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4. Ausone, interprétant un passage d'Homère, désigne sous le nom de chalcidicum la salle que le poëte fait traverser à la nourrice Euryclée, courant annoncer à Pénélope le retour d'Ulysse (Odyssée, ch. XXII). Arnobe, apologiste de la religion chrétienne, qui écrivait dans les premières années du 1v° siècle, s’écrie : « Je voudrais bien voir vos dieux et vos déesses pêle-mêle dans vos grands chalcidiques et dans ces palais du ciel. » « On écrit, dit-il ailleurs, que vos dieux font leurs festins dans de grandes salles à manger qui sont aux cieux, et dans des chalcidiques tout d’or. » (ArNo8., L. III.) Suivant Leo Battista Alberti, le plus ancien des critiques en cette matière, les chalcidiques auraient été une galerie transversale, une sorte de transept placé aux côtés du tribunal des basiliques et donnant par conséquent à l'édifice la forme d’un T. La vérité, et en Cela nous sommes d'accord avec le savant architecte florentin Becchi qui à publié une dissertation

nous croyons devoir adopter l'opinion qui fait du chalcidique une grande salle placée en avant de l'édifice, une sorte de porche de vaste dimension ; quant au mot, la majorité s'accorde à le faire venir du nom du lieu où cette disposition aurait été inventée, Chalcis, ville d'Eubée. Ceci posé, arrivons à la description du monument; après en avoir examiné les diverses parties, nous verrons s’il est possible d’en déduire quelques renseignements positifs sur sa destination. é D'abord se présente sur le Forum un grand portique À, long de 39",90 et large de 12",50, s’avançant jusqu’au bord de l’Area et conservant quelques restes d’un pavé de marbre blanc. Aux colonnes étaient adossés des piédestaux a que durent surmonter des statues et que Gell

Nnuos

Plan de l'édifice d'Eumachia.

a pris, à tort selon nous, pour les restes de piliers carrés qui eussent porté le plafond de cette salle dans laquelle nous croyons devoir reconnaître le chalcidique. D’un examen plus approfondi du plan du monument entier, nous croyons pouvoir conclure que l'édifice d’'Eumachia étant antérieur au Forum, et ne lui étant pas perpendiculaire, le chalcidique et les autres constructions f d en avant du monument durent être

sur la question qui nous occupe, la vérité nous paraît être dans ce passage de Vitruve : sin autem locus erit amplior in longitudine, chalcidica in extremis constituantur. L’incertitude est venue d’une fausse interprétation de ce passage ; on en a traduit les premiers mots : mais si le terrain le permet... Ge n’est pas rendre la pensée de l’auteur. Vitruve a fixé par des règles le rapport de la longueur de la basilique avec sa largeur, et c’est alors qu’il ajoute : « mais si le terrain est trop long (en proportion de la largeur) on construira à l’esctrémité des chalcidiques. »

Il est évident que Vitruve indique ici d’une manière positive que le chalcidique était une grande salle précédant la basilique, et non pas une addition latérale comme le veut L. B. Alberti, puisqu’en adoptant sa supposition, le chalcidique aurait élargi le plan de la basilique au lieu de diminuer sa longueur. Quant à l’origine du mot, Festus, qui à la vérité emploie celui de chalcidonium, dit formellement que c'était une sorte de bâtiment qui avait pris son nom de la ville de Chalcis où il avait été inventé.

modifiés pour les raccorder avec lui, ainsi que nous avons vu qu’on l'avait fait au temple d’Auguste.

Au fond du chalcidique nous trouvons l’entrée principale b, large

de 3,90, et s’évasant vers l’intérieur. Cette porte était ornée d’un magnifique chambrale en marbre blanc décoré d’élégants rinceaux; ce chambranle a été porté au musée. Le seuil en marbre, d'un seul morceau , conserve encore les trous qui recevaient les verrous, et les traces des crapaudines où s’emboîtaient les pivots des portes. Sous ce passage sont les entrées des petites salles /, dans l’une desquelles, située à droite, on voit les restes d’un escalier qui dut conduire à quelque galerie supérieure dont il n’existe plus de trace aujourd’hui.

Aux côtés de la porte sont deux grandes niches semi-circulaires c, qui conservent quelques restes de leur revêtement de marbre africain et deux autres renfoncements carrés d remplis jusqu’à la hauteur de 1,40 et formant ainsi deux espèces de tribunes où l’on arrivait par de petits escaliers pratiqués à côté. Elles ont pu servir soit à publier les édits relatifs au commerce, soit plutôt à vendre à l’encan certaines marchandises. Les quatre trumeaux qui séparent la porte, les deux niches et les tribunes, présentent autant de petites niches carrées e qui durent contenir des statues dont les socles sont encore en place.

Des traces de grilles, visibles surtout à l'extrémité du portique dans deux seuils de marbre sur la rue de la Fontaine-d'Abondance, permettent de croire que ce vestibule pouvait être fermé, et ainsi, étant interdit au public, interrompre la circulation sous les portiques du Forum, nouvelle preuve à l'appui de la supposition que là était le chalcidique.

Le chalcidique, comme tout le reste de l'édifice, est construit en briques recouvertes d'un enduit qui lui-même avait été décoré de plaques de marbre qui étaient enlevées à l’époque de la catastrophe. On en à trouvé un grand nombre en magasin dans les réduits f compris entre les deux murs de la façade‘. Il est évident que, de même que tout le Forum, l'édifice d'Eumachia était en pleine restauration; un bloc de marbre fut trouvé avec une ligne tracé au blanc pour guider la scie de

1. Dans la petite pièce à gauche de l'entrée on trouva en outre, le 3 janvier 1820, un anneau d'or avec émeraude et plusieurs monnaies de bronze de grand module,

} l’ouvrier ; les colonnes, les statues de marbre avaient été emportées.

Quelques auteurs ont cependant pensé que les Pompéiens, après la destruction de leur ville, avaient pu opérer ici des fouilles pour retirer ces précieuses colonnes, ainsi qu’on à la certitude qu'ils le firent dans quelques autres endroits de la ville.

Après avoir franchi la grande porte, on trouve une vaste cour ou impluvium B, autrefois pavée de marbre, longue de 37",70 et large de 19",16, entourée d’un caniveau, et qu'environnait le portique CDEF mentionné dans l'inscription. Sur le sol de cette cour, et au pied de la colonnade, étaient des piédestaux de marbre blanc qui semblaient avoir servi de support à des tables de même matière, puis des pierres légèrement creusées dans lesquelles on a cru voir des cuves destinées au lavage; nous reviendrons sur ce sujet. Dans l’axe de la porte existe sur l’Area une embouchure de citerne W, dans laquelle on pouvait descendre par l’ouverture placée au centre B, et fermée par une dalle dont l'anneau de fer est encore mobile‘. Le portique, élevé sur deux degrés revêtus de marbre blanc?, était soutenu à chacun des grands côtés par dix-huit colonnes corinthiennes du même marbre, et par dix colonnes du côté adossé au chalcidique; les entre-colonnements étaient plus larges du côté opposé D E, qui ne contenait que huit colonnes. On n'a trouvé en place que deux bases et un fût, mais la disposition de la colonnade est exactement déterminée par le stylobate de marbre sur lequel elle reposait. La largeur du portique était de 4",40; sa muraille offrait, au-dessus d’un soubassement de marbre africain à moulure de marbre blanc, d'élégantes arabesques sur fonds noirs, rouges ou blancs, qui sont aujourd'hui presque entièrement détruites.

Montant deux degrés g placés entre deux massifs de blocage À 1, qui portaient deux bassins ou réservoirs carrés*, on trouve au fond du portique une sorte d’abside semi-circulaire G qui n'est pas exactement dans l’axe de la porte d'entrée, et dont la voûte était soutenue par deux piliers carrés k !. Des fragments d’un très-beau style découverts en cet

1. Des terres rapportées ont fait disparaître ce détail et plusieurs autres.

2, Ce revêtement n'existe plus qu’au fond et en retour sur les côtés, sur une longueur de 8",40.

3. Ces bassins qu’autrefois j'avais vus en place ont disparu sans que personne ait pu me dire ce qu'ils sont devenus; ils sont sans doute enfouis dans quelque magasin.

endroit indiquent que la niche était surmontée d’un entablement et d’un fronton. Dans cet hémicycle dont les parois étaient peintes en vert et en

rouge est un grand piédestal m qui dut porter la statue de la Piété ou

de la Concorde qui fut trouvée près de là; malheureusement la tête man-

Vue de l'édifice d'Eumachia.

quait; la robe, semblable au laticlave ‘, était bordée d’un liséré or et rouge. Gell préfère voir dans cette statue une impératrice romaine, mais comme il n'apporte aucune preuve à l’appui de son opinion, nous pensons qu'on doit s’en tenir à la conjecture la plus naturelle et qui est aussi le plus généralement adoptée”. Deux niches n o, placées également dans l’hémicycle, continrent sans doute aussi des statues. Deux hémicycles plus petits D E, dont celui de gauche D conserve seul son pavé de marbre blanc, existent sur la même ligne en tête de chacun des grands côtés du portique et, ainsi que deux fenêtres percées dans les trumeaux, éclairaient deux salles p q, de forme irrégulière, dont la destination est inexplicable, car il n’y avait aucune porte pour y entrer. On s'accorde généralement à reconnaître la crypte ou crypto-portique * de l'inscription dans une sorte de grande galerie intérieure HIK L,

1. On appelait laticlave une large bande de couleur pourpre courant le long de la tunique dans une direction perpendiculaire sur le devant de la poitrine et par extension le vêtement ainsi orné. Le droit de porter le laticlave était un des priviléges des sénateurs romains, mais plus tard il fut accordé par faveur spéciale à quelques chevaliers. Hor., S. I, 6, 28; Quinr., VIII. 5, 28: Fesrus, v° Clavatus: Ovin., Trist., IV, 10, 29; Pun., Ep. Il, 9.

2. Suivant Dyer (p. 123) ce piédestal aurait servi de tribunal au magistrat chargé de donner l'authenticité aux négociations opérées.

3. L'étymologie du mot Crypta, Kpvrrèc, caché, ne s'oppose nullement à cette attribution, puisqu'il désigne un endroit caché, retiré, et non un lieu privé de jour.

éclairée au N. et au S. sur le portique par dix ouvertures de chaque côlé sans compter les portes. Ces baies étaient fermées par des fenêtres mobiles qui ouvraient en dedans, comme il est facile de s’en convaincre par l'inspection de leurs appuis de marbre; on y entrait par deux portes placées aux extrémités du portique C F. Les murs de la crypte construits en incrustations calcaires très-poreuses et très-grossières et en scories volcaniques étaient ornés de peintures comme ceux du portique; seulement ici le fond des grands panneaux était alternativement jaune et rouge *. Les arabesques sont plus simples et moins légères; au milieu des panneaux étaient de très-petits sujets parmi lesquels on remarquait une offrande à une divinité qui semblait être Isis. Sur le soubassement sont des fleurs et des plantes peintes sur fond noir; on y voit souvent répétées une sorte d'iris à fleurs rouges et une plante à fleurs jaunes.

Enfin, le fond du monument était, comme la façade, composé d’un double mur destiné à corriger l'irrégularité du terrain. Dans l’espace compris entre ces deux murailles, on a ménagé au milieu une niche carrée M peinte en vert et en rouge, avec soubassement noir, où s’élève encore sur un piédestal r une copie de la statue de la fondatrice du monument, l'original ayant été porté au musée. Cette figure a sans doute été faite d’après nature, car la tête a tous les caractères d’un portrait ; sa physionomie à quelque chose de souffrant, de mélancolique ; ses yeux semblent planer avec tristesse sur les débris de cet édifice, son ouvrage, sur les ruines de cette ville, sa patrie.

Cette belle statue de marbre fut découverte le 2 mars 1820 ; elle est un peu plus grande que nature et conserve dans les plis de son admirable draperie des restes de couleur rouge et verte. On lit sur le piédestal laissé à sa place :

EVMACHIAE L. F.

SACERD. PVBL.

FVLLONES.

« À Eumachia, fille de Lucius, prêtresse publique, les foulons. »

Dans le vide, à droite de la niche, est un corridor orné de jolies peintures, ‘aujourd’hui presque détruites, à panneaux noirs séparés par des pilastres rouges; il contient un escalier N, descendant à une loge de

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