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Tome III, page

114 PORT-BOYAL.

jageÈ et le PAlais edntrô isoi ; je reeonnois de bonne foi que le» Pkidojers do ce dernier sont, gans comparaison, plus déTOts que les romans du premier. Je crois bien que si Des Maretz avoit revu ses romans depuis sa conversion, comme on dit que M. Le Maître a revu ses Plaidoyers, il y auroit peut-être mis de la spiritualité ; mais il a cru quHm pénitent devoit oublier tout ce qu'il a fait pour le monde. — Quel pénitent, dites-vous^ qui fait des livres de lui-même, au lieu que M. Le Maître n'a jamais osé faire que des traductions! — Mais, Messieurs, il n'est pas que M. Le Maître n'ait fait des préfaces, et vos préfaces sont fort souvent de fort gros livres. Il faut bien se hasarder quelquefois ; si les Saints n'avoient fait que traduire , vous ne traduiriez que des traductions, i

Chaque coup portait. Les traits sont si fins qu'ils entrent de toutes parts, ils sont si polis qu'on ne s'aperçoit qu'à la réflexion des blessures. C'était uii ennemi peu commode que Racine, et ce doucereux était passé maître dans l'épigramme. Comparé à Boileau brusque et franc, mais sans fiel, il nous paraît plus caustique, plus malicieux, plus capable de piquer jusqu'au sang et d'enfoncer l'aiguille avec lenteur. Il savait le bon endroit pour les piqûres, et se plaisait à l'irritation qu'il causait. Dans une discussion qu'ils eurent un jour à l'Académie des Inscriptions, Boileau le lui dit : « Je conviens que j'ai tort, mais j'aime encore mieux avoir tort que d'avoir raison aussi orgueilleusement que vous. » Ces deux Lettres, quoi qu'on en juge au moral, sont une perfection en leur genre. Puisqu'on a trouvé convenable, dans le temps, d'imprimer les Réponses de Du Bois et de Barbier d'Aucour à la suite des Imaginaires dont elles sont bien le cortège, on pourrait, quand on réimprime les Provinciales y Y joindre deux ou trois pièces aussi qui sont tout à fait dignes d'en être rapprochées. On y joindrait d'abord cette pièce délicate, exquise, qui en est née la première, la Conversation du Père Canaye

et du maréchal d'Hocquincourtj celle que j'appelle la dix-neuvième Provinciale, et qui, en taillerie sur le fond des^choses, va un peu plus loin que les dix-huit autres. On la devrait toujours imprimer à la suite des Provinciales comme étant née d'elles et pour leur faire honneur, et aussi pour être une leçon aux Ghijétiens sérieux de prendre garde, dans leur raillerie, où ils vont et à quoi ils mènent. On y joindrait ensuite, par manière d'honneur encore et de leçon, les deux Lettres de Racine qui retournent contre les amis de Pascal les mêmes armes, maniées par un esprit qui n'est inférieur à aucun en grâce moqueuse^ en ironie élégante et cruelle ^

1. Une question qui n'intéresse que les oisifs et songeurs comtne nous : Racine connut-il, vit-il Pascal? — Il est à croire qu'il le vit passer dans la cour de Port-Royal des Champs, vers le temps des Provinciales^ ou un peu auparavant* Racine était à Port-Royal dans ces années 1655, 1656, et son cousin Vitart, qui voyait beaucoup de monde et qui recueillait les propos du dehors, fut, on le sait, des premiers à pousser à l'idée de publicité d'où naquirent les Proviticiales. L'écolier curieux dut avoir vent de tout cela, et guetter, au passage, les hôtes illustres.

Plein éclat de Racine. — Cachet de son génie. — Perfection tt unité. — Racine et Turenne. — Racine propre et habile à tout.

— Action efficace de Boileau. — Racine^ juste-milieu suprême.

— Est-ce le drame unique? Est-ce le style unique? — Le Racine des derniers temps ; — réconcilié avec Port-Royal ; — dévot à Port- Royal et à Louis XIV ; — invité à la poésie sacrée.

— Esther, — Prodigieux succès. — Fidélité biblique et allusions. — Arrière-pensée vers Port-Royal. — Athalie, — Succès moindre. — Grandeur unique. — Omni-présence de Dieu. — Le Temple vu par un chrétien. — Pièce incomparable. — Auraitelle été sans Port-Royal? — Dernières années de Racine; — en demi-disgrâce auprès de Louis XIV ; — atteint au cœur. — Sa mort; son testament. — Liste des amis morts. — M. Du Fossé.

Depuis l'entière rupture de Racine avec Port-Royal jusqu'à sa réconciliation, treize ans environ se passèrent, dont dix, depuis Andromaqm jusqu'à Phèdre (1667- 167^), de la plus belle, de la plus complète gloire littéraire, dix années marquées par sept chefs-d'œuvre, Art" dromaque, Britannicmy Bérénice ^ Bajazety Mithridate^ Iphigénie^ Phèdre^ parmi lesquels les moindres même comme Bérénice^ par leur nuance particulière, font à ravir dans l'ensemble de l'œuvre.

Andromaguej par où s'était ouverte cette série glo-

riease, eut presque le succès du Cid auprès des générations jeunes et amies du jeune règne, qui voulaient, h leur tour, avoir leur théâtre à elles et leur poète ; elle inaugura une nouvelle Ère dramati(}ue, comparable à celle qui avait vu le Cidy Horacey Cinna, Polyeucte; — quelque chose de moins imprévu, de moins éclatant, de moins héroïque, de moins transportant, mais d'aussi beau, d'aussi passionné, de plus soutenu, de plus en accord dans toutes les parties, de plus égal et de plus naturel en noblesse et en élévation, et qui se développera sans fatigue et sans heurt à chaque récidive de talent; qui montera de degré en degré sans échec et sans chute jusqu'à son couronnement suprême; qui enfin, sans sortir jamais de l'élégance continue, atteindra son genre de sublimité aussi.

On a tout dit de Racine, surtout en ce qui comprend cette époque toute littéraire de sa vie; je ne parlerai que de Tensemble, et du jugement même auquel j'en suis venu sur la nature et la marque générale de son génie.

Ce qu'il ne faut jamais perdre de vue quand on Juge Racine aujourd'hui, c'est la perfection, l'unité et l'harmonie de l'ensemble, ce qui en fait la principale beauté. A prendre les choses isolément et par parties, on se tromperait bientôt; le caractère essentiel échapperait, et l'on prononcerait à côté. Au contraire, à bien sentir cette perfection de l'ensemble, cela devient une lumière générale qui réfléchit sur chaque détail et qui Téclaire.

Depuis longtemps le détail triomphe; on le brode, on l'amplifie, on le pousse à bout, et l'on se croit bien grand par tomes ces richesses l'une sur l'autre accumulées. Erreur I le bel art ne se comporte pas ainsi ; il ne calcule pas de la sorte, et il a son secret plus intérieur. Son trésor ne se compose pas d'innombrables et splendides détails additionnés et qui font tas : en définitive,

ces trésors-là sont un peu trop pareib à ceux des rois barbares. J'ai moi-même donné quelque peu d'abord dans rillusion; en comparant telle tirade de Racine à telle tirade de Hugo, tel couplet des chœurs d'ÀûuUie à telle strophe de Lamartine, j'ai cru voir une supériorité de couleur, de trait, de poésie enfin, dans le moderne. Mais comme, en poussant cela un peu plus loin, il en serait résulté que presque le moindre d'entre le^ modernes, pour peu qu'il eût de ce qu'on appelle imagina-* tion, eût été (au moins pour le style poétique) supérieur à Racine pris ainsi en détail, j'ai été effrayé de cette énorme supériorité de richesse que nous avions, et qui sautait si vite aux yeux; cela m'a ramené au seul point d« vue qui soit juste pour apprécier l'art de ce grand poëte, et en général toute espèce d'art.

L'unité, la beauté de l'ensemble chez Racine se subordonne tout. Dans les moments même de la plus grande passion, la volonté du poëte, sans se laisser apercevoir, dirige, dominevgouverne, modère. Il y a le calme de l'âme supérieure et divine, même au travers et au-dessus 4e tous les pleurs et de toutes les tendresses.

C'est là un genre de beauté invisible et spirituelle, ignorée des talents qui mettent tout en dehors : même quand ce qu'on met en dehors serait le plus beau et k plus ri^be du monde, il y a toujours entre cette dernière mmiière et l'autre la même différence à peu ' près qu'entre le monde de l'idolâtrie, du paganisme ou, si l'on aime mieux, du panthéisme le plus efïïoresceni, et le monde accompli tel qu'il existe pour qui le voit avec les yeux d'un Platon ou d'un FéneloD, pour ceux qui croient à la création distincte^ qui maintiennent l'homme souverain, et roi avant tout, en tête de son ordre, et (s'y mélÂt«il même de l'illusion humaine) au centre de la sphère et de la coupole rayonnante.

Ra(mie est un grand dramatique, et il l'a été naturel

lement, par vocation. Il a pris la tragédie dans les conditions où elle était alors, et il s'y e$t développé avec aisance et grandeur, en l'appropriant sipgulièrement k son propre génie* Mais il y a un tel équilibre dans les j facultés de Racine, et il a de si complètes facultés ran-j gées sans tumulte sous sa volonté lumineuse, qu'on se . figure aisément qu'une autre quelconque de ses facultés ; eût donné avec avantage également et gloire, et sans que l'équilibre eût été rompu.

Le cardinal de Pi.etz, en ses Mémoires, a dit de Turenne, le plus parfait de nos héros comme Racine est le plus parfait de nos poètes, et qui a fini par ses plus belles campagnes comme Racine par sa plus grande tragédie : « M. de Turenne a eu, dès sa jeunesse, toutes les bonnes qualités, et il a acquis les grandes d'assez boime heure. Il ne lui en a manqué aucune, que celles dont il ne s'est pas avisé. Il avoit presque toutes les vertus comme naturelles; il n'a jamais eu le brillant d'aucune. On l'a cru plus capable d'être à la tête d'une armée que d'un parti, et je le crois aussi, parce qu'il n'étoit pas naturellement entreprenant : mais toutefois, qui le sait? Il a toujours eu en tout, comme en son parler, de certaines obscurités qui ne se sont développées que dans les occasions, mais qui ne se sont jamais^ développées qu'à sa gloire. »

On ne peut dire de Racine comme de Turenne qu'il n'a pas eu le brillant de ses qualités, mais il n'en a pas eu l'étalage ni l'appareil; il n'en a pas eu l'impétueux et le soudain, comme Corneille par exemple l'avait, avec un peu trop de jactance aussi; et il a toujours eu en tout, comme en son parler, non pas de certaines obscurités, mais de certaines retenues, qui ne se sont développées que dans les occasions U selon les sujets^ mais qui ne s'y sont jamais dévdoppées qu'à sa gloire .

RacifiA esl ten4re, dit-on, c'est un élëgi^que drawa-

tique. Prenez garde ! celui qui a fait la scène du troisième acte de Mithridate et Britannicus^ le peintre de Bnrrhus, est-il gêné à manier la tragédie d'État et à tirer le drame sévère du cœur de l'histoire?

Ainsi de tout pour Racina : il serait téméraire de lui nier ce qu'il n'a pas fait, tant il a été accompli sans effort dans tout ce qu'il a fait! Pour moi, je me le figure à merveille dans d'autres genres que la tragédie; par exemple, donnant un poème épique, dans le goût de celui

' du Tasse ; des élégies, comme les belles et sobres méditations premières, comme les élégies closes de Lamartine; des satires comme la Dunciade de Pope ; des épigrammes comme celles de Le Brun ; des histoires ' ; comme celles — et bien mieux que celles — que Rulhière

' a tentées ; des romans historiques plus aisés que celui de Manzoni; des comédies comme les Plaideurs en pouvaient promettre. Des odes, il en a fait; des Petites Lettres comme Pascal, il en a trop bien commencé. Orateur académique, il Fa été, et avec éclat. Et toujours et partout • (remarquez 1) on aurait le même Racine, avec ses traits nobles, élégants et choisis, recouvrant sa force et sa passion; toujours quelque chose de naturel et de soigné à la fois, et d'accompli, toujours l'auteur ^ans tourment, au niveau et au centre de son genre et de son sujet.

Mais la forme dramatique était celle que son temps lui offrait la plus ouverte et la plus digne de lui; il y entra tout eutier, et au troisième pas il y était maître. Il y versa tous ses dons, et il en reçut des ressorts nouveaux dont il s'aida toujours, dont il ne souffrit jamais. En ne sortant pas, un seul instant, de l'originalité distincte qu'il portait et cachait en ses œuvres harmonieuses, en ne cessant jamais de faire ce que lui seul eftt pu faire, il marcha toujours, variant ses progrès, diversifiant ses tons, poussant sur tous les points ses

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qualités même les plus tendres et les plus enchanteresses à une sorte de grandeur, jusqu*à ce qu'il arrivât, après cette adorable suite des Bérénice, des Monime et des Iphigénie, à ce caractère de Phèdre, aussi tendre i qu'aucun et le plus passionné, le plus antique et déjà ' chrétien, le plus attachant à la fois et le plus terrible j sous son éclair sacré.

Boileau, certes, assista et servit Racine dans toute cette œuvre d'une façon qui ne se saurait apprécier. Racine, on le voit par ses premières lettres, avec tant de qualités qui, ce semble, auraient pu se suffire à ellesmêmes, était né docile. Il réclamait un juge de ses vçrs, un Quintilius. Chapelain et Perrault n'avaient pourtant pas sa confiance ; iL la plaçait volontiers dans son ami 1 abbé Le Vasséur, il consultait La Fontaine ; mais le juge intègre et sourcilleux, il le sentait bien, n'était pas enc*ore là. Dès qu'il l'eut reconnu dans Boileau, il s'y ! confia et ne s'en départit plus. Boileau dut hâter dans Racine cette saison d'entière maturité, qui est celle de ' toutes ses œuvres depuis Andromaque; il dut lui apprendre à sacrifier sans pitié le détail trop joli et trop fin à l'effet plus sûr de l'ensemble. Beaucoup de ces ' ' jeunes rameaux, de ces tendres et un peu folles guir- ' landes que nous avons vus courir dans les premiers vers de Racine comme les bras de la vigne grimpante le long des arbres et des murs même du cloître à Port- ' Royal, furent à jamais retranchés par Boileau. On lui 4 doit, à coup sûr, d'avoir eu plus tôt le Racine parfait, et de l'avoir eu, dans sa perfection même, plus continuellement ferme et plus inaltérable.

Après cela. Racine a-t-il tout gagné avec Boileau ? ' n'a-t-il pas perdu quelque chose qu'il eût atteint peutêtre et développé, en se retranchant moins quelques-uns de ses premiers rameaux ? On le peut conjecturer, ce me semble, plus qu'on ne le doit regretter. Je dirai

donc, non à titre de regret aucunement, mais comme un aperçu de plus à travers la nature poétique de Ra* cine, que s'il avait gardé plus longtemps cette manière un peu plus libre^t plus subtile de sentir et d'exprimer que nous lui avons reconnue à Torigine, que si, Tayant d'abord sans doute par imitation un peu et par convention, il y avait assez persévéré pour se l'approprier par sentiment et pour y diriger les progrès de son tendre et sensible génie, il serait très-probablement arrivé h certaines beautés d'un genre différent de celui dont il nous est aujourd'hui un modèle.

$ans entrer dans un développement qui ferait; ici

hors-d'œuvre, je crois qu'on pourrait établir sans in-

f vraisemblance que Boileau a refpulé et réprimé un

[ coin de Pétrarque et de Tasse en Racine, le bel-esprit

mêlé au sentiment, persistant dans la poésie et y mettant

sa marqua.

Racine laissa de bonne heure le premier goût qui Tentraînait sensiblement de ce côté. La beauté grecque plus simple (en attendant la grandeur biblique) triompha de cette beauté italienne moderne plus compliquée et pkis subtile. Je le remarque encore une fois sans le regretter : ce genre de beauté, plus voisin de date, était peut-être moins neuf et moins original à importer, et aussi allait moins au grand et pur goût de Louis XIV« droit et sensé, au goût français en un mot, que ce qu'a fait Racine. Remercions-le donc de ce qu'il a sacrifia, puisqu'on ne peut tout avoir, et remercions-en surtout Boileau *.

1. Boileau avait conscience du genre de service qu'il avait rendu à Racine, lorsqu'il lui échappa de dire un mot qui a été cité souvent, qu'on a voulu quelquefois contester, mais qu'il a dit bien certainement et répété en plus d'une rencontre. Interrogé dans sa vieillesse par Falconnet, par Boindin, par La Motte, sur ceux qu'il considérait vraiment comme les génies de son siècle : « Je n'en connois que trois, disait-il sans marchander. Corneille,

L'œuvre de Racine, comme toutes les belles œuvres, essuya sans doute en naissant bien des mauvais vouloirs et des critiques. Pourtant cette contradiction chétive disparaît de loin dans l'applaudissement universel et dans Tadmiration très^vite unanime. Le propre de | Tœuvre de Racine, en effet, est d'être parfaite, d'une ' perfection i la fois profonde et évidente. A quelque de- ' grë qu'on s'arrête dans l'intelligence de son œuvre, on a ridée d'une certaine perfection ; on ne tombe jamais sur une impression incomplète ou qui offense. Shakspeare a besoin d'être compris tout à fait pour ne jamais i choquer et rebuter ; Molière lui-même est un peu ainsi, l Il y a chez euK des choses qui ne ^'expliquent et ne se légitiment qu'au dernier point de vue. Avec Racine, bien qu'il soit vrai que plus on avance et plus on admire, on, admire encore quand on ne va pas très*avant. Son élévation est tellement graduée et accessible, qu'il y en a. pour chacun; à chaque gradin du temple, on peut faire station; même quand on n'a pas toute la vue, on a une vue complète en soi, symétrique et harmonieuse.

Molière... et moi. » — « Et Racine? » demandait rinterlocuteiuun peu étonné. — « Racine, répliquait Boileau, n'étoit qu'un très bel esprit à qui j'ai appris à faire difficilement des vers faciles. » Duclos, Voisenon, d'Alembert racontent tous trois l'anecdote, comme la tenant de témoins dignes de foi. La révoquer eD doute à cause des vers dans lesquels Boileau loue si grandement llacine, c'est trop oublier qu'il y a manière d'écrire sur ses amis et manière d'en parler en causant. Et puis il faut savoir comprendre en quel sens Boileau le prenait. Oui, Racine est un très bel esprit « qui connoissoit la marche du cœur humain, et qui savoit en mettre en jeu tous les ressorts. Voilà pourquoi il n'est pas inégal; il étoit toujours lui, il avoit de la force qnand il le falloit. » Il savait toujours où il en était. Corneille et Molière ont eu chacun leur démon; La Fontaine, oublié par Boileau, en avait «m; Boileau lui-même avait le sien, et qui avait ses quintes. Baeine, lui, n'avait pas un démon déterminé. C'est ainsi que j'entends et que je traduis le mol un pei singulier, et pourtant bien authentique, de Boileau.

Son œuvre parfaite se trouve avec ses hauteurs et ses profondeurs, placée au milieu de tout le monde, proportionnément comprise de tous, éclairée par tous les aspects.

Surtout, j'insiste là-dessus, jamais rien qui offense ni même qui étonne ; rien d'étrange ; sa manière comme sa physionomie est d'une beauté heureuse, ouverte sans I être banale , d'une de ces beautés incontestables et qui 1 existent pour tous. Racine et Louis XIV sont, régulièrement parlant, les deux plus beaux visages do cette Cour.

La poésie de Racine est au centre de la poésie française; elle en est le centre incontesté : en est-elle le centre unique? Ceci devient une autre question.

Au point de vue du drame, il semble que ce n'en soit plus une ; et tout en révérant le théâtre de Racine, et par cela même qu'on le révère avec plus de réflexipn, en pleine connaissance de cause , on paraît admettre ^ comme une vérité désormais acquise que, pour expri- / mer dramatiquement l'histoire , le cœur et la vie , ce ne serait plus dans ce cadre juste et trop choisi qu'il les ^ faudrait vouloir replacer. C'est là un résultat théorique, à peu près admis incontestablement en France ; je dis théorique, car il faut avouer que, s'il est besoin pour l'autoriser d'un seul beau et grand drame français moderne, jeté dans l'autre moule, on est encore à l'attendre*. — Mais, d'un côté, on a Shakspeare; de l'autre, on a même Schiller, qui marquent les voies.

En convenant donc volontiers aujourd'hui que le

théâtre de Racine n'est pas le centre unique du drame ,

I on se rejette sur son style, et quelques-uns maintiennent

1. On n*en a que d'incomplets, tout au plus de grands essais, avec de fortes et hautes parties. — (Cette page, y compris cette note, a été écrite en 1838, et il n'est rien survenu depuis lors qui m^oblige à modifier ce jugement.)

que ce style racinien est et doit rester le centre essentiel ou même imique de la poésie française. C'est le type et le modèle auquel ils s'en rapportent invariablement pour juger des bons vers.

Tout en reconnaissant que , dans une certaine zone habituelle tempérée et moyenne, le style de Racine ne saurait sans inconvénient cesser de prévaloir , de faire comme le milieu ou le lien de tout langage poétique français; en sentant combien il est heureux, quand on se trouve k même des belles eaux du style racinien, d'y savoir naviguer, d*y pouvoir courir, et de battre avec art cette surface à peine blanchie, d'une double rame cadencée, je ne pourrais admettre qu'il n'y ait que cela à faire, et que, hors de ce large et beau canal, il n'y ait point de voie et de salut en français pour le style du poète. — Et que fait donc Molière? je ne parle pas des endroits purement comiques. Pour continuer mon image du canal, quand il y a doute , danger, hasard seulement , Racine , entre les deux côtes , l'une tout unie , l'autre escarpée ,

Î[ui forment et bornent, hélas! le détroit de la poésie rançaise, Racine se rapproche h l'instant de Tune, delà côte unie, de celle de la prose, et tout en s'en rapprochant extrêmement et jusqu'à courir peut-être une autre espèce de danger, il le dissimule et se sauve avec une marche admirablement sinueuse et des courbes prolongées élégantes. Molière, lui, quand il ne peut tenir le milieu, ne craint pas d'affronter l'autre côte, de risquer le tout pour le tout, de tenter la métaphore abrupte, et, sauf quelques accrocs qui tiennent à l'exécution trop rapide, il s'en tire certes sans trop de naufrage et sans se briser; il s'en tire à son honneur, à l'honneur de la touche libre et franche. — Et La Fontaine, dans ses Fables, fait-il autrement? n'a-t-il pas souvent dans les endroits, dans les détroits difficiles, de ces ressources plus hardies, plus trouvées, qui ouvrent dans la langue française des

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' horizon» et comme de» trouées de perspective qti*oû

' n'attendait pas? *- tandis que Racine » quand il y a

doute, péril, on même qu'il n'y a pas nécessité de haute

( poésie, rase volontiers la prose, sauf Télégatice toujours

I observée du contour. Sans sortir de notre sujet, nous en

avons une petite preuve : il fit sur Arnauld mort, à

l'exemple de Boileau et de Santeul, deux courtes pièces,

l'une comme épitaphe, l'autre pour mettre au bas d'un

portrait. Voici 1 une de ces pièces où, pas plus que dans

l'autre, il n'y a trace de poésie sous l'élégance :

Sublime en ses écrits, doux et simple de cœur, Puisaat la vérité jusqu'en son origine, De tous ses longs combats Arnauld sortit vainqueur, Et soutint de la foi l'antiquité divine. ^

De la Grâce il perça les mystères obscurs ; Aux humbles pénitents traça des chemins sûrsi Rappela le pécheur au joug de TÉvangile.

Dieu fut l'unique objet de ses désirs constants : L'Église n'eut jamais, même en ses premiers temps, De plus zélé vengeur, ni d'enfant plus docile.

^ Ces v^TS sont polis et travaillés comme tout ce que fait Racine, et pourtant pas un seul n'est poétique à proprement parler. C'est Técueil du style poétique racinien. L'écueil ici est un banc de sable , comme pour d'autres c'est un rocher.

• Ce ne serait pas faire injure à Racine que de poser, je crois, à son sujet, cette conséquence littéraire rigoureuse : toute postérité directe de Racine, en tragédie ou en poésie, est nécessairement un peu faible. Sans en chercher des preuves historiques chez Racine fils ou chez Campistron, ni même dans la Mariamnede Voltaire ou dans les nobles et mélodieux accents de Fontanes , ou chez le Casimir Delavigne du Paria y on en trouve la raison, ce me semble, dans la nature même du génie de Racine. Lui seul a toute sa force, et, après lui, il ne

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laisse à ses suivants que le beau voiléi dont il Ta enre- \ kppée, et qoi, la même force n'y étant plus^deyient peu ' à peu Imt linceul*. Il me semble que , bien loin d'être une critique, c'est là une louange.

Quand il s'agit de Racine, la critique même doit i pendre la forme de l'éloge. Je dirai donc : Racine re- \ présente la perfection du style poétique, même pour ceux qui n'aiment pas essentiellement la poésie . Là est le point ) faible, s'il en est un.

Quoi qu'il en soit, n'admirons-nous pas que sortent également de Port-Royal, ou que du moins s*y rapportent de si près, Racine et Pascal, la perfection de la poésie française et la perfection de la prose ! deux perfections assez différentes pourtant. Pascal, qui a bien moins fait quant à l'ensemble de l'œuvre , a dans le style quelque chose qui mord plus, qui ancre davantage la pensée. ! Pascal garde du Montaigne; Racine n'a plus rien de ' gaulois^. Racine mérite pleinement l'éloge de Vauve-

1. Dans une lettre à Tabbé d'Olivet, Racine fils, le croijait-on? ne paraît pas comprendre la beauté de ce vers :

D'os et de chair meurtris et traînés dans la fange.

a Si meurtris se rapporte à chair ^ il ne peut être au pluriel; s'il se rapporte à os, j'ignore ce que c'est que des os meurtris. » 11 ne comprend pas que c'est une belle et poétique conrusion dans le goût des Anciens. « Je ne sais, ajoute-t-il, pourquoi ce même mot a plu à mon père jusqu'à dire des princes meurtris^ pour des princes égorgés. » Mais, au contraire, c'est là un mot pris au sens direct et propre de meurtre; c'est un beau sens antique. — Cette timidité peut nous faire mesurer plus ou moins la distance de tous les Racine fils à Racine père.

2, Un jour ébileau lisait à Louis XIV, en présence de quelques courtisans, un endroit de l'Histoire des campagnes du roi qu'il était chargé d'écrire. Il était question d'un voyage dans lequel le roi avait feint de se porter du côté de la Flandre, et puis tout d'un coup il avait rebroussé chemin pour tourner du côté de l'Allemagne. Le roi l'arrêta sur ce mot rebrousser qu'il trouvait peu noble, peu pâli. Tous les courtisans applaudirent à l'observation

nargues : c Personne n'éleva plus haut la parole et n'y versa plus de douceur. « Il a la perfection de la langue douce^ élégante, régulière et noble, qu'on parlait sous

I Louis XIV. Il y mêle toute la poésie, proprement dite ,

I que ce grand monde pouvait porter ; il n'en met pas trop ;

i il prend garde à tout ; il pense à tout ; il ne s'oublie ni ne se dément jamais : Racine a bien de l'esprit. Virgile , premier -né de la même famille, lui reste supérieur eomme peintre; presque chaque vers de Virgile est un

' tableau. Il est vrai que Virgile avait surtout à faire des

i récits et des tableaux, dans son genre descriptif ou épique de poésie; et il était, de plus, bien autrement servi par

. une langue forte de nerf et de couleur. — J'ai voulu dire tout ceci, en quoi il entre quelque réserve, avant de parler du Racine des derniers temps , et de cette Athalie, après laquelle il n'y a plus qu'à s'incliner dans le plus religieux silence.

Racine venait de donner Phèdre (1677), et il n'était pas encore réconcilié avec Port-Royal. Il en avait soif pourtant; il était rebuté de son métier d'auteur dramatique, et, malgré sa gloire, il avait quelque raison de l'être. Les représentations de sa Phèdre, à laquelle la pièce de Pradon faisait concurrence, avaient été de véritables orages. Des sonnets injurieux coururent. Le sonnet par lequel Racine, en compagnie de Despréaux, répondit à celui de madame Des Houlières , qu'il sup-

' posait être du duc de Nevers, fut si piquant et si offen-

da maître, et Racine lui-môme, qui était présent, s'y rangea. Était-ce simplement pour faire sa cour aux dépens de son ami ? Non, il devait trouver en effet, dans ses idées d*élégance et de douceur, le terme assez malsonnant. Mais Boileau tint bon pour Fezpression nécessaire, disant, tout comme l'aurait dit Pascal, que lorsqu'il n*y a dans une langue qu'un mot pour exprimer avec propriété une chose, il le faut conserver, dût-il païaître un peu rude.

sant pour ce duc et pour sa sœur Hortense, que les deux poètes eurent à craindre un moment pour leur personne. Le duc de Nevers , attaqué à tort par eux, eut le tort, k son tour, de les menacer. M. le Duc, fils du grand Condé, les prit sous sa protection et leur offrit l'hôtel de Gondé pour asile : « Si you§ êtes innocents, venez-y; et si vous êtes coupables, venez-y encore. 9 Gela est partout^. Phèdre resta victorieuse. Boileau consacra et, on peut dire, chanta le triomphe par sa merveilleuse Épître; ^ mais Racine, atteint au cœur, effrayé de ces cabales, rendu par le dégoût et par la jeunesse déclinante aux repentirs et aux scrupules chrétiens, ayant donné d'ailleurs comme talent la plus grande abondance de ses fruits, Racine n'aspirait plus qu*à la retraite, au pardon des maîtres qu'il avait offensés, et à la paix de Disu. H < ne fiensait à rien moins, dans l'excès du premier i.«9tour, , qu'à se faire chartreux; mais son confesseur, bonhomme et sensé, lui conseilla plutôt quelque honnête mariage < bourgeois et chrétien.

Gela fait, et devenu un homme rangé, de mœurs exemplaires, son premier soin fut de se réconcilier avec Port-Royal. Toute sa déviation, toutes ses erreurs, selon les vues nouvelles dont s'illuminait son ^prit, venaient de sa rupture avec ces Mesâeurs. Il ne lui fut pas difficile de se réconcilier d'abord avec Nicole, le plus directement offensé : Nicole, qui ne savait ce que c'était que 1 guerre et rancuue, le reçut à bras ouverts, quand il le 1 vit arriver en compagnie de l'abbé Du Pin*. Amauld } était moins traitable ; les plaisanteries sur la mère An- î gélique lui tenaient au cœur. Eoileau avait plus d'une

1. On peut voir au tome XIII des Causeries du lundis k l'article du duc de Nivernais, une pièce qui se rapporte aux points principaux de cette (|uere.le.

2. ElJies Du Pin, fils.d'une demoiselle Vitart et ainsi assez proche parent de Racine.

fois entamé la négooittion auprès de lui et avait échoué. Un jour cependant qu*il lui portait un exemplaire de Phèdre de la part de l'auteur, il se dit qu'il fallait livrer la grande bataille, et soutenir résolument qu'il est telle tragédie qui peut être innocente aux yeux même des oasuistes les plus sévères* Arrivé chez Arnauld au faubourg Saint-Jacques, et y trouvant asseï nombreuse compagnie de théologiens, il mit la question sur le tapis; il commença par lire le passage de T Avertissement, oii l'auteur marque expressément son désir « de reconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres par leur piété et par leur doctrine, qui l'ont condamnée dans qcb derniers temps; » et il développa cette thèse, en Tappli- ! quant ^ Phèdre, avec la feu et Ja verve qu'on lui connaît [et qu'il portait agréablement dans ces sortes de scènes. L'auditoire paraissait assez peu convaincu, lorsque Ai*nauld, après avoir tout écouté , rendit cette sentence : « Si les choses sont comme il le dit, il a raison, et la tragédie est innocente. » Et quelques jours après, ayant lu ; la pièce, il y fit une seule objection : % Gela est parfaitement beau; mais pourquoi a-t-il fait Hippolyte amou- I reux^? » Boileau là-dessus n'avait plus qu'à amener . Racine en personne chez Arnauld : le poète était déjà * pardonné. En entrant dans la chambre où il y avait du monde et où il n'était pas attendu. Racine se jeta aux pieds d' Arnauld, qui, en retour et tout confus, se jeta lui-même à ses pieds : tous deux en cette posture s'embrassèrent. — Racine pénitent, aux pieds du grand Arnauld ; Arnauld humilié, à genoux devant Racine 1 lequel

1. On sait la réponse de Racine quand on lui faisait cette objection : « Qu'auroient pensé les petits-maitres d'un Hippolyte ennemi de toutes les femmes? quelles mauvaises plaisanteries n'auroient-ils point faites? » Ils auraient dit qu'Hippoiyte avait les goûts de M. de Créqui et de son école. C'est là le sens de cette réponse.

des deux fut le plus grim4 clans ce moment? Ceci une question que nos historiens japaénistes se sont posées et npus-'mêmey tout eià souriant en notre quiUité de pro^ fane^ nous noua la posons aussi, avec le sentiment de respect qu'inspire à tout cœur honnête ce bon et naïf mouvement de deux grands cœurs.

En ce qui était de Phèdre en particulier, Arnauld et Boileau avaient tous deux raison. L'expression de Tantique Fatalité dans cette pièce se rapproche déjà bien sensiblement, en effet, de celle qu'admet un rigoureux Christianisme. La faiblesse et l'entraînement de notre misérable nature n'ont jamais été plus mis à nu. « Il y a déjà, si on l'ose dire, un commencement de vérité religieuse dans une vérité hum^ne si profondément révélée, si vivement arrachée de ses ténèbres mythologir ques. » La doctrine de la Grâce se sent toute voisine de | là ; notre volonté même et nos conseils sont à la merci de Dieu; nous sommes libres, nous le sentons, et nous croyons l'être, et pourtant il y a nombre de cas où nous sommes poussés : terrible mystère! Phèdre, avec sa douleur vertueuse y pourrait être ajoutée dans le traité du Libre Arbitre de Bossuet comme preuve que souvent on agit contre son désir, qu'on désire cj^ntre sa volonté, qu'on veut malgré soi :

Que dis-je? cet aveu que je te viens de faire, Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire?

C'est cet ordre de raisons que Boileau dut développer, ou à peu près. — « Mais pourquoi a-t-il fait Hippolyte [ amoureux sans nécessité? » répondait Arnauld. Et c'est-, aussi ce que doit dire le goût bien plus encore que la I morale. L'amour d'Hippolyte, cette concession au publie 1 galant, la froideur d'Aricie, l'inutilité de ce grand récit i de Théramène, ces défauts dans Phèdre, mêlés aux ! beautés, réservent la palme sans égale à Athalie. . -

A ]ieine réconoilié avec Port- Royal, Racine y alla souvent, le plus souvent qu'il put, dans sa vie encore attachée à Versailles; car en se convertissant, en renouçant même aux vers, il ne renonçait pas à Louis XIY. L'amour de Louis XIV, dans Tâme de Racine, a comme hérité de ses autres passions profanes, de la passion pour le théâtre et de celle pour les Champmeslé. ^ Louis XIV reste son culte huiâain, le seul qu'il cruie ^ légitime désormais. Louis XIV et Port-Royal, voilà les I deux grands derniers mobiles de Tâme de Racine, les deux personnages rivaux en lutte dans ce cœur qui les voudrait concilier^ et qu'ils mettent au partage. Il se joue vraiment entre eux une tragédie secrète en lui.- S'il faut absolument se déciéer et choisir, il n'hésitera pas sans doute, ce sera Port-Royal, c'est-à-dire Dieu, qu'il préférera; mais il mourra de perdre l'autre.

A partir de sa conversion, nous retrouvons, — nous avons retrouvé Racine présent à Port-Royal dans plusieurs circonstances. Nous l'avons vu qui était en prière dans l'église à neuf heures du matin, lorsque l'archevêque M. de Harlai y arrivait, le 17 mai 1679, pour signifier la reprise des rigueurs. Depuis lors, en mainte occasion, et sui^out depuis que sa tante fut devenue abbesse au commencement de l'année 1690, Racine s'employa activement aux négociations auprès de l'archevêque, qu'il rencontrait sans cesse à Versailles. A' chaque changement de confesseur, il était en jeu pour obtenir l'un plutôt que l'autre. Il était l'agent, le chargé d'affaires, le solliciteur de Port-Royal auprès des puissances, jusqu'à ne pas craindre d'être importun. Quand vint M. de Noailles, un archevêque ami, un allié de madame de Maintenon, Racine n'en fut que plus en mouvement auprès de lui, et avec de meilleures chances de succès qu'auprès de son prédécesseur. Quoi qu'on en I ait dit, il ne se cachait pas de Port-Royal à la GcjLLr; il

y allait très-souvent, le disait tout haut chez madame de Maintenon, et il n'en fut jamais repris *.

S'étant ainsi mis en règle avec sa conscience, avec Port-Royal et avec Dieu, Racine ne comptait plus faire de vers. La tentation et Tentraînement avaient été de ce côté ; Texpiation devait y être. Nommé historiographe avec Boileau, précisément en 1677, il avait regardé (nous dit son fils) ce choix du roi qui tombait si juste, comme un coup du Ciel. Il s'occupait de ses nouvelles fonctions, c'est-à-dire de rassembler les grandes actions du roi, et ne se doutait pas qu'il y avait là quelques écueils aussi pour la vérité. Dans son Discours prononcé à l'Académie lors de la réception de Thomas GorneiUe et de M. Bergeret en janvier 1685, Discours bien ingénieusement éloquent et fort applaudi, après l'allusion célèbre au cercle de Popilius dans lequel Louis XIV enferma ses ennemis, il terminait sans scrupule par ces \ paroles vraiment fabuleuses : « Heureux ceux qui,/ comme vous, Monsieur*, ont l'honneur d'approcher de près ce grand Prince, et qui après l'avoir contemplé, avec le reste du monde, dans ces importantes occasions où il fait le destin de toute la terre, peuvent encore le contempler dans son particulier, et l'étudier dans les moindres actions de sa vie, non moins grand, non moins héros, non moins admirable, plein d'équité, plein d'humanité, toujours tranquille, toujours maître de lui, sans inégalité, sans foiblesse, et enfin le plus sage et le plus parfait de tous les hommes I » Louis XIV, ayant i voulu entendre ce Discours de la bouche de Racine, paraît lui-même avoir rougi un peu; il lui dit : « Je vous louerois davantage , si vous m'aviez moins loué. » Et Arnauld à qui Racine avait envoyé un exemplaire, Ar-

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