Mathieu Guillemot. ôHitenr; Paris
§ 1 — AVANT L'ÉPOOUE ROMAINE 17
« un pont à l'endroit où le fleuve est le plus étroit, qui est d'un <( quart de lieue au plus, faisant jeter et asseoir des piliers au u profond de Teau, de 12 on 12 pieds, et joignit les pierres do « ces colonnes, parTentre-deux, avec de grosses barres de fer (i les liant par les jointures et liaisons de plomb fondu, et au « devant de ces colonnes pour rompre et fendre Timpétuosité « et le courant du fleuve, elle lit maçonner de grosses pointes K triangulaires de pierre afin que les dits piliers fussent fer- « mes et sûrs contre la force de Tcau, d*un côté et de Tautre ; a et ce pont qui avait trente pieds de large, elle fit planchéier « de grosses poutres et solives de cèdre, de cyprès, de pala mier, ouvrage qui n'est certes pas inférieur à nul des autres c( qu'elle ait fait en son temps. »
Il faut assurément, dans ce récit, faire une large part à l'exagération et à la fable, mais on ne saurait mettre en doute l'existence même du pont, ni son importance ; les dispositions des piles, telles qu'on les décrit, munies d'avant et d'ar* rière-becs, composées de pierres de tailles reliées entr'elles par des crampons métalliques scellés au plomb et fondées en eau profonde, dans un courant rapide, témoignent de l'existence dès cette époque d'un art qui n'en était plus à ses débuts.
Ces travaux s'exécutaient d'ailleurs en présence d'architectes et d'ouvriers que Sémiramis avait fait venir de toutes les parties du monde et dont le nombre, d'après Diodore de Sicile, aurait atteint trois millions, de sorte que ceux-ci, en retournant chez eux^ avaient pu faire connaître et répandre partout les procédés de construction qu'ils venaient de voir appliquer.
On peut donc affirmer que^ plus de vingt siècles avant no** tre ère, l'art de construire les ponts avait déjà réalisé d'assez grands progrès pour permettre l'exécution de travaux relativement difficiles, et était probablement connu et pratiqué dans toutes les contrées habitées.
• Ceci ne doit s'entendre, il est vrai, que des ponts en charpente ou du moins des ponts dont les piles seules étaient maçonnées et l'on est moins certain que les premiers ponts exécutés entièrement en maçonnerie remontent ù des dates aussi reculées.
Pour les construire, en effet, il fallait d'abord que Texécution des voûtes fût entrée dans la pratique des travaux et Ton ne possède, à cet égard, que des données extrêmement incertaines.
Un fait bien avéré cependant, c'est que, dès lantiquité la plus reculée, on a exécuté des ouvrages en maçonnerie qui, sans être des voûtes comme nous Tentendons, composées de voussoirs à joints convergents dirigés vers un centre commun, en offraient cependant toute l'apparence extérieure.
Nous ne saurions mieux faire, à ce sujet, que de reproduire les observations intéressantes qui suivent, empruntées au Traité d Architecture de M. Léonce Reynêiud. *
« L'invention des voûtes remonte-t-elle à une haute antiquité? En trouve-t-on quelque témoignage dans les plus anciens monuments de l'Asie ou de TEgypte, ou dans ceux de la période héroïque de la Grèce? Ces questions ont été longument controversées, et pendant longtemps les meilleurs esprits se sojit refusés à les résoudre affirmativement. Il était, en effet, assez difficile d'admettre que Thumanilé ayant à sa disposition un système de construction aussi avantageux se fût assujettie, pendant une longue suite de siècles, à l'emploi presque exclusif de plafonds exécutés en matériaux de dimensions colossales et par conséquent au prix des plus grandes fatigues; que ni les Egyptiens, ni les Grecs, n'aient su poursuivre la voie qu'ils avaient entr'ouverle^ et qu'ils aient laissé à des peuples moins éclairés, moins doués d'initiative, aux Étrusques et aux Romains, la gloire d'introduire dans l'architecture une disposition dont ils auraient dû apprécier les mérites, puisqu'ils y avaient eu recours en quelques circonstances.
« Mais aujourd'hui le doute n*est plus permis ; les témoignages se sont produits trop nombreux, trop certains pour qu'on puisse nier Tantiquité de la voûte.
« A Abydos, dans le palais d'Osmandias, dont le règne remonte à 2.500 ans environ avant notre ère, on a trouvé une voûte en berceau formée de pierres posées en saillie les unes
1. Traité d'Architecture par Léonce Reynaud ; ire partie. Carilian-Gœury et Victor Dalmont, éditeurs; Paris, 1850.