INTRODUCTION. XXV
exaclement les mêmes qualités d'élasticité et de résistance qu'à Tépoque de la construction. Vu le soin scrupuleux avec lequel cette vérification a été conduite, nous voyons là un document péremptoire et irrécusable, qui met à néant les craintes manifestées au début pour les premières constructions des ponts métalliques. Nous ajouterons que ces craintes n'étaient pas absolument chimériques, et qu'elles s'appuyaient sur des faits d'observation très exacts et très réels, mais mal connus et mal étudiés; Terreur commise provient ainsi non du point de départ, mais des conclusions défavorables que l'on en tirait au sujet de la durée des ponts métalliques.
M. Wœhlera, dans ces dernières années, étudié la question avec un soin tout particulier, et il semble avoir découvert les lois qui la régissent. Ce n'est pas le moment d'exposer les résultats de ses observations et de ses recherches ; nous nous bornerons à en donner une indication des plus sommaires. Il a constaté ce qui suit :
1° Une barre métallique, soumise à un effort d'extension permanent et constant, se rompait au bout d'un temps plus ou moins long, lorsque cet effort atteignait une valeur déterminée, dépendant de la nature du métal, comprise entre l'effort correspondant à la limite d'élasticité (page 4) et l'effort correspondant à la charge de rupture proprement dite, c'est-à-dire à la charge qui produirait la rupture du métal en un temps très court. Le temps exerce là une influence manifeste, puisque l'on constate qu'un effort, incapable de produire immédiatement la rupture de la barre, finit par la déterminer s'il est prolongé pendant un laps suffisant. Il y a évidemment désorganisation lente du métal, et par suite transformation moléculaire.
2* Supposons que la barre métallique, au lieu d'être
soumise à un effort permanent et constant, subisse un effort variant périodiquement entre une limite supérieure et une limite inférieure, de telle sorte que les forces moléculaires développées dans le métal présentent des changements fréquents et alternatifs. M. Wœhler a trouvé que la barre pourrait encore dans ces conditions se désorganiser lentement et arriver à se rompre, si la limite supérieure des efforts intermittents supportés par elle atteignait une valeur déterminée, qui dans le cas présent serait inft*^rieure à Teffort permanent et invariable capable de produire à la longue le même effet, dans les conditions de la remarque qui précède. Par conséquent, un effort variable et alternatif est plus destructeur qu'un effort constant et permanent, et la différence est d'autant plus accusée que l'écart entre les limites inférieure et supérieure est plus considérable. Lorsque le métal travaille tantôt à la compression, tantôt à Textension, ce phénomène est plus marqué, et la valeur de l'effort limite capable d'amener la destruction de la barre s'abaisse notablement.
Considérons maintenant une barre métallique, portant une charge déterminée, qui soit en état de vibration. Nous ferons à son égard les remarques suivantes : 1** l'intensité des efforts moléculaires développés dans la barre varie entre une limite inférieure correspondant au commencement de la période de la vibration simple et une limite supérieure correspondant à la fin de cette vibration. La limite inférieure peut être égale à zéro, et l'écart entre les limites atteint alors, ainsi qu'on le voit, la valeur même du travail maximum développé dans le métal ; 2'*la limite supérieure du travail, développé dans la barre en état de vibration, est notablement plus grande que le travail statique constant et invariable que la même charge