U — ÉPOQUE ROMAINE
D'après M Croizelte-Desnoyers, au contraire, les arches au nombre de 27 auraient eu seulement 10° d'ouverture.
A peu près à la même époque et par les ordres ég^alement de Trajan, en Tan 98, fut construit sur le Tajçe le pont d'Alcanlara^ le plus important de tous ceux existant dans la péninsule ibérique ; les 6 arches en plein cinti'e dont il se compose ont île 28" à 30" de diamèlre et reposent sur des piles d'environ 9"* d'épaisseur déforme carrée dont quelques-unes, celles placées en rivière, atteignent une hauteur de près de 40° au-dessus du niveau des fondations.
Ces piles présentent, par rapport à la retombée des archivoltes et au parement des tympans, des saillies qui ont dû être utilisées pour la pose des cintres, mais ceux-ci, eu égard à la grande hauteur de la construction et à l'ouverture des arches n'en ont pas moins dû être 1 occasion de sérieuses difficultés à surmonter.
Les voûtes, comme cela était pratiqué souvent à cette époque, sont formées de voussoirs posés sans mortier ; tout l'ouvrage est exécuté d'ailleurs en pierres de larges dimensions, taillées et appareillées avec le plus grand soin.
Comme décoration, Télévation est des plus simples ; elle comprend seulement des archivoltes saillantes, sans aucun imposte pour en recevoir la retombée, et des contreforts carrés à forte saillie s'élevaut depuis le sommet des piles jusqu'au couronnement composé d'un simple cordon saillant, sans moulures, audessus duquel règne un parapet plein.
Cet ouvrage est du reste de ceux dont la beauté résulte surtout, comme nous l'avons dit, de leurs dimensions imposantes, de la simplicité de leurs formes et de leur grand air de solidité*
Gauthey attribuait encore à Trajan un pont construit sur le Danube et dépassant celui d'Alcantara par ses proportions, puisqu'il aurait été composé de 28 arches en plein cintre ayant une ouverture tout à fait invraisemblable de 55°; mais d'après des documents plus récents, confirmant d'ailleurs les indications qu'on pouvait tirer des bas-reliefs môme de la colonne Trajane, il estcertain que les piles seules étaient en maçonnerie, et qu'au lieu de voûtes elles supportaient des travées en charpente d'une portée de 36"\
Ces piles, il est vrai, dont l'épaisseur était de 18 et la hauteur fort grande, avaient du donner lieu, à cause de la profondeur et de la rapidité des eaux du Danube en ce point, à des difficultés exceptionnelles de fondation et Tarchitecte chargé des travaux, Appollodore de Damas, avait eu grand mérite à les établir avec un plein succès.
Le pont construit par Trajan,pour faciliter le passage du fleuve aux troupes qu'il conduisait contre les barbares de la rive opposée, fut détruit quelques années plus tard par son successeur Adrien, pour empêcher les barbares d'envahir à leur tour les provinces romaines et il ne reste plus de nos jours que (les vestiges d'un petit nombre de piles ; tout le reste a disparu.
Bien des ponts seraient à mentionner encore, datant comme les précédents de la belle époque romaine, mais nous pensons qu'il n'y aurait aucun intérêt bien sérieux à multiplier ces descriptions, desquelles ne se dégagerait aucune notion nouvelle à ajouter à colles que nous possédons déjà sur l'art de là construction des ponts pendant cette période. Ce que nous en avons dit nous semble suffire et nous le résumons en constatant que sous le rapport de leur importance, de leur excellente exécution, de la beauté de leurs formes, de l'élégance de leurs dispositions, les ponts construits par les Romains ont approché de bien près la perfection. Nous aurons beaucoup de renseignements utiles à en retirer pour les chapitres suivants de cet ouvrage.
En même temps que les ponts, les Romains avaient développé avec une merveilleuse activité les aqueducs, à Taide desquels était assurée à la ville de Rome l'une des plus larges dis* Iribulions d'eau qui aient jamais existé.
Nous avons déjà parlé de l'aqueduc de l'eau Marcia, le premier en date de ces ouvrages, remontant selon Pline à 600 ans et selon Frontin à 272 ans avant J.-C.
Sous le règne de Trajan, c'est-à-dire vers la lin du I" siècle de notre ère et alors que Frontin était curateur des eaux de la ville, le nombre des aqueducs était de neuf, avec un développement total d'environ l2o kilomètres dont 51 à 35, d'après M. Belgrarid, étaient supportés par des arcades.
11 ÉPOQUE liOMALNË
Pendant plusieurs siècles les dispositions adoptées pour ces sortes d'ouvrages ont peu varié et se rapprochaient beaucoup de celles de l'aqueduc Marcia, si ce n'est que lorsque la hauteur h atteindre dépassait certaines limites on superposait deux ou trois rangées de voûtes, et qu'au lieu de construire ceiles-ci entièrement en pierre de taille on y employa le plus souvent de petits matériaux.
Les deux dessins suivants représentent les arcades de l'aqueduc Claudia : le premier, celles établies à l'origine ; le second celles exécutées plus tard, sur une certaine longueur, sous le règne de Néron, d'où leur est venu le nom d'Arcs néroniens.
Le rapprochement en est intéressant en ce qu il montre pour des ouvrages exécutés à 20 ans seulement d'intervalle, et avant
Aqueduc Claudia (oO ans après J.-C).
la même destination, d'une part des arcades au caractère ro* main nettement accusé par l'épaisseur de leurs piles, leur apparence de force sans lourdeur et leur exécution en pierre de taille, de l'autre une construction beaucoup plus légère avec voûtes plus grandes, piliers beaucoup moins épais et emploi de petits matériaux.
Elles ont eu d'ailleurs la même durée et malgré leur simpli^ cité, ou plutôt à cause même de cette simplicité, l'aspect en est dçs plus satisfaisants, ainsi qu'en témoignent \o^ ma^nifi-
ques ruines qui en exiaicnt encore dans la campagne ro mai ne.
Arcs Nèroniens (70 ans après (J.-C).
A l'approche de Rome, les mêmes ouvrages d'art supportaient plusieurs aqueducs et vers la porte Labicane, par exemple (porte Majeure), à l'aqueduc Marcia qui était venu le premier y aboutir, on avait successivement superposé les eaux Tapula, Julia, Claudia et Anio Vêtus en augmentant ainsi de plus en plus la hauteur à laquelle les distributions étaient pratiquées.
On sait d'ailleurs qu'à mesure qu'ils occupaient de nouvelles provinces, les Romains s'empressaient d'y assurer de larges approvisionnements d'eau devenus pour eux, soit pour leurs bains, soit pour d'autres usages, un objet de nécessité absolue ; c'est ainsi que- de grands aqueducs avaient été construits sur tous les points de rEmpire.
Parmi ceux qui n'ont pas été entièrement détruits par les barbares ou par le temps, plusieurs offrent à divers titres un réel intérêt.
L'aqueduc dont les ruines se voient aux environs de Metz date des dernières années qui ont précédé notre ère ; les arches avaient l'ouverture habituelle d'environ 5", mais les piliers, au lieu d'une épaisseur constante, présentaient, depuis leur base jusqu'à l'imposte recevant la retombée des archivoltes,
§ Il — ÉPOQUE ROMALNE 45
un certain nombre de retraites successives comme le montre notre croquis; de telle sorte qu'au niveau du sol la largeur des pleins dépassait celle des vides, disposition justifiée sans doute
par la nature du sol sur lequel reposaient les fondations.
A Ségovie, un aqueduc, également de
construction romaine et postérieur d'un
siècle environ au précédent, présente
pour une hauteur de 34" deux rangs
MuXT^T" d'arcades superposées et l'on retrouve
dans les piliers de la rangée inférieure cette même disposition avec retraites successives de Taqueduc de Metz.
D'autres ouvrages semblables, de très grande importance, avaient été établis encore sur divers points de l'Espagne, notamment à Tarragone (Catalogne) et à Mérida (Estramadure). Ce dernier, composé de trois rangées superposées d'arcades de 5"» d'ouverture, atteignant ensemble une hauteur de 25", avec piliers consolidés de part et d'autre par des contreforts transversaux s'élevant jusqu'à la retombée des voûtes, était exécuté en pierres taillées en bossage avec une régularité parfaite et formant des assises séparées par des filets de briques.
Soixante-six de ces arcades sont encore debout et forment, aux abords de la ville moderne, un monument cité parmi les plus remarquables de l'époque romaine.
Mais, au-dessus de tous les ouvrages dont nous venons de parler, une place à part doit être faite à l'aqueduc désigné sous le nom de pont du Gard> construit un peu avant le commencement de notre ère pour amener à Nîmes les eaux dérivées des fontaines d'Eure et d'Airan.
Le dessin de la page suivante en donne une idée assez exacte. Les arcades dont il se compose, au lieu d'avoir les mêmes dimensions à toutes les hauteurs, ont de 20 à 24", 50 de diamètre dans les deux rangées inférieures, dimension extrêmement rare dans les ouvrages de ce genre, et ce n'est qu'à la partie supérieure qu'on retrouve les dispositions habituelles des aqueducs romains, c'est-à-dire des arcades d'environ 6" d'ouverture séparées par des piliers dont l'épaisseur est égale à la moitié à peu près des vides adjacents.
I II — EPOQIK nOMAI.NE il
Le nombre de ces arcades est de 6 pour le premier rang, de 44 pour le second, de 35 pourle plus élevé, et la hauteur totale à laquelle le canal qu'elles supportent traverse la vallée est de 47", 40 au-dessus du niveau des eaux de la rivière.
Suivant un procédé assez souvent appliqué à cette époque, toute la construction est exécutée en pierres de taille appareillées avec le plus grand soin et posées sans mortier. Les grandes voûtes sont composées en outre de grands arcs juxtaposés sans aucune liaison entr eux. La cuvelte seule de l'aquC' duc est maçonnée en petits matériaux, sa paroi intérieure est revêtue d'un enduit en ciment d'environ cinq cenlimèlres d'épaisseur.
Au commencement du V° siècle, 400 ans environ après so» exécution, l'aqueduc fonctionnait encore lorsqu'il fut rompu à ses deux extrémilés par les barbares qui, ayant entrepris le siège de la ville de Nîmes, la privèrent ainsi des eaux qui l'alimenlaient. A daler de ce monfient, l'ouvrage ne fut plus l'objet d'aucun entretien et c'est seulement au milieu du siècle dernier qu'on y exécuta ■ iYr"iTifTriTï — ~" quelques travaux de consoli-
• ' - - dation, pendant qu on prolongeait les piles et les voûtes de la rangée inférieure pour y établir un pont.
Cette disposition est figurée sur la coupe, où sont indiquées également les baulciirs des diverses parties du monument.
Lorsqu'on so trouve pour la première fois en présence du pont du Gard on ne peut se défendre d'un vif sentiment d'admiration,ce qui prouve mieux que tout ce qu'on en pourrait dire que c'est lii réellement une œuvre fort belle, comptant parmi les plus remarquables de l'époque romaine ; cependant, quand on y regarde de plus près, les inégalités d'ouverture des arches inférieures, le manque de hauteur des piliers de la première rangée, l'absence de toute préoccupation de raccorde-
ment pour la retombée des arcs dont les centres sont à des hauteurs différentes, la vaste surface nue des tympans dans lesquels on n'a cherché à introduire aucune ornementation, les nombreux corbeaux qui y sont restées avec leurs saillies irrégulières, enfin le défaut même d'un simple ravalement, tout cela, ce semble, devrait donner matière k quelque critique, mais la pensée n'en vient pas : on se contente d'admirer. Là encore, le caractère de beauté que les constructeurs ont réussi à donner à leur œuvre tient surtout aux grandes proportions du monument, à sa hauteur exceptionnelle, à la rudesse même de ses formes, en parfaite harmonie avec les pentes abruptes et dénudées de la vallée qu'il franchit ; et dans Tétat actuel, il faut bien le dire, l'effet produit résulte aussi djes contours pittoresques qu'offrent les ruines de l'ouvrage, ^ la superbe et chaude couleur dont le soleil du midi et le temps en ont revêtu tous les matériaux, et enfin au beau ciel lumineux, sur lequel ses gi*andes lignes se profilent.
Pour compléter cet aperçu historique de la construction des ponts à l'époque romaine, il nous faudrait examiner ce que devinrent les traditions de l'art à la suite de la fondation de l'Empire d'Orient, et rechercher si les œuvres des architectes de Constantinople ont continué celles des architectes de Rome.
Mais déjà, à partir de la fin du IP siècle, sous l'influence de l'anarchie militaire et des invasions des barbares, l'art avait constamment décliné et, sauf quelques temps d'arrêt, était en pleine décadence lorsque, doux cents ans plus tard, en 395, survint le partage de l'Empire. Il n'est donc pas surprenant que les Romains d'Orient n'aient laissé après eux qu*un petit nombre d'ouvrages du genre de ceux dont nous nous occupons, et que ceux qui sont parvenus jusqu'à nous offrent un caractère manifeste d'infériorité.
Ainsi, dans la vallée de Bourgas, à 14 kilomètres environ de Constantinople, existent Irois aqueducs construit au VP siècle,dont le plus important a 240™ de longueur à la partie supérieure et atteint au-dessus du fond de la vallée une hauteur de 35 mètres ; c'est donc là assurément un ouvrage considérable, mais les formes en sont à tel point bizarres, comme notre des-