‹ Ponts en maçonnerieChapitre 94 sur 133 · CINTRE DE L* AQUEDUC DE ROQUEFAVOUR · texte numérisé non relu

CINTRE DE L* AQUEDUC DE ROQUEFAVOUR

ËlèvaUon d'une demi-ferme.

Afin d'éviter de ménager des puits dans la maçonnerie pour donner passage à des haubans intermédiaires, ce n est que sur les tètes que la ferme a été soutenue de cette façon, ce qui était en effet très admissible pour un aqueduc dont la largeur est nécessairement assez faible. Pour un grand pont, le cas ne serait plus le même ; mais on ne voit pas qu'il pût y avoir de sérieux inconvénients à ménager de distance en distance, dans les reins de la voûte, au moment de sa construction, le passage de tiges métalliques exigeant en somme très peu de place ; do simples tuyaux de fonte, du genre de ceux en usage pour les gargouilles destinées à Tégouttement des eaux d'infiltration, pourraient très bien suffire et ne gêneraient en rien l'exécution de la ma-

Connerie» de sorle qu'il n'y aurait là matière à aucune objection grave.

Dans notre pensée cette application des haubans métalliquesi et même des câbles de suspension, à la construction des cintres est appelée à prendre une plus grande extension, et à devenir même, dans certaines circonstances exceptionnelles, une nécessité absolue. Nous demandons la permission de faire à ce sujet une courte digression.

Aux dernières années de nos fonctions d'ingénieur en chef, les études du chemin de fer classé de Pont-Audemer à Port- Jérôme nous avaient conduit à projeter un pont qui aurait dû franchir la Seine, aux abords de Quillebeuf, en un point où Ja rivière, limitée par des digues longitudinales, a une largeur d'environ 400 mètres.

La chambre de commerce de Rouen extrêmement soucieuse de ne voir entreprendre quoi que ce soit, entre son port et la mer, qui puisse) apporter la moindre entrave à la navigation, donnait à entendre qu'en fait de pont elle n'admettrait jamais que l'on en construisit un de moins de 400 mètres d'ouverture et de 75 mètres de hauteur, alléguant qu'il arrive presque chaque semaine à Rouen des navires dont la mâture s'élève jusqu'à une hauteur égale ou à peu près.

On serait probablement parvenu à faire modifier ce programme ; mais pour prévenir de trop énergiques protestations, nous avions supposé qu'on pourrait tenter la construction d'une arche de 300 mètres dont la clef aurait été placée à la hauteur reconnue définitivement nécessaire et que l'on aurait exécutée à la façon d'une voûte ordinaire en maçonnerie, par rouleaux successifs, mais en y employant des voussoirs en acier, sorte de briques creuses niétalliques, de dimensions à calculer pour éviter que le maniement et la pose en fussent par trop incommodes. ^

i. On admet qu'avec les pierres les plus dures, comnie les basaltes d'Auvergne, par exemple, dont le poids par mètre cube atteint près de 3000 kil. (2950) et la résistance pratique à la compression 30 kilogrammes par centimètre carré, on pourrait porter Touverture des voûtes maçonnées au delà de 100 mètres. L*acier pèse 7.800 kilogrammes le mètre cube, et peut très bien supporter pratiquement à la compression un effort de 12 à 15 kilogrammes

Les seules grosses difficultés à prévoir seraient celles relati- ▼es à rétablissement des cintres. M. Croizette-Desnoyers, dans son traité de la construction des ponts (Tome II, p. 223) donne le dessin d'un cintre pour voûte de 80 mètres ; si Ton avait la faculté de prendre ainsi des points d'appui intermédiaires, en tel nombre qu'on le jugerait utile, il est clair, question de dépense à part, qu'on parviendrait à composer un cintre d'une parfaite solidité pour une ouverture de 300 mètres, aussi bien que pour celle de 80 mètres.

Mais dans les conditions que nous indiquions tout à l'heure pour la traversée delà Seine, la situation serait entièrement différente, non pas seulement à cause des objections de la navigation, mais surtout parce que la nature du lit de la rivière, formé d'une couche de profondeur presque illimitée de terrains vaseux ou tourbeux, ne permettrait de prendre aucun point d'appui en rivière entre les culées ; un cintre retroussé serait donc indispensable. Pour le supporter solidement on ne disposerait que d'un moyen unique, celui d'un véritable pont suspendu dont les couchis du cintre formeraient le tablier à profil courbe. Plusieurs ponts de ce genre (à tablier rectiligne, bien entendu) ont été construits aux États-Unis, avec des portées atteignant près de 500 mètres. On comprend donc quil serait possible d'établir un ouvrage provisoire analogue pour porter un grand cintre en chsurpente, rigide, reposant à ses deux extrémités sur des points fixes ; il s'agirait seulement de l'alléger de place en place au moyen de haubans verticaux, en assez grand nombre, fixés à leur partie supérieure sur de très forts câbles de suspension.

En observant que la construction par rouleaux du grand arc métallique permettrait, en ne l'exécutant pas du premier coup sur toute la largeur entre les têtes, de ne pas charger le cintre

par millimètre carré. Il résulte de ces données que le rapport de la charge par centimètre carré de section au poids /du mètre cube de matériaux employés est de 0,01 dans le premier caB^ët d'environ 0,15 dans le second. Il y a donc là un motif de présumer qu'on pourrait, à la façon des voûtes maçonnées, exécuter des voûtes métalliques de bien plus grande ouverture, tout en étant relativement beaucoup plus légères et plus résistantes. Resteraient à examiner les déformations à prévoir par l'effet de Télasticité et de la dilatation.

Page 1