Sans doute par M. Dodart, son médeciD
3. Cette même Madame cepeadant disait à VersaiUes, le 9 juin 1709, parlant à l'avocat Lauthier, qu'elle chargeait de le redire à Port-Royal des Champs : a Ces pauvres filles croient peut-être que je suis contre elles, parce que je vais à Port-Royal de Paris, mais je suis tout à fait pour elles. Madame de Grammont m'a dit tant de choses à leur sujet, que je suis pénétrée de l'injustice qu'on leur feit, et je crois que tous les malheurs qui arrivent à la France sont une punition de l'injustice qu'on leur fait. » iilt comme Lauthier lui demandait si elle ne serait pas curieuse de lire une Lettre des religieuses qui courait alors : « Non, dit Madame, cela m'attendriroit trop et me perceroit le cœur; je ne pourrois peut-être m'empêcher de le dire au roi , et il ne le trouveroit pas bon ; mais vous m'obligerez de leur faire savoir, sans trop me compromettre, que je suis fort touchée de leur état, et que je suis entièrement pour elles. » — Cette impression un peu inconséquente de Madame fut celle, plus ou moins, do beaucoup d'honnêtes gens qui, sans vouloir entrer dans ces questions de Jansénisme, se sentirent, à la vue de rigueurs si criantes, disposés de tout cœur pour les opprimés.
4. e'est-à-dire sur la fin de 1703 ou dans les premiers mois de 1704. Maréchal succéda à Félix en juin 1703.
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LIVRB SIXIÈME. 167
qu'oa âe¥oit fa»e; il s'ea excusa sur Tengageiii^Bt qu'il avoU pris i^ur Port-Royal. A ce noœ, quelqu'un de la Faculté le tira à part et lui demanda s'il savoit bien ce q^'il faisoit d'aller à Port-Royal. Maréchal tout uni, et fort igncfrant de toutes les affaires qui, sous ce nom, avoient fait tant de bruit, fut surpris de la question, et encore plus q^and oa lui dit quHl ne jouoit pas à moins qu'à sa fàsre chasser; il ne pouvoit comprendre que le roi trouvât mauvais qu'il allât voir si on y couperoit ou non la jambe à une religieuse. Par composition, il promit de le dire au roi ayant d'y aller. En effet, il se trouva au retour du roi de sa messe, et comme ce n'étoit pas une heure oil il eût accoutumé de se présenter , le roi surpris lui demanda ce qu'il vouloit. Maréchal lui raconta avec simplicité ce qui Pamenoit, et la surprise où il en éteit lui-même. A ce nom de Port-Royal, le roi se redressa comme il avoit accoutumé aux choses qui lui déplaisoient , et demeura deux ou trois Pater sans répondre, sérieizx et réfléchissant, puis dit à Maréchal : « Je veux bien que vous y alliez, mais à condition que vous y alliez tout à l'heure pour avoir du temps devant vous ; que, sous prétexte de curiosité, vous voyiez toute la maison, et les rehgieuses au ehœur et partout où vous les pourrez voir ; que vous les fassiez causer et que vous examinies bien tout de très -près, et que ce soir vous m'en rendiez compte. • Maréchal, encore plus étonné, fit son voyagé, vit tout» et ne manqua à rien de ce qui lui étoit prescrit. Il fut attendu avec impatience ; le roi le demanda plusieurs fois, et le tint à son arrivée près d'une heure en questions et en récits. Maréchal fit un éle^ continuel de Port-Royal; il dit au roi que le premier mot qui lui fut dit fut pour lui demander des nouvelles de la santé du roi et à plusieurs reprise»; qu'il n'y avoit lieu oh on priât tant pour lui, dont il avoit été témoin aux offices du chœur. Il admira la charité, la patience et la pénitence qu'il y avoit remarquées; il ajouta qu'il n'avoit jamais été en aucune maison dont la piété et la sainteté hii eût fait autant d'impression. La fin de ce compte fût un soupir du foi, qui dit que c'étoient des saintes qu'on avoit trop poussées, dont cm n'avoit pas assez ménagé Vignoranee des faits et l'entêtement, et à l'égard desquelles on avoit été beaucoup trop loin. Voilà le sens droit et naturel produit par un récit sans fard d'un homme neuf et neutre qui dit ce
qu'il a vu, et dont le roi ne se pouvoit défier, et qui eut par là toute liberté de parler;* mais le roi, vendu à la contrepartie, ne donnoit d'accès qu'à elle: aussi cette impression fortuite du vrai fut-elle bientôt anéantie. »
Nous ne croyons pas que le roi fût vendu à la contrepartie ; il avait son avis à lui, sa prévention ancienne, arrêtée, datant des jours même de sa jeunesse, et il n'avait qu'à se souvenir de sa politique habituelle pour revenir à des idées répressives. Les occasions de l'y rappeler ne manquèrent pas.
La vérité est que dans Tétat de faiblesse, d'exténuation sénile auquel était arrivé le pauvre monastère, le moindre choc du dehors, le moindre orage dans l'atmosphère extérieure le devait emporter. Or ces oiages éclatèrent. M. de Noailles avait eu raison de faire dire aux religieuses « qu'on leur imputeroit toujours ce que leurs amis, avec de bonnes intentions, pourroient faire d'imprudent. » Ce Port-Royal seul constamment en vue, vieille place forte délabrée, avec sa garnison invalide, répondait de tout.
On fît circuler dans le monde ecclésiastique, pendant Tété de 1701, une singulière Consultation connue sous le nom de Cas de Conscience^ — le fameux Cas de Conscience (car il en résulta bien du bruit), — que l'on proposait à résoudre, et qui fut bientôt résolu avec signature de quarante docteurs de la Faculté de Paris.
On y présentait un confesseur de province, embarrassé de répondre aux questions qu'un ecclésiastique de ses pénitents lui avait proposées, et obligé de s'adresser à des docteurs de Sorbonne pour guérir des scrupules ou vrais ou supposés ; un de ces scrupules, entre autres, roulait sur la nature de la soumission qu'on devait avoir pour les Constitutions des Papes contre le Jansénisme :. il s'agissait, par exemple, de savoir si en ne croyant pas au fait de Jansénius, en ne jugeant pas que l'Église eût
droit d'en exiger la créance, on pouvait néanmoins signer purement et simplement le Formulaire en conscience, moyennant certaines réserves implicites et sons* entendues ; en un mot, le silence respectueux à l'égard du fait suffisait-il pour rendre aux Constitutions des Papes ce qui leur était dû et pour obtenir l'absolution ?
Daguesseau, qui définit à peu près dans ces termes le fameux Cas y paraît y avoir vu un piège des ennemis du Jansénisme ; et en effet un ennemi, qui aurait voulu réveiller les querelles et pousser les gens à se compromettre, n'aurait pas mieux inventé.-
Par malheur, on a des preuves que ce Cas de Conscience, digne d'avoir été forgé par un agent provocateur, avait été proposé bonnement, naïvement, par M. Eustace, confesseur des religieuses de Port-Royal et trèspeu théologien *, soit qu'il en eût dressé lui-même l'exposé, soit qu'il ne l'eût proposé que de vive voix. Il y a plus : il est certain qde le Cas de conscience fut signé à l'archevêché chez M. Pirot, docteur et professeur de Sorbonne, chancelier de l'Église de Paris et grandvicaire du cardinal de Noailles; cette dernière qualité seule l'empêcha de signer, et il en fut de même de son confrère M. Vivant, qui fut depuis un des principaux adversaires du Cas, et qui dressa même l'Ordonnance
1. Il rétait si peu que, s'étant laissé entraîner au système de Nicole sur la Grâce générale, il s'adressa à M. Arnauld en lui exprimant l'espérance de le voir s'y ranger lui-môme, pour peu qu'il voulût s'y appliquer. Sur quoi Arnauld répondait, parlant de M. Eustace (septembre 1691) : « C'est une personne que j'estime et que j'aime. Je n'ai pas été trop surpris de ce qu'il s'est laissé emporter par ce que le système a d'éblouissant ; mais je l'ai été beaucoup de ce qu'il a pu se persuader que, si je m'appliquois à étudier cette matière, je pourrois entrer dans ces mêmes pensées et y faire entrer les autres ; car j'ai "regardé cela comme si quelqu'un me disoit : Appliquez-vous à la géométrie à quelques beures perdues, afin que vous en fassiez de nouveaux Éléments tout contraires à ceux que vous avez donnés au public. »
par Iftfiidte k eMdiaal de NoailleB le ffoêetvàtj quei* qu'il eât soUicité la pkparl de se» confrères à Fadopi^ par leurs signatures. Il est eueore eertûn <f«e ee fat M. Ettstaee qui se douma tous les Biouvements povir mviier les docteurs à signer^.
Qaaranledoeteurs, avons-nous dit, suèrent ; un seul,
I plus a^sé que les autres ^ se défia de Tintentû» eu des
i conséquences, et dit pour toute réponse « qu'<m n'aYoîi qu'à lui enroyer cet ecclésiastique si scrupuleux, et qu'il lui remettroit l'esprit. » Jusque-là tout se passait à huis clos et dans le secret ; Biais tout d'un eoup, une année environ après la signature, cette Gonwltatkm restée manuserite, et dont on ne s'occupait plus, parut imprimée avec une Préface agressive et provoquante, sans qu'on sût trop d'où venait rindis<»rétion. On peut juger du parti que les «anemk en tirerait.
Ils sonnèrent de toutes parts le tocsin, firent paraître jusqu'à cinq réfutations, et mirent dass la poursuite la plus grande diligence. On ne sait non plus par qui pré*
\ cisément ni de quelle manière l'écrit fut déféré à Rome;
\\ y fut envoyé dans le temps qu'il faisait tant de bruit
en France. On dit qu'il n'y arriva que le 10 février 1708.
j Clément XI le fit examiner sur-le-champ sans éty)lir de congrégation, et, le 12, il rendait un décret par lequel il le condamnait. Le lendemain 13, le Pape écrivait un Bref au roi pour lui faire connaître cette condamnation du Cas de Consdenee, et, le 23 du même mois, il écrivait un autre Bref au cardinal de Noaillespour avertir très-sérieusement sa prudence et pour exciter son zèle. Cet archevêque avait eu besoin, à ce qu'il paraît, d'être stimulé. Mais, qu'il eût connu et favorisé ou non, à l'avance, la solution du Cas (et il est difficile qu'il l'ait ignorée, puisque les Jansénistes affirment que tout se fit à l'ombre des tours de Notre-Dame), il n'y avait plus
l. Article de M. Eustace, dans le Supplément \n-k'*a,n Nécrologe.