SACS A SABLE POUR LE DÈCINTREMENT
Il fut procédé au décintrement comme on l'avait fut pour les ponis de Porl-de-Piles et de la Vienne. Le cintre composé de Bix fermes reposait sur trois murs transversaux équidistants et sur deux semelles longeant les culées ; les sacs employés étaient au nombre de 36, dont 12 pour la rangée de supports correspondant au mur central à l'aplomb de la clef, où la charge atteignait son maximum, et 6 pourchacune des autres rangées.
Dix charpentiers et 36 manœuvres furent employés au décintrement, ces derniers pour agir simultanément sur tous les robinets. Après la premiiïre partie de l'opération, consistantà enlever à la hache les billes de bois placées entre les semelles, ce qui avait été fait k la manière ordinaire et avait déterminé comme d'habitude un abaissement général d'environ 0,01, on ouvrit en même temps tous les robinets. L'eau s'étant écoulée, on constata uu nouvel abaissement, de deux centimètres, qui s'était produit lentement avec une régularité p
I IV — DÉCINTREMENT 6H
Après cela Topéralion fut continuée exactement comme l'avaient fait MM. Baudemoulin et Croizette-Desnoyers, jusqu'au complet décintrement.
Le sable avait été torréfié avant Femploi pour qu'il fût d'une fluidité parfaite, de façon à exercer une pression uniforme sur tout le pourtour des tubes en caoutchouc.
La partie d'un décintrement la plus importante est celle qui correspond aux premiers centimètres d'abaissement, surtout avec l'emploi des mortiers à prise rapide, puisque le plus souvent le tassement de la voûte est excessivement faible. Avec des tubos un peu plus grands que ceux employés par M. de Lagrené, on comprend qu'on aurait pu effectuer de cette façon toute la partie utile de l'opération, et cela avec beaucoup plus de sûreté que ne le comporte le sable, à cause de la facilité bien plus grande de régler à volonté un écoulement d'eau au moyen de robinets. Il semble par conséquent qu'il y avait là une excellente idée, susceptible d'utiles applications.
Telle ne fut pas l'opinion de M. Baudemoulin qui dans une notice insérée aux Annales des ponts et chaussées (1854 ; 2' semestre, page 208) a expliqué en termes assez vifs les inconvénients, les dangers môme que devait, selon lui, offrir l'emploi de l'eau pour les décintrements. Mais peut-être cédait-il en cela à un sentiment, dont les inventeurs ne parviennent pas en général à se défendre, les portant à considérer leur invention comme parfaite du premier coup et exposée à être amoindrie par quelque prétendu perfectionnement que ce soit.
C'est à coup sûr ce même sentiment qui dictait à M. Baudemoulin le passage suivant de la notice que nous venons de citer :
« Mon bon et si regrettable ami, de Sazilly, m'avait proposé « à ce sujet un perfectionnement. Il aurait voulu que le sable « au lieu d'être dans des sacs fût enfermé dans des cylindres « en forte tôle, au bas de chacun desquels serait une petite « porte qu'on ouvrirait, lors du décintrement, pour produire « l'écoulement. »
Ce passage offre cet intérêt tout particulier qu'il fixe la date à laquelle a pris naissance l'idée primitive des boîtes à sable, telles qu'elles sont aujourd'hui en usage. Au lieu de l'approu-
6i2 CHAPITRE IV — CINTRES
ver, M. Baudemoulin critiquait celle idée, formulait à son sujet une quantité d^objections dont l'expérience a démonlré le peu de fondement, et concluait, en fin de compte, dans les termes qui suivent :
« En résumé le procédé (des sacs en toile) est utile, infaiU « lible^ et ceux qui l'auront employé une fois n'en chercheront « plus d'autre. »
L'ingénieur qui dans sa carrière a donné tant de preuves de sa haute valeur se trompait, par exception, dans celle circons- ' tance, et c'était M. de Sazilly qui avait raison, comme la suite la prouvé.
Les boites à sable sont mainleriani, en eiïet, les seuls appareils, ou à peu près, en usage pour les décinlremonls, ce qui ne veut pas dire toutefois qu'il y ail lieu d'abandonner complètement les verrins, susceptibles de rendre, dans bien des circonstances, les plus utiles services.
Une boîle à sable^ telle qu'elle est représentée sur le dessin ci-après, se compose essentiellement d'un cylindre en forte tôle, fermé par le bas, ouvert par le haut, et dans lequel est emboîté un tampon en bois dur d'un diamètre un peu hioindre que celui de la boîte. Quatre trous de faible ouverture, qu'on peut fermer avec des bouchons de liège ordinaires, sont percés dans le bas de la boite, également espacés sur le pourtour.
Le cylindre de tôle étant garni de sable et le tampon en bois engagé pardessus, on comprend qu'en ouvrant les orifices inférieurs, le sable s'écoulera, déterminant un mouvement de descente du tampon aussi lent qu'on le voudra.
Lorsqu'on enlève les bouchons de liège, le sable forme audessous de chaque orifice, en supposant la boite posée sur un plateau qui déborde en tous sens, des cônes s'élevant peu à peu jusqu'au bord supérieur de l'ouverture ; à ce moment l'écoulement s'arrête quelle que soit la pression exercée sur le tampon et pour qu'il puisse continuer il faut que les cônes de sable soient d'abord enlevés. Si le sable vient mal, une simple tige de fer ou de bois engagée et agitée dans les orifices suffit pour qu'il coule 1res régulièrement.
On comprend de suite quelles facilités offrent de semblables
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appareils, pour effectuer un décînlremenL dans des conditions parfaites .
Si l'on craignait que par suite de circonstances particulières, les boites à sable étant posées sous les supports, des cintres avant la construction de la voûle, le sable se IrouviU imprég'né d'humidîtéelhors d'élaldc couler au momentdudécintremcnt, rien n'empèclicrait de procéder comme avec les sacs en toile, c'esL-à-dirc de monler d'abord le cintre sur des billes de bois, qu'on enlèverait au moment voulu pour les remplacer par les boîtes. Seulement, dans ce cas, au lieu de s'y prendre comme on )e Faisait ETutrefois, c'est-à-dire du ruiner les billes k la bacbe pour les retirer, ce qui donne lieu inévitablement à un premier tassement irrégulier d'un ou deux centimètres, susceptible de se produire par secoussesbrusques, nous conseillerions défaire usage de forts verrins pour enlever successivement chaque bille et introduire entre les semelles la boite à sable qui doit la remplacer.
Mais le plus souvent il suffit do garnir soigneusement en pliktre le joint supérieur tout autour du tampon de bois, pour que le sable se trouve préservé. Comme surcroit do précau* tion, on pourrait encore bourrer d'abord le joint, sur une certaine hauteur, avec des étoupes grasses fortement pressées, puis disposer le garnissage en plâtre par dessus. Dans ces conditions, les boites à sable mises en place dès le montage du cintre se maintiennent parfaitement et l'on n'a plus, au moment
de décinirer, qu'à enlever le plaire pour qu'elles se trouvent prêtes à fonclionner.
C'est en cela surtout que consiste la très grande supériorité des boîtes par rapport aux sacs ; c'est-à-dire de permettre de régler le mouvement de descente des cintres dès les deux ou trois premiers centimètres, ce qui est, nous le répétons, le moment le plus important de l'opération, pour les voûtes exécutées avec des mortiers à prise énergique et rapide.
Sur les dessins de la page 518 se trouvent représentées les boîtes à sable dont M. Séjourné a £ail usage, pour le décintrement de ses grandes voûtes exécutées sur cintres à contrefiches radiales. Ce qui les distingue des précédentes, c'est qu'au lieu d'un seul cylindre de tôle on en a employé deux. Le plus grand, comme on le voit sur le dessin, de 0",45 de diamètre, l'autre de 0,30 seulement; le vide annulaire d'environ 7 centimètres de largeur existant entre les deux parois (déduction faite de la double épaisseur de la tôle) est rempli de plâtre, sur toute sa hauteur. On peut être ainsi assuré que le sable restera garanti même dans le cas où les boîtes se trouveraient momentanément submergées pendant la construction.
En résumé, il ne saurait plus être question aujourd'hui de décintrér des voûtes au moyen de coins en bois, à moins qu'il ne s'agisse d'ouvrages tout à fait sans importance.
Ce procédé étant écarté, il en reste deux, susceptibles de rendre les meilleurs services, l'emploi des vefrins ou des boîtes à sable. Ils comportent l'un et l'autre des garanties presque égales de sécurité, mais les boîtes à sable semblent devoir l'emporter. Leur application est devenue de plus en plus fréquente pendant ces dernières années, sans qu'on en ait jamais éprouvé aucun mécompte, et peut-être y aurait-il lieu d'en dire, avec plus de raison qu'on ne l'a fait à une autre époque pour les sacs à sable, « que le procédé est infaillible et que les ingénieurs « qui l'auront employé une fois n'en chercheront plus d au- « tre. »