monument luimême la longueur du pied en usage à Pompéi, et de la fixer à 0",287. On à par ce moyen acquis la preuve que les Campaniens avaient adopté le pied romain dont telle est précisément la longueur indiquée par plusieurs monuments antiques ?
1. C'était un usage très-répandu chez les Romains que celui d’indiquer ainsi l'étendue du terrain consacré à une sépulture et dont parfois ne pouvaient pas disposer les héritiers.
« Ce cippe indiquait mille pieds en façade et trois cents en profondeur, annonçant que le monument ne passerait pas aux héritiers. »
Mille pedes in fronte, trecentos cippus in agrum Hie dabat, hœredes monumentum ne sequeretur.
Horn. L. I. Sat8.
Suivant la loi romaine, tout bien meuble ou immeuble ne pouvait appartenir qu’à des vivants, et c'est par une exception toute spéciale que les tombeaux pouvaient être possédés par le mort qu'ils renfermaient. Aussi, soit que le défunt l’eût fait graver de son vivant, soit qu'il l’eût ordonné par son testament, on lisait souvent sur le tombeau la formule qui lui en garantissait la propriété à perpétuité, hoc monumentum hœredes non sequitur, ordinairement abrégée ainsi : H., M. H. N.S.
2. Suivant les nouvelles recherches du commandeur L. Canina, la longueur réelle du pied romain aurait été de 0”,29635, Le mille romain, se composant de 5,000 pieds, avait par conséquent 1,481M,75,
TomBEAU DE CALVENTIUS QuiErus (Pr. 28). Ce monument (Planche IIT, 2° tombeau à droite), d’un très-beau style, découvert en janvier 18138, offre dans sa forme beaucoup d’analogie avec celui de Nævoleia Tychè; il est de même renfermé dans une enceinte ; seulement, le massif de maçonnerie qui supporte le cippe de marbre est plein et ne contient pas de chambre sépulcrale, d’où l’on doit conclure que ce monument ne fut qu'un cénotaphe.
Sur la partie antérieure du cippe qui repose sur trois degrés de marbre et se termine, comme celui de Munatius, par un riche coussinet orné de têtes de bélier, on lit, au milieu d’un élégant encadrement de rinceaux et de feuilles d’eau, l'inscription :
C. CALVENTIO QVIETO AVGVSTALI HVIC OB MVNIFICENT. DECVRIONVM DECRETO ET POPVLI CONSENSV BISELLII HONOR DATVS EST
« À Caius Calventius Quietus Augustal. À cause de sa munificence 1, l'honneur du Bisellium lui a été décerné par décret des Décurions et du consentement du peuple. »
Au-dessous est représenté le bisellium qui, par sa richesse et son élégance, diffère sensiblement de celui de Munatius; mais comme la forme est la même, je croirais volontiers que le premier est resté inachevé et privé des ornements qu’il devait recevoir. Le suppedaneum ou tabouret n’est dans les deux monuments qu’un simple bloc carré.
Les deux faces latérales du cippe sont ornées de couronnes de chêne entourées de bandelettes, ce qui a fait supposer qu’à l’honneur du bisellium Calventius joignait l'honneur bien plus insigne de la couronne civique. L’enceinte où s'élève le tombeau est d’une étendue d'environ 5",70 en tous sens ; ses murailles en maçonnerie sont revêtues d’ornements en stuc et surmontées d’acrotères décorés de bas-reliefs
dont il ne reste que la trace. On y distingue une Renommée les ailes
4. Rien ne nous fait connaître quel genre de libéralité avait valu cette distinction à C. Quiétus; mais nous voyons par cet exemple, ainsi que par plusieurs autres, qu’elle pouvait s’obtenir pour de l’argent, et souvent même à peu de frais; témoin une inscription trouvée à Suessa et publiée par Gruter (Thesaur., CCCCLXXV, 3); elle nous apprend que le peuple avait accordé les honneurs du bisellium à un certain C. Titius Chrésimus pour un don de mille sesterces, environ 200 fr. de notre monnaie,
10% POMPETA.
déployées et tenant une trompette recourbée; une Victoire portant un étendard, veæillum, Œdipe devinant l'énigme du sphinx , Thésée au repos s'appuyant sur la massue de Périphétès, trophée de sa première victoire; enfin, une femme les cheveux épars, tenant un vase et un flambeau, et dans laquelle on croit reconnaître une de ces Præficæ * ou Bustuariæ *, qui figuraient dans les cérémonies funèbres. Le mur qui forme le fond de l'enceinte est surmonté d’un large fronton qui présente de beaux détails d'architecture exécutés en stuc. Son tympan contient un cartel de marbre soutenu par deux Renommées et trois serres de griflon; ce cartel, qui n’a jamais reçu aucune inscription, est surmonté d'une tête de Méduse.
L'absence totale de porte, tant à l’enceinte qu’au soubassement du tambour , avait fait croire qu'en pénétrant dans l’intérieur on trouverait quelque trésor caché ; on brisa le monument du côté de l’ouest, et alors on s’aperçut qu'on venait de commettre un sacrilége inutile.
Entre ce tombeau et le suivant est un assez grand espace vide (PL. 29), fermé seulement du côté de la rue par un mur d’appui; il ne contient qu'une petite borne sépulcrale ou columella renversée, mais il devait sans doute renfermer un monument que la destruction de Pompéi aura empêché d'élever.
ToMBEAU ROND (PL. 30). Ce grand tombeau, découvert en août 1812, diffère essentiellement par sa forme de tous les autres; c’est une tour ronde en maçonnerie recouverte de stuc figurant des assises de pierres de taille, et reposant sur un soubassement qui était peint en rouge. Par une petite porte, haute de À mètre et large de 0",60, on entre dans l'enceinte où, après avoir gravi quatre degrés, tourné autour du monument et monté encore quatre marches, on trouve à la face postérieure l’étroite entrée, récemment murée, de la chambre sépulcrale, qui n’a que 2 mètres de diamètre, et qu’ornent de gracieuses peintures
représentant des animaux et des arabesques. Dans les trois niches, dont
la principale seule est cintrée, sont des urnes engagées entièrement dans
1. Les Prœfcæ étaient des femmes que l’on payait pour chanter les louanges du défunt : Prœæfica dicta, ut Aurelius scribit, mulier ad luctum quæ conduceretur quæ ante domum mortui laudes ejus caneret. Varro, De lingu& latinä, L. VII, 70.
2. La Bustuaria, ainsi que son nom l'indique (bustum , bûcher), était payée pour pleurer auprès du bûcher.
la maçonnerie. La voûte de cette chambre est fort remarquable par l’analogie qu'elle présente avec les dômes des appartements turcs; sa décoration consistait en petites fleurs jaunes et rouges entourant une tête peinte au centre de la partie plane. Sur la corniche où la voûte prend naissance étaient disposées plusieurs lampes. Ce monument s'élève au milieu d'une enceinte dont les murailles sont surmontées d’acrotères comme celles du tombeau de Calventius. Parmi les bas-reliefs qui les décorent, on remarque une femme tenant une bandelette et une patère, faisant une offrande sur un autel funéraire, acerra, et une autre femme déposant une bandelette sur le squelette de son enfant ‘. Aucune inscription n’a fait connaître le nom de la famille à laquelle cette sépulture était consacrée. Sur le mur de face est une tablette de marbre qui devait sans doute recevoir l’épitaphe qu’on n'eut pas le temps d’y graver.
Tombeau de Scaurus. Tombeau rond.
TOMBEAU DE ScAURUS (PL. 31). Ce tombeau, découvert en août 1812”, était sans aucun doute, au point de vue archéologique, le plus intéressant de tous ceux découverts à Pompéi; sa disposition est à peu près la même que celle des monuments de Nævoleia et de Calventius, mais les matériaux en sont moins riches. Le cippe, élevé sur trois gradins et reposant sur le soubassement qui contient la chambre sépulcrale, n'est qu'un massif carré en briques dont le couronnement n’existe plus. Le devant est couvert d’une plaque de marbre dont un angle est brisé, ce qui avait malheureusement fait disparaître quelques lettres de l’inscription qui récemment a été complétée :
1. Cette scène touchante est assez bien conservée. 2. Poup. ANT. Hisr., III, 91.
POMPEÏIA.
A. VMBRICIO A. F. MEN.
SCAVRO I NIR TD HVIC DECVRIONES LOCVM MONVM.
ET H$ x IN FVNERE ET STATVAM EQVESR.
FORO PONENDAM CENSVERVNT SCAVRVS PATER FILIO
« À Aulus Umbricius Scaurus Menenius !, fils d’Aulus, duumvir chargé de rendre la justice, les Décurions ont décerné l’emplacement d’un monument, deux mille sesterces ? pour ses funérailles et une statue équestre dans le forum. Scaurus père à son fils 3, »
Le grand soubassement élevé sur trois degrés présentait deux rangœées de bas-reliefs en stuc, autrefois coloriés, monuments des plus curieux; moins de deux ans après leur découverte, dans la nuit du 5 mai
1814, une forte gelée avait déjà fait tomber plusieurs figures; on
chercha à assurer les autres par des crampons, ce qui n'empêcha pas
entièrement un nouveau désastre ayant la même cause en février 1816. Nous avions cependant encore vu une grande partie des figures en 1830; à chacun de nos voyages, nous en avons trouvé quelques-unes de moins, et aujourd’hui tout a disparu, à l’exception du bas-relief placé au-dessus de la porte. Heureusement Mazois® et Millin’ avaient pu dessiner ces” sculptures si précieuses peu de temps après leur découverte. Peut-être nos lecteurs nous sauront-ils gré, bien que les monuments n'existent plus, d’en donner ici une description empruntée en partie aux ouvrages des deux antiquaires français, en partie à nos propres souvenirs.
« La rangée supérieure des bas-reliefs se prolongeant au-dessus de la porte représentait les combats de gladiateurs qui eurent lieu aux funérailles de Scaurus et fournissait les renseignements les plus précieux sur leur armement et leur manière de combattre; on y comptait huit paires de gladiateurs de différentes classes. »