Coupes Iransvcrsûlcs
Avant le rclévcmcnl <le la vodic. Apres le reléveineiil de In voûte.
La voûte à relever avait 10 mètres d'ouverture et O^iGO do largeur entre les lèles. L'intrados en était un arc de cercle de i,30 de flèche ; l'épaisseur h la clef était do O^iSS, celle aux naissances de I'",50.
Après avoh' remis la voûte sur cintre el coupé la maçonnerie aux naissances, pour la détacher des culées, le bloc à soulever cubait environ "3"' cl pesait 180 tonnes.
Les fermes du cintre, au nombre de cinq, portaient chacune en nombre rond 40 tonnes, cl les poteaux de support travaillaient à 28',40 par centimètre carré.
Pour effectuer le relèvement, des vcrrïns furent logés entre les semelles inFériciircs prfialablomcnt posées sur des cales et des coins. Los vis des verrins avaient seulement O^jOâl de diamètre {noyau) et devaient travailler k 13 kilogrammes environ par millimètre carré.
De larges plaques de tôle reportaient les pressions sur des surfaces suffisantes pour éviter l'écrasement du bois sous l'aclion des verrins.
Un cintre cmplové dans ces conditions, n'ayant pas pu être
chargé comme dans les circonstances ordinaires avant l'exécution des maçonneries, devait nécessairement éprouver quelques déformations au moment où il commençait à transmettre à la voûte l'action des verrins ; il se produisit en effet un tassement qui atteignit au total 6 centimètres; mais par contre, lors du décintrenient, rabaissement de la clef fut de 0,0015 seulement.
La déformation du cintre et par suite la modification de la courbe d'intrados avaient donné lieu dans la maçonnerie à quelques fissures, mais extrêmement fines et qu'il fût très aisé de boucher en mortier de ciment de Portland.
Le relèvement avait marché, au moyen des verrins, à raison de 3 centimètres environ par heure ; il atteignit, après une journée et demie de travail, la hauteur totale de 0",43 que l'on avait jugée nécessaire.
Après avoir exhaussé les culées, rétabli les naissances et réparé les fissures qui s'étaient produites au début de Topération, la voûte fût laissée sur cintre pendant 8 jours, puis décintrée au moyen des mêmes verrins qui avaient servi à la relever. Le travail se trouvait ainsi terminé dans les meilleures conditions, en moins de temps et à bien moins de frais que si la voûte avait été d'abord démolie, puis refaite en entier.
A peu près à l'époque où MM.Dupuit et Mayer procédaient comme nous l'avons dit aux Ponts-de-Cé, M. Baudemoulin, ayant à préparer le décintrenient des arches de 31 mètres d'ouverture du pont de Port-de-Piles, entreprit au moyen de la presse hydraulique une série d'expériences tendant à élucider les conditions du fonctionnement des coins. Il ne tarda pas à acquérir la certitude qu'il ne pourrait pas, sans danger, appliquer ce procédé à des arches de 31 mètres , et c'est ainsi qu'il fût amené à tenter l'application d'une idée extrêmement ingénieuse, dont l'invention lui revient en entier; celle consistant à loger sous les supports des cintres des sacs en forte toile remplis de sable, qu'on serrait très fortement entre les deux semelles et qu'on pouvait ensuite laisser se vider, à la façon de sabliers dont on réglait à volonté l'écoulement.
M. Croizette-Desnoyers, collaborateur de M, Baudemoulin
§ lY - DÉGINTREMENT
pour la construction du pont dont il s'agit, a rendu compte, dans un mémoire inséré aux annales des ponts et chaussées, des circonstances dans lesquelles le nouveau procédé a été expérimenté pour la première fois. *
Au moment du montage des cintres, on avait logé entre les semelles inférieures, au droit de chaque point d'appui des fer* mes, des billes en bois de sapin du Nord de O'^jiO de hauteur. Le nombre en était de 36 par arche.
Pour le déointrement, on fit préparer de solides sacs en toile, ouverts à leurs deux bouts et disposés pour pouvoir être fermés avec des cordes, à la façon des sacs à grains ordinaires. Pour les remplir, on fermait Tun des deux bouts et Ton introduisait le sable, puis on fermait l'autre bout et le sac était prêt à mettre en place ; il formait alors à peu près un cylindre de 0,45 de longueur sur 0,35 de diamètre.
Les dessins suivants suffiront pour bien faire comprendre ces dispositions :
Elévation
Coupe suivant AB
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En les logeant entre les semelles^ on serrait fortement les sacs au moyen de bouts de madriers ou plateaux de chêne de 0,05 d'épaisseur placés en dessous, et de coins avec lesquels on achevait de les comprimer. Cela fait on ruinait, à la hache, les billes de sapin, en les taillant en biseau aigu dans le bas,
(, Annales de 1849; 2* semestre, n» t7 (pages 154 et suivantes).
ce qui avait pour effet soil de les faire pénétrer lentement dans la semelle inférieure, soit d'en déterminer récrasement jusqu'au moment où le cinlre reposant partout sur les sacs de sable, cessait de descendre.
L'abaissement préalable ainsi obtenu est toujours resté compris entre un et deux centimètres, et Ton peut remarquer, en passant, que c'était là le côté faible du procédé, parce que ce premier mouvement était difficile à régler et pouvait avoir les mêmes inconvénienls que ceux reprochés aux coins.
Chaque sac portait en son milieu un petit ajutage en toile serré avec une corde, destiné à servir pour l'écoulement du sable. Le cintre portant sur les sacs, cet ajutage était ouvert et le sable commençant à couler donnait lieu à un abaissement lent de toule la charpente qu'on pouvait régler à volonté et rendre parfaitement uniforme, en s'assurant, au moyen de mesures d'égale capacité, que la quantité de sable retirée des sacs était la même partout dans un temps déterminé. Si Técoulement se faisait mal pour quelques sacs en particulier, on l'accélérait au moyen de petites tringles de bois ou de fer introduites par Tajutagc et que Ton agitait pour désagréger le sable.
Lorsque le cintre était complètement séparé de la voûte, on pouvait soit de suite, soit après un certain délai, en ouvrant les gueules des sacs, accélérer le mouvement de descente de la charpente qui ne s'arrêtait que lorsque le sable s'était écoulé en entier. On avait soin seulement, afin de pouvoir dégager les sacs, de loger entre les deux semelles des cales en bois de 0,10 à 0,12 d'épaisseur.
Le sable employé très sec offre l'avantage de couler avec une extrême facilité et très régulièrement, mais à cause de sa fluidité même il presse trop fortement sur la toile et en détermine parfois la rupture. Avec du sabio ordinaire les sacsrésis* tent beaucoup mieux, mais l'écoulement est moins commode et il a fallu quelquefois ouvrir l'une des gueules de quelquea sacs, les ajutages refusant de fonctionner, ce qui pouvait don-» nor lieu à des mouvements brusques et inégaux. Le mieuîç est donc de prendre du sable qui sans être torréfié et absolument sec, n'est cependant pas lîumidc et coulo bien dans la main lorsqu'on le manie.
I IV — DÉCINTllEMENT 609
A litre de précaution, il est bon de loger entre les semelles, dans l'inlervalle des sacs, des cales un peu moins hautes que ces derniers et qu'on remplace successivement par d'autres cales de moins en moins épaisses à mesure que le vide entre les deux semelles diminue. De cette façon, en cas de rupture d'un ou do plusieurs sacs, on a la certitude que les mouvements brusques et les déformations du cintre qui en pourraient résulter seront très restreints.
Ces dispositions ainsi appliquées à trois des arches de 31 mètres du viaduc de la Creuse, et quatre arches de 20 mètres du pont sur la Vienne, eurent un plein succès en ne donnant lieu, en outre, qu'à une dépense insignifiante, puisque les sacs en toile simple n'avaient coûté que 4 francs l'un, ceux en toile double 7 fr. 50, et que moyennant de très légères réparations les mêmes sacs avaient pu servir pour les sept arches décin- Irées.
Ce procédé éminemment ingénieux se trouvait donc, du premier coup, constitué de toutes pièces, faisant le plus grand honneur à l'ingénieur qui l'avait imaginé. *
M. de Lagrené, qui était à cette époque ingénieur ordinaire à Montaigu (Vendée), a eu le mérite de penser à un perfectionnement à Toccasion du décintrement de Tarche en plein cintre de 22 mètres d'ouverture du pont de la Rocheservière. Il adopta les dispositions suivantes qui ont parfaitement. réussi, et dont il a rendu compte dans une note insérée aux Annales des ponts-et-chaussées (1852; 2*^ semestre, page 245).
Les sacs employés par M. de Lagrené ne dilTèrent pas de ceux décrits plus haut ; mais dans leur intérieur était logé, comme le montre le dessin, un tube en caoutchouc de dix centimètres de diamètre fermé par un bout tandis qu'à l'autre extrémité était dispose un robinet en bois dur, maintenu au moyen d'une corde fortement serrée ; le caoutchouc avait quatre millimètres d'épaisseur et le robinet 0,035 de diamètre extérieur. Le conduit percé suivant l'axe de ce dernier était en ligne droite et avait un centimètre de diamètre.
1. L'invention a valu à M. Bauclemoulin une médaille rrhonneur à l'exposilion di 1862^ i Londres, et une médaille d'or à rexposition de 1867, à Paris.
En introduisant le sable daoa les sacs, ou avait eu soin que le tube on caoulcbouc, pr<^alablemeot rempli d'eau, en occup&t exactement le centre.
PONT DE LA BOCHE-SERVIÈRE (Vendée)