H — ÉPOQUE ROMAINE
paru dans les maisons voisinas qui ont envahi par degrés les deux rives du Tibre.
M. Léonce Reynaud^dansson traité d'architecture, donne un excellent dessin de ce pont permettant de se bien rendre compte de ses belles dispositions.
Il présente cette particularité que c'est le premier pont dans lequel les tètes des voûtes ne forment pas des demi-circonférences complètes ; Tintrados est un arc de cercle de 25™ de rayon et de 20"" de flèche.
Deux autres types très distincts du précédent se rencontrent parmi les ponts de Tépoque romaine ; ce sont ceux dont le pont d'Auguste à Rimini (20 ans avant J.-G.)» et le pont Œlius ou
•f-ib
Pont de Rimini (Niches des tympans).
pont Saint- Ange, à Rome (an 138 de notre ère), présentent les plus beaux spécimens.
On trouve les dessins du premier dans Palladio, qui en admirait tout particulièrement les dispositions et les a souvent reproduites, ainsi que dans le traité d'architecture de M. Reynaud et les principaux ouvrages concernant la construction des ponts.
Il se compose de cinq arches variant de 8",01 à 10",56 d'ouverture, les plus petites vers les rives, la plus grande au mi* lieu, avec vo&tes en plein cintre ayant leurs naissances placées à 5" environ au-dessus des basses eaux. Les piles ont, comme d'habitude, une épaisseur égale à peu près à la moitié des ouvertures des arches adjacentes et se terminent, en plan, par de vigoureux avant-becs présentant au courant un angle de 90''.
La disposition caractéristique, c'est que les tympans sont coupés au droit des piles, comme au pont du Palatin, par des niches dont nous donnons le croquis, s'élevant jusqu'au beau couronnement à consoles qui supporte le parapet.
Ce dernier offre au-dessus de l'arche centrale une partie plus élevée, sur laquelle est gravée Tinscription commémorative concernant la construction de l'ouvrage.
D'après le dessin de Palladio, les niches étaient occupées par des statues qui ne figurent pas sur les planches de M. Reynaud et de M. Croizetto-Desnoyers.
Si l'élévation est moins élégante et moins ornée que celle du pont du Palatin, par contre l'ouvrage offre, dans son ensemble, un grand caractère de force et d'harmonie et méritait certainement d'être imité, comme il l'a été en effet pendant plusieurs siècles et jusqu'à l'époquemoderne, notamment à Londres et à Paris.
Le dessin ci-contre représente une demi-élévation du pont Saint-Ange.
Ainsi que nous l'avons dit plus haut, diaprés Palladio, le pont construit en l'an 138 de notre ère par l'Empereur Œlius Adrien existait presque intact encore au milieu du XVP siècle, et l'on n'en doit être nullement surpris lorsqu'on se rend compte du soin exceptionnel avec lequel ses fondations ont été établies.
I n — ÉPOQUE ROMAINE 38
Piranesi', dans sa magnifique coHectionde dessins des antiquités romaines, consacre trois de ses planches in-folio tant au pont lui-même qu'à ses fondations, et met très bien en évidence les remarquables dispositions de celles-ci.
Tout l'ouvrage repose sur un radier général compris, à l'amont et à l'aval, entre deux files de forts pieux jointifs, exécuté certainement à sec à l'aide de » batardeaux. Il est entièrement c composé de fortes pierres de ■^ taille soigneusement appareil- % lées, reliées entre elles dans.
^ tous les sens h l'aide de clefs S; en pierre et de crampons com- 2 me le montre le croquis sui- -3 vant, reproduisant un dessin ■^ de Piranesi, sur lequel les a. parties hachées représentent les » trous de scellement disposés ft ■M l'avance pour recevoir les * crampons et les clefs.
I II est indubitable qu'un massif de maçonnerie composé de tels éléments forme, dans son ensemble , un bloc unique presque indestructible, ainsi que l'évf^nement l'a d'ailleurs démontré.
II est extrêmement intéressant , au point de vue historique, de constater l'existence de telles dispositions dans un ou-
CHAPITRK PREMIER — HISTORIQUE
vrage exécuté il y a seize siècles ; mais il va sans dire qu on ne saurait conseiller de les imiter à l'époque actuelle, à cause de la difficulté qu'on aurait à justifier et k faire admettre Ténorme dépense qu'elles occasionneraient.
Le pont Saint- Ange n'est pas moins remarquable sous le rapport de la décoration extérieure, mais il a subi d'assez nombreuses modifications depuis son origine. Ainsi, le parapet est moderne ; les statues de saint Pierre et de saint Paul qui en ornent l'entrée du côté de la ville ont été élevées par le pape Clément VII, et c'est au Bernin qu'on doit l'exécution par les ordres de Clément IX, vers 1668, de la balustrade actuelle en fer et en pierre et des dix statues d'anges qui la surmontent.
Quant aux parties anciennes restées intactes, ce qui les caractérise, c'est l'excellent profil des archivoltes et la continuation des piles, en hauteur, jusqu'au couronnement, sous forme de contreforts à base évasée qui coupent les tympans et produisent un bel effet par leur saillie fortement accusée.
Nous donnons k la page suivante, d'après Piranesi, le proii^ des archivoltes, sans garantir toutefois l'exactitude absolument rigoureuse des cotes que nous indiquons.
Les ponts construits par les Romains, soit à Rome même soit dans les diverses contrées où leur domination s'est successivement étendue, ont été fort nombreux ; mais on y retrouve
§ II — ÉF0QI:E ROMAlNt: ■ 37
à peu près pour tous l'un ou l'autre des trois types que nous venons de décrire, ceux du pont du Palatin, du pont de Ritnini ou du pont Saint- Anjçe.
II ne semble y avoir d'exceplion que pour les grands ouvrages 011 la masse imposante de la construction devait produire par cllc-mème un grand effet, do telle sorte qu'il a suffi de sim-
ples arclies en plein cintre, sans aucune ornementation, reposant sur de larges piliers bien proportionnés pour constituer des œuvres des plus remarquables, ainsi que le montre l'aqueduc du Gardon ou pont du Gard dont nous parlerons tout & l'heure.
Les Romains toutefois n'ont pas construit que des chefs d'œuvrc et il est arrivé, de leur temps comme à toute autre époque, soit à cause de la IiMe avec laquelle certains travaux étaient exécutés, soit par manque d'argent, soit » cause de l'insuffisance des architectes, que quelques ponts ont été des œuvres d'art fort médiocres dépourvues de tout iotérèl.
Les principaux ouvrages méritant, h des titres divers, d'èlre cités, sont les suivants :