I III ^ MOYEN-AGE
tinuation farent détournées par les consuls, et «31 années s'ë« coulèrent avant rachèvement du pont qui ne fut terminé qu*en 1335^ environ deux siècles après la charte qui en avait prescrit la construction.
Le pont se compose de sept arches ogivales en tiers-point, d'ouverture assez régulière, comprise entre 22 et 23 mètres, reposant sur des piles de 8",S5 d'épaisseur munies d'avant et d'arrière-becs angulaires, au-dessus desquels sont ménagées des voûtes de décharge également en ogives. Tout l'ouvrage est en briques, n*ayant pour toute ornementation que de très insignifiantes gargouilles placées de dislance en distance dans les tympans. A l'origine, il est vrai, il y avait sur le pont «trois u bonnes et fortes tours » dont Philippe-ie-Bel avait ordonné la construction, s'en réservant « la piopriété et la garde» ; mais si ces ouvrages, de même qu'une chapelle disposée dans le bas de la tour centrale, ajoutaient beaucoup lorsqu'ils existaient à Taspect pittoresque du monument, celui-ci, en tant quepont^ n'offre en réalité rien qu'on puisse conseiller d'imiter ailleurs.
Il en est de même de tous les ponts construits à cette époque ; pour terminer ce qui s'y rapporte, nous mentionnerons seulement quelques dispositions de nature toute spéciale of« frant un certain intérêt.
M. Félix de Verneilh, auteur de mémoires de grande valeur insérés dans les Annales archéologiques, a cité divers ponts du Limousin dont les piles, très épaisses et prolongées par des avant et arrière-becs à profil ogival en plan, sont formées d^une paroi de granit à l'intérieur de laquelle était simplement pilonnée de la terre. Il y a quelque analogie entre cette disposition et celle consistant, pour les constructions romaines, à exécuter les massifs de maçonnerie en béton, ou en petits matériaux mélangés de mortier, étendus et pilonnés par couches d'une certaine épaisseur en arrière de parements en pierre de taille.
La longueur en apparence exagérée des piles avait sa raison d'être, comme moyen d'établir en dehors des voûtes des ponts de service, soit pour les travaux même de construction ou de réparation, soit pour assurer le passage pendant la durée toujours fort longue des travaux. Ces ponts de service, qu'on pou-
vait rapidement rétablir, permettaient de continuer la perception des droits de péage lorsque les ouvrages principaux étaient détruits.
Nous avons vu que plusieurs ponts du moyen-âge, suivant une disposition imitée de divers ponls romains, avaient leurs arches composées de plusieurs arcs doubleaux juxtaposés sans liaison entr'eux. Dans lo Poitou, quelques voûtes présentaient cette particularité que les arcs doubleaux étaient séparés par un certain intervalle. Au dessous de la chaussée, de fortes dalles, reposant de leurs deux bouts sur les arcs voisins, remplissaient les vides.
Il y avait là une idée qui aurait mérité, selon nous, d'être suivie,car elle est susceptible d'applicalions fort utiles pour réduire les dépenses de construction des ponts de très grande largeur*
Qu'on supposé par exemple, au lieu d'une voûte pleine continue, l'exécution de trois voûtes parallèles de 3 à 4"" de largeur entre les tètes, laissant entr'elles des vides de 4 à 5*° ; et dont les tympans convenablement évidés seraient arasés horizontalement à la même hauteur. En posant en travers, sur ces trois voûtes, des poutrelles métalliques dont les dimensions et l'espacement seraient aisés à calculer, et exécutant ensuite des voûtes en briques de Tune à l'autre de ces poutrelles, comme on le fait pour les ponts métalliques, on comprend qu'avec le prix de la maçonnerie correspondant à une voûte pleine de 9 à 12^ entre les tètes, on pourrait établir un passage de 25"^ de largeur comprenant une chaussée de 15"^ et deux trottoirs de 5° disposés en partie en encorbellement, lo tout d'une solidité parfaite si Ton avait convenablement étudié les dispositions et les dimensions des fondations et des voûtes maçonnées.
Nous aurons, du reste, occasion de revenir sur cette question dans l'un des chapitres suivants
Jusqu'à présent, depuis que nous nous occupons du moyenâge, nous n'avons parlé que de ponts construits en France. Un grand nombre d'ouvrages analogues ont été édifiés dans d'autres contrées pendant la même période^ et il nous reste à mentionner les plus importants.
§ m — MOYEN-AGE 69
Parmî ces ouvrages, de même qu'en France, les uns présentent des voûtes en plein cintre ou en arc de cercle, les autres des voûtes en ogive.
Au nombre des premiers se trouve d'abord le pont de Justînien, sur le Sangarius, dont nous avons déjà parlé, maisqui^ datant du VP siècle, appartient plutôt au moyen-Âge qu'à la période romaine.
Puis vient le pont d'AIcantara, à Tolède, construit en 997 et présentant une arche principale de 28",30 d'ouverture el une seconde arche de 16" seulement, séparées par une pile de 8™ d'épaisseur avec avant-bec angulaire, surmonté à partir d'une certaine hauteur d'un pan-coupé, disposé de manière à former aa niveau de la chaussée un garage à contour polygonal.
A peu près exactement à la même date, vers l'an 1000, était construit sur le Serchio, près de Lucques, un pont remarqua-» ble par son arche principale de 36"*,80 d'ouverture présentant un cintre complet^ de telle sorte qu'au-dessus de la clef le parapet atteint une hauteur de 20", 75. La construction est d'ailleurs des plus rudimentaires comme dispositions générales ; mais la maçonnerie est exécutée avec soin et l'on y a employé un mortier à l'excellente qualité duquel est attribuée la longue durée de l'ouvrage, le seul qui soit parvenu jusqu'à nous de tous ceux établis anciennement sur la même rivière.
Au XII* siècle, nous trouvons le pont de Ratisbonne, sur le Danube, composé d'arches en plein cintre de 10 à 14" d'ouverture, séparées par des piles ayant, les unes 8"*, les autres 10" d'épaisseur, surmontées de couronnements en forme de pyramide triangulaire. Les tètes des voûtes appareillées parallèlement forment archivoltes, et au-dessus des tympans règne un bandeau saillant supportant le parapet. Une galerie couverte occupe toute la longueur du pont.
Au siècle suivant, c'est le pont de Pavie sur le Tessin, qui oflFre encore des voûtes en plein cintre ou en arc de cercle, avec des ouvertures très inégales d'ailleurs, variant de 12", 50 à 23",50 et surmontées comme au pont précédent d'une galerie couverte.
Enfin au XIV* siècle les ponts à citer seraient en assez grand nombre et deux d'entr'eux méritent notamment une mention
CHAPITHE PHEMIER — IIISTOltlQLE